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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:32
La Passante.

Passante qui es-tu

 

Hiver est là avec sa froidure

Son blanc manteau

Son silence accordé

A la cendre du Ciel

Hiver est là

Et la Ville

Esseulée

Pleure dans le retrait

De soi

Dans la perte

Du jour

Dans l’ombre qui grandit

Et endeuille

Le cœur des Hommes

Hiver est là

Et nous tremblons déjà

De ne pouvoir saisir

A nouveau

Le calice ouvert

De la fleur

L’encre des étamines

La joie du pollen

Le soleil

Qui partout rayonne

Et illumine

 

Passante qui es-tu

 

Toi dont la chaise

Vide

Toise la neige

De ses pieds sidérés

Toi qui hantes

Les allées désolées

Où même les oiseaux

Ne chantent plus

Toi qui murmures

En silence

Toi dont le corps

N’est plus visible

Seulement

La trace

D’un Passage

Comme la palme

Du temps

Qui effleure

Et se distrait

De Nous

Dans l’instant qui fuit

Loin en quelque lieu

Dont jamais

Nous ne connaîtrons

La présence

Sauf

Les mots volatiles du

Rien

Sauf le balbutiement

Des choses

Dans le pli ouvert

De la Nuit

 

Passante qui es-tu

 

Es-tu

CETTE

Passante que chantait

Baudelaire

Le Poète

Baudelaire qui

Te FAIT FACE

TE FAIT FIGURE

T’épiphanise à la mesure

Des vers qu’il te dédie

TOI l’Innommable

TOI que cerne

Le Verbe

TOI qui fuies la rime

Transgresse la césure

Te situe aux frontières

De CE LANGAGE

Qui taraude l’âme

Cloue le Créateur

Au pilori

Le laissant

ESSEULE

Crispé

Ciel livide

Où germe l’ouragan

Douleur qui fascine

Et plaisir qui tue

OUI t’ayant aperçue

TOI La Passante

CE chantre de la Modernité

Tissant patiemment

Ardemment

Les liens

Entre

Mal

&

Beauté

Violence

&

Volupté

OUI

Baudelaire

De TOI

Se fût enthousiasmé

Car DIEU

(Fût-il païen

Fût-il athée)

A son corps défendant

L’habite

Comme tout Poète

Qui ne brille

Qu’à la lumière

Des MOTS

Un éclair... puis la nuit !

 - Fugitive beauté

 

 

 

 

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:58
Tout au bord de l’eau grise.

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

VOUS étiez dans cette attitude

Dont je n’aurais pu qualifier

La nature

Sorte de Cariatide

Tenant le Ciel

Au-dessus de sa tête

Prenant racine dans le monde

Des choses terrestres

Flottant infiniment

Dans un azur si pur

Qu’on n’aurait pu le toucher

Qu’à l’aune de l’esprit

Qu’à la force souple de l’âme

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Tous les jours

Que le temps inventait

VOUS étiez assise

Sur cette souche étroite

Qu’ont eût supputée

Placée là

Pour VOUS

Et pour nulle autre présence

 

Toutes les heures

Que le temps créait

Je longeais ce lac

Cette étendue d’eau grise

Cette impalpable ligne de schiste

Dans laquelle se reflétaient

L’eau blanche des nuages

Le céladon adouci du Ciel

La ligne sombre des collines

Une langue d’onde verte

D’ovales ilots

Une avancée de Terre

Qui ressemblait

A votre teint d’olive

A sa profondeur

A son mystère

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Quel que fût le temps

Plût-il

L’atmosphère fût-elle

De feu

Ou bien le vent

De glace

Vous demeuriez

Tant et si bien

Qu’il eût été illusoire

De VOUS comprendre

VOUS

L’Atlante

Qui séjourniez parmi les hommes

Dans cette forme d’absence

Dont ne pouvait témoigner

Qu’une Déesse

 

***

 

Mais quel fronton

De quel temple

Souteniez-vous

VOUS dont l’étrange destinée

VOUS portait

A la limite

D’une invisibilité

Alors qu’alentour

Hormis votre hiératique esquisse

Rien ne paraissait que de normal

Rien n’avait lieu

Que dans l’inconsistance

De l’heure

Un ris de vent

Que la moindre saute d’humeur

Eût vite effacée

Tant les choses de la Terre

Paraissaient

Superficielles

 

***

 

VOUS ayant aperçue

Et le regard demeurait

Aimanté

Magnétisé

Pareil à une étincelle

Forant la nuit

De sa rouge question

Dardant sa pointe

Avant que l’Ombre

Ne l’éteigne

Dans son rêve de brume

Dans sa dérive d’encre

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Souvent il m’arrivait

Depuis l’anonymat

De l’autre rive

Yeux fixés sur des jumelles

De VOUS

Isoler

De tout ce qui n’était pas

VOUS

Afin de garder

Intacte

Votre Essence

De ne la point diluer

Dans les mailles

Etroites

De l’incertitude.

Tout au bord de l’eau grise.

 

Ce jour

Lumineux

Diaphane

Est le jour de

L’Automne

Cette parenthèse du Temps

Ce repos

Après l’exultation

Cette halte avant

Que l’hiver

Ne noie tout

Dans ce frimas

Qui semble éternel

Aux impatients

Qui piaffent d’ennui

Aux amoureux

Qui ne souhaitent

Que de se dénuder

Aux chemineaux

Qui courent les sentiers

Sous la morsure de la bise

 

***

 

Ce jour

Est d’or et de paille

Ce jour est tissé de pollen

Et nul ne songerait à être triste

A se réfugier

Dans l’aridité d’une mystique

L’abrupt d’une méditation

Seule est admise

La contemplation

Qui fait du pluriel

L’Unique

Qui métamorphose

La mélancolie

En pure Joie.

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Le trajet a été accompli

Le cercle se referme

Qui me ramène

Jusqu’à

VOUS

Dans cet écrin de silence

Qui ne saurait avoir

D’autre lieu

Que celui que l’on assigne

Aux choses

Rares

Aux incunables

Par exemple

Dans le luxe d’une

Bibliothèque

 

Mais parfois

Surgit l’énigme

D’un autodafé

Et des manuscrits

Ne demeurent plus

Que des cendres

Et quelques signes épars

Qui regagnent

L’effacement

D’avant leur parution

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

La souche rongée par

Le Temps

Est levée sur la scène

Du jour

Une plante au sol

Un étoilement vert

Quelques fragments de bois

Ossuaires

Comme si la Mort

Les avait atteints

Avant qu’ils ne rejoignent

L’eau donatrice de vie

L’eau lustrale par laquelle

Recevoir un nom

Et perdurer dans le cycle

Des saisons

 

***

 

VOUS il m’en faut assumer

 La biffure

En

Croix

X

Cette perte qui

Jamais n’aura réparation

J’aurais voulu

VOUS connaître et voilà

Que VOUS m’échappez

A l’instant où j’allais

VOUS Saisir

Au moins par la pensée

Au moins par le sentiment

D’une jouissance immédiate

 

Au pied de la souche

(Est-elle la souche

Une métaphore

De ce qui a été

Qui jamais

Ne trouvera

D’espace où renaitre)

Au pied de la souche

Une page arrachée d’un livre

Illisibles mots

Sauf

Cette phrase qui figurait

Sans doute en épigraphe

Du texte

 

« La mélancolie

Est une maladie

Qui consiste

A voir les choses

Comme elles sont »

 

Etiez-vous identique

A l’état d’âme

Nervalien

Etiez-vous

Celle qui vivait

Le Réel

Jusqu’en ses derniers

Retranchements

Etiez-vous

Cette Lucidité

Placée à la proue

Des Choses

Ceci

Jamais ne le saurai

Mais vit-on

D’autres nourritures

Que celles

Terrestres

De l’Illusion

Vit-on

 

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 08:56
Le rêve prémonitoire de Léna.

Photographie : Léa Ciari.

 

 

 

  

   Léna-du-Lac.

  

   Le lac est grand, aux parois vertigineuses, pareilles au cône d’un volcan. Sur les bords la terre est craquelée, disposée en damiers aux couleurs de métal. Tout en bas l’eau bouillonne comme attisée par un feu invisible. Peut-être une forge mystérieuse. Peut-être des éruptions magmatiques qui font leurs sourdes traînées dans la roche semée de bulles. Des souches aux formes animales flottent par endroits, parfois se renversent, plongent dans la masse visqueuse. Bondes suceuses qui engloutissent toute manifestation d’être.

   De grands trous par lesquels la meute liquide s’écoule avec un bruit de râpe, d’inquiétants borborygmes, des clameurs sans fin. Trous dans la densité de la nappe. Tout demeure en suspens tout autour, gouffre laissant voir la désolation de l’abîme, la perte de la présence dans d’abyssales fosses. Parfois des geysers qui fusent dans l’air, précédés d’un sifflement lugubre. Rien ne tient. Tout se fragmente à l’infini. Terre-puzzle qui ne reconnaît plus sa topologie, qui acquiesce aux ordres impérieux venus d’on ne sait où comme si un outrageux destin en avait décidé la marche. Aveugle. Obstinée.

 

   Léna-des-vestiges.

 

   Village. Ancien. Vétuste. Isolé. Décor de cinéma ou bien de théâtre. Zones périphériques. Faubourgs lépreux. Murs lézardés, semés de crevasses, parcourus d’aires de ciment desquamé. Une rivière se fraie un chemin parmi les accumulations de galets usés. Des fabriques à moitié ruinées dressent ici et là leurs étiques châteaux de cartes. Murs de briques à claire-voie, volées de poutrelles suspendues dans la poussière grise. De grandes entailles laissent voir d’antiques métiers à tisser avec leurs porte-fils décharnés, leurs navettes inutiles, leurs peignes aux dents ébréchées.

   Par les fentes des vitres s’engouffre un vent maléfique qui fait bouger les cintres, se balancer les poulies, s’entrechoquer les cônes de tôle des anciens luminaires. Architecture de désolation et de mort qui ne laisse plus éprouver, de son ancienne réalité, que quelques nervures battant l’air, limbe au sol écartelé par l’implacable usure des ans. On croirait les restes d’une banlieue qu’une explosion aurait dévastée. Plus rien ne tient que ce squelette dressé le long de sa propre confusion.

 

   Léna-des-Ruines.

 

   Sous le ciel cloué de chaleur (de grands éclairs blancs rayent le ciel), l’immense rocher pyramidal qui porte la Citadelle est semblable à la physionomie d’une termitière. Des creux partout. De sombres excavations. Des trous comme dans une meule de gruyère. Quelques arbres rongés par la mousse, recouverts de lichen lancent dans l’espace leurs bras efflanqués. On pourrait aussi bien atteindre sa cime de l’intérieur, longeant les galeries humides, rampant le long de margelles étroites, contournant des résurgences liquides.

   Alors on arriverait au centre de la Citadelle. On la verrait du dedans avec ses enceintes découpant sur le vide ses pans chancelants, ses tours de guingois, sa chapelle ouverte à tous vents, son moignon de donjon, ses barbacanes aux merlons tailladés par les assauts du temps. Sa lourde porte de bois dont il ne demeurerait que quelques traverses, des clous forgés, des ferrures faisant leurs angoissants hiéroglyphes.

 

   Confluence des rêves de Léna.

 

   An centre de ce feu onirique, de cette déflagration d’images vides, chancelantes, constituées de trous et de riens, de pertes et de manques, de disparitions et de vertiges, Léna s’est tenue toute la nuit dans l’attitude d’une visionnaire. Elle n’était nullement présente au bord du lac, pas plus qu’elle ne visitait les vestiges des anciennes fabriques, ni ne hantait les pans de murs hallucinés de la Citadelle.

   Elle était extérieure à tout ceci mais nullement absente à ce qui s’y déroulait, s’y jouait en creux, pourrait-on dire, de la mesure exacte de la condition humaine. Car Lac, Vestiges, Ruines se donnaient comme écho des préoccupations et des angoisses de la Voyeuse. Toute cette présence-absence, tous ces manque-à-être des choses se superposaient aux siens, à cette étrange vacuité qui courait à bas bruit au-dessous de sa peau, gagnait les faisceaux de muscles, s’infiltrait dans les tubes creux des os. Toute une pantomime se déroulant sur une scène que les acteurs auraient désertée. Il n’y aurait plus que les tréteaux, les treillis des passerelles, les rangées de cintres, la toile de fond sans paysage, le rideau faseyant dans le vide, le trou du souffleur devenu mutique.

 

   Un jeu de miroir réciproque.

 

   Jeu éternel de renvois de la présence humaine au monde, du monde à la présence humaine. Hommes, Femmes toujours intégrés, corsetés, noyés dans le mouvement des choses, plongés dans leur lexique, entraînés dans leur sémantique. Aussi bien du sens. Aussi bien du non-sens. Hommes, Femmes, toutes présences toujours prises dans un mouvement spéculaire. Je reflète le monde comme il me reflète. Continuelle activité de projection, éternelle manifestation de mon égoïté en direction de cette altérité qui se donne à voir tout en me constituant, en m’accomplissant en tant que celle que je suis, envers et contre tout.

   Le vide que j’éprouve en moi comme une privation n’est jamais que la vacance mondaine qui se rapporte à mon propre questionnement. Je suis toujours auprès du monde, jamais séparée. Le Sujet faisant face à un Objet n’est que l’invention objectivante de la modernité. A moi seule je constitue un monde qui n’est « autre » précisément que ceci ou bien cela que je vois du monde, qui parle en son langage alors que j’emploie le mien à le mieux saisir.

   Mais quelle image donc nous permettrait de mieux cerner cette réalité relationnelle que celle du chiasme, cette « disposition en croix » qui ne doit pas se laisser lire seulement selon son aspect topologique mais en tant que signification interne d’une réalité que se donne à chaque fois entre deux entités et les unit en raison même d’une affinité, d’une rencontre, d’un univers communément partagés. C’est ici au sein du nœud, dans la confluence que surgit le point focal d’une mutualité, d’une coalescence des destins. Du monde. Du mien.

Le rêve prémonitoire de Léna.

Chiasme.

Encre de Chine.

Œuvre : Isabelle Antoine.

 

 

 

   Léna-en-son-miroir.

 

   « Miroir » est ici l’interprétation métaphorique-symbolique de cette plaque de métal auquel Léna fait face. Or, ici, « faire face » veut simplement dire « donner visage » à une chose. Aussi bien à cette surface qui me visite à l’aune de son étrangeté. Aussi bien à cette réification, à cette chose que je deviens moi-même, confrontée au monde nu, vertical, abscons de ce qui semblerait ne jamais pouvoir recevoir de signification ultime.

   Comment, en effet, faire coïncider deux univers aussi étranges sans tomber dans la subjectivation de l’objet, sans se précipiter dans l’objectivation du sujet ? Il faut se résoudre à penser en chiasme, à affecter aux deux représentations une valeur symétrique, à savoir que la présence de Léna en cet instant précis ne peut recevoir de réponse que de l’objet qui la toise, de la même façon que l’objet-plaque-miroir n’aura de sens immédiat qu’à être confronté à qui l’a en vue, à qui le détermine.

  

   LES ENJEUX ou les EN-JEU :

 

   Pour un instant devenons Léna confrontée à cela même qui la questionne en son fond, la trouble, la laisse dans l’indécision d’elle-même.

 

   « Je suis cette figure qui cherche et ne trouve point. Que découvrir, en effet, hors cet espace hostile qui se dresse à la manière d’une confondante énigme ? Y aurait-il seulement un reflet, une clarté, l’esquisse de qui je suis me revenant de droit, me disant la singularité de mon être. Mais non, tout est confusionnel, tout est brouillé, tout est illisible et il me semble retrouver ces images fuyantes, imprécises, déstructurées, fragmentaires des rêves qui ont fait de ma traversée nocturne une toile criblée de creux, tout existant sur le mode du fragment, de la parcellisation, du manque, de la disparition, de la déconstruction comme si, après l’épreuve, au réveil, ne devaient subsister de mon être-onirique que cette dentelle, ce réseau de fils lâches, cette tapisserie dans laquelle n’apparaîtraient plus que les lignes d’un plan, non la beauté achevée d’un édifice, non le rayonnement d’un temple avec, gravé en son fronton, la lumière d’une possible joie ».

 

   Méditations annexes. 

 

   Le désarroi de Léna est palpable comme pourrait l’être celui d’un individu en voie d’achèvement, dont le Démiurge n’aurait encore nullement façonné les outils devant la porter au monde : l’entièreté d’un corps avec sa belle autonomie, son harmonie inépuisable, sa grâce, son devenir empreints de lumineux projets. Ce qui est demeuré dans l’inaccomplissement, ceci : le métal-miroir, taché, parsemé de rouille, griffé à maints endroits ne pouvait « refléter » en toute hypothèse qu’une anatomie privée de ses prédicats essentiels. Une partie du visage, un buste s’effaçant à même sa présence.

   Le rêve, double halluciné de la vision spéculaire n’a reproduit du réel qu’un spectacle tronqué, inachevé, l’Artisan ayant remisé ses gouges avant que l’œuvre ne soit achevée. Conséquence : mortel ennui de n’être qu’une forme en devenir, non une réalité-humaine en possession de l’entièreté de ses attributs. Rêve-Plaque ont tout déstructuré. Rêve-Plaque se sont arrêtés en chemin, ne laissant qu’ornières et fondrières, nids de poules et crevasses par lesquelles faire se conjoindre, pour le Sujet, perte de soi et sentiment d’incomplétude.

   Léna, privée d’un regard synoptique qui l’eût conduite à la perception du Soi en tant que totalité se vit dans la forme d’un corpuscule, d’un éclatement auxquels il semble bien que son air résigné la condamne. Le visage n’a plus de place où croître, de projet à habiter autre que celui d’un tragique enfermement. De la confrontation de la chair et de la matière ne peut résulter que le mur hauturier de l’absurde, sorte de mythe se Sisyphe en acte. Ici la plaque têtue, hostile, intervient en lieu et place du rocher comme preuve irréfutable du nihilisme accompli. Après cela, sans doute n’y a-t-il plus autre chose à penser que l’espace du Rien. Ou du Néant, ce qui, bien sûr, revient au même.

 

 

 

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 10:25
Quel voyage t’absente ?

L’été

Son ardeur

Sa violence

Pareille à une écharde

Plantée dans la chair

Rien ne sauve de cela

Pas même

La volonté

Bandée tel un arc

Pas même

L’amour consommé

A la limite

De la Mort

Dans les chambres incendiées

De chaleur

 

Vivre est une angoisse

Mourir ne serait pire

Croire au bonheur

Serait une insulte proférée

Avec inconscience

A la face du ciel

 

Dans les cubes de ciment

Cloués de lumière

Blanche

On se dispose au meurtre

Du Temps

Autrement dit

On fume

De longues cigarettes

En forme de dagues

On boit de longs traits

d’alcool

Qui incendient

la poitrine

On fait l’amour

Sur le bord d’un

Evanouissement

On chante à tue-tête

Des blues noirs

On lacère son corps

Des traits de l’aliénation

 

On dessine sur sa poitrine

Les Fleurs du Mal

Ces vénéneux tatouages

Ces tresses ophidiennes

Qui ligotent les bras

Les jambes

Font du sexe

Une simple flaque

Humide

Sa peau on la traverse

Des clous de cuivre

Des piercings

On l’étire

On en fait un tam-tam

Sur lequel ricochent

Tous les bruits du monde

On danse

Saint Guy

On

Marche sur

Un fil

De funambule

On prend une douche

Froide

On sort de soi

Comme la chrysalide

Sortirait de son cocon.

On est quelque part

Dans le monde

On ne sait

La rue

Le vide

L’air comme

La percussion d’un

Absolu

Vertige des Vertiges

Peur de la Peur

Avancer

Pour ne pas

Reculer

 

Dans le port flottent

D’inutiles esquifs

Des coquilles de noix

En partance pour le

Rien

Les voiles sont affalées

Les cordages enroulés

Les étais vibrent

Dans le Vide

Les bômes

Oscillent

Les safrans

Godillent au-dessus

D’une eau grise

Plombée

Fermée

 

L’air est serré

Enroulé sur lui-même

Nœuds brûlants

Volutes qui étreignent

Goulets par lesquels

Se dit l’impossibilité

D’être

Autrement que dans

La douleur

La souffrance

La perte de soi

Dans les corridors

Etroits

De la

Contingence

 

Le milieu de l’anatomie est

Etique

Dans les tuyaux sanglés

Le sang est à la peine

Les nerfs en pelote

Les aponévroses

De simples linges blancs

Des drapeaux d’inutiles prières

Les os claquent

Dans le gris

La moelle glue

Les cartilages fondent

Les astragales

Hurlent

Les osselets

Claquent

 

Vides les agoras

Désertées les rues

Mornes les quais

Où flottaient

Les étendards de

La gloire humaine

Boutiques esseulées

Bancs sans occupants

Arrêts de bus

Sans passagers

 

Alors

On prend sa lampe

On y fait briller une étincelle

On y allume la flamme

D’une possible

Joie

On parcourt les avenues

On sillonne la moindre venelle

On fouille les recoins

On entre dans les tavernes

On se hisse tout en haut

Des volées d’escaliers

On gonfle l’étrave de sa poitrine

On distend ses veines jugulaires

On dilate ses joues

La voix s’élève

Hésitante d’abord

Puis plus claire

Plus insistante

Pareille à une incantation

A une supplication 

 Je cherche

L’homme 

 Je cherche

L’homme 

 

On est Diogène lui-même

On est sorti de son tonneau

On divague

Dans les rayons de clarté

On s’égare dans les meutes

De son propre esprit

Mais la lanterne ne révèle que

SOI

L’homme n’existe pas

Pas même un Bipède

Sans cornes

Sans plumes

Alors

On renonce à ses

Illusions

On mouche la flamme

On cache la lanterne

Dans une encoignure

Du monde

On revient à

SOI

Comme à sa propre

Condition

De possibilité

On est si bien

Dans le tonneau

Qu’écrase la chaleur

Demain il sera encore

Temps de sortir

 

Quel voyage

T’absente donc de

Toi

L’Homme

Qui prétends dominer

Les choses

Alors que ce sont elles

Qui te dominent

Puisque tu n’es même pas

Assuré de

Ta propre présence

Ceci tu le rumines

En silence depuis ce langage

Qui te fait tenir debout

Peut-être n’y a-t-il que cela

LE LANGAGE

Et rien d’autre autour

Rien d’autre

 

 

 

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 21:15
PasserELLE. (4° Partie et Fin)

Appassionata.

 

Trois jours que tu n’es pas apparue

Trois jours à attendre

En vain

A scruter l’horizon étroit

De ces planches où

Sans doute

Flotte encore

Un air de TOI

Une fragrance

Peut-être une mélodie italienne

Le rythme d’une bergamasque

Cette danse gaie

Vive

Sautillante

Qui ponctuait

La scène de la commedia dell’arte

 

Le vent s’est encore assombri

Il fait de longues coulées

Lacère la face de l’eau

L’entaille de grandes balafres

Grises

Blanches

Parfois teintées

De cuivre

D’étain

J’ai plongé mes mains

Dans les poches

De ma vareuse

Dissimulé ma tête

Sous un ample suroît

C’est comme si quelque

Fin du monde s’annonçait

A l’horizon de l’Homme

 

La lumière est basse

Semblable à un étiage hivernal

Sans doute

Dans les cabanes de pêcheurs

Brulent des falots

Identiques à des torches de résine

Dans le profond des grottes

Partout on s’amasse

Au bord de l’âtre

Partout on frotte ses mains

Aux doigts gourds

Aux jointures pâles

Partout on attise les braises

Alors que le vent cogne aux volets

Que la rumeur s’acharne

Que la tempête enfle

Pareille à un animal à l’agonie

Qui hurle à la Lune

Jette aux étoiles

Sa peur ancestrale

 

Trois jours sans TOI

Et l’effroi de demeurer

SEUL

Enfonce dans la spire

De ma cochlée

Ses doigts

Ravageurs

Fore mes yeux

Qui s’agrandissent

Jusqu’à

La mydriase

Serait-ce cela

La mydriase

Le comble de

La lucidité

 

Maintenant je suis

Sur la planche

Qui ressemble

Etrangement à

Une coupée

De quel navire

Pour quel voyage

Pour quelle destination

Inconnue

 

Tout au

Bout

De

La

Passerelle

Pareil à un

Pavillon

De complaisance

Flotte

Un bout

De toile noire

Faseye

Une écharpe de

TOI

Que

Sans doute

Tu as laissée

Pour dire le précieux de

TON

Passage

J’ose à peine penser

Qu’elle m’était destinée

 Passager clandestin d’une

Si

Enigmatique

Traversée

 

Autour de mon cou

Le mince foulard

Signe

L’impossible rencontre

Le deuil avant même

Le mariage

Le retour

Avant le départ

Pour l’ile illusoire de

Cythère

Ton odeur est

Troublante

Presque insistante

Comme si

Dans cette perdurance

De la mémoire

S’insinuait

La touche légère d’un

Regret

S’imprimait le stigmate

De ce qui ne peut

Jamais avoir lieu

Que

Dans le songe

Dans l’imaginaire

 

De la fenêtre du train

Qui file en direction de

La Toscane

J’imagine déjà

Les chandelles

Des cyprès

Levées

Dans le tumulte du ciel

Le moutonnement subtil

Des collines

La masse sombre

Des grandes demeures

Le luxe des jardins

Le calme des pièces d’eau

Où se reflète

Le jeu puéril des nuages

Je ne sais si

Le hasard TE mettra

Sur mon chemin

J’ai si peu d’indices

Sauf ce bout de papier

Froissé

Entre mes doigts

Qui tremblent un peu

Le titre de mon

Prochain livre

En lettres cursives

Andante

Afin de refaire

Le voyage depuis

Le début

Là où

Tout encore

Etait à titre

D’hypothèse

Comme un événement

 A venir

Oui

A venir

Sans cela

Longue sera la nuit

Privée d’étoiles

Privée

Oui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:52
PasserELLE. (3° Partie)

Allegro.

 

A mesure que le temps passait

Je m’habituais à TOI

Et c’est comme si j’avais été

Un Amant

De passage

Un Observateur attentif

De ta naturelle beauté

Un Archéologue en quête

D’un motif ancien

Posé sur le flanc

D’un céladon

D’une jarre

 

Aujourd’hui le vent a forci

Il n’est plus ce souffle marin

Qui

Il y a peu

Poissait nos vêtements

Lustrait nos cheveux

Enduisait nos visages

D’un glacis pareil à ceux

Des peintures Renaissantes

 

Maintenant

Comment dire

TU es plus lointaine

Réfugiée dans un blouson

De cuir noir

Dont les fermetures de métal

Brillent à chacun de tes mouvements

Ta jupe légère a laissé la place

A une robe de laine plus foncée

J’en devine la sourde caresse

La souplesse

Le moelleux

Combien elle TE rend

Mystérieuse

Précieuse

Je vois sa texture

Minutieuse

L’entrecroisement subtil des fils

(sont-ils des modes visibles du Destin

Une figure apparente de La Moïra)

 

Mais déjà je sens que

TU m’échappes

J’avais trop tôt rêvé

D’une possession qui n’était

Qu’une hallucination

L’envie impérieuse

D’un Gamin observant

Son jouet dans la vitrine

Où brillent les feux acérés

Du désir

 

Voilà que le jouet échappe

Se confond avec l’écrin qui l’abritait

TU sembles plus soucieuse

TU fumes de longues cigarettes

Dont la vapeur se mêle

Aux premières brumes

TU lis un livre

Serait-ce Paulina 1880

Cette belle et triste

Chronique italienne

Où alternent

Amour charnel

Et

Amour mystique

Jouissance

Et

Pulsion de mort

 

Mais non je vais trop loin

Mon caractère naturellement

Fantasque TE précipite dans

Un abîme

Dans lequel je m’empresse

De TE suivre

Double aliénation

Dont nous ne pourrons ressortir

Que fourbus

Hagards

Yeux vidés de leur sens

Mains étiques

Dans la nuit qui vient

 

 

Pendant plusieurs jours

TU n’es pas venue

Et la passerelle était

Bien vide

Que même les oiseaux

Avaient désertée

Je trompais le temps

Taillant au canif

Des branches de tamaris

Dont j’entaillais l’écorce

Mille rubans flottants

S’en échappant

Comme s’ils avaient été

Ivres

De liberté

Mais sans doute projetais-je

Sur leurs minces existences

Un poids dont

Jamais

Ils ne seraient atteints

L’angoisse est

Fondamentalement humaine

L’espoir congénitalement

Rivé aux basques des

Existants sur Terre

 

TE voici donc

Chaudement habillée

D’un long caban noir

D’un pantalon

Il faut dire

 Avec cette Tramontane

L’hiver semble arrivé

Avant l’heure

De longues lames d’air glacé

Viennent du Nord

Avec de sinistres feulements

L’eau se hérisse

De milliers de picots

De courtes vagues

Font leur clapotis

Tout contre les pilotis

De la passerelle

 

TU ne lis pas

TU ne fumes pas

TU bouges à peine

L’air t’enveloppe

Dans sa tunique

De glace

Vis-TU au moins

TOI l’Inconnue

Qui hante mes nuits

Qui vrille mon ombilic

Qui étoile le réseau de mes nerfs

Attise mes pensées

Et assure mes insomnies

De navigations hauturières

Sans fin

 

Où le port où s’amarrer

Où la demeure assurant d’un abri

Où le havre de paix

Et le sourire étincelant

De mille feux

Où la paix

Qui cingle

Vers le large

Et le repos de l’âme

Où la sérénité qui autrefois

Lançait ses oriflammes

Dans le ciel semé d’étincelles

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:49
PasserELLE. (2° Partie)

Mais c’était

Je crois

Ce que je préférais

Cette distance

Ce recul

Ce retrait

Qui laissaient libre cours

A mon imaginaire

 

A mon insu

Des phrases s’écrivaient

A bas bruit

Des mots faisaient

Leur inimitable clapotis

Sur la margelle de mon front

Ils ressortiraient

Bientôt

Métamorphosés

Agrandis

Multipliés

Par la puissance

De la nostalgie

 

Je t’observais

(J’avais opté pour le tutoiement

Je savais pouvoir être pardonné)

A la dérobée

Entre les vols bleus des libellules

Les coups de fouet des martinets

La douce insistance

De la huppe

A ne pas paraître

Sans doute étais-TU semblable

A ces oiseaux de la garrigue

Qui venaient s’abreuver là

Dans la grande nappe d’eau

Puis repartaient d’un vol léger

Comme s’ils n’avaient existé

Qu’à l’orée d’un songe

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:45
PasserELLE. (1° Partie)

Adagio.

 

L’été touchait à sa fin

Non mon désir d’en découdre

Avec la nature

La beauté des paysages

Cette mer qui fuyait

A l’horizon du temps

Ces lacs qui scintillaient

A perte de vue

Au milieu des embruns de sel

Des bruissements légers de l’eau

 

Le plus souvent

Au lever du jour

Ou bien au crépuscule

Ces moments bénis des dieux

Je me rendais au bord de l’Etang

M’asseyais sur quelques pierres

Que dissimulait une touffe de tamaris

Ainsi voyant sans être vu

Je pouvais tout à loisir

Profiter d’un spectacle

Dont je pensais être

Le SEUL

A pouvoir

Jouir

 

Depuis la rive

Une passerelle de bois

Flottait au dessus de l’eau

Dont je ne connaissais la destination

Peut-être une amarre pour les bateaux

Peut-être simple architecture

Pour les nomades et les curieux

Assurément j’appartenais

Aux deux catégories

Moi qui avais la bougeotte

Moi dont le regard fouillait

Le moindre recoin

A la recherche

D’une esthétique

D’une émotion

D’un prétexte d’écriture

 

Le premier jour

TU t’offris à ma vision

TU étais vêtue d’un léger caraco

D’une jupe longue

Et j’apercevais ton doux profil

Etais-TU Italienne de Toscane

Ou bien Sicilienne

J’inclinais pour la Toscane

Il y avait

En TOI

Une sagesse visible

Un bel ordonnancement

TU aurais pu être

Le Modèle

Peut-être d’un Botticelli

Peignant la Naissance de Vénus

Peut être d’un Raphaël

Esquissant le portrait de

La Muette

Ou bien encore

D’un Agnolo Bronzino

Posant sur la toile

Le délicat visage

De Marie de Médicis

Cette grâce en suspension

Que rien ne semblait

Pouvoir ramener au cadre

Etroit

Des réalités terrestres

 

Pour dire court

TU étais une réplique

De cette Italie Renaissante

Digne des plus riches éloges

J’apercevais

Comme dans un rêve

A la belle subtilité

La nappe lisse

De tes cheveux

Châtains

Le lisse régulier

De ton visage

L’amande

Rose

Des lèvres

Ce cou si gracieux

On l’aurait dit pareil à l’abricot

Dans son inimitable teinte

Cette chair nacrée

Qui semblait se dissoudre

A mesure que

L’on s’en approchait

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:45
PasserELLE.

Adagio.

 

L’été touchait à sa fin

Non mon désir d’en découdre

Avec la nature

La beauté des paysages

Cette mer qui fuyait

A l’horizon du temps

Ces lacs qui scintillaient

A perte de vue

Au milieu des embruns de sel

Des bruissements légers de l’eau

 

Le plus souvent

Au lever du jour

Ou bien au crépuscule

Ces moments bénis des dieux

Je me rendais au bord de l’Etang

M’asseyais sur quelques pierres

Que dissimulait une touffe de tamaris

Ainsi voyant sans être vu

Je pouvais tout à loisir

Profiter d’un spectacle

Dont je pensais être

Le SEUL

A pouvoir

Jouir

 

Depuis la rive

Une passerelle de bois

Flottait au dessus de l’eau

Dont je ne connaissais la destination

Peut-être une amarre pour les bateaux

Peut-être simple architecture

Pour les nomades et les curieux

Assurément j’appartenais

Aux deux catégories

Moi qui avais la bougeotte

Moi dont le regard fouillait

Le moindre recoin

A la recherche

D’une esthétique

D’une émotion

D’un prétexte d’écriture

 

Le premier jour

TU t’offris à ma vision

TU étais vêtue d’un léger caraco

D’une jupe longue

Et j’apercevais ton doux profil

Etais-TU Italienne de Toscane

Ou bien Sicilienne

J’inclinais pour la Toscane

Il y avait

En TOI

Une sagesse visible

Un bel ordonnancement

TU aurais pu être

Le Modèle

Peut-être d’un Botticelli

Peignant la Naissance de Vénus

Peut être d’un Raphaël

Esquissant le portrait de

La Muette

Ou bien encore

D’un Agnolo Bronzino

Posant sur la toile

Le délicat visage

De Marie de Médicis

Cette grâce en suspension

Que rien ne semblait

Pouvoir ramener au cadre

Etroit

Des réalités terrestres

 

Pour dire court

TU étais une réplique

De cette Italie Renaissante

Digne des plus riches éloges

J’apercevais

Comme dans un rêve

A la belle subtilité

La nappe lisse

De tes cheveux

Châtains

Le lisse régulier

De ton visage

L’amande

Rose

Des lèvres

Ce cou si gracieux

On l’aurait dit pareil à l’abricot

Dans son inimitable teinte

Cette chair nacrée

Qui semblait se dissoudre

A mesure que

L’on s’en approchait

 

Mais c’était

Je crois

Ce que je préférais

Cette distance

Ce recul

Ce retrait

Qui laissaient libre cours

A mon imaginaire

 

A mon insu

Des phrases s’écrivaient

A bas bruit

Des mots faisaient

Leur inimitable clapotis

Sur la margelle de mon front

Ils ressortiraient

Bientôt

Métamorphosés

Agrandis

Multipliés

Par la puissance

De la nostalgie

 

Je t’observais

(J’avais opté pour le tutoiement

Je savais pouvoir être pardonné)

A la dérobée

Entre les vols bleus des libellules

Les coups de fouet des martinets

La douce insistance

De la huppe

A ne pas paraître

Sans doute étais-TU semblable

A ces oiseaux de la garrigue

Qui venaient s’abreuver là

Dans la grande nappe d’eau

Puis repartaient d’un vol léger

Comme s’ils n’avaient existé

Qu’à l’orée d’un songe

 

Allegro.

 

A mesure que le temps passait

Je m’habituais à TOI

Et c’est comme si j’avais été

Un Amant

De passage

Un Observateur attentif

De ta naturelle beauté

Un Archéologue en quête

D’un motif ancien

Posé sur le flanc

D’un céladon

D’une jarre

 

Aujourd’hui le vent a forci

Il n’est plus ce souffle marin

Qui

Il y a peu

Poissait nos vêtements

Lustrait nos cheveux

Enduisait nos visages

D’un glacis pareil à ceux

Des peintures Renaissantes

 

Maintenant

Comment dire

TU es plus lointaine

Réfugiée dans un blouson

De cuir noir

Dont les fermetures de métal

Brillent à chacun de tes mouvements

Ta jupe légère a laissé la place

A une robe de laine plus foncée

J’en devine la sourde caresse

La souplesse

Le moelleux

Combien elle TE rend

Mystérieuse

Précieuse

Je vois sa texture

Minutieuse

L’entrecroisement subtil des fils

(sont-ils des modes visibles du Destin

Une figure apparente de La Moïra)

 

Mais déjà je sens que

TU m’échappes

J’avais trop tôt rêvé

D’une possession qui n’était

Qu’une hallucination

L’envie impérieuse

D’un Gamin observant

Son jouet dans la vitrine

Où brillent les feux acérés

Du désir

 

Voilà que le jouet échappe

Se confond avec l’écrin qui l’abritait

TU sembles plus soucieuse

TU fumes de longues cigarettes

Dont la vapeur se mêle

Aux premières brumes

TU lis un livre

Serait-ce Paulina 1880

Cette belle et triste

Chronique italienne

Où alternent

Amour charnel

Et

Amour mystique

Jouissance

Et

Pulsion de mort

 

Mais non je vais trop loin

Mon caractère naturellement

Fantasque TE précipite dans

Un abîme

Dans lequel je m’empresse

De TE suivre

Double aliénation

Dont nous ne pourrons ressortir

Que fourbus

Hagards

Yeux vidés de leur sens

Mains étiques

Dans la nuit qui vient

 

 

Pendant plusieurs jours

TU n’es pas venue

Et la passerelle était

Bien vide

Que même les oiseaux

Avaient désertée

Je trompais le temps

Taillant au canif

Des branches de tamaris

Dont j’entaillais l’écorce

Mille rubans flottants

S’en échappant

Comme s’ils avaient été

Ivres

De liberté

Mais sans doute projetais-je

Sur leurs minces existences

Un poids dont

Jamais

Ils ne seraient atteints

L’angoisse est

Fondamentalement humaine

L’espoir congénitalement

Rivé aux basques des

Existants sur Terre

 

TE voici donc

Chaudement habillée

D’un long caban noir

D’un pantalon

Il faut dire

 Avec cette Tramontane

L’hiver semble arrivé

Avant l’heure

De longues lames d’air glacé

Viennent du Nord

Avec de sinistres feulements

L’eau se hérisse

De milliers de picots

De courtes vagues

Font leur clapotis

Tout contre les pilotis

De la passerelle

 

TU ne lis pas

TU ne fumes pas

TU bouges à peine

L’air t’enveloppe

Dans sa tunique

De glace

Vis-TU au moins

TOI l’Inconnue

Qui hante mes nuits

Qui vrille mon ombilic

Qui étoile le réseau de mes nerfs

Attise mes pensées

Et assure mes insomnies

De navigations hauturières

Sans fin

 

Où le port où s’amarrer

Où la demeure assurant d’un abri

Où le havre de paix

Et le sourire étincelant

De mille feux

Où la paix

Qui cingle

Vers le large

Et le repos de l’âme

Où la sérénité qui autrefois

Lançait ses oriflammes

Dans le ciel semé d’étincelles

 

Appassionata.

 

Trois jours que tu n’es pas apparue

Trois jours à attendre

En vain

A scruter l’horizon étroit

De ces planches où

Sans doute

Flotte encore

Un air de TOI

Une fragrance

Peut-être une mélodie italienne

Le rythme d’une bergamasque

Cette danse gaie

Vive

Sautillante

Qui ponctuait

La scène de la commedia dell’arte

 

Le vent s’est encore assombri

Il fait de longues coulées

Lacère la face de l’eau

L’entaille de grandes balafres

Grises

Blanches

Parfois teintées

De cuivre

D’étain

J’ai plongé mes mains

Dans les poches

De ma vareuse

Dissimulé ma tête

Sous un ample suroît

C’est comme si quelque

Fin du monde s’annonçait

A l’horizon de l’Homme

 

La lumière est basse

Semblable à un étiage hivernal

Sans doute

Dans les cabanes de pêcheurs

Brulent des falots

Identiques à des torches de résine

Dans le profond des grottes

Partout on s’amasse

Au bord de l’âtre

Partout on frotte ses mains

Aux doigts gourds

Aux jointures pâles

Partout on attise les braises

Alors que le vent cogne aux volets

Que la rumeur s’acharne

Que la tempête enfle

Pareille à un animal à l’agonie

Qui hurle à la Lune

Jette aux étoiles

Sa peur ancestrale

 

Trois jours sans TOI

Et l’effroi de demeurer

SEUL

Enfonce dans la spire

De ma cochlée

Ses doigts

Ravageurs

Fore mes yeux

Qui s’agrandissent

Jusqu’à

La mydriase

Serait-ce cela

La mydriase

Le comble de

La lucidité

 

Maintenant je suis

Sur la planche

Qui ressemble

Etrangement à

Une coupée

De quel navire

Pour quel voyage

Pour quelle destination

Inconnue

 

Tout au

Bout

De

La

Passerelle

Pareil à un

Pavillon

De complaisance

Flotte

Un bout

De toile noire

Faseye

Une écharpe de

TOI

Que

Sans doute

Tu as laissée

Pour dire le précieux de

TON

Passage

J’ose à peine penser

Qu’elle m’était destinée

 Passager clandestin d’une

Si

Enigmatique

Traversée

 

Autour de mon cou

Le mince foulard

Signe

L’impossible rencontre

Le deuil avant même

Le mariage

Le retour

Avant le départ

Pour l’ile illusoire de

Cythère

Ton odeur est

Troublante

Presque insistante

Comme si

Dans cette perdurance

De la mémoire

S’insinuait

La touche légère d’un

Regret

S’imprimait le stigmate

De ce qui ne peut

Jamais avoir lieu

Que

Dans le songe

Dans l’imaginaire

 

De la fenêtre du train

Qui file en direction de

La Toscane

J’imagine déjà

Les chandelles

Des cyprès

Levées

Dans le tumulte du ciel

Le moutonnement subtil

Des collines

La masse sombre

Des grandes demeures

Le luxe des jardins

Le calme des pièces d’eau

Où se reflète

Le jeu puéril des nuages

Je ne sais si

Le hasard TE mettra

Sur mon chemin

J’ai si peu d’indices

Sauf ce bout de papier

Froissé

Entre mes doigts

Qui tremblent un peu

Le titre de mon

Prochain livre

En lettres cursives

Andante

Afin de refaire

Le voyage depuis

Le début

Là où

Tout encore

Etait à titre

D’hypothèse

Comme un événement

 A venir

Oui

A venir

Sans cela

Longue sera la nuit

Privée d’étoiles

Privée

Oui

 

 

 

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 19:12
Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure !

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

L’été touchait à sa fin

et l’air, parfois,

fraîchissait

à l’arrivée

du crépuscule.

Souvent nous allions

sur le port

écouter le vent siffler

dans les haubans

des voiliers.

Déjà il y avait moins de monde

et les terrasses des cafés

se teintaient

d’une douce mélancolie,

couleur de feuilles mortes.

Nous prenions,

cela dépendait de notre humeur,

un café corsé,

un thé léger,

un vin  à la robe jaune de paille

avec des reflets verts.

Ils ressemblent

aux aiguilles de pin,

me disais-tu,

et tes yeux viraient au gris,

pareils aux rochers d’ici,

des meutes claires

traversées de rayures,

de lignes de partage,

d’éclats le plus souvent.

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

Souvent, pareille à une antienne,

cette énigmatique formule,

ce signe abstrait,

ce hiéroglyphe caché

dans l’ombre

d’une pierre

comme pour dire

le secret

à ne jamais transgresser.

Tu semblais rêveuse,

loin de toi,

perdue dans un songe

dont, sans doute,

tu ne reviendrais pas.

 

Que valent ces rencontres

d’un été,

ces amours folles,

ces chevauchées sans fin

pliées sur l’encolure

de l’imaginaire ?

Que valent ?

 

Le vin pétille,

semblable

à la vivacité

 de la garrigue,

à sa naturelle sauvagerie,

à son mystère,

elle qui ne se laisse

qu’effleurer,

jamais comprendre.

Comment être

cette pierre,

cette touffe de thym

hirsute,

cette immortelle

que le vent traverse

de son galop trop rapide ?

 

Une fuite dans le crépuscule

qui vire au bistre,

au sanguin avec des nuances

de bleu indéfinissable,

cette encre qui se dilue

dans l’atmosphère

avec l’endeuillement

des soirées d’hiver

quand l’affliction est grande

de ne pas être en harmonie

avec le pouls des choses,

avec le rythme

immémorial

du temps.

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

Ton verre est vide,

Le cerne de tes yeux

s’auréole

d’un dernier espoir.

S’il y avait une suite

à toute fiction,

si l’exister

n’était seulement

cette manière

de pantomime

qui tire sa révérence

avec toujours

le même sourire

un peu ingrat,

avec le même rictus

en forme d’aporie.

 

La scène

s’est à peine ouverte

Que les rideaux de pourpre

se referment

sur cette Divine Comédie,

triple cercle

avec le paradis tout au fond,

inaccessible,

le purgatoire au milieu,

visible par intermittences,

l’enfer sur le pourtour

avec ses flammes

rubescentes

et les braises sur lesquelles

on marche,

pareil à un Esprit

qui aurait perdu ses pouvoirs

et la brûlure serait vive

qui entaillerait

jusqu’à l’âme.

 

Tu fumes nerveusement,

deux traits font

leur sillage de brume

jusqu’à la barrière

blond-cendrée

de tes cheveux.

Je n’avais jamais remarqué

aussi bien que ce soir

la perfection

de ton arc de Cupidon,

tes joues criblées de son,

la forêt de tes yeux

parcourue

de layons plus clairs.

Etaient-ce des pistes

à suivre ?

Assurément nous n’avons

cheminé de conserve

que par erreur,

Peut-être en raison

d’une naïve obstination,

laquelle n’est parvenue

qu’à mieux nous désunir

alors que nous espérions

un cheminement

commun,

sinon une osmose.

 

Nous sommes

de grands enfants

aux mains vides,

aux cœurs

qui débordent

d’enthousiasme

mais nous ne savons canaliser

toute cette énergie disponible,

en faire l’espace

d’une unique joie,

l’occasion

d’une rencontre. 

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

A t’observer

sans qu’il y paraisse,

je comprends mieux ta nature

de Fille du Nord.

ce feu sous lequel la glace

est encore présente

pareille à ces majestés

qui flottent

dans les fjords étroits

et ténébreux de Norvège,

ton pays du septentrion que,

bientôt, tu rejoindras

avec la souple rumeur

qui convient

aux âmes torturées.

 

Nous nous sommes

si bien rejoints

autour de cette fêlure.

Commune. Il va de soi.

Nous sommes

des individus scindés,

que traverse

l’éclair de l’être

sans que nous y prenions garde.

Une commune inattention,

de simples visions hagardes

que visite le fouet

d’une sidération. 

 

Cette fêlure n’est que le reflet

de ces pierres

qu’une longue géologie

a meurtries,

de ces  éclisses de palmier

qu’on trouve ici,

que le soleil a fendues

en leur centre

dont les bords ne seront

plus jamais jointifs.

Une béance

par-delà le temps,

une faille de l’espace,

sans doute la métaphore

de ceux qui n’ont,

pour éternité,

que la parenthèse

d’une saison.

 

Ta cigarette continue

à se consumer

sur le bord du cendrier.

Nous sommes

loin déjà

du café où nous fêtions,

il y a peu,

le hasard

d’une route commune.

Nous sommes

loin de nous

comme des peuples séparés

par une brusque diaspora,

une entaille au scalpel

et l’on ne sait plus

qui l’on est.

 

Les feux de ta voiture

ne sont plus

que deux tisons

qui font

leur étrange rougeoiement

dans l’air qui a viré au violet.

Bientôt seront les frimas.

Il faut remonter son col

et mettre une bûche

dans la cheminée.
ou bien deux,

peut-être.

Ou bien

DEUX.

 

 

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