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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 13:34
Ces  ombres, il y avait ces  ombres.

 

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Ô vacuité des choses présentes

O incendie de l’âme

O ignition de l’esprit

Ô dispersion du corps

Ecartèlement quand le temps

Vient

De si loin

Une à peine parole

Dans l’inconsistance

Du Monde

Une faille

Inconnaissable

Insaisissable

Livide telle la bougie

Qui se consume

Dans la crypte

Qui grésille

Dans le Temple

Pour des dieux absents

Pour des immolations

Dont le nom

Le sens

Ont été perdus

Dans l’indolence du jour

Sa lente irrésolution

Son labyrinthe

Où ne souffle plus

Aucun langage

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Ces ombres qui rampaient

Au ras du sol

Pareilles

À de mauvaises consciences

A de malins génies

Plantant

Dans la détresse

De la chair

Leurs canines d’effroi

Plus RIEN ne paraît

Plus RIEN ne se manifeste

Que l’aile sinistre

Du vide

Plus RIEN n’arrive

Que l’haleine froide

Du Néant

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Que nous ne pouvions faire

Nôtres

Tellement leur haine était

Grande

Démesurée

Leur silence

Hurlant

Dans les spires de la cochlée

Leurs lames s’invaginant

Autour de l’ombilic

Cette graine originelle

Qui s’étrécissait à la taille

Du microcosme

Et demeurait cloîtrée

En sa bogue

Sans jamais pouvoir en offenser

La translucide paroi

Mot dans mot

Qui refuse de s’ouvrir

Peau contre peau

Qui refuse de se distendre

De déployer son oriflamme

Dans la nuée de l’heure

Ô douleur incantatoire

Qui ne rencontre

Que son étique mélopée

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

La colline bougeait

À l’horizon

La plaque d’eau luisait

Dans le bleu

L’argile allumait son feu

Couleur de pain

Le buisson en touffe verte

En vert amande

Se souvenait de l’autre

De l’Ardent

De la révélation

Du Dieu Eternel

Mais Dieu était mort

Disait le Gai Savoir

Il n’y a plus de pays de Madian

De contrée où asseoir la pliure

De sa foi

Plus de lieu où prier

On n’idolâtre plus les idoles

On a brisé les icônes

On a détruit le palais de cristal

Des Mythes

On a broyé l’Imaginaire

Sous les coups de boutoir

De la possession

On a renié jusqu’à son être même

On a vidé la substance

De sa substance

 

 

***

 

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

La Bible

En des temps immémoriaux

Nous annonçait l’Exode

La fuite hors d’Egypte

Des Hébreux

Leurs longues errances

Dans le Sinaï

Leur quête de la Terre Promise

Mais de Terre Promise

Il n’y a que SOI

Enfermé dans la geôle étroite

De SON corps

Cette sombre monade

Sans portes ni fenêtres

Ce minuscule cosmos

Où à la manière

D’un oxymore

Ne règne que le désordre

Où ne croît

Que l’herbe mauvaise

Des jours

Cette piètre savane

Couleur de destin biffé

Là ne se laissent entendre

Que

Feulements

Barrissements

Rugissements

Ils sont l’architecture de notre peur

La quadrature de notre angoisse

La démesure de notre existence

Sous les fourches caudines

De la Finitude

Oui de la Finitude Majuscule

Qui signe le terme

De nos illusions

Décrète l’arrêt

De la Grande Pantomime

Frappe les trois coups

Au-delà desquels

Plus aucun Jeu

Ne sera permis

Brigadier

Sans indulgence

Cerbère

Sans complaisance

Guillotin

Sans état d’âme

Seule la lame définitive

Et son sifflement ophidien

Qui fait de nos têtes

Ces pitoyables boulets

Qui s’écrasent contre

La lourde barbacane

De l’incompréhension

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Les ombres étaient

Au Passé

Au Présent

A l’Avenir

Il n’y avait plus

De temps

Pour le Temps

Plus de lieu

Pour l’Espace

Plus de parole

Pour le Langage

Plus d’ombre pour l’ombre

Plus de clarté pour la Lumière

On s’essayait

À une effraction

À se divertir de soi

À s’exonérer de ce

qui nous enfermait

Ligaturait notre voix

Attachait nos gestes

Faisait de notre amour

Le site d’une pure autarcie

SOI

On n’aimait que

SOI

SOI

On ne voulait que

SOI

Le pur égoïsme faisait

Ses empreintes délétères

Ses traces arbustives

Ses déploiements

De griffes de sorcières

Ses menuets

D’espoir afin de se soustraire

A sa propre inconséquence

Il ne demeurait

Que peau de chagrin

Bribes de cotonneuses envies

Copeaux de frivolité

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Voilà à force

D’errer

D’omission en omission

De renoncement en renoncement

De dérobade en dérobade

On était arrivé

Dans le sas indissoluble

De l’ultime aporie

On hissait sa silhouette

Dans le cadre étique

D’une Porte

Etroite

Sur le seuil

Non en tant

Que passage

Translation

 Vers autre chose

Que Soi

NON

 Dans l’immobilité la plus totale

La plus dévastée de signes

La plus illusoire qui se pût concevoir

On était arrivé dans la certitude

D’être au Monde

Et de n’y être point

Comme affirmation d’un

Non-retour

A quelque chose de signifiant

Seule l’aire de la dévastation

Déployait l’emblème

De sa présence

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

On regardait l’en-dehors de Soi

A la manière d’une pure étrangeté

On ne questionnait plus à l’aune

De quelque Vérité

Les Choses étaient devenues

Choses

Irrémédiablement

Choses

Jusqu’en leur extrême

La réification partout

Etendait l’épouvantail

De son insolence

Ce qui n’était NOUS

Nous ne pouvions que le nier

Qu’était donc ce banc

Que nulle présence n’habitait

A commencer par la Nôtre

Qu’était ce flot bleu

Que notre corps ne rencontrait

Qu’était cette terre

Dont nous ne foulions pas la poussière

Qu’était ce buisson

Qui n’allumait le feu de notre être

Qu’était cette ombre

Qui nous était étrangère

Sinon l’image même de la Mort

Celle-ci

OUI

ASSUREMENT

Nous pouvions la ranger

Au nombre de nos avoirs

Nullement de notre être

Mais se possède-t-on jamais

Soi-même

Se possède-t-on

JAMAIS

 

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 10:45
Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

    Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

 

   Je t’avais dit

Les cèdres n’ont nul éclat

Seulement une sombre dentelure

Et sous leurs larges palmes

Une ombre souveraine

Que nul ne peut franchir

Sauf au danger

    De sa vie

 

       Tu me disais

   Mon humeur fantasque

   Mes brunes exagérations

   Mon inclination à une éternelle rêverie

   Ma perte dans des eaux imaginaires

   Mon air éthéré en témoignait

   Ma fuite entre les pages des livres

Les poèmes que je composais

Sans rimes

Ni assonances

Sans début

Ni fin

Une divagation parmi les taillis de l’heure

Une continuelle errance dont je tissais mes jours

Afin de ne les voir passer

Les effleurer comme l’aile de l’oiseau le miroir du lac

 

   Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

 

   Pourquoi parler des cèdres

Ils sont si loin

Et devant nous

Seule la plaque liquide de l’océan

Pareille au vaste ennui qui assaille et

Le plus souvent

Reconduit tout

   Au Néant

Et la rumeur de la Terre s’efface

Et il ne demeure que ce vide immense

Où s’abrite toute désolation

 

   Les cèdres

Oui les cèdres

Aux vastes branches dolentes

Elles battaient l’air

De leur farouche irrésolution

Elles inclinaient vers le sol

   Leur égouttement vert-de-gris

   Leur symphonie de carton usé

   Leur émiettement dans le soir qui venait

Oui les cèdres qui entraient dans nos vies

Et devenaient les vivantes métaphores

De nos esseulements

 

Nos esseulements

Combien cette formule était étrange

Qui redoublait nos respectives solitudes

   D’un pluriel

   D’une multiplicité

   D’un faisceau de formes

Qu’une solitude jamais ne prend en sa garde

Sauf à renoncer

A l’Unique qu’elle est

La solitude en son essence

Une seule ligne continue

Qui se dissout

                      Loin là-bas

                             Dans la brume

                                       Des approximations

 

   Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

 

   Mais pourquoi donc fallait-il

Que tu me rappelles

   Cette lointaine présence

      Ce fin brouillard se dissolvant

Dans le tissé de la mémoire

La silhouette ombrageuse de ces arbres

Notre rencontre un soir d’automne

Dans la luminescence du jour

Les teintes étaient

   De feu éteint

   De terre usée

   De mare glissant

Sous un tapis de lichen

Une flamme orangée au loin

Faisait sa souple rumeur

Et les humains étaient au logis

Autour d’un feu de bois

Il faisait frais déjà

La lumière baissait

Il ferait nuit bientôt

   Bientôt s’éteindraient les lampes

   Bientôt se cloraient les lourds volets

Sur l’infini silence

Inconnu à lui-même

Scellé sur

 

   Plus rien

N’aurait alors d’importance

Que la dérive des âmes

Au plein de leur pliure

Plus rien ne ferait sens

Que l’absence de sens

Précisément

   Ce nul langage flottant au-dessus des hommes

   Cette poésie éteinte qui ne laisserait plus voir

Que

    Ses césures

    Ses hémistiches

    Ses rythmes figés

    Ses cadences mortes

Telles les feuilles

Jonchant le sol

Telles

   Des dentelles

   Des nervures

   Des résilles

   Dans le dormant du jour

 

   Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

 

   Ce fut le lieu

Non point

D’une aventure

Le mot en était trop galvaudé

Le contenu altéré

Une rencontre

 A tout dire

Dénuée d’intentions autres

Que celle de se sentir exister

                            Ici

     En ce point minuscule de la Terre

Où naissait le chant discret des étoiles

Nul baiser fougueux cependant

Nulle étreinte qui nous eussent

Précipités

Tous deux

Dans de bien étranges compromissions

Mais tout amour n’est-il jamais

             Que cela

  Tissu de compromissions

   Entrecroisement de mensonges

M’avais-tu dit

Dans cette étonnante langue

Qui habitait

   Tantôt le velouté de ta voix

   Tantôt ce frisson rauque

Qui montait de ta gorge

Identique à l’ourlet

     De la volupté

 

   Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

 

    Ce fut le lieu simplement

D’une parole

La seule qui pouvait nous réunir

Ce silence qui bourdonnait à l’entour de nos corps

Car nous n’avions aucun désir

   Le mouvement de nos yeux

   Le retrait de nos lèvres

   Le marbre de nos volontés

   Nous tenaient à distance

               L’un

               De

               L’autre

Dans cette si belle harmonie

D’une contemplation

       Sans objet

Car nous étions

Dans cet après-crépuscule

Des Sujets ayant renoncé

A quelque possession que ce soit

               De soi

            De l’autre

            Du monde

Oui nous avions franchi la limite

Des obscurs désirs

Nous flottions immensément

Au-delà de toute exigence

De tout essai de saisir

Quoi que ce fût

Aussi bien notre propre mesure

Que celle des étranges présences

Qui peuplaient la nuit

 

   Sous l’éclat des cèdres m’avais-tu dit.

 

   Oui la nuit des cèdres

En ses palmes demeurait

Ceci que nous n’avions su dire

     Qui

  En réalité

    Ne possédait de nom

    Cet en-deçà de l’être

    Cet au-delà de l’être

              Incis

      Entre les deux

Nous assistions à notre événement

Comme cette nébulosité

      Qui fuyait

       En-deçà

       Au-delà

Dispensait sa venue

Dans cet irréparable de toute chose

Porté sur les fonts illisibles

Oui illisibles

Toute source

S’épuise

Oui s’épuise

Dans l’intervalle même

De sa donation

   S’épuise

     OUI

 

 

  

 

 

 

 

 

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 08:33
Te vois en clair-obscur.

Photographie de Patrick Geffroy Yorffeg

 

"Ô Lumière"

 

CREDO [EXTRAIT]

 

« Je crois à l’opacité solitaire

au pur instant de la nuit noire

pour rencontrer sa vraie blessure

pour écouter sa vraie morsure…»

 

Zéno Bianu.

 

Infiniment proche.

 

***

 

 

   L’automne est arrivé et la lumière baisse

 

   Comment te définir

                 TOI

            Qui fuies toujours sous l’horizon des choses

Comment TE saisir

                  Dans l’approche

                          Dans la fuite

                                   Dans l’approximation du dire

   Pareille à la nuée d’oiseaux

                                                Que le vent emporte

Il ne demeure

                   Qu’un vague poudroiement

              Et alors l’on croît avoir rêvé

               Et l’on suffoque longuement

                                              Dans le bouillonnement

                                                                                      Des draps

 

   Comment ne pas désespérer de

                                                     TE cerner un jour

Autrement qu’à l’aune d’une dépossession

                                             Dire ton nom est déjà TE perdre

                                       Tracer ton esquisse est déjà renoncer à TOI

                                        A ton image perdue dans le ciel de cendre

 

   L’automne est arrivé et la lumière baisse

 

   A peine une frange

                                  Effleurant la terre

A peine une insistance de cristal

Dans le temps qui s’égoutte et pleure

                 Brumes matinales

                Pluies crépusculaires

                      Et entre-deux

Un air tissé

                   De brun

                                 Que rien ne semble atteindre

Une feuille de parchemin jauni

Dans les pages d’un incunable

Avec sa senteur

De papier d’Arménie

Ses notes soufrées

Ses remarques marginales

                           On dirait la chute de sanglots

                             Dans le profond d’un puits

               Ou bien une fugue distillée par quelque violon

                                                                                           Aux confins du monde

 

   L’automne est arrivé et la lumière baisse

 

   Est-ce TOI dont la conscience vacille

                    Sous les meutes de l’heure

Est-ce ma rêverie qui s’obstine

A m’entraîner

                       En des chemins

                                                Qui ne conduisent

                                                                             Nulle part

Sauf dans d’irrémissibles ornières

               Dans des forets

  Que n’ouvre nulle clairière

La clarté est simplement un souvenir

                                                            La vie

                                                                      Une toile suspendue à la plus haute branche

                               Hors de portée

                                                         Hors de saisie

Et nos mains disent l’inutile à tâcher de se vêtir

                                                                            De ce Rien

Qui nous toise

Et nous réduit à la taille du ciron

 

   L’automne est arrivé et la lumière baisse

 

   TU es si semblable

                                  A cette rumeur cuivrée

                                                                      A cette flamme qui brille dans l’âtre

                                                                            A ce feu assourdi du temps

                                            Qui déjà

Nous immole

                     Et nous déporte de nous comme

En notre finitude

                           Tout semble si lointain

                                                                Soudain

   Tout semble si éteint et la vue se perd dans d’inutiles

                  Et troublantes mydriases

Peut-être n’y a-t-il rien d’autre à voir

                                                            Que SOI

Dans le miroir que nous tend la Nature

   SOI

         &

                L’AIMEE

Ou bien l’illusion de ce que l’on est

                                                         Cet infime corpuscule à la recherche

   De cet Autre

Qui lui dirait la réalité de sa présence

                               Ici

                                       Là

En maints endroits afin que la répétition crée

Ce qui jamais n’arrive

L’assurance d’exister autrement qu’à la mesure

De ceci qui n’en a pas

Une braise s’allumant sur l’écran de la conscience

Etincelle de vérité

Dont jamais nous ne pourrions douter

                  

                       « Je crois à l’opacité solitaire »

 

   Dit le Poète

Signant en ceci la même idée d’une dévastation de l’étant-présent

Ne demeurant

                       Au jour

                                      Que ce voile ôtant à nos yeux

La forme même des choses

                                            Leur persistance à être

Dans le tumulte

     Cette rumeur qui dissimule à notre vision

                                                                        Les fondements mêmes de l’être

 

   L’automne est arrivé et la lumière baisse

 

Me disais-tu et alors j’apercevais ceci

        Telle la métaphore de cet étrange parcours

                         Parmi la résille complexe du vivant

Une pomme chutait de l’arbre

                                                 Dans son habit flétri

La bogue d’une châtaigne

(Tes yeux en avaient la sourde brillance)

                                          Faisait son bruit de carton

                                                                                     Roulant au sol

Les tapis de feuilles rouillés

(La couleur de sanguine éteinte de tes lèvres)

Crissaient sous tes pas et nous demeurions

Silencieux

Attentifs à ne pas contrarier le chant du poème

 

   L’automne est arrivé et la lumière baisse

 

   Sur le bois blond que la clarté effleure

La blancheur de ton bras soutenant

                                                         Le casque

                                                                          Diffus

                                                                                     De tes cheveux

Ton visage tel une énigme

      (L’automne disais-tu en est une

        Prétextant cette saison ambiguë

        Entre

                 La claire-voie d’été//

                                                 //La nuit d’hiver)

Ton visage ôté de toute chose alentour

La pente douce de ton cou

Qu’avive cette lame de jour à peine plus vive

                                                                          Qu’un rire d’enfant

Cette question que tu es

                                      Offerte

                                                 En même temps

                                                                            Qu’en Toi retirée

Et ces teintes d’ombre

Cernant de près cet éternel mystère

Elles sont si semblables à ces terres que tu aimes tant

   A leurs sillons tels des rides

   A leur glèbe luisante

   A leurs versants en partance

                                              Pour le séjour des Morts

Car bientôt sera Toussaint

Et la lourde senteur des chrysanthèmes

Leurs têtes ébouriffées

Te font penser à un enfant espiègle

Comme si la Dame à la Faux

Ne faisait que nous jouer une comédie

En réalité tu n’y croyais pas vraiment

                                                            A ces histoires à dormir debout

                                                               A ces sentiments d’outre-tombe

                                                                  A ces pensées de l’oubli

 

Vivants me disais-tu

Nous sommes déjà dans

                                       L’oubli de SOI

Comment ceci pourrait-il être dépassé

Par le seul fait de notre absence

Tu voyais tout

                       Dans un clair-obscur

Je t’apercevais aussi au travers de ce sublime clignotement

                                      Du jour//

                                                   //De la nuit

                       

                           L’automne est arrivé et la lumière baisse

  

    Etait-ce là ton dernier mot pour dire

                                       L’effacement

                                                             La perte

                                                                            Le Rien

          Qui toujours nous arrive alors que la nuit

                                                                           Survient

La longue nuit du repos

   Il fera bon hiverner

En attendant le réveil

D’un nouveau commencement

Puis d’une nouvelle fin

Oui

D’une nouvelle

Fin

     

        « au pur instant de la nuit noire

        pour rencontrer sa vraie blessure

       pour écouter sa vraie morsure…»

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 09:05
Cette désertion du jour (1° partie)

   Cette désertion du jour.

 

   Avait-on jamais dit cette constance

Des objets à être

Des choses à signifier

Des hommes à faire leur halo de présence sur les chemins du monde

Alors qu’à l’évidence ne paraissait qu’une énigme souffreteuse

Une triste parution de tout ce qui était

Sous le ciel

Sur la Terre

Dans les demeures

Que clouaient de sinistres lueurs

 

   Avait-on jamais dit cette confondante désolation

Dont jamais nul ne se sauverait

Sauf à inventer une fiction

A écrire une fable

A composer une comptine pour enfants

Hommes-Enfants

Femmes-Enfants

Enfants-Enfants

Comme si de toute réalité ne devait jamais subsister

Que cette empreinte de puérilité

Cette innocence plénière

Cette fleur de jouvence qui attirerait jusqu’au plein de sa corolle

Dans cette incertitude écumeuse

Dans cette touffeur maligne

Dans ce piège odorant

Où se perdent les songes

Où se naufragent les utopies

Où s’éclipsent les tentations

D’entretenir le moindre espoir

De prolonger la partie et d’en connaître enfin

Les somptueux arcanes

Mais la fin de quoi

Pourquoi

  

   Cette désertion du jour.

 

   Alors constatant ceci

Cette fuite des choses au-delà de l’horizon

Cette perte du jour dans le tissu serré de l’heure

Cette obligation de n’être à soi que dans la démesure, l’évitement, l’esquive

Alors constatant ceci

L’irrémédiable pesanteur

L’étau ligaturant les tempes

Les forceps clouant les efflorescences du langage

Ta voix s’élevait dans le vent solitaire

S’en prenait à l’indifférence du peuple sylvestre

A la mutité de cette neige

De ce tapis sourd dans lequel se perdaient

La persistance de tes yeux

La forge essoufflée de ton désir

Ta volonté dissoute dans un bien étrange acide

 

   Cette désertion du jour.

 

   Tu en sentais les vibrations

Au fond de ta gorge

Dans les sombres vallées de ton corps

Autant dire la forêt de ton sexe

Tu en éprouvais les reptations serpentines

Bien au-delà de cela même qui eût été compréhensible

Savoir l’immédiateté de l’univers à signifier

Tu en disais secrètement la faille ouverte

Je pensais alors à tes abîmes vertigineux

Par lesquels se maintenait mon étonnante sustentation

Un pied au-dessus de la Mort

Je pensais à tes douces collines

Ces perles gonflées de tes seins

Cette amande généreuse

De ton sexe

Cette pluie bienfaisante qui en inondait la canopée à l’instant magique de

La jouissance

Cet éclat solaire

Cette irradiation

Cette explosion de grenade carminée

Dans la nuit de

L’angoisse

 

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 08:57
Cette désertion du jour

 

   Cette désertion du jour.

 

   Avait-on jamais dit cette constance

Des objets à être

Des choses à signifier

Des hommes à faire leur halo de présence sur les chemins du monde

Alors qu’à l’évidence ne paraissait qu’une énigme souffreteuse

Une triste parution de tout ce qui était

Sous le ciel

Sur la Terre

Dans les demeures

Que clouaient de sinistres lueurs

 

   Avait-on jamais dit cette confondante désolation

Dont jamais nul ne se sauverait

Sauf à inventer une fiction

A écrire une fable

A composer une comptine pour enfants

Hommes-Enfants

Femmes-Enfants

Enfants-Enfants

Comme si de toute réalité ne devait jamais subsister

Que cette empreinte de puérilité

Cette innocence plénière

Cette fleur de jouvence qui attirerait jusqu’au plein de sa corolle

Dans cette incertitude écumeuse

Dans cette touffeur maligne

Dans ce piège odorant

Où se perdent les songes

Où se naufragent les utopies

Où s’éclipsent les tentations

D’entretenir le moindre espoir

De prolonger la partie et d’en connaître enfin

Les somptueux arcanes

Mais la fin de quoi

Pourquoi

  

   Cette désertion du jour.

 

   Alors constatant ceci

Cette fuite des choses au-delà de l’horizon

Cette perte du jour dans le tissu serré de l’heure

Cette obligation de n’être à soi que dans la démesure, l’évitement, l’esquive

Alors constatant ceci

L’irrémédiable pesanteur

L’étau ligaturant les tempes

Les forceps clouant les efflorescences du langage

Ta voix s’élevait dans le vent solitaire

S’en prenait à l’indifférence du peuple sylvestre

A la mutité de cette neige

De ce tapis sourd dans lequel se perdaient

La persistance de tes yeux

La forge essoufflée de ton désir

Ta volonté dissoute dans un bien étrange acide

 

   Cette désertion du jour.

 

   Tu en sentais les vibrations

Au fond de ta gorge

Dans les sombres vallées de ton corps

Autant dire la forêt de ton sexe

Tu en éprouvais les reptations serpentines

Bien au-delà de cela même qui eût été compréhensible

Savoir l’immédiateté de l’univers à signifier

Tu en disais secrètement la faille ouverte

Je pensais alors à tes abîmes vertigineux

Par lesquels se maintenait mon étonnante sustentation

Un pied au-dessus de la Mort

Je pensais à tes douces collines

Ces perles gonflées de tes seins

Cette amande généreuse

De ton sexe

Cette pluie bienfaisante qui en inondait la canopée à l’instant magique de

La jouissance

Cet éclat solaire

Cette irradiation

Cette explosion de grenade carminée

Dans la nuit de

L’angoisse

 

   Cette désertion du jour.

 

   Tu disais la hampe de mon désir pareille à la pierre levée

Des civilisations anciennes

Ce dolmen sur lequel ta jeune fougue prenait assise

Cette force jaculatoire

(Parfois jouais-tu au jeu subtil des analogies sonores)

Je sentais cette pulsion en toi

Ce geyser

Cette exultation du corps à se dire

Comme l’animal blessé qu’il est

Qui réclame son onction

Qui demande sa caresse

Deux tiges digitales plantées parfois

Dans le luxe de ton intimité

Plus rien alors n’existait que cet hymne à la joie

Cette résurgence de folles puissances qui nous traversaient à la manière

De l’éclair

Du feu

De la foudre

 

   Il ne demeurait jamais à l’issue du combat

Rien qu’une perte et pourtant…

(Quelle lutte me disais-tu souvent)

Et des larmes d’Amazone traversaient la densité de tex yeux gris

Des yeux de chatte te disais-je

Et nous jouissions à deux de cette troublante image d’Epinal

De cette décalcomanie pour enfants pauvres

De cette bluette que nous distillions

Comme les fous dispensent leur étrangeté

A qui veut bien la prendre

A qui la saisit de la main même de sa propre folie

Toute folie en vaut une autre

Me disais-tu souvent

Entre soupir de plaisir

Et soupir de tristesse

Pareils à des plaintes

Aux élans de corne de brume d’un navire aux yeux borgnes

Parmi les fureurs de la houle

Les hoquets de la mer

Les dérive des flots partant pour on ne sait où

 

   Cette désertion du jour.

 

   Dans ces teintes hivernales

Elles te rappelaient tes escapades au Jardin du Luxembourg

Seule

Avec la neige pour compagne

C’était le temps maudit de notre séparation

Dans ces couleurs endeuillées de blanc

Virginales aimais-tu à préciser

Tu flottais à l’unisson

De TOI

Est-on jamais en phase d’autre chose

Tu naviguais à l’estime

Manière de perdition égotiste

D’écrivain blasé

Tu composais de petits poèmes romantiques

Tu jetais

Sinon aux étoiles

Le Jardin était fermé aux noctambules

Du moins au grésil qui flottait entre deux airs

La gerbe dolente de ta mélancolie

Je te savais perdue à TOI

Définitivement

S’appartient-on jamais

 

   Espérais malgré tout une réémission, un simple bout de terre

Peut-être l’intimité d’une île

Pour MOI l’esseulé que ton absence martyrisait

Ma fierté d’homme

(On ne pleure pas quand on est grand)

Clouait ma langue dans un bien douloureux silence

Mais il n’y avait rien d’autre à faire que de laisser couler les fleuves

Qui un jour connaîtraient l’estuaire

Je viens de fermer ma fenêtre

Il fait froid en cet hiver qui traîne comme à plaisir

Pour ennuyer les nostalgiques

Faire rêver les poètes

Battre le cœur des amants

 

   Où est-elle la chambre tiède

Avec ton sourire attaché à la croisée

La souplesse voluptueuse de tes félines manières

Es-tu toujours aussi joueuse

Aussi encline à sortir les griffes

A lacérer mon dos de plaisir

A garder autour du cou lors des joutes

De notre libido

Ce lacet vert d’eau qui multiplie ton teint de pêche

Et irradie jusqu’au centre de ma chair pliée sous le supplice

Gardes-tu ce colifichet comme une trace de ce qui fut

Qui sera peut-être encore

Dans la ligne hésitante des secondes

Leur scansion pareille aux battements du tamtam

A moins que ce ne soit la musique de nos corps

La musique

De nos corps

 

   On ferme les grilles du Jardin

Une silhouette à contre-jour

Le feu d’un lacet vert

Est-ce TOI

Oui TOI

Il ne peut s’agir que de cela

Ma porte est entr’ouverte

Il n’est pas besoin de sonner

Ton pas me suffira

A te reconnaître

A te connaître

Simplement

Entre

 

 

 

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 10:25
Quel voyage t’absente ?

L’été

Son ardeur

Sa violence

Pareille à une écharde

Plantée dans la chair

Rien ne sauve de cela

Pas même

La volonté

Bandée tel un arc

Pas même

L’amour consommé

A la limite

De la Mort

Dans les chambres incendiées

De chaleur

 

Vivre est une angoisse

Mourir ne serait pire

Croire au bonheur

Serait une insulte proférée

Avec inconscience

A la face du ciel

 

Dans les cubes de ciment

Cloués de lumière

Blanche

On se dispose au meurtre

Du Temps

Autrement dit

On fume

De longues cigarettes

En forme de dagues

On boit de longs traits

d’alcool

Qui incendient

la poitrine

On fait l’amour

Sur le bord d’un

Evanouissement

On chante à tue-tête

Des blues noirs

On lacère son corps

Des traits de l’aliénation

 

On dessine sur sa poitrine

Les Fleurs du Mal

Ces vénéneux tatouages

Ces tresses ophidiennes

Qui ligotent les bras

Les jambes

Font du sexe

Une simple flaque

Humide

Sa peau on la traverse

Des clous de cuivre

Des piercings

On l’étire

On en fait un tam-tam

Sur lequel ricochent

Tous les bruits du monde

On danse

Saint Guy

On

Marche sur

Un fil

De funambule

On prend une douche

Froide

On sort de soi

Comme la chrysalide

Sortirait de son cocon.

On est quelque part

Dans le monde

On ne sait

La rue

Le vide

L’air comme

La percussion d’un

Absolu

Vertige des Vertiges

Peur de la Peur

Avancer

Pour ne pas

Reculer

 

Dans le port flottent

D’inutiles esquifs

Des coquilles de noix

En partance pour le

Rien

Les voiles sont affalées

Les cordages enroulés

Les étais vibrent

Dans le Vide

Les bômes

Oscillent

Les safrans

Godillent au-dessus

D’une eau grise

Plombée

Fermée

 

L’air est serré

Enroulé sur lui-même

Nœuds brûlants

Volutes qui étreignent

Goulets par lesquels

Se dit l’impossibilité

D’être

Autrement que dans

La douleur

La souffrance

La perte de soi

Dans les corridors

Etroits

De la

Contingence

 

Le milieu de l’anatomie est

Etique

Dans les tuyaux sanglés

Le sang est à la peine

Les nerfs en pelote

Les aponévroses

De simples linges blancs

Des drapeaux d’inutiles prières

Les os claquent

Dans le gris

La moelle glue

Les cartilages fondent

Les astragales

Hurlent

Les osselets

Claquent

 

Vides les agoras

Désertées les rues

Mornes les quais

Où flottaient

Les étendards de

La gloire humaine

Boutiques esseulées

Bancs sans occupants

Arrêts de bus

Sans passagers

 

Alors

On prend sa lampe

On y fait briller une étincelle

On y allume la flamme

D’une possible

Joie

On parcourt les avenues

On sillonne la moindre venelle

On fouille les recoins

On entre dans les tavernes

On se hisse tout en haut

Des volées d’escaliers

On gonfle l’étrave de sa poitrine

On distend ses veines jugulaires

On dilate ses joues

La voix s’élève

Hésitante d’abord

Puis plus claire

Plus insistante

Pareille à une incantation

A une supplication 

 Je cherche

L’homme 

 Je cherche

L’homme 

 

On est Diogène lui-même

On est sorti de son tonneau

On divague

Dans les rayons de clarté

On s’égare dans les meutes

De son propre esprit

Mais la lanterne ne révèle que

SOI

L’homme n’existe pas

Pas même un Bipède

Sans cornes

Sans plumes

Alors

On renonce à ses

Illusions

On mouche la flamme

On cache la lanterne

Dans une encoignure

Du monde

On revient à

SOI

Comme à sa propre

Condition

De possibilité

On est si bien

Dans le tonneau

Qu’écrase la chaleur

Demain il sera encore

Temps de sortir

 

Quel voyage

T’absente donc de

Toi

L’Homme

Qui prétends dominer

Les choses

Alors que ce sont elles

Qui te dominent

Puisque tu n’es même pas

Assuré de

Ta propre présence

Ceci tu le rumines

En silence depuis ce langage

Qui te fait tenir debout

Peut-être n’y a-t-il que cela

LE LANGAGE

Et rien d’autre autour

Rien d’autre

 

 

 

 

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 08:47
Affliction rouge.

Détail d'une oeuvre de

Dongni Hou :

« Sanglot silencieux ».

 

 

 

 

   Homme de peu de conscience.

 

   Voici ce qui pourrait apparaître à l’horizon d’un mythe réinterprété. Un homme est accroupi au sol, dans la posture de la désolation, alors qu’une pluie de gravats s’étend autour de lui, l’emprisonnant dans cette geôle pierreuse. L’homme en question n’est autre que l’infortuné Sisyphe qui semble avoir renoncé à faire rouler son rocher, continuellement, jusqu’au sommet de la montagne. Epuisement de la volonté de puissance qui semble avoir changé de camp. D’humaine qu’elle était, cette volonté semble être, maintenant, le prédicat le plus visible des choses : de la montagne qui fait obstacle avec sa couleur ténébreuse d’Hadès, du ciel qui fait écran à la mesure même de sa teinte de sanguine, genre d’incompréhensible brasier, de signe cosmique venant mettre un terme aux agissements de cet homme de peu de conscience.

  

   Ombre du châtiment.

 

   On n’affronte pas les dieux, Zeus au premier chef,  sans qu’une vigoureuse admonestation ne s’ensuive a minima et, a maxima, une condamnation à demeurer éternellement prisonnier de sa propre inconséquence. Châtiment comme prix à payer. Combien cette attitude d’un Sisyphe assis au centre de sa désolation est plus tragique que celle qui consistait à pousser, selon l’image de la tradition, son innommable caillou, inlassablement, du bas en haut de la colline avec l’espoir qu’il demeurerait peut-être au sommet, au hasard d’une hypothétique anfractuosité, restituant à l’Inconscient la liberté qu’il avait sacrifiée à la mesure de son geste imprudent. Tant que la chose à pousser était mobile, s’inscrivant dans cette transitivité, la lumière d’un possible espoir pouvait encore faire phénomène.

 

   Forme la plus nihiliste.

 

  Ici et maintenant, cloué au sol, Sisyphe a consumé ce qui lui restait, sinon de libre décision, du moins d’un ressort à bander, d’un tremplin à solliciter afin de s’exonérer, un instant seulement, de cette condition qui n’était humaine qu’à l’aune  d’une gesticulation mécanique pareille aux soubresauts d’un automate. Elle ne s’affiliait, en réalité, cette buée de dessein, qu’à la posture de l’animal  dépourvu d’un monde, au sens d’un défaut de projet à soutenir.

    La volontaire dégradation du mythe ici accompli a seulement valeur propédeutique qui nous amènera à saisir la désolation qui habite un tel état. La forme la plus nihiliste de l’exister est atteinte. Tout espoir est balayé de jamais pouvoir atteindre le sommet de la colline, d’y déposer son fardeau, toute tentative de faire parler la raison devient mutique, toute démarche en direction de la liberté est un essor qui manque d’élan et s’effondre sous le poids de son inconsistance. Enfermement quasi-autistique qui dit l’impossibilité d’être là, sur cette terre, en ce lieu, en ce corps.  

 

Affliction rouge.

Sisyphe, par Franz von Stuck, 1920.

Source : Wikipédia.

 

 

   Et maintenant, venons-en à la forte symbolique qui repose en l’œuvre de Dongni Hou. Pour notre part nous y voyons une étroite analogie avec la situation tragique d’un Sisyphe qui aurait décidé d’abandonner son combat, de laisser le champ libre à l’inévitable pesanteur du destin. Similitude des postures qui détermine une identique confluence des situations existentielles.

  

   Être-Racine ; Être-Mur : le même.

 

 Cette oeuvre, à l’accent étrangement contemporain, nous laisse entrevoir l’épuisement, en termes d’essence, de la nature humaine comme si son seul horizon se heurtait au mur écarlate du plus vertical des nihilismes qui soit. En fait il n’y aurait plus que ce lourd sentiment d’exister, cette pâte compacte qui fait dire à Roquentin dans « La Nausée » : « Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite : c'était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans l'existence ». Et encore : "J’étais la racine du marronnier...perdu en elle, rien d’autre qu’elle." Et pour parodier l’auteur de « L’Être et le Néant », nous pourrions formuler l’assertion suivante, donnant la parole au Sujet du tableau : « J’étais le mur rouge…perdu en lui, rien d’autre que lui ». Sujet se dissolvant à même la chose qui lui fait face, réification de la mesure anthropologique : objet face à un autre objet comme deux chiens de faïence s’observeraient du fond de leur regard vide de sens. Rien ne s’y imprimant que l’esquisse du nul et non advenu.

 

   LES DETERMINANTS DU NIHILISME ACCOMPLI.

 

   Pour percevoir ces déterminants il suffit de se livrer à une description phénoménologique qui appellera les « choses mêmes », à savoir dévoilera leur vérité.

 

   * Mur violemment écarlate en son austère et imparable verticalité. Il est un écran contre lequel briser l’avenue ténébreuse d’un destin qui ne se saisit plus que sous les espèces de l’aliénation. Jamais un mur violemment dressé dans l’espace n’est ouverture. Jamais une racine enfouie dans la surdi-mutité de la terre ne prononcera de langage déployant le site d’une clairière, l’aire d’une présence. C’est d’impossibilité dont il s’agit ici, de dernier terme avant la finitude. Toutes les portes sont fermées. La citadelle-femme est assiégée, les meurtrières occluses par lesquelles on voyait se dessiner les figures tangibles et vivantes du réel. 

 

  * Et le rouge de la toile, cette braise qui dépasse la passion pour mieux la faire se consumer jusqu’au point de non-retour de l’extinction. Un rouge identique teinte les processions funéraires en Asie. Un rouge qui fait se lever les forces démoniaques et infernales. Si « l’enfer est pavé de bonnes intentions » il est surtout pavé du rouge des flammes. Un rouge stigmatisant le vice de la « grande prostituée de Babylone », cette mise à mort du corps de la péripatéticienne, geste d’immolation que profère la fureur noire du Minotaure. Le rouge du sang des victimes, des sacrifiés, le rouge de la violence qui, précisément, « voit rouge ». Le rouge de l’interdit : « au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable » ou le rouge comme dernière station avant que la mort ne sévisse. Rouge contre lequel vient buter le corps de la femme, ce brasier qui en rencontre un autre qui va le réduire à néant, l’annihiler, l’incendier comme pour une cérémonie de crémation. Les bûchers de Vârânasî, au bord du Gange, ne sont guère éloignés alors que la lumière inonde les gradins de pierre et que les corps se dissolvent dans la fumée et l’odeur âcre de la nécessité.

 

   * Ce corps qui est vu de dos est entièrement soumis à la possession du Voyeur, celui-ci fût-il doué des meilleures intentions qui se puissent imaginer. Alors, encore une fois, il nous faut recourir à l’analyse sartrienne faisant du regard de l’autre cet objet aliénant le Sujet qui est visé. Et le Sujet est d’autant plus sous l’emprise de cette vue dépouillant jusqu’à sa conscience même puisqu’il ne peut, de dos, s’y soustraire. Position du condamné à mort face au peloton d’exécution dont, yeux bandés, il ne peut supporter le sordide visage. Sans doute les commis de la mort doivent avoir de bien étranges rictus. On ne tue pas gratuitement, comme cela, pour passer le temps !

 

   * Ce corps qui est voûté, pareil à une anatomie pliant sous les fourches caudines d’un exister si pléthorique qu’il est en train de succomber à la surpuissance de l’être, à sa violence interne, à sa décision d’avoir le dernier mot. La vie est « un long fleuve tranquille » à seulement en dérober la charge dramatique, à en évincer l’exigence d’une dette à payer, à reconnaître dans la suite des jours le coup de dés du destin qui, parfois, s’acharne sur sa victime au point de la dépecer, de la priver de son essence. A terme il ne demeure que des lambeaux sans demeure, précisément, sans habitation possible. Autrement dit « habiter poétiquement sur terre » est bien une exception que cette Condamnée ne pourrait affirmer qu’aux yeux des insouciants et des benêts. Les Eveillés, eux, ont compris l’enjeu de la condition mortelle et ils en préméditent la sombre venue dont ils pensent qu’elle les sauvera, provisoirement, du déluge.

 

   * Ce corps qui est partiel, comment correctement s’en emparer si ce n’est à la manière d’un objet en partance, dont la géographie entière ne nous est nullement accessible ? Perte en soi en direction d’une inévitable chute - fait-elle signe vers la faute originelle ? - ou bien, coalescente à la structure du devenir, est-elle seulement à considérer tel le processus qui nous concerne dès notre naissance ? Pour lequel il ne saurait y avoir aucune pause, aucune rémission. La temporalité est sans pitié qui nivelle tout, aussi bien les collines en leur continuelle érosion, aussi bien l’homme dans sa propension à rejoindre le sol natal dont il provient, cette terre qui le hèle du fond de sa réserve comme si, de cet ultime ajointement pouvait résulter la plénitude d’un sens. Et sans doute en est-il ainsi, quoi que nous fassions, notre rébellion fût-elle amplement légitimée. Nous ne sommes entièrement réalisés qu’absents du monde qui demande des comptes et reste les mains vides.

 

  * Ce corps qui est osseux, qui laisse déjà deviner le squelette définitif, celui sur lequel les anthropologues se pencheront avec attention, brosse de martre en main, loupe à l’œil, pince extrayant les signes d’un passage. Passage long au regard de l’échelle humaine. Court dans la vision totalisante des civilisations qui, au final, se résolvent en des sédimentations ossuaires qui sont l’emblème de milliers de vivants ayant essaimé le long de leurs parcours, qui les spores de la beauté, qui ceux de l’immédiate satisfaction des choses, qui encore la gloire éphémère des anatomies lustrées par les illusoires attentions de la cosmétique. En dernier ressort, un os valant un autre os, un astragale un tibia ou un péroné. « La seule justice » diront certains. Mais quelle justice y a-t-il à mourir alors que l’inventaire est à peine entamé des connaissances dont nous aurions pu faire notre justification à durer ?

 

   Les déterminants du nihilisme accompli, les ultimes instances de la métaphysique se présentent à nous sur le mode de l’étrangeté apparitionnelle, du lexique de la complainte, de l’aide à figurer au monde autrement qu’à l’aune de la disparition, de l’absence, de la biffure définitive. Mur dressé en son inconcevable fermeture ; Rouge qui fait sa brûlure pareille aux flammes de l’enfer ; Dos qui est l’envers du visage à connaître en tant qu’épiphanie humaine ; Corps voûté faisant signe vers une voûte qui ne supporterait plus la charge de son édifice ; Corps partiel, autrement dit scotomisation de la présence à soi, à l’autre ; Corps dans sa sédimentation ossuaire identique à l’avant-goût d’une connaissance de ce que serait l’être au-delà de l’être.

 

  Penseurs tragiques.  

  

  Ceci fait inévitablement penser aux penseurs tragiques de notre temps : Nietzsche, Kierkegaard, Schopenhauer, Cioran, mais aussi aux paroles de l’Ecclésiaste. Ceci ne veut pas nécessairement dire qu’un goût morbide anime les lecteurs qui essaient de sonder les pensées de ces philosophes. Tel Montaigne il est toujours temps de préméditer la mort afin que, la connaissant d’une façon approchée, certes tout intellectuelle, elle nous effraie moins, même si c’est au prix d’un renoncement partiel à l’essence du stoïcisme.

   Il existe une esthétique de la mort comme il existe une esthétique de la vie. Mais ici il convient de ne pas faire de contresens. Nulle mort n’est belle. Nulle mort n’est esthétique au sens qui est conféré à ce mot par les familiers des Beaux-arts. Ici, il convient de prendre « esthétique » à la racine, au sens étymologique grec de : « qui a la faculté de sentir; sensible, perceptible ». Car si l’on perçoit bien la vie, y compris dans sa figure « d’inquiétante étrangeté », on perçoit d’une façon approchée le phénomène de la mort à la mesure du vide qu’elle creuse, du désarroi qui en habite la contrée, du sentiment de perte qui y est irrémédiablement attaché.

   Notre posture par rapport à ces questions « insondablement » métaphysiques (ceci est une redondance) s’inscrit dans un comportement, une attitude éthique, un ressenti philosophique lesquels, en dernière analyse, s’alimentent à notre vécu empirique. Pour cette raison des vécus phénoménaux souvent résolument antinomiques, nul ne peut prétendre expliquer quoi que ce soit, à plus forte raison juger telle ou telle posture sur ce qui, par nature, nous dépasse de toute la hauteur d’un insondable, d’un inintelligible, souvent d’une incompréhension qui referme sur elle-même sa bogue d’ennui infini.  

 

   « Le charme des penseurs tristes ».

 

   Mais il s’agit maintenant d’évacuer cette lourde atmosphère spéculative en faisant fond sur de plus réjouissantes perspectives. Si la peinture de Dongni reprend à son compte des thèmes récurrents de la pensée contemporaine et notamment la dimension désespérée, nihiliste, l’empreinte violemment absurde de l’existence, il convient d’alléger le débat, de le porter sur les fonts baptismaux d’une ironie, laquelle, bien évidemment, ne saurait faire l’impasse quant aux problèmes fondamentaux, prendre une nécessaire distance cependant. Pour ce faire nous allons faire appel à quelques réflexions tirées du livre de Frédéric Schiffer, « Le charme des penseurs tristes » :

 

   « Concernant, donc, la philosophie, quand, à l’occasion, je demande à un amateur quel livre de sagesse (ici il convient de réaliser une synonymie entre « sagesse et esthétique », c’est moi qui souligne), il conserverait sur lui en cas de passage à vide […] jamais personne ne me répond : L’Ecclésiaste, ou les « Maximes » de La Rochefoucauld, ou encore « Le Précis de décomposition » de Cioran - à plus forte raison « Le Bréviaire du chaos » de Caraco. […]

   De fait, des pages où l’on ressasse que « tout est vanité », où l’on souligne que l’amour, « si on le juge par la plupart de ses effets, ressemble plus à la haine qu’à l’amitié », où l’on ricane du fait que les hommes sont « des charognes verticales dont la seule activité se réduit à penser qu’ils cesseront d’être », et où l’on recommande le suicide « comme marque de politesse », n’ont guère vocation à regonfler le moral des âmes, même les moins douillettes. Ce à quoi je rétorque que c’est une marque de philistinisme de n’en pas goûter le charme ».

 

   Remède à l’affliction.

 

   Donc, en dernière analyse, ne souhaitant nullement nous faire taxer de philistins, ces béotiens ayant un goût peu marqué pour les arts et la littérature, selon la définition classique qui leur convient, nous regarderons d’un œil attendri et complice le Sujet de cette belle toile, fût-il désespéré, mais aussi bien ce beau syllogisme de l’amertume du très pince sans rire Emil Cioran : « Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter ». Pour notre part, à cette éructation inattendue autant que triviale, nous préférerions son chant mélodieux, sa voix fût-elle voilée par l’émotion. Oui, l’émotion cette corde sensible qui, tantôt, nous incline du côté de la simple romance, tantôt de l’adagio ou de la  symphonie fantastique, parfois du rire qui résonne comme naturel antidote à toute affliction. Ainsi chemine la vie qui bat son plein. Buvons-la jusqu’à la lie !

  

 

 

 

 

 

  

  

  

 

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 08:34
Tissées de silence.

                       « 31 Août ».

              Œuvre : André Maynet.

 

 

 

 

 

« Voir un visage revient à dire en silence son énigme invisible. »

 

Jean-Luc Marion.

 

 

  

   Variation sur une parole de sagesse.

 

 

« Voir un corps revient à dire en silence son énigme invisible ».

 

  

   Jean-Luc Marion nous pardonnera cette liberté prise quant à au contenu de sa belle phrase. Corps, visage, quelle différence en réalité dans la mesure prise  du silence, dans l’appréciation de l’invisibilité, de l’énigme qui les parcourt comme un frisson fait lever sur une peau sensible les milliers de picots de l’émotion ? Certes le visage contient en soi, dans sa complexité, dans sa polyphonie les nervures selon lesquelles connaître le vertige des sens. Un visage, ça parle. Un visage, ça écoute. Un visage, ça voit. Un visage ça goûte. Confluence des percepts qui viennent à notre rencontre afin que l’altérité ne demeure un hiéroglyphe scellé sur son secret. Les sens sont faits pour découvrir l’autre en nous. Le différent. Parfois le différend car il n’est jamais garanti que ce qui nous visite entre en nous avec la grâce requise à la réception de la chose inattendue, peut-être souhaitée, en tout cas lieu d’un étonnement, parfois d’un saisissement. Nous sommes toujours surprise ne connaissant nullement le terme des hôtes qui gravitent à notre entour.

 

    Teinte de feuille d’automne.   

  

   Surprise et même y aurait-il ravissement, nous demeurons au seuil d’une terre sans nom, exilés, interdits de n’en pouvoir posséder qu’un infime territoire, un versant, une crête, une ligne courant dans le fond d’une vallée. Ce luxe de l’épiphanie humaine, cette face qui illumine de son parcours radieux les chemins du monde, qu’en retenons-nous, qu’en fixons-nous dans les capricieuses volutes de notre mémoire ? Un visage connu, aimé, vient-il tout juste de s’absenter et, déjà, nous sommes dans l’angoisse de l’avoir perdu. Le front de l’aimée était-il bombé ? Ses yeux, couleur noisette ou bien mordorés, teinte de feuille d’automne ? L’arc de Cupidon était-il régulier ? Les pommettes rehaussées à la façon d’une Reine de Nubie ? Son menton effacé ou bien affirmé ? Et cette fossette dans le pli de la joue, a-t-elle au moins existé ou est-ce notre imaginaire qui l’a déposée là, sur la peau nacrée afin  que nous attachions à un détail, comme à un môle,  notre errante souvenance ?

 

  Du bassin, la vasque d’amour.

 

  Et son corps, comment s’inscrit-il dans la crypte de nos souvenirs ? N’est-il pas encore plus fuyant que l’inaccessible visage ? Des mains que conservons-nous sinon la force d’une étreinte ? Des bras le geste d’un enveloppement ? Des hanches la lumière dans le jour qui décline ? Du bassin la vasque d’amour qui oscille et bat la mesure? Des jambes le parcours jusqu’à notre digue étroite ? Des pieds l’impatience à être dans le sillage que nous traçons pour ne demeurer orphelins dans la contrée insulaire ? Nous voyons bien que le corps est ce roc, ce massif silencieux, cette excroissance dont nous ne saisissons jamais que le désir, l’ambroisie de la volupté, la perdurance d’une félicité. Toute chair s’immole à même son invisibilité. Toute chair est, par essence, effacement. Ne serait-elle ceci et alors nous demeurerions attachés à sa forme matérielle et jamais au poème qui l’habite, au langage discret qui l’anime depuis l’intérieur, cette sombre caverne qui bruit de toutes les rumeurs de l’exister. C’est pourquoi nous sommes toujours en manque de ses mots, de sa mystérieuse sémantique, de ses codes chiffrés. Alors nous cherchons.

 

    Un ballet baroque.

 

   Car il faut bien se fixer quelque part, lancer des amarres, trouver une anse où abriter son fragile esquif. C’est toujours d’un parcours de chemineau dont il s’agit. Avec ses pas hésitants, ses esquives, ses soubresauts, parfois ses culs-de-sac, ses impasses où plus rien ne brille que, précisément, le silence majuscule avec ses bruits de rhombe lancé dans le tumulte de l’air, avec ses ricochets, ses phosphorescences faisant leur traînée de feu dans l’avenue nocturne du destin. Alors nous tendons l’oreille, nous espérons le recueil, dans sa conque, d’une fugue, d’un menuet enjoué, d’un ballet baroque qui nous sauvera du naufrage. Oui, car nous sommes des êtres en péril qui ne pensent leur salut qu’à l’aune du bruit, du mouvement, de l’agitation, des grimaces éloquentes et colorées des carnavals.

 

    Des rutilances de poivre.

 

   « 31 Août », le titre de cette image comme pour résonner en écho avec ce qui vient de se montrer. L’été a eu lieu avec ses déhanchements, ses odeurs boucanées d’huile solaire, ses terrasses en bord de mer où vibrait l’odeur entêtante des grappes des bougainvillées, ses orchestres habillés de cuivre et de cymbales, ses concerts de voix qui couraient jusqu’au fond des plus étroites venelles. Partout la vie coulait à flots, partout sévissait la grande marée dionysiaque des humeurs festives. Ici des liqueurs vertes dans des verres cernés de brume, là des mets odorants, épicés, des effluves de safran et de cannelle, des rutilances de poivre, des éclats de fleurs de sel. On buvait. On riait. On pleurait parfois, mais d’ivresse, mais de bonheur, mais d’un contentement qui paraissait n’avoir pas de fin.  On oubliait qu’on avait un visage. On oubliait qu’on avait un corps. On ne se souvenait plus des tresses de silence qui, autrefois, dans le frimas d’hiver, s’enlaçaient à nos humeurs chagrines. Ce qu’on voulait, c’était la démesure, l’amplitude, l’éploiement de la vie en ses corolles luxuriantes, en ses bulles irisées, ses broderies polyphoniques.

 

   1° Septembre ou la déclivité apollinienne.

 

   « Porcelaines Blanches » sont dressées en leur éphémère silhouette. Trois figures préfigurant la venue de l’automne, bientôt le règne de l’hiver et ses généreux frimas. Nul ne peut savoir la nature de leurs corps, la dispensation ouverte de leur visage en l’été qui les a traversées. Leurs lèvres s’étaient-elles gonflées sous la caresse solaire ? Leurs aréoles avaient-elles bruni tels des tessons d’argile au contact du désir plénier qui faisait ses doux rugissements dans l’air tissé d’ardeurs multiples ? Leur ombilic s’était-il orné des tatouages qui étaient les signes avant-coureurs du plaisir, les pliures selon lesquelles connaître l’intime de leur féminité dans le creux d’un fondement ? Leurs sexes discrets s’étaient-ils ouverts à l’incandescence du jour ? Les billes de leurs genoux avaient-elles rencontré le sablier du temps, tutoyé le bonheur de vivre dans l’arche immense de la contrée ouverte ? Leurs corps avaient-ils parlé le langage du débordement, avaient-ils proféré le lexique de la sublime joie, avaient-ils marqué les césures s’inscrivant entre les heures pleines et les heures creuses ? Avaient-ils été le creuset d’une fable, le chant d’une comptine, peut-être le tremplin d’un hymne traversant l’éther de son flamboiement, la corolle exultant de leurs flux, de leurs reflux, de leurs marées intérieures, cette sourde complainte affleurant aux rives luxuriantes de l’exister en son exception ? Comment tous ces corps avaient-ils traversé l’isthme rapide de leur destin ? Comment ?

 

   Faire rugir le corps ?

 

   Septembre dans son habit de cuivre et de bronze - les feuilles des chênes rouvres ne tarderaient à se colorer de rouille, à chuter sur le sol de carton -, Septembre donc avait arasé les ardeurs, tamisé la lumière, poncé les angles aigus des mois dispendieux. Voici venu le règne de l’économie, du feu au coin de l’âtre, de l’air qui étrécit les doigts lors des brumes matinales. Tout revient à tout dans une ultime modestie avant que l’hiver n’entaille de sa lame tranchante la chair tendre de l’âme. A quoi bon se rebeller ? Les saisons sont ainsi faites qu’elles s’emboîtent à la manière d’un ingénieux puzzle. Une prodigalité cédant la place à une exubérance, laquelle s’abîme dans la chute de la lumière, puis la nuit vient qui reprend dans son linceul toutes les paroles du monde devenues, soudain, superflues, sinon inutiles. Pourquoi faire rugir le corps puisque nul écho ne lui répondra. Hiver est latence, fermeture, repos avant le grand ressourcement. Pourquoi darder les braises de sa poitrine que la bise vient d’éteindre ? Pourquoi disloquer son pli libidineux puisque les bourgeons commis à les habiter se sont fermés au crépuscule du jour ? Pourquoi faire de son territoire annexé par la perte de l’heure le lieu d’un bavardage alors que tout disparaît dans la bogue de la non-profération, que tout se scelle dans les rets étroits d’un mutisme ?

 

   Qui fait silence.

 

   La saison est enfuie qui parlait, la saison est venue qui fait silence. De l’une à l’autre l’écart de cette belle dialectique qui ne se lève qu’à faire surgir le sens du non-sens, le jour de la nuit, le désir de la continence, la lumière de l’ombre. C’est ainsi, il faut demeurer en silence, aussi bien le visage en son énigme que le corps en son secret. Sans doute même en leur mystère car rien ne se dit jamais des choses indicibles. Ceci est une tautologie. C’est pourquoi, le plus souvent, nous parlons à tort et à travers. Ceci est notre humaine condition. Aussi bien le dire que le non-dire. Ici est le lieu du retrait de la parole face à ces « Divinités Blanches » qui demandent la paix et l’occultation de tout désir. Or parler est déjà désirer le monde à l’aune de notre nomination. Nommer est saisir et porter dans la présence. Nous appellerons le silence et nulle autre chose qui l’offenserait. Toute beauté est silence ! Comment dire encore après cela ? Rien d’autre que la finitude qui en est le point d’orgue. Oui, à partir de ceci : point d’orgue ! Le silence.

 

 

 

 

  

 

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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 08:23
Le doute d’être.

 

IL DUBBIO

LiviaAlessandrini
Roma 1998

 

 

 

 

   

   Ouvrir la brume.

 

   Il y a beaucoup d’irrésolutions dans le monde, pléthore d’indécisions, myriade de formes enchevêtrées qui nous disent la vacuité des choses jouant en écho avec notre propre silence. Matin : nous quittons notre couche teintée d’ennui. Nous poussons le coin de nos volets sur le jour qui point. Nous souhaitons ouvrir la brume, offenser les ombres, déchirer la toile têtue de ce qui fait face et semble se refuser à nous comme si la parole du réel se dissimulait derrière des voiles de mutité. Cela résiste, cela fait ses remous, ses ornières de boue, ses confluences d’eau, ses minces mangroves où grouille tout un peuple aux pinces inquiétantes, aux bouches étranges, aux silhouettes fantomatiques.

 

   Refuge dans l’irrémédiable.

 

   C’est à peine si nous insistons dans la persistance d’un regard qui se voudrait plus pénétrant, désoccultant tout ce qui, en retrait de soi, se montre sous les auspices d’une approximation, sous les silhouettes tremblantes de l’équivoque, sous les rumeurs inaudibles d’un temps fragmenté, insaisissable. Parfois nous tentons le geste de faire nôtre ce qui se présente à portée de la main mais il ne demeure dans la grille des doigts qu’un peu de matière inconsistante, quelques grains de sable, des gouttes d’eau nous disant la fuite, le refuge dans l’irrémédiable de ce dont nous pensions être, en quelque manière, les maîtres et les possesseurs.

  

   Tant va la cruche …

 

  « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ». Notre manière d’agir, notre façon d’appréhender le tissu compact des étants se soldaient par cette douce métaphore d’une brisure même de l’outil qui, en soi, aurait dû retenir le don de la présence. Certes il y avait « saisissement », mais l’intention se retournait comme un gant et c’est nous qui étions « saisis » dans les mors délétères de ce qui fuyait au-dessous de la ligne d’horizon de la conscience. Toute cette agitation mentale se soldait toujours par ce rien qui nous affectait en notre fond en tant que fuite immémoriale. Peut-être était-ce là le tragique de la condition humaine qui se mettait en musique. Un genre d’adagio qui faisait son pathétique lamento dans la décroissance du jour.

 

   Ne se montrait qu’en creux.

 

   La saison devenait alors hivernale, pareille à la toile de Jérôme Bosch, une dépossession de l’âme qui s’effeuillait sous les traits de ce ciel vert de bronze pareil à la densité d’un métal ancien, ces arbres décharnés qui semblaient morts, cette neige grise couleur de demi-deuil, ces lacs gelés aux eaux d’outre-tombe, ces chasseurs harassés et ces chiens faméliques, images irréelles d’une fable signant son mortel épilogue. Autrement dit, tout ce qui faisait signe depuis ce qui n’était pas nous ne se montrait qu’en creux, en pointillés, en dentelles, en résilles, en vides que notre esprit ne parvenait à combler qu’au prix d’un redoutable et épuisant effort. C’était comme de chercher à remplir le tonneau des Danaïdes avec une cruche elle-même percée : un éternel ruissellement inconséquent, un geste de Sisyphe disant l’absurde de toute tentative de combler les trous du manifeste avec des pelures d’air et des perles de brume.

 

   Démiurge de cendre.

 

   Tout ceci, cette inconsistance d’un univers chaotique, dispersé, bariolé à l’infini, vêtu de ses atours d’Arlequin (une couleur par-ci, une autre par-là, une déchirure, une reprise, des mailles distendues), tout ceci donc métamorphosait ce qui venait à l’encontre sous la figure d’un doute vertical concernant la présence des choses. Ce monde au moins existait-il ? N’était-il pas le reflet d’une illusion, un théâtre de marionnettes qu’aurait animé un démiurge de cendre et de vent ?

 

   Interroger son corps.

 

   Il aurait fallu palper son propre corps, l’interroger, l’amener à rendre raison de son étrange posture, le menacer d’écartèlement au cas où il se serait dérobé à notre légitime inquiétude. Tel Pierre Reverdy parlant du poète nous eussions aimé réaliser « l’effervescent contact de l’esprit avec la réalité », mais, pour ce faire, encore fallait-il que ladite réalité existât, se manifestât à notre esprit avec suffisamment d’éloquence. Or il s’agissait plutôt d’un confus bruit de fond, d’un lointain écho se répercutant sur la falaise de notre entendement.

 

   Doute : nervure du cogito.

 

   Cependant il nous eût été plutôt facile, après nos palpations corporelles, d’affirmer que nous étions, que nous pensions et donc que tout ceci, en vertu de l’énoncé cartésien reposait sur le doute qui en constituait les conditions de possibilité. Le doute, coalescent à notre existence, il fallait donc le provoquer, lui donner des assises, le placer en tant que cet incontournable fondement au travers duquel notre édifice existentiel tenait debout et se dotait d’un futur. Nous ne pouvions faire l’économie du cogito qui énonçait vaillamment : « Je doute, donc je pense, donc je suis ». En effet, si nous n’avions aucune indécision quant au fait de notre propre parution, la question elle-même de notre présence se fût aussitôt affaissée sous sa charge d’évidence plénière. Tout partait donc du doute.

 

  Donner une image.  

 

  Nous ne pouvions demeurer indéfiniment dans les effluves inapparents de cette posture intellectuelle, dans les circonvolutions éthérées d’un cogito qui s’effaçait à même son coefficient de pure abstraction. Il fallait cerner le doute de plus près, lui donner une image, le doter d’un corps, l’inclure dans le cadre rassurant d’un paysage. Il est si difficile de stationner aux altitudes de la pensée, de n’en pas percevoir les hypostases, ce ciel, par exemple, cette ligne d’horizon, cet arbre incliné sous le vent, cette passante s’abritant sous son manteau de pluie, cette flaque d’eau où se réverbère son étrange silhouette. Il est si déconcertant pour l’âme de n’apercevoir que les cristaux des idées, non leur apparence terrestre, leur dimension de fable, parfois leur simple mesure d’image d’Epinal !

 

   Façon de chaos originel.

 

   Mais voici que quelque chose s’éclaire du fond inquiet de notre doute. Un ciel tourbillonnant, des enchevêtrements de cumulus, une fantasmagorie apparitionnelle, peut-être des amas de rochers, peut-être un tumulte d’eau, des moutonnements de vagues, des surgissements en provenance directe des mystérieux abîmes. En tout cas la mise en scène d’une dysharmonie, d’une façon de chaos originel, de matière informe directement issue du bizarre athanor de l’alchimiste, une réalité magmatique, une proposition démentielle comme si le monde naissant, effervescent, était saisi en son sein d’un bourgeonnement sans fin, d’un désir impétueux d’apocalypse.

 

   Pur tragique.

 

   Tout au bord du cadre de l’image, à la limite d’un effacement (le doute est toujours ce sentiment d’un proche évanouissement, de soi, des choses, du monde en son ensemble), presque dans une zone d’inapparence, la lame droite d’un plongeoir, la silhouette debout, étrangement hiératique d’un Existant qui semble sur le point de prendre son envol, ou plutôt d’initier sa chute. Peut-être n’est-il qu’un redoublement de la figure d’Icare qui aurait perdu ses ailes avant même d’envisager son ascension ? On mesure combien cette farouche volonté d’accomplir un événement hors du commun se relie à l’expérience du pur tragique.

 

   Les trois coups du destin.

 

   Bien évidemment, le doute est ici à son paroxysme pour la simple raison que le sujet de l’action ne sait nullement la nature de l’élément qui s’offrira en tant que destinataire du saut : eau compacte ou bien terre mêlée de rochers. En pure hypothèse il faut s’accorder à reconnaître que la réception ne sera nullement pure félicité en raison même de cet inconnu qui s’offre comme présent douloureux. Toute réalité (cette abstraction en définitive), ne devient réalité effective qu’à partir du moment où le destin frappe les trois coups de la représentation. Toucher l’eau, toucher la terre c’est aussi toucher l’irréfragable visage de la finitude car exister, c’est déjà commencer à mettre un terme au processus initié par notre venue au monde.

 

   L’espace du vide.

 

   Si, parfois, nous doutons de penser, de créer, de voir, de saisir, d’entendre, d’aimer, cependant jamais nous ne doutons de notre propre finitude puisqu’elle est contenue à même le geste de notre naissance. Etymologiquement « doute » signifie, selon les époques « crainte », « hésitation, incertitude », « soupçon, méfiance ». Or, si « l’ère du soupçon » a affecté la littérature moderne, elle n’en concerne pas moins, d’une façon pathétique, le ressenti de notre propre vécu. Vivants, nous doutons par essence. Lorsque nous ne doutons plus nous sommes hors-champ, invisibles, inaudibles, silencieux pour l’éternité. Alors nous avons éprouvé cet étrange doute jusqu’à la limite de notre chair. Au-delà il n’y a plus rien que l’espace du vide.

 

 

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:26
Toujours en avant de nous.

Bain de minuit.

Photographie : André Maynet.

 

 

 

 

  

   Cela se dérobe. 

 

   Ce qui, le plus souvent, nous surprend dans notre essai de nous y retrouver avec les choses c’est cette volte-face à laquelle nous nous livrons qui nous remet dans les mailles d’un immédiat incompréhensible. Nous nous dépouillons de nos vêtures, nous nous immergeons dans la nappe liquide du passé, nous y cherchons les ombres de notre présence effacée, les silhouettes qui furent les nôtres, dont nous sentons encore le trouble quelque part dans le corridor du corps. C’est illisible et d’autant plus soumis à l’imperium d’un acte à accomplir sans délai. Nous voudrions avancer de conserve avec le rythme des jours, voir s’égoutter la trille des secondes, éprouver la chair luxueuse de l’heure, sentir le frémissement pressé des grains du temps. Mais, toujours, cela se dérobe et nous appelle au loin dans un signe d’invisibilité. C’est comme si, armés d’un télescope, nous nous ingéniions à scruter l’au-delà des étoiles dissimulé dans les tourbillons d’une marée primordiale, d’un chaos non encore saisi de la nécessité d’un ordonnancement.

 

   Un vertige nous assaille.

 

   Ce sentiment d’une manière de désolation existentielle inscrit en nous la lame de l’effroi, le silex tranchant d’une question qui s’affaisse sous le poids même de son irrésolution. Jamais ne peut se poser l’interrogation qui nous conduirait aux limites de la raison car, alors, nous serions en dehors de notre essence, incapables de reconnaître dans le reflet qui nous serait retourné par le miroir du futur, de l’espace éloigné, la mesure de qui nous sommes. Nous serions seulement des Narcisses abusés par le paradoxe de leur propre image. Il en est ainsi de tout retour spéculaire en notre direction qu’il contient beaucoup de fausseté et si peu de vérité que son visage est, soudain, celui de l’inconnu, autrement dit celui de l’effroi. De vivre et de n’en pas sentir les rives, pas plus celles du passé que celles du futur qui reculent à mesure de notre hésitante avancée, ceci nous tient dans une sidération sans fin. Alors nous nous débattons. Alors nous n’attendons plus rien de ce présent figé telle une glu, qui nous tient à demeure, au foyer d’un vide si coalescent à notre être qu’un vertige nous assaille et nous ouvre les portes du néant.

 

   Un virage résolu.

 

   Plutôt que de supporter ce fardeau d’inexistence, nous préférons amorcer un virage résolu qui nous met face à une expérience connue, celle des jours anciens dont nous sommes l’aboutissement. Il doit bien demeurer quelque chose de notre être d’autrefois, la flamme d’une ardeur, la confluence d’une rencontre, une incision de l’âme résultant d’un acte d’amour, la vision de quelque beauté accrochée au revers d’une colline ou bien posée sur le paysage noyé sous la clarté de la Lune. Il doit bien ! Simple loi de tout retour sur la terre de sa propre patrie.

 

   Môle du présent.

 

   Voici ce qui, présentement, se rend visible au regard de la conscience. Nous avons replié notre corps dans la posture qui cherche et demande sa voie. Le buisson du visage est dissimulé dans les ornières de l’inquiétude. Une trop exacte épiphanie serait destructrice si, d’aventure, nous nous disposions à ne saisir que des flocons de brume et des oublis en forme de couperet. La pliure des reins est encore attachée au môle du présent, on en perçoit les reflets atténués dans cette lunule qui brille dans l’anse des reins. Un bras, une jambe demeurent dans la zone de presque imperceptibilité, comme s’il fallait se présenter au passé avec toute l’humilité qui sied à la rencontre des choses importantes, des événements fondateurs de l’être. L’autre bras, l’autre jambe s’auréolent d’une clarté d’aquarium, cette étonnante lueur des abysses et des antres marins. Sans doute ceci nous montre-t-il toute la difficulté qui consiste à inverser le cours des choses, à biffer le présent ou, à tout le moins, à l’inclure dans une parenthèse, à le confier au régime contradictoire d’une attente.

  

   Imploration et refus.

 

   La chorégraphie corporelle, ce geste lancé en direction d’une ancienne épopée, voici qu’il se tend identiquement à la corde d’un arc, qu’une main se relève dans une attitude équivoque d’imploration et de refus. Comme au bord d’un gouffre : attrait du vide et répulsion car la chute pourrait signer le dernier acte avant la disparition du monde. Dans le fond, comme surgi d’une invisible paroi, quelque chose flotte dans le clair-obscur des jours anciens. Serait-ce cette mémoire visqueuse pareille à la membrane d’une hydre qui confondrait dans une même vision désordonnée des événements actuels et des épisodes de jadis, cette toile unie qui use sa trame et s’ouvre aux assauts mortifères du temps ?

 

   Cette résille lumineuse.

 

   Et cette résille lumineuse qui parcourt le sol à la façon d’un discours métaphysique inquiet de ne pouvoir surgir au-delà de sa pensée inaccomplie, nullement assurée de la justesse de ses postulats, de l’authenticité de ses hypothèses, qu’est-elle, en réalité, sinon la dernière affirmation d’une fumée se dissolvant dans le ciel illusoire des valeurs ?   Puisque, aussi bien, ses réflexions, ses spéculations ne se laissent apercevoir qu’à la mesure fuyante de ces lignes flexueuses qui, une fois, disent ce côté-ci des choses, une autre fois cet autre face cachée dont nous ne percevons que quelques rebonds, quelques pluies qui cinglent le visage de la philosophie sans l’éclairer, sans en ouvrir la voie vers une affirmation de son être-au-monde. Et le visage de la philosophie, ne serait-il pas le nôtre, celui au gré duquel nous espérons le don d’une sagesse, le dépassement des phénomènes pluriels en direction d’une position unitaire qui ferait de notre connaissance le fondement même de nos certitudes ? Oui, car nous avons besoin de savoir la raison de ces lignes emmêlées du réel qui, constamment, nous abusent. Nous avons besoin de nous éprouver selon la perspective longue du futur, la clarté sombre qui gît aussi, là-bas, au bout du tunnel de nos réminiscences.

 

   Nuit obscure de l’angoisse.

 

  Au bout du tunnel, quoi d’autre que ce gonflement, ce garrot du temps, cet œdème gris-blanc qui fait son œil de Cyclope (cette vue grossie des choses qui ne décèle nullement son être à une si prosaïque disposition de la perception), cette « inquiétante étrangeté » qui fait sa parution de Sisyphe, cette boule que semble faire rouler un inaperçu bousier, un genre d’anonyme individu, d’erratique manifestation de ce qui, depuis la nuit des temps, s’appelle non-sens, et depuis l’aire de la modernité, nihilisme, absurde, position du sujet acculé par cet objet sans feu ni lieu à ne devenir qu’une forme sans devenir, une piètre silhouette clouée par l’arraisonnement de la technique toute-puissante, une ombre cachée par une ombre bien plus envahissante, empire des géants qui dissimulent la volonté sans partage de dominer le monde, de réduire  la prétention des fourmis humaines à figurer sur la scène bariolée de l’existence. Alors tout se réfugie dans le noir, tout fond dans la suie, tout disparaît dans la nuit obscure de l’angoisse. La boule est là qui nous fixe de ses yeux magnétiques. Elle ne va pas tarder à déplier ses flagelles contondants, ses épines venimeuses, ses tentacules boulotteurs de vie, ses griffes qui lacèrent et déchiquètent qui passe à portée de son avidité sans borne.

  

   Démente boussole.

 

   Alors nous ne savons plus qui, du présent, du passé ou de l’avenir, constitue la position stable à laquelle raccrocher l’aiguille de notre démente boussole. Car, en réalité, nous perdons la tête et c’est une danse de saint Guy qui vrille notre corps, torture notre esprit dès l’instant où plus rien ne tient de ce que nous tenions pour assuré : cet objet familier, la courbe de ce paysage, le profil de tel visage, le sourire de tel être, l’amour de telle belle âme. Rien ne s’actualise jamais qui fait sa gigue endiablée, son escarpolette insaisissable, son menuet baroque avec ses appuis alternés qui nous perdent à même leurs constantes oscillations. Pour nous y retrouver, il nous faut des points de repère, une stabilité, la trame d’un projet, une vue qui porte au loin les signes que nous semons ici et là à la manière de ce qui pourrait être notre alphabet, nos premiers mots, l’esquisse d’une phrase dans le réseau dense de la dramaturgie humaine.

 

   Se déploie le chant du monde.

 

   Quelle autre issue, alors, que celle de rebrousser chemin, de rassembler son corps selon son attitude verticale, de se vêtir de ces atours qui sont comme notre seconde peau, d’emprunter ce chemin de lumière qui trace son sillage, droit devant, vers cet océan qui palpite à la façon d’un immense cœur, vers cette montagne qui lève ses rochers en direction du ciel, vers cette plaine où souffle l’haleine régulière du vent, où se déploie le chant du monde ? Bien vite nous aurons oublié cette sombre crypte abyssale de l’inconscience qui nous tirait vers le bas. Bien vite nous rejoindrons le site ouvert des archétypes qui sont les allures fondamentales par lesquelles nous gagnerons, en même temps que notre liberté, la demeure plénière de notre être. Et, faute d’être infiniment libres, mais doués de mobilité aérienne, nous cinglerons, tels de blancs oiseaux parmi les fleuves de l’air et les remous incessants du temps. Cette demeure de la possession de soi qui nous accueille en son foyer toujours renouvelé. Nous volerons haut, assurément ! Nous porterons le bain de minuit en plein midi, dans l’incandescence de son rayonnement, dans la démesure de la puissance, là où plus rien ne peut l’atteindre, sauf la beauté. Autrement dit l’unique miracle de la présence qui, toujours se déploie en avant de nous. En arrière ne sont que les scories éteintes des jours. Il faut allumer des incendies pour les temps à venir. Des brasiers. Oui, des brasiers dans l’été qui chante.

  

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