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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:12

 

A corps perdu.

 

acp 

 Huile sur toile

198 x 147,5 cm
1976

Art Gallery of New South Wales, Sydney, Australie

 Source : Éternels Éclairs.


 

 Le thème du corps dans l'art, et singulièrement en peinture, s'est développé tout au long de l'histoire de l'humanité, selon des conceptions inspirées par les canons de l'époque. Souvent glorifié, le corps a fait l'objet de représentations l'orientant vers une vision sublimée, transcendée, comme si l'homme avait voulu, par les figures projetées sur la toile, affirmer son ascendant sur les objets du monde. Les figures féminines en étaient les moyens d'expression privilégiés, les plus belles projections en direction de la beauté, du luxe, de l'épanouissement. Une floraison particulière posant la chair comme une réalité presque inatteignable. La perfection est rarement à portée de main, seule une préhension de l'âme ou bien de l'esprit pouvaient y prétendre. Il fallait donc porter le réel à son acmé.

  Des femmes lascives du "Bain turc" d'Ingres à la "Vénus" alanguie du Titien en passant par la somptueuse sensualité du "Nu couché" de Modigliani, on était livré à une assomption des corps, lesquels nous faisaient la révélation de figures idéales, à la limite de quelque empyrée à moins qu'il ne se fût agi de visions purement paradisiaques. Corps de fête, formes investies de plénitude, ravissement du Voyant à seulement imaginer ces purs objets de délice dont, un jour peut-être, on eût pu se saisir comme le jardinier tend ses mains désirantes vers la pêche pulpeuse avec, au creux du palais,  un avant-goût d'une saveur unique. S'il y avait là prétexte à rêveries doucement sexuelles, ouverture en direction d'un merveilleux hédonisme, tremplin existentiel, cependant l'art ne pouvait se suffire de proposer ce lexique somme toute lénifiant, plongeant la raison dans une manière de léthargie. Il fallait secouer les consciences, tailler à vif dans cette chair trop tempérante, trop soumise à une facile entente avec ses propres contours, ses rotondités commises au seul plaisir.

  Quelques peintres ouvrirent une brèche dans cette peau soyeuse, incisant comme au scalpel  une réalité inclinée au seul déploiement d'une infinie corne d'abondance. Francis Bacon fut sans doute celui qui poussa la remise en question jusqu'en ses derniers retranchements, attitude radicale opérant une révolution copernicienne, comme si l'épiderme s'était soudain retourné, pour nous livrer, en même temps que ses tissus gorgés de sang, le face à face sans concession de la conscience avec la figure d'ombre qu'elle s'ingéniait  à fuir chez un Rubens ou un Renoir. Il fallait forer au plus profond de la condition humaine, il fallait faire basculer le piédestal anthropologique jusqu'à le conduire aux portes étroites de la déréliction. De là, de cette conception tragique de l'exister ne pouvait naître qu'une esthétique du dénuement, de la perte, une ontologie de l'absurde. Dès lors, voir avec des yeux baconiens, nécessitait de dépouiller sa vision de toutes les compromissions, de tous les faux-semblants, de tous les préjugés favorables. Peignant, Bacon oublie les floraisons de la Renaissance, occulte "La naissance de Vénus", la cloue au pilori : plus de pluie de roses, plus de conque marine à partir de laquelle trouver origine et sens, plus de zéphyr léger émis par un dieu, plus de nymphe s'apprêtant à disposer sur la merveilleuse effigie humaine les efflorescences d'un manteau pourpre.

  Si Botticelli se portait vers une sorte de panthéisme enivré, nous livrant des personnages édéniques inatteignables, Bacon, lui, nous plonge dans l'abîme, le sans-nom, l'inconcevable. Nous sommes en état de sidération, non seulement incapables de nous identifier à ce qui nous fait face dans la représentation immanente à la limite du thériomorphe - mais quelle animalité pourrait donc surgir là ? -, ne nous reconnaissant nullement dans la silhouette dont "l'inquiétante étrangeté" nous ramène bien en-deçà de nos perceptions policées, de notre morale fondée sur un idéal et nous chutons lourdement, irrémédiablement, dans un vertige sans fin, simple concrétion nauséeuse, racinaire, forant le sol sartrien du Jardin Public de Bouville, dépouillés de tout ce qui pouvait concourir à l'émergence de notre identité, de notre singularité existentielle et nous voilà posés sur cet objet - la chaise -, avec laquelle nous nous confondons, mince effraction objectale non encore assurée de son statut signifiant, entrelacs de membres tellement identiques aux joutes ophidiennes, aux ondoiements des lamproies au profond des abysses, à tout ce qui grouille et pullule à l'abri de nos regards hagards, et cette tête - mais s'agit-il de cela ou bien est-ce une simple hallucination, un grotesque issu des jardins de la Villa Médicis, mixage d'homme et de  minéral, entremêlement du rupestre et de  carnation à visage humain, prolixité formelle avec laquelle nous nous débattons, à défaut de pouvoir y imprimer les linéaments d'un hypothétique sens -, et cette glu s'écoulant vers l'aval dans des teintes de chair éteinte, des senteurs de formol, nous sommes si près des tables de dissection de la médecine légale -, et cet imbroglio de membres convulsés, comme en proie à un sourd tellurisme, paquets de lave bouillonnante en attente d'une improbable éruption, il y a tant de massivité obtuse, tant de pesanteur mortelle, de liquéfaction, d'eau lourde faisant ses atermoiements, ses lentes oscillations de cendre, ses remous putrides - et cette perte continuelle, cette muette sémantique cutanée laissant s'échapper ses grappes de mots soudés, ses syllabes hémiplégiques, ses phonèmes déliquescents vers un sol qu'un pied effaré vient percuter de son émollient effarement -, et ce visage auquel nous sommes appelés de nouveau, dans lequel nous retrouvons avec une manière d'évidence l'empreinte du Maître, du Picasso des"Demoiselles d'Avignon", même masque primitif qui semble nous convier à un bien étrange rituel qui, au-delà de la mort, nous installe à même la longue généalogie humaine, son aventure faite de sacrifices, de disparitions - ce visage où le regard même, cet oriflamme de la conscience, semble en proie à de bien étranges visions, et ces oreilles ouvertes en conques vides, et ce nez emporté par un tourbillon qui semble le priver d'air, cette matière subtile à laquelle s'abreuve l'esprit, et ces joues émaciées, et ces lèvres soudées par lesquelles aucun langage - cette essence de l'homme -, ne semble plus pouvoir se produire.

  Le corps entier est un affaissement, une pure abolition de sa quadrature réduite à une simple ligne ondulante, à l'aporie d'un suintement infini. Nous sommes constamment acculés à nous confronter à une figure de l'excès, à nous écrouler sous les coups de boutoir d'une syncope , à fondre dans les replis cotonneux d'un évanouissement. A perdre conscience. Tout ceci signe une esthétique de la disparition avec laquelle nous n'avons jamais fini. Cela fait son  réseau de minces ruissellements en nous, cela s'échappe à bas bruit, cela fore de l'intérieur, cela s'écroule en un affairement imperceptible de lymphe et de sang, en une dissolution ligamentaire, en une érosion métatarsique, en une réduction aponévrotique jusqu'à ce que l'usure finale vînt remettre ce corps qui nous a été confié l'espace d'une vie, à sa nullité essentielle. En même temps que Bacon nous livre sa vision paroxystique, violente de l'existence, en même temps qu'il procède à sa propre combustion interne, il nous dirige, sans aménité, à nous saisir d'un regard dont la lucidité n'a d'égale que sa force et sa profondeur métaphysique. Parfois, croyant échapper à la complainte mortifère et aux sirènes de la finitude, nous entourons nos fronts des pampres lumineuses de la constellation dionysiaque. Cependant nous savons que Bacon a raison, et que sous la démesure  des bacchanales se dissimule toujours une "fin de partie" que nous dissimulons à nos yeux autant que durent nos illusions.

  Dans "L'homme révolté", Camus nous disait ceci que nous devons méditer :

 "Les corps torturés retournent par leurs éléments à la nature d'où renaîtra la vie."

  Comme une échappée par l'absurde métaphysique à l'absurde existentiel. Cycle de l'éternel retour du même dont les corps pourraient se voir "récompensés", renaissant à leur propre finitude après les étapes d'une patiente palingénésie. Mais, ce que l'auteur de "La peste" oublie de nous dire, son athéisme semblant éluder la question, c'est la question de savoir ce qu'il en est de l'esprit, de l'âme. Ces corps renaîtraient-ils à l'aune d'une sourde matérialité, sans plus ? Le corps-nihiliste remplaçant le corps-vécu-du-sens ?, la question demeure posée !

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:08

 

 Youri, ayant éprouvé rapidement mais d'autant plus intensivement la rencontre avec l'Autre, le Différent, l'ouverture multiple, donc avec la vie en son généreux déploiement, parvenu sur les pentes mortifères de Thanatos, freinait des quatre fers, hérissait le peu de corps qui lui restait en une boule quasiment identique à l'anatomie du porc-épic, plantait ses canines ferrugineuses dans le plancher du coche, lequel devenait un simple semis d'échardes. Chacun sait que l'idée de la Mort est révoltante en soi, que son approche réelle l'est encore plus  et qu'elle devient franchement INACCEPTABLE lorsqu'une révélation bouleversante vient en hâter le cours naturel. Or, c'est exactement ce qui arrivait au Russe, emporté qu'il était par le désir de s'inscrire, une fois au moins, dans le dédale d'une somptueuse volupté, de connaître le chambardement de l'amour, de se livrer aux remous enivrants de la passion. Cependant, ce hapax existentiel le concernait, sans doute pleinement, sans doute au-delà de ce que ses mornes vicissitudes quotidiennes l'avaient habitué à recevoir de l'écoulement inquiet et monotone des jours.

  L'entièreté de son existence n'avait consisté qu'à empiler déambulations sur déambulations, pareillement à un anonyme bloc de glace cherchant à se frayer une voie parmi les débris flottants d'une banquise. Mais le mystérieux et soudain mouvement de métamorphose semblait se produire hors-champ, sa vue commençant à s'engloutir déjà dans de bien ombreuses concrétions. Les Racinaires et autres Rhizomatiques, jarrets tendus, babines retroussées, canines dégainées, tous les habitués de la Ligne 27, juges, chirurgiens, curés, bouchers, huissiers de justice, vigiles, banquiers, croupiers, horlogers, assesseurs de tribunaux, rentiers, éboueurs, acteurs de théâtre, tous  n'attendaient que cela, le moment de la chute, l'instant délicieux entre tous où, bandés comme des arcs sous la poussée du désir, ils pourraient sortir leurs flèches définitives, leurs sagaies badigeonnées de curare et les planter au profond de l'âme, là où le sang ne coule plus mais où l'esprit agonise selon mille douleurs cruelles.

  Alors, en un désordre indescriptible, la meute fut soudainement lâchée, pareille à la furie des taureaux andalous lors de la féria, museaux fumants et écumants, se ruant dans les rues étroites, sinueuses et bordées d'agitations joyeuses, agitations qu'ils plaquent au sol pour les plus chanceux d'entre eux, ou bien qu'ils clouent contre les barricades de bois bientôt maculées de larges étoiles carmin. Et bien que Nevidimyj fût dépourvu d'une muléta commise à exciter la fougue taurine, il avait amassé contre lui les plus sombres nuées imaginables, disparaissant bientôt à mes yeux - mais comment rendre compte de ce déchaînement de furie à la mesure de la seule plume ? -, dans un tourbillon pareil au vortex d'un bien maléfique manège. La cohorte animale faisait ses soubresauts et ses voltes, chacun souhaitant inscrire dans la chair de l'Exilé, qui ses dents, qui ses griffes, qui ses écailles en forme de poinçon. Les quelques images qui restent de ce spectacle dantesque, je vous en livrerai une manière d'anthologie afin que, Lecteurs vous ne puissiez, un jour, me faire le reproche d'avoir péché par défaut. Voici donc un condensé de ces visions hallucinées, comme si vous y étiez. Mais prenez donc place sur mon assise bancale, tout près de moi. Notre commun strabisme pourvoira à notre insuffisant regard. Il importe que nous ne perdions rien de la scène de l'Omnibus. Non en raison d'une curiosité malsaine, mais pour pouvoir rendre compte devant l'Histoire.

  Voyez donc cette peste de Ver Luisant qui fore la prunelle des yeux de ce bon Nevid - excusez donc l'abréviation patronymique, mais elle s'est installée en mon laborieux inventaire à la manière d'une vérité révélée, ce bon Russe commençant son lent et cependant inévitable processus de dissolution - .  Mais quel travail, mais quelle intrépidité ! Et ne voilà-t-il pas que l'insane Ver dépose ses grappes d'œufs  dans la masse grise du cerveau. Déjà ses progénitures parcourent sillons et éminences, semant à tous vents leur haine acide. Et l'araignée, la belle veuve noire aux pattes longues et velues, au corps semblable à une pelote de suie, observez donc son beau travail, du solide, du parfait, Compagnon réalisant son chef-d'œuvre, l'architecture de la toile enserrant les lobes est sublime, les fils tendus du frontal au pariétal en un réseau de mailles denses. Aucune pensée ne s'échappera de cette triste geôle. Aucune idée ne fera son aura autour de la tête solidement arrimée aux tendons du cou. Car, approchez-vous, penchez-vous encore un peu.  Du cou, il ne reste plus que quelques lambeaux de chair flottant dans l'espace à la manière des drapeaux de prière agités par le vent froid. C'est l'Aigle royal lui-même qui s'est chargé de la besogne. Il faut bien nourrir les aiglons, c'est la fatalité, d'un côté le prédateur, de l'autre la proie. Ce charognard vous fait penser au Voyageur  qui, chaque jour, récitant ses patenôtres, attend du côté de Port-Royal. Effectivement c'est bien lui. Il souhaite envoyer à l'Eternel un squelette bien propre, débarrassé de ses souillures terrestres.

  Mais, si vous le voulez bien, ne nous mêlons ni de foi, ni de morale, contentons-nous de regarder ce spectacle aussi merveilleux que celui des arènes romaines. Il est tout de même plutôt rare que les failles humaines se montrent à nos yeux avec une telle densité, un tel déploiement de zèle. Le vice, la pure méchanceté, l'ignominie, la perversion, le désir incestueux, la cruauté ne sont souvent que des idées abstraites, presque des supputations dont nous pourrions nous demander si nous ne les avons pas simplement hallucinées, stockées dans quelque coin secret de nos cerveaux. Parfois nous nous laissons aller, les concernant, jusqu'à les décrire sous la figure d'aimables métaphores. Mais ici, mais maintenant, c'est bien du supplice pur, de la vengeance essentielle, de la sombre vindicte qui s'étale devant nos yeux encore incrédules. Et si encore nous rêvions ! Pourtant nous n'avons jamais été aussi éveillés qu'à cette heure solitaire où le déclin des feux du jour, s'il brouille parfois notre vue, nous dispose à l'accueil de la métaphysique, aux pensées profondes, aux ornières que le tragique, à longueur de temps, creuse au profond de nos existences.

  C'est ainsi. Une trop vive lumière efface les choses, en gomme les contours, le tout finissant par se perdre dans une manière de brume solaire. La nuit, quant à elle, refermant ses voiles d'ombre sur nos consciences léthargiques ne nous laisse que l'espace du rêve. C'est toujours cette heure entre chien et loup qui  vient nous visiter en nous questionnant. Pour la simple raison qu'il est impossible à tout homme de supporter cette terrible ambiguïté se logeant dans un temps arrêté, insaisissable. Laissons-nous emporter par cette fantasque mascarade. Jamais nous ne rendons mieux service aux hommes qu'en  plaquant leur face contre le mur de leurs turpitudes. Ils en connaissent l'existence souterraine mais veulent la circonscrire à la lueur sépulcrale de la crypte. Ils ne font, à longueur d'existence, qu'admirer leur silhouette pléthorique, agrandie par le bombement du miroir convexe. Quant au miroir concave, celui qui les rétrécit à la dimension de leur foncière insuffisance, jamais ils ne veulent lui confier le soin de réverbérer leurs propres images. Ils ne sont, en réalité, que des bambins morveux et inconséquents qui jamais ne se mouchent, n'apercevant le mucus qu'aux nez de leurs pareils. Mais rien ne sert de disserter plus avant. On ne fait que remuer des idées abstraites qui n'ont de cesse de retomber dans la platitude d'un sol oublieux.

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 07:58

 

Liberté.

 

 

*Le maître n'est pas plus libre que l'esclave; peut-être l'est-il moins ? Leçon hégélienne.

 

*Liberté - Egalité - Fraternité : inscription au fronton des utopies.

 

*Assure ta propre liberté : sois caméléon. Donc insaisissable.

 

*Tes vrais amis ? Ils sont ta liberté.

 

*La liberté vraie, nous ne l'atteindrons jamais que par la pensée.

 

*Utopique liberté. Être libre eût supposé le choix de ta propre naissance.

 

*La vraie liberté se résume à sa seule postulation. Force unique du langage.

 

*La poésie du quotidien ne sourit qu'aux hommes libres.

 

*Anticonformisme, une certaine forme de liberté.

 

*Le Néant, la seule liberté.  

 

*Au canon classique de l'Unité, substituez les règles de votre propre liberté : de temps, de lieu, d'action.

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 08:00

 

  Et voilà que le Pélican sort de la file des Curieux, claudicant à souhait, traînant devant lui son bec en forme de besace ou d'outre remplie par les bons soins d'Eole. Ses immenses  pattes palmées pareilles à des battoirs font, sur le sol de l'Omnibus, leurs larges auréoles de bruit. Dans la marche adoptée par le grand oiseau blanc, dans ses yeux aux prunelles de jais qu'éclaire une étincelle de lumière, dans sa crête occipitalement ébouriffée, dans la touffeur noire de ses rémiges, loin s'en faut que Nevidimyj reconnaisse ce bon Isidore, le méticuleux et précis barbier qui ne rêve que d'une chose, enduire de mousse blanche la falaise des joues youriennes, en faire des tas onctueux comme la neige, produire une mince avalanche en direction de l'éperon mentonnier, couler le long de la pente de la gorge, entourer le promontoire de la pomme d'Adam, attendre qu'un fin grésil vînt encore s'y poser - peut-être le brouillard des larmes de Nevidimyj étonné de tant de soins prodigués en sa faveur -, et, alors qu'une vague inconscience s'empare du Russe, lui planter l'arrondi du sabre dans la carotide afin que, partout se répande le sang de l'inutilité, celui de la lâcheté de vivre, celui encore du dédain de ses Semblables.

  Cependant, Lecteur sanguinaire, n'imagine point assister en ce moment palpitant à l'égorgement pur et simple de l'aristocrate déchu. Un vrai spectacle n'est jamais autant goûté dans sa profondeur qu'à être soumis au rythme lent de ses événements. Or Isidore est bien trop informé des labyrinthes tortueux et des coups fourrés de l'humaine engeance - combien de confidences a-t-il écoutées dans le moelleux de son salon; alors que les têtes shampooinées, livrées à une douce quiétude, étalaient, comme sur le divan du psychanalyste, leurs sordides épopées -, Isidore, donc, sursoit au sacrifice, se contentant d'enduire la face du moujik d'une écume légère alors que de la pulpe de ses doigts calamistrés il joue à faire des ronds sur la nuque de son Client étonné, ce dernier se surprenant même à esquisser un sourire de béatitude. Youri, dont la situation n'est pourtant guère enviable, ragaillardi par les bons soins d'Irma et de Félicie auxquels, de belle manière, se sont joints les doux attouchements du Coiffeur - figure archétypale du Père dont l'Exilé a été privé ? -,  se prend à rêver d'une vie meilleure alors même que cette dernière, pareille à un filet d'eau dans le désert, s'égaille en tous sens ne gardant de sa forme première qu'une vague trace d'humidité bien incapable de rendre compte de son passé.

  C'est tout de même curieux ce phénomène qui, présentement, rampe le long des flancs de l'Omnibus, fait ses ramures parmi le peuple des Rhizomatiques et s'étoile, montant jusqu'à moi, apportant ses luxueuses fragrances. Mais, vous, Lecteurs à  la conscience ouverte, n'avez-vous point été informés de ce qui se jouait en filigrane, se déroulait en sourdine,  étalait sa petite mélodie, cascadait son refrain d'heureuse comptine parmi la multitude compacte ? Mais ce n'était rien de moins qu'un bouquet d'odeurs faisant leurs petites révolutions autour de la sphère nevidimyjienne, une senteur de bonté, une d'indulgence, une enfin de miséricorde.  Oui, c'est bien de cela dont Youri venait d'être atteint, d'une soudaine coulée de sentiments ouverts, généreux, genre de "multiple splendeur" glissant le long de son âme de subtile manière. Jamais une telle donation en sa faveur de la part de ceux qu'il avait croisés sans même prendre acte de leur présence réelle. N'avait-il pas été coupable de négligence à l'endroit des Autres ? N'avait-il pas péché par orgueil ou, tout simplement par omission, distraction, ne voyant dans l'existant que sa propre trace ?

  Mettons-nous, seulement un instant à la place du Sans-Racines. Les quelques sentiments qui avaient été exhibés envers sa personne par les trois Voyageurs - fussent-ils insincères, pervers et, en définitive indélicats, œuvrant à l'obtention d'une souffrance différée mais non moins mortifère -, n'en étaient pas moins ressentis par son destinataire comme des signes patents d'une reconnaissance. Le faux pas de l'Histoire s'effaçait soudain, permettant par cela même l'émergence d'une identité dont le Mansardeux avait fait la douloureuse économie, son calvaire durant. Donc, toutes ces manifestations affectives, simples cautères sur une jambe de bois, n'en faisaient pas moins leurs simulacres de joie pleine et entière dont Nevidimyj, s'il avait été assuré d'un empan plus ample du Destin eût fait son ordinaire pour son plus grand bonheur. Mais l'on choisit rarement la sauce à laquelle on veut être mangé !

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 07:53

 

Langage.

 

 

*Opposer à la rigueur du chiffre la douceur, la souplesse du poème. Connaître par la chair.

 

*Parler; combler le vide du monde de bégaiements, balbutiements et autres essais. Jamais le langage n'aboutit. Cherche seulement, tâtonne.

 

*Choisir un mot, un seul, et aller jusqu'au bout de ses signifiés : ouverture à l'illimité.

 

*Nous ne sommes que langage. Le corps est de surcroît.

 

*Plus belles figures de la rhétorique : métaphore; ellipse.

 

*Recouvrir de mots toute les faces du monde.

 

*Parler en même temps la langue de Billancourt et celle de Racine.

 

*Aucun langage n'est inutile : écoute l'eau, écoute la terre; écoute le ciel.

 

*Il y a urgence à penser, lire, écrire : dans le tréfonds.  

 

 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 10:13

 

Le Cri du Silence.

 

cds 

 Le Cri - Edvard Munch – 1893

National Gallery – Oslo.

Source : Histoire des arts

De Rombas.

 


   Tout cri proféré introduit une distorsion de l’espace, entraîne dans son sillage une césure du temps. Il y a un avant du cri et un après. Avant est l’exercice d’une certaine liberté, le déploiement d’un existentialisme au long cours. L’épée de Damoclès, inscrite dans la logique du vivant, se contente d’être au-dessus de nos fragiles fontanelles, de menacer, d’énoncer l’aporie dans un geste de suspens. L’avant-cri est attente, irrésolution, cheminement hasardeux, mais progression envisageable, projet simplement différé. L’avant-cri postule de possibles horizons, des trajets multiples, souvent contrariés mais toujours promis à une finalité, à l’atteinte de quelque but. Dans l’avant-cri, l’homme a son site comme l’homo erectus l’avait au seuil de sa caverne ombreuse à seulement regarder la ligne des arbres, l’écoulement du ruisseau, la falaise de pierre blanche. Il y a, alors, seulement une tension, le toujours possible surgissement, au milieu des nuées, de l’éclair de feu et la fuite rapide vers l’abri primitif. Il y a étrangeté à se confronter à la Nature, à son irrépressible puissance, à l’assise de son royaume. Il y a étrangeté à sa propre rencontre avec ce qui est autre et, par définition, toujours menace.

  Le cri est, d’abord, un simple borborygme intérieur, un grondement d’orage dans les plis du lointain, un ébruitement de l’âme, mais sans conséquence autre que son propre événement. A ce stade, le cri est horizontal, ce qui veut dire que, sur son trajet, il rencontre toujours du réel, du vraisemblable, du réalisable, du projet, de l’homme, du sens. Encore ne s’est pas ouverte la démesure, encore n’est pas apparue la sémantique obtuse, faisant occlusion à même sa profération. L’avant-cri est cette manière de territoire flottant, sans attache véritable, cette dérive le long des eaux qui comportent la cataracte en leur essence, mais à titre de simple virtualité, d’hypothèse. Le cri en puissance affutant ses armes, avant que de se révéler en acte.

   Les hommes poursuivent leur traversée dans un genre d’inconscience consentie, d’hébétude hasardeuse si proche d’une superstition, d’une remise de leur destin à une divinité cachée qui veillerait à ce que leur navigation consente à les déposer sur le rivage opposé, fourbus, sans doute, épuisés, mais vivants, capables de s’illustrer dans d’autres voyages, d’autres épopées. Tout ceci est ressenti du fond d’une ombreuse intuition et les Voyageurs courbent la tête, à défaut de pouvoir regarder la lumière de la vérité dans son arc éblouissant. Il y a des rémissions successives, des fausses alertes, des signes avant-coureurs et, soudain, au milieu des flammes rouges du ciel, du bouillonnement ferrugineux de la terre, des convulsions obscures des eaux, c’est le surgissement du cri venu dont ne sait où, qui envahit la totalité de l’espace disponible, faisant ses coruscations étoilées jusqu’aux limites du monde, jusqu’au tréfonds des consciences. Plus rien alors n’a de repos, plus rien ne s’abandonne à sa propre léthargie, plus rien ne s’exhausse au-dessus de la marée sonore noyant tout dans une inconséquente et incompréhensible glu.

  Car, à partir de maintenant, les mouvements ne seront plus possibles, les trajets cloués à leur propre sidération, les hommes métamorphosés en statues de sel, simples concrétions soudées à leur immanence étroite, reconduits à n’être plus que simples excroissances minérales fermées à tout ce qui s’anime, signifie, parle. Car le langage est aboli. Comment, d’ailleurs, l’homme pourrait-il proférer quoi que ce soit alors que le bruit assourdissant envahit chaque recoin disponible, s’invaginant dans la moindre faille du sol, colonisant l’immense courbure d’un horizon à l’autre. Il n’y a plus de place pour l’homme qu’à renoncer à sa pensée, à amenuiser les prétentions de sa raison à expliquer, à dissoudre sa conscience dans les plis de l’absurde partout à l’œuvre.

  Sans doute évoquera-t-on la survenue de quelque tragédie humaine, à savoir les ravages de la peste, la famine, les conséquences d’une surpopulation, le déferlement d’un tsunami dévastateur. Mais l’explication sera trop courte car, s’il s’agissait d’une famine, fût-elle importante, jamais elle ne pourrait l’ensemble des Vivants, une partie seulement. Alors que les ravages résultant du cri ont une immédiate et universelle portée : c’est l’humain en sa totalité qui courbe l’échine sous les fourches caudines du non-sens absolu. Ce que le cri a ouvert, c’est une dimension verticale, une chute infinie sondant jusqu’aux abîmes, là où ne se donne plus à voir que le silence, à espérer que le néant révélant ses coutures mortifères, l’infinie désolation de lignes enchevêtrées sur leur nœuds d’incompréhension.

  Ce qui fait la force de répulsion du tableau de Munch, c’est que, d’emblée, nous sommes exclus de ce qui y fait phénomène Nous butons sur la vitre compacte du cri et c’est, soudain, comme si nous nous trouvions dans l’œil du silence, au creux d’un battement sans fin, d’une oscillation infinie, sur le bord d’une bonde par laquelle le néant ferait son écoulement sinistre, son sifflement métaphysique. Identiquement au Personnage de la fiction mortelle, nous sommes dessaisis de nous-mêmes, dépossédés de notre âme, en proie à la perdition, livrés sans possible rémission à une exclusion ontologique, notre être se dissolvant par le même mouvement qui le rend conscient de la rigueur de l’abîme, de l’inconcevable qui lui est attaché comme l’ombre de notre propre condition mortelle. Le cri de Munch se trouve porté à son incandescence par la violence qui le parcourt tout au long de la toile, dont nous ne pouvons nous échapper, tellement sa force résulte de sa livide abstraction, longue complainte ossuaire dont le Foudroyé nous faisant face est la terrible effigie, cri sans objet - nous ne savons qui est à son origine ou bien qui en est le destinataire -, cri plongeant ses griffes acérées jusqu’au tréfonds d’une raison dévastée, cri de la folie majuscule semant l’effroi d’une dispersion schizophrénique - plus rien ne tient ensemble, longue et confondante diaspora du corps, de l’esprit, de l’âme -, occlusion du sublime langage dont ne subsiste plus que cette absurde vocalisation animale, cette démesure tératologique - mais quel monstre va donc surgir ? -, et l’épiphanie humaine n’est plus que cette consternante torsion buccale, celle dont le dernier souffle, sans doute, est la vulgaire mise en scène macabre. Ayant regardé cette œuvre magistrale, nous étant livrés à sa lecture néantisante, nous ne l’oublierons plus, ses stigmates seront en nous, braises vives logées au nu de notre chair, poursuivant, à bas bruit, son œuvre de déconstruction. Mourant, nous absentant du monde, disparaissant à nous-mêmes, poussons-nous ce cri intérieur, lequel serait notre dernier mot en direction des « frères humains » qui après nous vivront ? Ceci, ce mystère, peut-être s’éclairera-t-il un jour, depuis cette métaphysique dont l’impulsion fut donnée à seulement interroger notre être sur le sens des choses venant constamment à notre encontre. C’est toujours au-delà de nous-mêmes que questionnent les choses de notre habituel horizon, lesquelles, pour témoigner, ne disposent jamais que du cri du silence !

 

 

 

 

 

 

  

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 10:10

 

  Tassé sur mon petit monticule de bois, cherchant à occuper, dans l'espace, la moindre place qui pût s'imaginer, muet mais non aveugle, je tâchais d'observer l'étrange scène qui se déroulait devant moi, prenant en mon esprit les notes qui s'imposaient afin que, plus tard, je pusse coucher sur du papier les événements singuliers qui envahissaient l'horizon de ma conscience avec l'amplitude des marées lors des équinoxes. Du reste, mettant à profit les rares moments de lucidité qui me visitaient épisodiquement, je me questionnais sur le fait de savoir sous quelle forme je pourrais retranscrire l'inconcevable qui, devant moi, déployait l'immense voilure de ses ailes. Mais je dois avouer, à ma décharge, que j'étais, en ce singulier instant, plutôt préoccupé de percevoir la réalité dans sa verticalité constitutive plutôt que d'échafauder le cadre d'une possible écriture.

  En cette heure tardive, l'intérieur de l'Omnibus n'était guère éclairé que par les réverbères de la ville et l'on devinait ses Occupants à leur silhouette plutôt qu'on n'en discernait les formes avec rigueur. C'était comme une masse informe, compacte, cernée de lueurs non clairement définissables, comme si l'on avait eu affaire à quelque enchevêtrements de racines ou de tubercules s'élevant difficilement au-dessus d'un sol marécageux, tourbière ou rive d'une mangrove. Mais, pour autant, la vie animant ces étranges Spectres n'était pas seulement végétative, comme s'il se fût agi d'un métabolisme immémorial oublieux de lui-même. Des linéaments d'existence se faisaient jour, de-ci, de-là, genre d'ondes concentriques diffusant leur courant selon de lentes et longues vibrations. On se doutait, observant ce spectacle inhabituel, que quelque chose se tramait en sous-sol, identiquement aux convulsions internes de la lave avant que le bouchon du cratère soudain libéré  ne dégageât une énergie trop longtemps contenue. L'attente de cette manifestation, au cours de laquelle devaient s'élever du sol torturé de l'Omnibus, roches en fusion, bombes, fumeroles et corpuscules ignés déchirant l'air de leur impérieuse nécessité, devait bientôt se clore, la nuit du Coche s'illuminant de mille convulsions, de centaines de mouvements désordonnés identiques aux sabbats des sorcières.

  Les premiers à ouvrir le bal furent ceux des Convoyés qui occupaient les places les plus éloignées des banquettes disposées à l'avant du carrosse mortuaire. Et, malgré la hâte visible des Imprécateurs à accomplir leur peu ragoutante besogne, régnait une certaine discipline, un rang se constituant au sein duquel chacun prenait sa place, les Officiants ayant, selon toute vraisemblance, des fonctions différentes à accomplir. Youri Nevidimyj, sentant sa fin proche, souhaitant d'ailleurs hâter cette dernière, informé qu'il était par une intuition chauffée à blanc, en même temps qu'il était averti par son regard dorsal, -dont il convient de se souvenir  qu'il était constitué de deux yeux globuleux de baudroie abyssale -, informé donc que le cours des événements s'amplifiait, pareillement au galop pressé du Rhinolophe, aux coups de fouet réitérés de l'Hippocampe sur la croupe d'icelui, le Voyageur-mansardeux se mit à pousser une manière de long feulement vindicatif qui glaça le sang des infortunés Passants arpentant les pavés, pensant sous la poussée du cri que leur vie s'ouvrait à trépas.

   "Informes Tubercules, mielleuses Racines, Rhizomes nécessiteux, armez donc vos excroissances molles, aiguisez-les, faites-en des pieux que vous enfoncerez entre mes clavicules délétères. Ligotez-moi, faites de ma peau des étendards, sucez la moelle de mes os jusqu'à ce que mon invisibilité soit parfaite. Comme si le Néant qui m'a atteint depuis ma douloureuse naissance ne suffisait pas, comme si ma vie étriquée, ma vie de funambule progressant sur le fil tendu entre les deux falaises du Rien n'avait déjà procédé à mon extinction. Mais votre haine serait-elle donc sans limite ? Mais votre cœur ne serait-il qu'une bombe volcanique faisant exploser sa densité mortifère contre tous les gueux de la Terre, les déshérités ? N'avez-vous jamais perçu combien votre entreprise était vaine ? Certes, mon épiderme mangé par les engelures, ma peau diaphane à force de privations, la faiblesse de mes articulations, la friabilité de mes os, vous en viendrez à bout, vous les réduirez à l'état de cendre, de poussière, peut-être même n'en restera-t-il rien. Mais ce que vous ne pourrez néantiser, votre volonté fût-elle immense, c'est l'image que j'ai instillée dans les linges étroits et nécessiteux de votre matière grise, dans les filets de vos neurones, les arcanes de votre conscience. Votre mémoire sera votre constante geôle. On ne détruit pas le moujik en le dissimulant derrière la silhouette aristocratique du boyard, toujours il reparaît alors qu'on voudrait le verser dans les basses fosses de l'Histoire.

  Hurlez donc Loups aux inconséquentes babines, faux Révolutionnaires qui n'avez jamais pris les armes que pour piller les riches, les aristocrates et, enfin, prendre cette place que vous convoitiez depuis le lieu de votre concupiscence naturelle, ce "foyer du péché" que vous avez allumé en vous, incapables que vous étiez de vous assumer en tant que simple Existant parmi la multitude. Votre victoire sera éphémère qui ne tardera guère à retourner contre vous les crocs envieux que vous ne pouvez dissimuler au regard de vos futures victimes. De moi, Youri Nevidimyj, vous n'avez jamais vu que les vêtures de l'aristocratie, ma toque de fourrure, les brocarts et les velours vénitiens, les bottes de cuir aux larges revers, les gants en agneau glacé. En réalité, ils n'étaient que des colifichets destinés à entretenir une illusion, celle de vivre par procuration une existence trop vite gommée, laquelle ne dissimulait que mes origines modestes de moujik. Votre insatiable cupidité s'est laissée aveugler par le carrousel des apparences ou de ce qu'il en restait. Quant à moi, privé d'identité, qu'avais-je à offrir aux autres que cette figure d'errance à le recherche d'une bien hypothétique origine ? Mais à observer vos dents acides et sulfureuses qui brillent dans l'ombre pareillement aux lames des sabres, je sais ne pas vous avoir convaincus. Et, du reste, comment le pourrais-je alors que je ne suis déjà guère plus consistant qu'un spectre et que ma parole, venue de l'au-delà ne vous parvient qu'avec la teinte de l'irréalité, sinon du mensonge.

  Ô, Racines, Rhizomes putrides, vous attendez seulement que je vous calomnie afin que votre hargne, un instant retombée, - vous écoutiez le récit de ma fable avec quelque humilité -, puisse enfin trouver la catapulte qui projettera en ma direction les boulets ignés destinés à biffer mon nom de la carte de votre monde étroit. Mais qui donc ouvrira le bal de ma dernière danse, de mon ultime pirouette ? Toi, Irma-la-Secrétaire, qui te dissimules derrière les contorsions multiplement océaniques du Poulpe géant, libère donc tes tentacules, étreins-moi, colle contre mon corps émacié la densité de tes ventouses visqueuses afin, qu'une fois dans ma vie, je puisse connaître l'ivresse d'être embrassé. Oui, c'est cela, ton étreinte est si douce alors que tu ne la voudrais que cruelle. Un de tes tentacules s'est introduit dans la forge de ma bouche, vrillant la braise de ma langue de bien langoureuse façon. Jamais je n'aurais cru le baiser de la Mort aussi doux, aussi pleinement charnel, voluptueux. Et je ne saurais décrire avec de simples mots, avec un vocabulaire habituel, ce qui m'envahit actuellement - je ne parle point de tes flexibles extensions pareilles à des lianes -, mais simplement de la félicité de l'enfant que je crois être soudain redevenu, chaudement lové dans les bras de sa première Amante, cette Mère dont je n'ai même pas une image, pas même le souvenir du moindre effleurement. Non, ne te retire pas encore, tiens-moi dans le corset de tes bras multiples, invagine-toi dans le moindre de mes recoins, introduis-toi dans mes orifices disponibles, je connaîtrais ainsi l'ivresse d'être possédé. Mais je vois que, déjà, tu te retires sur tes glaireuses éminences, souhaitant regagner l'antre que tu occupes parmi les tiens, dans un vibrant enlacement. Sans doute t'ai-je déçu, ô Poulpe au grand cœur, j'ai si peu l'expérience de l'autre, replié que je suis sur le microbe de mon existence anémique.     

  Mais, dans la file des Exterminateurs, qui donc est cet étrange Crapaud aux atours granuleux, aux ocelles bruns comme le limon, au goitre violemment gonflé ? Parle donc Vieux Crapaud, afin que, parmi les exhalaisons de ta voix croupissante, je puisse déceler celui ou celle qui, juste l'espace de son crime, habite ton informe flaque épidermique. Sais-tu que tes sombres et savantes paroles résonnent en moi à la façon de subtils attouchements ? Je pensais tes émissions vocales urticantes, tes éructations abrasives, eh bien c'est du contraire dont il s'agit. Ce qui sort de ta bouche, selon bulles irisées et clapotis minuscules, ressemble aux effluves de la douce guimauve, aux exhalaisons du lilas, aux larmoiements des grappes de glycine. Je ne te savais pas si empressée, chère Félicie, toi la Retraitée si discrète, à m'investir aussi goulument, à me dévorer de tes yeux vert-de-grisés ou s'allonge la fente du désir, à parcourir le clavier de mon corps de tes attouchements griffus, lesquels irisent jusqu'aux rayons de ma moelle épinière parcourue des crépitements du plaisir inopiné. Toi qui ne rêvais, potée de géranium sur les genoux, qu'à enfoncer les tessons de terre cuite dans le gras de mes fesses, simple et anonyme Voyageuse de la Ligne 27 à qui l'on aurait donné le Bon Dieu sans confession, te voici maintenant amoureusement penchée sur mes éminences, les flattant de ta langue criblée de pustules, frottant contre leur soie la tunique râpeuse de ta vêture, tétant goulument de ta bouche élastique, largement fendue, le moindre de mes poils, comme s'il était revêtu d'un nectar subtil. Voici que, presque mort, les gens de toutes sortes, les plus vils comme les plus distingués, me considèrent à la manière d'un objet précieux dont, à loisir, ils souhaitent percevoir l'ultime éclat avant que l'infini ne le ternisse. Ma vue m'a-t-elle abusé ? N'ai-je pas simplement été le jouet de ma propre personne ? N'ai-je pas trop facilement cédé à la folie, à son mélodieux chant de sirène, alors que mes semblables ne souhaitaient que ma compagnie ? Combien parmi les hommes auraient bu avidement mes paroles, ce n'est pas si fréquent d'écouter les histoires d'un exilé, orphelin de surcroît, ancien moujik rapidement passé par la case boyard avant que les révolutionnaires vinssent mettre un terme à cette existence ressemblant si fortement au rire du dément. Mais c'est ainsi, parfois ne se rend-on compte de sa capacité à vivre qu'au seuil de sa disparition. Toi, Crapaud à l'assise royale, retire-toi car j'ai assez appris de toi et dispose-toi à t'effacer afin qu'il soit loisible à mon prochain Invité de m'apprendre, me concernant, les choses que j'ai volontairement ignorées, ou sottement feint de considérer simplement dérisoires. Merci pour ta génuflexion qui ne fait que t'honorer et signe la qualité de tes hautes vertus."

 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 09:09

 

Langage.

 

 

*Rhétorique. La parole comme un feu de Bengale.

 

*Tout homme est une Tour de Babel, une ziggourat aux milliers de langages.

 

*Beauté des langages marginaux, ils sont à eux seuls des pays.

 

*Pouvoir magique des mots. Dites "Silence" en chuchotant et vous serez dans le recueillement.

 

*Pareils à "Simon du désert", les mots ne résonnent jamais que sur des mirages de sable.

 

*Langage, la pure merveille humaine. Jamais l'animal ne pense.

 

*Invente pout toi une formule magique. Ne la livre à personne. "OM" des Tibétains("Om mani padme hum").  "Hommage au joyau du lotus".

 

om


*Les mots, la prière,  sont les seules armes des peuples pauvres. 

 

 

 

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 08:04

 

Youri Nevidimyj pressentant qu'il devait parler avant que je ne renonce à rendre compte de son funeste destin :

   "Ô, Toi Journaleux qui jettes sur le papier tes signes mortuaires, qui déroules tes phrases sépulcrales, essayant de fixer le proprement insaisissable, sans y parvenir toutefois, aiguise donc les yeux de ta pensée avant que je ne disparaisse à ta vue, simple existence mortelle à moins que je ne sois qu'une invention, une pure fantaisie de ton imaginaire. Et, maintenant, assiste à ma métamorphose sans m'interrompre aucunement, sans m'adresser de parole inutile. On n'arrête jamais la mystérieuse marche du destin, surtout celle d'un déjà disparu avant même que d'être né. Je m'adresserai à mes bourreaux, les seuls qui, à partir de cet instant, m'accompagneront jusqu'à ce que mon invisibilité, depuis longtemps prédite, puisse enfin trouver son épilogue. Je ne m'imprimais sur la scène du monde qu'à titre de parenthèse qu'il convient de refermer maintenant. Observe sans ciller. Rien d'autre que ton regard figé ne pourra comprendre l'événement au milieu duquel je m'agite pareillement au microbe dans son bouillon de culture. Aurais-je existé vraiment ? "

   L'adresse en ma direction devait se terminer par ces quelques paroles énigmatiques. Désormais Youri Nevidimyj s'adresserait en exclusivité à ses coreligionnaires, ceux qui, le poursuivant depuis sa naissance, ne l'avaient assigné qu'à apparaître sous la figure de l'insaisissable.

   "Ô vous, les Passagers de l'Omnibus qui croyez pouvoir disposer de moi à votre guise, ne pensez-vous  pas que je sois conscient de vos funestes desseins ? Et quoique la faible clarté qui règne dans le carrosse terminal ressemble à la flamme du cierge au profond des catacombes, vous m'apparaissez avec la netteté qui préside aux vérités les plus immédiatement perceptibles. D'abord aux yeux de l'âme, ensuite aux yeux corporels par lesquels le monde se signale à moi dans toute sa splendeur. Mais aiguisez donc votre vue de myope ! Qu'apercevez-vous donc sur ma tête, sinon les arabesques du corail dont l'Hippocampe a bien voulu me prêter les attributs ? Et mon nez surmonté d'une crête en forme en fer à cheval, ne vous rappelle-t-il vraiment rien que vous ayez déjà aperçu ? Heureusement le Rhinolophe est plus généreux que vous. Et le sommet de mon dos dont les omoplates saillantes s'éclairent des yeux globuleux de la baudroie abyssale, n'en avez-vous jamais vu l'illustration dans vos propres globes oculaires perclus d'envie ? Ainsi équipé, il m'est loisible de vous observer sans même prendre la peine de tourner le rocher de ma tête, sans vriller les cordes de ma nuque sédimentée, gardant cependant mes yeux-de-devant fixés sur le double attelage qui me conduit vers ma lugubre mansarde.

  Et, bien que vous paraissiez maintenant sous des formes animales destinées à me tromper, sachez que vous ne faites que vous remplir d'illusions sur vous-mêmes. Vous n'êtes même pas dignes de vous mesurer au puceron, lequel, du haut de son corps de microscopique grillon vous toise de toute la hauteur de sa taille, de toute la grandeur de son esprit. Invisibles, vous l'êtes à votre propre conscience, alors que vous n'avez vécu qu'à réaliser ma disparition, ourdissant vos menus complots en sourdine.

  Pour moi, la Ligne 27 était une respiration, la scansion de mon temps orphelin, la mise en musique d'une mince ritournelle promise à s'éteindre faute d'un souffle qui pût l'animer longtemps. Pour vous, cette même ligne n'était que celle, méprisable entre toutes, qui vous permettait de dresser les antennes de votre haine à mon encontre. Et que vous offusquiez-vous à ne pas voir mon regard, à ne pas entendre ma voix, à ne pas percevoir mes mouvements ? Est-on si dérangeant lorsqu'on ne suit pas les trottinements coutumiers et les bêlements chevrotants de votre troupe simplement occupée à archiver dans ses laineuses circonvolutions les faits et gestes de ceux qui longent l'existence avec modestie, souhaitant seulement qu'on les ignore suffisamment afin qu'ils puissent se déployer dans l'espace avec la belle constance et la discrétion de la liane du volubilis ?

  Qu'avais-je donc commis comme crime à vos yeux de juges impitoyables ? Certes mon passé inglorieux, ma naissance à mi-chemin entre prestige et déchéance, ma perdition au milieu des remous consécutifs à la Révolution, mon exil, ma réclusion dans une sombre mansarde, confié aux subsides des méticulosités sociales, tout ceci pouvait être regardé, peut-être à juste titre, - jamais on ne peut être son propre procureur -, comme une obstination à vivre, un déroutant cynisme à exister coûte que coûte ? Vos rumeurs internes, vos récriminations à bas bruit, vos mélopées moralisatrices, je les percevais, à chaque arrêt lorsque vous descendiez sur le trottoir de ciment, à chacune de vos montées alors que votre regard coupant comme la faux effleurait ma nuque de son souffle vénéneux. Et ce même souffle bilieux, atrabilaire, chargé des remugles de la vengeance, j'en sens présentement les courants, les ruisselets, les minces filaments qui, déjà, emmaillotent mon corps comme le cocon enserre la chrysalide. Mais votre souffle grandit, devient vent impétueux qui porte vos râles, amplifie les grincements de vos dents, donne essor aux hurlements que vous maintenez à grand peine entre vos flancs de chacals maigres et hargneux. Mais qu'attendez-vous donc pour sauter à ma gorge et planter vos canines étroites dans ma jugulaire afin que, mon sang partout répandu, annonce aux hommes l'heure enfin venue de ma repentance ?

  Voilà que se dessine l'instant rêvé, ardemment souhaité entre tous, de ma fin proche. Ô inestimable Rhinolophe, ralentis un instant le mouvement de tes pattes cireuses, replie les soufflets de tes ailes et toi, Hippocampe zélé, freine donc l'Omnibus de manière à ce que la foule des curieux qui se presse aux carreaux puisse assister aux derniers soubresauts d'un lâche et d'un vaurien. Le Diable, à côté,  est une simple eau bénite entourée de faveurs éternelles ! Je les vois déjà se dilater les pupilles du peuple carnassier, lesquelles ne tarderont guère à m'immoler au fond de leur puits disposés à accueillir les pauvres hères, les nécessiteux et les indignes de mon espèce. Mais, Cocher, qu'attends-tu pour ouvrir les portes à grands battants ? Que la vindicte s'abatte sur moi comme la petite vérole sur les Filles de joie ! Mais je comprendrais que tu souhaites tergiverser, attendre que ma dépouille gît dans une flaque d'hémoglobine écarlate avant que de m'offrir en pâture aux nécessiteux des faits divers qui hantent les ruelles étroites de la ville. Assoiffés de la sorte, ils ne pourraient que mieux s'en repaître !

 

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 08:06

 

L’Autre qui vient à nous.

 

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Source : Art and Photos. 

 

  L’Autre est là qui nous regarde en son énigme. L’Autre, nous le voyons, nous en prenons acte comme d’une présence matérielle, d’une effigie témoignant de sa forme, de ses contours, de sa silhouette. Cette vieille femme - sans doute une Indienne -, nous la voyons dans sa posture accroupie, cette singulière attitude de la plupart des Orientaux. Elle est pareille à une statue qui se serait échappée d’un temple afin de venir considérer le monde autrement qu’à l’aune de son icône, à l’ombre du sacré dont elle paraît émaner. Donc pareille à une des déclinaisons de l’art dont nous nous saisissons immédiatement dans un genre de hâte, comme si les significations dont elle réalise son épiphanie pouvaient, soudain, nous échapper. Alors nous tentons une rapide herméneutique, un effleurement du sens, tel qu’il parvient à notre conscience avec la fulgurance de l’intuition. Et, comment amorcer mieux toute compréhension qu’à se livrer aux lignes spontanées de la description ? Car décrire est déjà un acte par lequel nous appréhendons le monde selon les perspectives visibles qu’il met à notre portée.

  Il y a comme une harmonie des linges drapant le corps avec le corps lui-même. Les plis de l’étoffe jouent en mode alterné avec les sillons du visage. La même douce insistance à dire l’empreinte des jours, la succession des événements, les expériences inscrites dans la touffeur de la chair. Linges floraux et rythmés entourant les genoux dans une attitude de retrait, de recueillement. Car cette effigie dont on penserait qu’elle vient d’être modelée par les mains habiles du Potier est essentiellement la représentation d’une évidente sérénité. Tout en atteste, depuis la généreuse donation du visage, jusqu’aux lianes brunes des mains qui semblent commises à entourer quelque secret. Le visage, lui, - cette représentation de ce qu’il y a de plus haut en l’homme -, rayonne d’une lumière qui l’effleure à peine, s’illumine d’un reflet nous invitant à penser au-delà d’un simple masque qui aurait taillé dans la glaise le relief de son aventure existentielle.

  Il y a toujours plus dans l’apparence que l’apparence elle-même. Ceci nous est dit dans chacune de nos perceptions mais nous avons hâte de vivre, c’est-à-dire que nous nous empressons d’oublier. Trop long serait l’inventaire, trop vive la douleur d’exhumer ce qui ne vit qu’à titre de fossile et que les sédiments de la vie ont recouvert de leur gangue d’ennui. Car il y a toujours danger à connaître et, à ce risque, nous préférons celui de marcher en ne faisant que des pointes. Poser notre pied à plat et progresser à libérer le sol de ses vérités celées et déjà nous défaillons et déjà nous accélérons le rythme. Le funambule ne glisse sur son fil qu’à la mesure de sa vitesse. Ralentirait-il que déjà le vertige s’emparerait de lui, le conduisant à sa prochaine finitude.

  Mais le sourire, à peine esquissé, est là qui nous attend, dans une posture de généreux accueil, comme s’il avait compris d’emblée nos hésitations, notre confondant pas de deux. Nous sentons bien que l’effraction en direction de l’Autre est ce mince fil sur lequel, nous aussi, nous glissons, ne sachant jamais de quoi notre prochain pas sera la révélation. Nous disions l’Autre en son énigme et voici que celle-ci se dresse devant nous avec sa bienveillante étrangeté, sa disponibilité empreinte de réserve, d’hésitation, peut-être de doute, cette nécessité dont nous devons nous  emparer avant que de chercher à savoir. Et pourtant, la falaise du front est accueil, la tempérance du regard, accueil ; accueil également la lumière assourdie des pommettes ; accueil l’arc ouvert des lèvres, l’éminence souple du menton. Et cette perle au creux de la narine, ces rangs de bracelets apparaissent comme signes extérieurs de ce qui aurait à se dire mais demeure dans le silence.

 

  C’est ainsi, il nous faut nous résoudre à seulement glisser le long de ce qui n’est pas nous, à nous interroger longuement, à faire de nos trajets de constants égarements sur les sentiers du monde. Nous connaître nous-mêmes et déjà nous renonçons et déjà nous sommes comme cette vieille Indienne l’est pour nous,  hors de portée de notre propre regard, en dehors des  significations qui auraient pu nous éclairer. Tout, chez l’Autre, tout en nous fait sa rumeur existentielle sans que nous puissions en bien saisir le rythme, en interpréter l’harmonie. Longue dérive parmi la débâcle des glaces, lente flottaison juste une coudée au-dessus des bleus icebergs qui reposent sur leur immense socle d’oubli. Jamais nous n’apercevrons nos fondements, pas plus que nous ne parviendrons à entrer dans le périmètre secret de l’Autre. Tout ceci est, bien évidemment, coalescent à notre condition humaine, et c’est bien parce que le mystère demeure entier que nous poursuivons notre progression sur le sentier sinueux de la vie. Peut-être, un jour, les prémices seront-elles réunies où nous apercevrons des territoires jusqu’alors inexplorés : les murmures de l’eau qui nous habitent depuis notre apparition sous la voûte aquatique qui fut notre premier univers étoilé ; la terre dont nous sommes tressés puisque notre destinée apparaît, métaphoriquement, à la façon de l’arbre déployant ses ramures à partir de ses racines terrestres; de l’air qui nous parcourt intérieurement et anime nos lèvres du somptueux langage ;du feu de notre esprit livré aux éruptions mentales en direction de la connaissance. Notre quadrature existentielle se déplie toujours selon la course des éléments dont, bien souvent, nous n’apercevons pas les subtils symboles. L’eau, la terre, l’air, le feu, bien souvent ne s’illustrent qu’à titre de simples gouttes que le vent efface, de poussière se confondant avec le chemin, de souffles inapparents agitant les feuilles mortes, de fugaces étincelles dont notre visage est la mise en scène et que la lumière reprend dans son sein, à défaut de pouvoir la remettre dans nos mains ouvertes sur la trame des choses alors que le temps, dans l’éther, fait sa symphonie jamais achevée, jamais perceptible. Nous sommes cette temporalité à elle-même aveugle de sa course parmi les étoiles. C’est pour cela que nous sommes hommes. Et le demeurons.  

 

 

 

 

  

 

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