Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 07:57

 

Aphorismes.

 

 

*En peu de mots, l'aphorisme en dit plus qu'un long discours, l'espace de l'interprétation y est préservé.

 

*Aphorismes : cristallisations de la pensée.

 

*Plus l'aphorisme est spontané, plus il a de sens.

 

*Aphorisme. L'intuition le crée, la raison l'annule.

 

*Aphorisme, étincelle de l'instant. Réflexion, flamme de la durée.  

 

*L'aphorisme est à la pensée ce que le haïku est à la poésie : l'essentiel.  

 

*Toute tentative de commenter un aphorisme risque d'en vider la substance.

 

*Méditer un aphorisme par jour : une manière de demeurer vivant.

      

 

 

Art.

 

*Une œuvre belle : oubli du temps et de l'espace.

 

*Les choses ne sont pas esthétiques en soi, seul le regard les esthétise.

 

*Ramenez-moi quelque chose de plus beau qu'un galet lissé par la lumière.   

 

 

Repost 0
26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 07:47

 

c1

 

c2

 

c3

 

 

 

c5

 

c6

 

 

 

c8

 

c9

 

c10

Repost 0
25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:06

 

a1

 

a2

 

a3

 

a4

 

a5

 

a6

Repost 0
25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:48

 

Une révolution copernicienne.

 

 nc

Nicolas Copernic (14731543),

le savant humaniste qui a changé notre vision du monde

en plaçant le Soleil au centre de l'Univers (peinture de Jan Matejko)

 

 

 

  Alors, moi, Jules  Labesse, excédé par le discours du Président, je lui lance :

 "Eh pourquoi le matin, nous les hommes, et pas l'après-midi ?". Et le Jean : "Parce que, le matin, Labesse, c'est les femmes qui font la popote, et si on inverse les rôles...tu vois ce que je veux dire ?".

  Je voyais, en effet, et même plus qu'il ne pouvait penser. Je me rendais compte qu'on ne verrait plus beaucoup d'Ouchiennes aller retirer leurs billets ni entrer et sortir du Comptoir d'Ouche, ni Nelly exposer son pigeonnant au balcon, parce que, c'est bien connu dans toute la région, c'est surtout l'après-midi que les paroissiennes vont faire leurs dévotions dans les commerces, c'est presque une maladie, et nous, les Aubergines, il nous restera plus qu'à nous regarder dans le blanc des yeux, et après tout, ce sera déjà pas si mal que du blanc d'yeux on puisse encore en avoir à regarder, alors le Simonet, il a peut être pas tort.

  Et le Jean qui, sans doute, avait deviné mon encouragement muet, il rajoute :

  "Et faites pas cette tête-là. C'est quand même pas une punition de rester l'après-midi au chaud, à la maison. Et puis vous avez tous vos vieux phonos du temps de la Communale. Eh bien mettez-y quelques 33 tours du Georges et ça vous réchauffera jusqu'au tréfonds de l'âme ".

  Sur ce, le Jean descend de son banc, et tous, comme des glands, à la queue-leu-leu, on reprend le chemin du casernement. Le jour se lève. Au fond de l'Avenue de la Gare on entend encore les couinements de nos Conjugales entre les murs du "Cleup de l'Eternelle Jeunesse". On traverse le pont comme si c'était le "pont des soupirs", comme si le Destin lui-même venait de nous rejoindre, traçant les ornières étroites qui, dorénavant, seraient notre horizon ordinaire. On se serre les mains, comme après un enterrement, et puis on se dit qu'on peut tout de même pas renoncer à notre devise, qui est celle de Paris et de "Tonton Georges" en même temps. "SES FLUCTUAT NEC MERGITUR". On franchit la Leyze sans se faire submerger. Maintenant je remonte seul la Rue du Square. Y a la Mère Wazy qui gueule toujours après Noiraud"Viens ici mon petit chat chéri, que j'ai des croquettes si bonnes". Je pousse le loquet. Cette fois, je suis sûr, y a pas de bombe à retardement cause à Henriette qui s'envoie encore en l'air au joyeux Cleup des Foldingues. Je me fais une chicorée. Je remplis une bouillotte. Je dresse la table pour le retour de "l'Epouse Prodigue". Je lui mets un napperon brodé avec le service en porcelaine, je passe au four quelques croissants du Comptoir, je lui tourne un chocolat comme elle l'aime avec de la mousse dessus et de la poussière de "Van Hooten" pour faire joli. Je file au jardin. Je cueille une rose. Rouge. Je sais, elle va apprécier. J'allume le phono. J'y pose le vinyle qui commence à tourner. Tiens, j'entends ses pas dans la rue, même on dirait qu'elle marche pas droit. Juste le temps de sauter dans le pieu. Dans la chambre qu'est contiguë à la cuisine, et vu que la cloison elle est pas plus épaisse que les murs japonais, j'entends tout comme si j'y étais. C'est même comme si je voyais au travers des briques. Et, en fait, je vois rien, sauf le disque qui tourne et le Georges qui chante et, d'ailleurs, je vous en fais cadeau de la chanson de "Tonton", elle est si belle :

 

"Je n'avais jamais ôté mon chapeau

Devant personne

Maintenant je rampe et je fais le beau

Quand ell' me sonne

J'étais chien méchant ell' me fait manger

dans sa menotte

J'avais des dents d' loup, je les ai changées

Pour des quenottes !

 

Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée

Qui ferm' les yeux quand on la couche

Je m' suis fait tout p'tit devant un' poupée

Qui fait Maman quand on la touche.

 

J'étais dur à cuire ell' m'a converti

La fine mouche

Et je suis tombé tout chaud, tout rôti

Contre sa bouche

Qui a des dents de lait quand elle sourit

Quand elle chante

Et des dents de loup, quand elle est furie

Qu'elle est méchante.

 

Je subis sa loi, je file tout doux

Sous son empire

Bien qu'ell' soit jalouse au-delà de tout

Et même pire

Un' jolie pervench' qui m'avait paru

Plus jolie qu'elle

Un' jolie pervenche un jour en mourut

A coups d'ombrelle

 

Tous les somnambules, tous les mages m'ont

Dit sans malice

Qu'en ses bras en croix, je subirai mon

Dernier supplice

Il en est de pir's il en est de meilleur's

Mais a tout prendre

Qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs

S'il faut se pendre."

 

 

  La ritournelle vient à peine de s'arrêter. J'entends frapper à la porte. La porte s'ouvre et Henriette elle entre tout doucement, comme si elle marchait sur des balles de ping-pong. Elle est toujours en Lolita Marine, même ça lui va bien avec son béret bleu, sa robe mini, ses mi-bas couleur carotte, ses chaussures vernies :

 

"Dis, Jules, tu vas pas te pendre, quand même ? "

"Pour sûr, je vais pas me pendre, Henriette. Même la vie elle fait que commencer !".

 

 

FIN DE LA RECRE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:26

 

Affinités.

 

 

*Privé de tes affinités originelles ?  Exposé à la mort.

*Tes affinités : elles te reconduisent à ta propre essence.

*Affinités électives ou la magie de l'attraction réciproque.

*Affinité absolue : fusion de l'UN dans l'AUTRE.

*Affinités naturelles : Noces de la Terre et du Ciel.

*Athanor des affinités. Transmutation du plomb en or.

*Evidence des affinités : "Parce que c'était lui, parce que c'était moi." La Boétie - Montaigne.

*Chute des affinités. Eloignement de deux monades celées dans leur autarcie.

*Affinité des coquillages : eau qui les relie.

*Amour vrai : affinités transcendées.

*L'affinité n'a jamais à voir avec l'immanence. Il lui faut le lieu, le passage, l'ouverture. La transcendance.

*Art : mise en scène des affinités.

*Les affinités ont ceci de remarquable qu'elles sont identiques à elles-mêmes dans le temps.

 

 

Repost 0
24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 15:49

 

La Comédie Humaine.

 

babel 

Émile Zola compare

la Comédie humaine à la « Tour de Babel ».

Source : Wikipédia.

 

 

  "C'est passionnant de chercher une sorte de vérité au milieu de toute l'agitation, de toute la démesure, de la fornication, de la tromperie, de l'illusion; c'est passionnant de l'ouvrir tout à fait le grand livre de la "Comédie Humaine" et de décrire minutieusement, obstinément, armé de patience et d'attention, toutes les petites manies, les travers, les manquements, les faussetés, les dérives dues à l'amour, à l'argent, à la gloire, à l'ambition; mais aussi, la générosité, le dévouement, l'humilité, l'altruisme dont l'homme est le creuset, assure le recel; c'est passionnant de faire un bout de route avec Balzac, de poursuivre avec lui le rêve de Louis Lambert, de chercher à percer le problème de la connaissance, d'essayer d'ouvrir le mystère de la pensée, de cerner la folie, le génie, les aspirations parfois surhumaines des individus; c'est passionnant, dans "Ursule Mirouet" de chercher à percevoir le surnaturel faisant irruption dans le réalisme, de décrire une scène de la vie de province mettant en lumière l'avidité des héritiers, les complots tramés contre l'auteur du testament; c'est passionnant de suivre les méandres des personnages balzaciens, leur délectation pour l'intrigue, le pêché, les combines, leur goût des situations limites, des franges, des marges, là où grouillent les larves et les scories de l'aporie existentielle; c'est passionnant de démonter les rouages de la vie, d'en démêler les ressorts, de tutoyer l'argent et la puissance, l'honnêteté parfois aussi, de côtoyer et d'éprouver, comme si l'on s'était glissé dans leur peau, le sens de l'escroquerie d'un Nucingen, la pente du crime sur laquelle glisse Vautrin, de ressentir l'impérieuse ambition d'un Rastignac, de s'enfoncer avec Eugénie Grandet dans l'avarice et la tyrannie.

  C'est bien aussi d'éprouver les choses du côté de la victime, d'être, pour un instant, le Père Goriot, de souffrir pour ses filles jusqu'à en devenir le "Christ de la paternité"; c'est bien de s'identifier à Madame De Mortsauf, de vivre sa schizophrénie, déchirée qu'elle est entre vertu et passion amoureuse; c'est éclairant de jouer le rôle de l'ambitieux Lucien de Rubempré qui, par sa faiblesse, devient le jouet de Vautrin; c'est bien d'étudier le grand carrousel des mœurs où l'âme humaine se déchire en milliers de versions, en milliers de facettes; de s'immiscer dans la vie privée avec "La Femme de trente ans"; de pénétrer la vie de province avec "Le Curé de Tours"; de se laisser entraîner par Sarrasine dans la vie parisienne jalonnée d'expériences de vies fausses et absurdes où la richesse est étalée au grand jour avec son côté clinquant et tumultueux.

  C'est bien de vivre dans "Un épisode sous la Terreur", le parcours étrangement "humain" de Charles-Henri Sanson, le bourreau de Louis XVI qui ne demande rien d'autre qu'une messe pour le Roi défunt; c'est éclairant aussi de voir les convictions parfois contradictoires du Docteur Benassis qui peuvent s'interpréter comme une conscience hésitant à choisir entre la doctrine libérale, le dogme socialiste, l'utopie fouriériste; c'est étonnant de suivre les méandres de Séraphitus-Séraphita, curieux androgyne à la recherche de l'amour parfait; et puis il faudrait passer en revue les 2209 personnages de la "Comédie Humaine", Gobseck, le Colonel Chabert, Honorine, le Docteur Rouget; avoir l'omniscience de Gaudissart, tout savoir et parler encore de Sarias, de ses calots, de son déracinement; de Garcin, brave mais buté dont l'horizon présent ne dépasse guère la Commune d'Ouche, dont l'horizon d'hier se heurte aux montagnes arides des Aurès; puis faire encore le tour de Bellonte, de sa gentillesse, de sa disponibilité qui paraissent sans limites; puis plaisanter sur les fantasmes presque hors d'âge de Pittacci, dont le bon sens nous sauvera peut être de la pire des situations, enfermés comme nous l'étions, jusqu'à maintenant, dans notre territoire étroit de la Place d'Ouche; puis évoquer les vœux pieux de Calestrel, lesquels ont du mal à entraîner l'enthousiasme des foules; parler de Jules Labesse, mais seulement en filigrane, vous avez bien aperçu quelques unes de ses obsessions, de ses ritournelles, de ses lignes de fuite et y a pas de quoi fouetter un chat, y a pas de quoi donner lieu à l'étoffe d'un roman, après tout, comme disait Céline : "C'est un garçon sans importance collective, c'est tout juste un individu", alors y a pas de raison de s'éterniser et, quant à moi, y a rien de plus à dire qu'à propos des autres branquignols qui, eux aussi, sont seulement des "individus" qui, jour après jour, font quelques bulles à la surface de l'eau pour qu'on ne les oublie pas.

   Et, comme je disais au début de mon intervention, eh bien, nos Chères Compagnes, elles en veulent une part du gâteau et même, pour nous tous, ce sera salutaire et si, par hasard, on décidait de ne pas se pousser sur nos bancs pour qu'elles puissent y poser leurs légitimes curiosités, la place elles la prendront et, je suis sûr, elles amèneront les Foldingues du Cleup et alors, pour nous, c'en sera fini de l'observation d'Ouche, du Comptoir, de la Boutique à Nelly parce qu'on croulera sous le poids du destin et il ne nous restera plus qu'à jeter l'éponge. Alors, et il ne s'agit aucunement d'une fuite de notre part, juste un partage équitable des choses, j'ai décidé, en mon âme et conscience, qu'à partir de la semaine prochaine, y aura un tour de garde alterné sur les bancs verts : les hommes le matin, les femmes l'après-midi".

 

 

 

Repost 0
24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 13:54

 

d1

 

d2

 

d3

Repost 0
24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 13:51

 

Affinités.

 

 

*Assembler inlassablement les éléments complémentaires. L'affinité appelle la répétition.

*Tout désir qui régresse est le signe d'une insuffisante affinité.

*Toute affinité est nécessairement vraie. Jamais un simulacre.

*Jamais affinité ne se confondra avec ta propre personne. Il lui faut l'espace de la différence.

*L'altérité est le pôle d'aimantation de l'affinité.

*Ton ennemie ? La négation de l'affinité.

*L'affinité ne se décrit pas. Se vit.

*La plus belle métaphore de l'affinité : le SUMBOLON grec ou l'ajointement intime de deux tessons de poterie originellement réunis. Force du Symbole.

*Affinité : métaphore du Taijitu, fusion du Yin et du Yang.

*Affinité : le QI ou souffle originel des chinois comme osmose des dualités.

*Tes affinités te déterminent tout autant que tes actes.

*Tes affinités : le SENS pour toi.

 

 

Repost 0
23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 14:13

 

Mots muets : sérénité ou bien polémique ?

 

 

muet

 

 

Source : La Voix Lactée.

 

 

LES MOTS MUETS


"Ils n'épargnent jamais personne
Les mots muets qui suintent
S'enroulent au fond de l' estomac
Se bloquent au fond de la gorge
Se démonnent et s'accrochent
Prenant de l'ampleur dans le corps 
En des airs de gargouilles
Ils implantent leurs griffes
Et lacèrent les ventres
En peignant des joues pâles
Et des lèvres exsangues 
Ils frissonnent les yeux
Bloquant les dos et sectionnant les jambes
Et lorsque las d'être des prisonniers
Ils arrivent à s'évader
Les mots muets éclatent en désordre
Déterrant tout le mal
Et coulent en torrents
De larmes de boue et de sang"


Sylvaine Trantoul Diet.

 

 

 

  Ce beau poème nous dit, en termes évocateurs, incarnés, chargés de soufre et de reflux gastriques, les humeurs vitreuses des mots lorsqu'ils ont été trop longtemps contenus, qu'ils ont longuement ferraillé avec eux-mêmes, à l'étroit dans les gorges cavernicoles, dans les fosses carolines exsangues, se retrouvant, d'un seul coup, projetés dans l'air violent qui, soudain les dégrise, en même temps qu'ils se chargent de l'énergie nécessaire à l'affrontement. Alors, gare, il y a danger, il y a urgence à fuser de son intérieur comprimé, vers cet air libre qui vous aspire et décuple votre force. Alors la déflagration se produit à la mesure de ce qui, pour n'avoir pas été dit, avoir végété en une atmosphère confinée, se libère au plein jour avec toute la violence du monde. 

 Suivent, à l'appui du texte quelques rapides réflexions sur le langage silencieux en ses différentes figures. 
 

   Le langage, essence de l'homme, oui et le silence comme un contrepoint de ce qui se profère, si bien que nous pourrions croire les "mots muets" terrés au creux de quelque abîme, retirés dans leur sourd mutisme, déjà en partance pour un énigmatique au-delà de la parole. Alors, avec ces mots retirés, occlus, mutiques, nous serions quittes, tranquilles dans notre coquille de chair, en quelque sorte inatteignables. Mais c'est là mesurer les mots à l'aune de ce qu'ils ne sont jamais, à savoir une pure perte, un déficit, un renoncement à produire du sens. Et les "mots muets" sont, bien souvent, remplis de poudre noire, n'attendant que la flamme pour surgir à l'air libre. Les détonateurs : l'amour, la passion, la haine, la vengeance, la violence, le désir, la cupidité, l'envie, la paresse, la luxure. Mais nous nous apercevons que nous avons cité, en partie, les péchés capitaux.

 

  Les mots muets ne seraient-ils que démoniques, livrés à une surpuissance vindicative, tendant leurs griffes, bandant leur arc, enduisant les pointes de leurs flèches de curare ? Ne seraient-ils commis, en définitive, qu'à tuer, à faire passer dans la trappe de la finitude tous ceux qui s'exposeraient à leur courroux ? C'est comme un lacis de serpents, - l'allégorie du mal, de la tentation - en attente de prodiguer leur mortelle blessure, comme une braise vive qui couverait et n'attendrait que le souffle de l'ennemi pour projeter ses tonnes de cendres et de scories, projeter ses lapillis ignés à la face des hérétiques qui n'auraient pas pu accéder à leurs messages secrets, à la poche sécrétant tout le venin du monde. Muetsles mots, qu'à attendre impatiemment, comprimant leur ressort d'acier, la sortie au plein jour, l'éclatement des visages dans une somptueuse gerbe de sang. Une pure volupté des mots à plonger leur langue dans le liquide chaud, souple, à enfoncer leurs dents de vampire dans la chair qui déglutirait ce torrent d'hémoglobine jusqu'à ce que mort s'ensuive. Terrible pouvoir du langagecomprimé sous les assauts des meutes mondaines, sous les objurgations, les reniements, les coups de boutoir du mépris. Car il faut une charge de haine de la part de celui qui devient leur cible, afin que les flèches muettes partent à l'assaut et se livrent au massacre. 
  Mais alors, il faut se poser la question de savoir si tout langage silencieux repose sur un même sol disposé à la polémique, à la lutte, au combat. La prière, la méditation, la contemplation ne se livrent jamais à une joute, fût-elle oratoire. Les pensées qu'elles créent se dirigent, constamment, avec souplesse mais détermination, vers un but ultime, transcendant les catégories habituelles de l'existence humaine. En contact avec les universaux que sont le Beaule Bienle Vrai, - ou du moins leur euphémisation provisoire, en attendant mieux - les mots s'emplissent de valeurs essentielles qui les soustraient aux tentations simplement terrestres. De même, le Poète qui, dans l'espace silencieux de son empyrée, compose odes et ballades, en contact avec la Muse, son intention ne saurait se cerner de quelque projet belliqueux. De même l'Amantl'Aimée, transportés sur les hauteurs ménagées par Eros, figurent le lien que les Mortels établissent avec les Divins dont il ressort l'image du sacré, du précieux, du rare. De même le Philosophe dont le parcours en direction de la Vérité le soustrait aux tentations habituelles dont les non penseurs sont, le plus souvent, écartés. 

  Alors, faut-il être Religieux, Poète, Amant, Philosophe afin que les mots, à fleurets mouchetés, nous parlent la belle langue de la sérénité, du calme, de la mesure, de l'équanimité de l'âme ? Alors nous faut-il nous, les hommes, ôter cette croûte archaïque qui cerne encore nos visages de bien étranges lueurs, habite la conque de nos oreilles avec des grondements d'orage, enroule notre langue dans des torsions quasiment vipérines, durcit nos maxillaires en éperons de granit ? Que faut-il pour être hommeet porter sur soi un regard juste, un jugement honnête, une estime suffisante ? Que faut-il ? 

Repost 0
23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 13:44

 

Nous sommes les enfants de la Terre et du Ciel.

 

 la-terre-vue-du-ciel

 Source : Jeanbaptistebesnard's Blog.


 

(Sur une proposition

d'Isabelle Alentour).  

 

 

"Une nuit, sur la mer. 
Dehors il pleuvait. 
Eux, au-dedans, ils s’aimaient. 
Insensible tangage et sourde volupté. Les vagues venaient de très loin les bercer. Les bercer, et mourir. Entre chaque vague un suspens. La première très joyeuse, la dernière pure vibration, chant inaudible et indicible entrecoupé de nappes de sommeil. 
Au matin, un peu de chagrin. Longtemps la jeune fille regarda l'homme allongé auprès d’elle.
- Les plaines sont trop étroites et la terre pesante, lui disait-il. Tu ne seras pas loin, mais tu ne seras pas là. Aussi chaque jour je t’apporterai des orages, et nous irons les danser sur les plages. 
- Regarde, dit la jeune fille simplement. Regarde tout autour l’étendue des possibles."

 

 

  Lire ceci, c'est comme de s'installer sur le bord du monde et regarder l'origine. Tout est dit del'Homme dans le refuge auprès de l'Amante, cette conque qui recueille et fait don de la vie. Doux bruissement, rythme des vagues amniotiques, terre d'asile toujours quittée à regret. Car sortir du possible en direction du réel est toujours une douleur. Seul le grand Océan primitif amène son tangage pareil à une universelle harmonie. Symbiose, fusion, volupté en miroir. Gagner les rives de la Terre et, alors tout paraît trop étroit, aussi bien les plaines, tout semble se disposer à la lourdeur, à la pesanteur, aussi bien les plis de la glaise.

   On a quitté la Terre Promise, on a plongé au mitan des vagues existentielles. La Femme est désertée, son amour libre, ouvert, s'est replié à la manière d'une corolle souple, tentaculaire, genre d'anémone de mer occluse, reconduite à son souvenir d'outre-vie, là où ne s'informaient que de pures virtualités.L'Homme est orphelin, abandonné à son sort, solitude forant jusqu'au tréfonds de l'âme. "Tu ne seras pas là", tu seras quelque part sur le cercle de  réminiscence, mémoire aquatique, vagues, rythme syncopé, univers en suspens. Mais comment retrouver cette libre disposition de Soi à l'Autre autrement que par le rêve, l'imaginaire, la longue et sourde méditation. "Les bercer et mourir", voilà donc cette vérité qui sépare les Amants - la première relation est de cet ordre, l'inceste est toujours une fable qui rôde juste au-dessous de la ligne de flottaison - les Amants qui, chacun de leur  côté, accomplissent leur  chemin dans cette manière de bercement, rythme immémorial cerné de finitude.

   Jamais on ne sort de cette alternative, de ce balancement, de cette vibration ontologique du jour à la nuit, de l'ombre à la lumière. Le ciel est, lui aussi, devenu trop étroit. Alors que reste-t-il pour distendre la peau fripée du monde, si ce n'est inciser le ventre des nuages, y faire surgir les éclairs - cette sublime métaphore de la divinité, de l'esprit, de la brûlure de l'intellect - d'y provoquer l'orage. L'orage comme larmes du ciel, mémoire du grand bain primordial, destination la Terre qui en sera fécondée afin que puisse se reconduire le cycle temporel vers un genre d'infini. D'absolu. L'Amour n'est rien que ceci ou bien n'est pas. Tout Amour reproduit en microcosme ce que le grand Amour primordial, immense macrocosme a dessiné au sein même des âmes dont elle veut réaliser l'assomption sur les vagues terrestres. En définitive, nous ne sommes que les Fils, les Filles de ces belles noces de la Terre et duCiel qu'un jour nous connûmes, afin de porter témoignage de leur existence. Tous, nous le savons mais, souvent, renonçons à en tracer l'arche de lumière. Pourtant c'est gravé en nous, comme la marche des étoiles est inscrite sur la courbure de l'éther. 

 

 

 

 

 

 

Repost 0

Présentation

  • : Blanc-seing.
  • Blanc-seing.
  • : Littérature et autres variations autour de ce thème. Dessins et photographies.
  • Contact

Rechercher