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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 08:00
L’être-scindé de la présence

                                                                          Instantané

                                                                          Papier A3

                                                                       Barbara Kroll

 

 

***

 

 

 

L’être-scindé de la présence

 

C’était là ton destin

La voie à toi seule offerte

Le pli du jour selon lequel

Tu serais au monde

Le ton fondamental

Qui imprimerait sur ton front

Les stigmates de l’exister

A ceci tu ne pouvais échapper

Pas plus que le nuage

Ne saurait s’exonérer du ciel

Ta pente déclive en quelque sorte

L’ornière qui guiderait tes pas

L’abîme au bout

Qui inévitablement

T’y attendrait

Avec le souffle ardent

Du Néant

 

*

 

Ceci qui ne pouvait être nommé

 

Le Néant

L’Être

La Nuit

L’Angoisse

 

Voici que cela te parlait

Avec la voix puissante

Des intimes convictions

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Néant avec ses longs couloirs vides

Avec ses portes qui battaient au vent

Avec ses portiques haut levés

Au sommet de nulle montagne

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Être avec l’épuisement de l’invisible

Avec ses cordes de cristal

Qui vibraient au diapason du Rien

Avec ses hautes tours ses beffrois ses barbacanes

Ses douves immenses perdues dans l’indicible brume

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Nuit avec ses cohortes d’ombres blanches

Avec l’œil pléthorique de la Lune qui saignait

Avec la lancinante musique des sphères

Avec les draps livides du rêve qui s’effilochaient

Au souffle empierré de la mémoire

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Angoisse avec ses bourgeons tubéreux

Avec ses marais glauques

Avec ses mangroves plantées de racines noires

Avec l’ensemencement dru de ses étiques palétuviers

 

 

 

Ceci qui ne pouvait être nommé

 

Etait le haut lieu de ta destination

L’incunable aux images perdues

Aux signes effacés

Le palimpseste méticuleux

Où se superposaient

Les échardes aiguës du souvenir

Les tessons des envies insatisfaites

Les angles contrariés des désirs

Les ombres mêlées des amours apatrides

Les aveux d’échecs aux dents muriatiques

 

*

 

 

L’être-scindé de la présence

 

Oui Être Scindé Présence

Car jamais ton être n’arrivait

Au lieu de son effectuation

Car ta présence à toi aux choses au monde

Etait marquée du sceau de la perte

Tout glissait tout fuyait tout s’écoulait

Par le trou d’une bonde

Avec son sifflement de vortex

Avec ses remous délétères

Avec ses sinistres confins

Qui disaient le haut poème

De la Finitude

Cette consolation in-humaine

Puisque survenant hors la conscience

 

*

 

Ceci qui pouvait être nommé

 

Le glaive translucide de ton corps

On aurait cru la lame du silex

La poussière de charbon de tes cheveux

La fenêtre de ton visage

On y voyait des reflets d’Infini

La faucille d’opale de ton cou

Quelle grâce fragile

Des doigts vengeurs

Y eussent apposé l’image de la Mort

En une unique pression

Bruit de cartilages rompus

Pareils à la chute des osselets

Sur un sol de ciment

Un avant-goût de la biffure terminale

Cet ossuaire en croix

Qui est l’empreinte définitive

De la condition existentielle

 

Ceci qui pouvait être nommé

 

L’attache ambiguë de tes épaules

Un rien les eût ôtées

De ta Babel de papier

Et le monticule de ta poitrine

Et la blessure étroite des aréoles

D’à peine sémaphores

Pour des yeux étrangers

D’étranges combustions

Nul ne s’y fût brûlé

Le feu était éteint

Et tes bras en équerre

Cette tenue à la limite de l’insecte

Une mante peut-être

Dans l’instant de la dévoration

Ou bien de l’auto-manducation

Autophagie au gré de laquelle

Tu semblais boulotter

Les maigres provendes

Qui t’avaient été allouées

Et l’absence de ton ombilic

Cette racine ce rhizome

Qui remontent à ton origine

Mais où encore les choses indécidées

Te laissaient libres de toi-même

Et les sarments de tes doigts

Cette Veuve Noire arc-boutée

Sur l’infernal lieu de plaisir

Ce rougeoiement

L’étouffes-tu ou bien le supplies-tu

De te porter à cette ignition

Qui dévore ton ventre

Ecartèle ton sexe

Te met en demeure d’exister

Dangereusement

Partout où il y a sexe

Il y a danger

De combustion

De prolifération

D’extinction

 

*

 

Sexe est lieu du Néant

Sexe est oubli de l’Être

Sexe est ouverture de la Nuit

Sexe est vrille de l’Angoisse

 

*

 

C’est ceci que nous dit

La vergeture cinglante de ton corps

La venue de la venaison

Où le profit des chairs

Appellera le gibet

Où la confusion des membres

Convoquera la potence

Car ici tout est démence

Etre-scindé de la présence

Voussure de la Raison

Pliure de l’âme

En sa dernière oraison

 

*

 

O Être de la Présence

Nous te voulons plein

Hors d’atteinte

Du Néant

De la Nuit

De l’Angoisse

Dans la juste demeure

Du jour

Nous te voulons

Afin qu’en toi

Quelque chose

De vrai se lève

Le Vide est si grand

Avec ses blanches allées

Longues

Vides

Longues

Vides

 

*

 

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 08:14
Toi nommée Ombre

                                                                              Im raum

                                                                          Barbara Kroll

 

 

***

 

 

 

Toi nommée Ombre

 

D’où te venait ce nom

Qui t’assignait à demeure

D’où venait-il qui te clouait là

Sur la dalle immense

Et glacée de l’indéterminé

Était-il seulement

Le bourgeonnement

D’une provenance

Avait-il la consistance

D’une haute pensée

Le souffle

D’une puissance imaginative

Ou bien n’était-il

Qu’une manière de désaveu

La lumière d’une lame

Traversant ton corps

Ton corps de nulle similitude

Il n’avait d’apparence humaine

Que le flou d’une encre jetée

Sur le papier

Flottait en-deçà des choses

Quelque part en des erres

De haute solitude

Peut-être même n’était-il

Que ballon captif

Relié au réel par un fil si ténu

Qu’on n’en voyait

Que la fragile tension

Il était fluence injouissive

Dont on ne pouvait tracer le cercle

Il était mot mésusé

Qui ne pouvait connaître

Le chiffre énigmatique

De son signe

 

*

 

Quelqu’un sur Terre

Avait-il été alerté

De ta présence

Présence sans doute

Un bien GRAND mot

Quelle empreinte laisse-t-on

Lorsqu’on est tout juste parvenu

À lisière de son propre rivage

Les flots tout autour

Battent leur coulpe

De n’avoir su porter

Les eaux lustrales

Qui t’eussent installée

Au plein de ton être

 

*

 

 Im Raum  est l’invite du titre

Mais fait-il signe vers Chambre

Et alors c’est image de claustration

Ou bien s’agit-il d’Espace

Et c’est égarement ivresse

Le cosmos est si grand

Qui nous reconduit à l’infinitésimal

Nous cloitre dans la graine originelle

Ce curieux ombilic pareil

A l’infructueux désir

Ce pli maculé de mutité

Cette lettre tronquée

Avant que le mot n’émerge

De son étrange berge

La signification est là

Qui hésite palpite et se retient

Le don de la Parole

Est si urgent

Dans le rugissement du monde

 

*

 

Ton baptême parmi les hommes

Ta survenue dans le champ

Des consciences

Est bien au-delà de toi

Dans cette aire

Qui ne te convoque à paraître

Qu’éloignée

Indistincte

Énigmatique

Obscure forme en partance

Pour le Rien

Oui je sais la force d’attraction

Du Néant

Son indéchiffrable magnétisme

La faille radieuse

Qu’il ouvre dans les âmes

Des Poètes

Des Saltimbanques

Des Rêveurs

Tous chercheurs de Vérité

Qui ne font que girer

Autour de leur propre réalité

N’es-tu toi aussi en quête

De cette flamme

Qui toujours vacille

Qu’on craint de voir

Étincelle

Puis cendre

 

*

 

Que je te dise le Bleu dont tu viens

Quelque Ciel étendu

Quelque vaste Océan

Et le Noir te frôle

Cette nuit qui peine

 À se détacher de toi

Cette ombre qui t’obombre

Cette feuille de deuil

Qui éparpille ton corps

Aux quatre vents

De l’obscur désespoir

Ce sont les amers qui t’égarent

Avant même que ton Nom

Soit connu

Ton Nom d’Ombre

Que traverse une liane de sang

Elle dissémine en toi

Les spores de la vie

Sauras-tu en faire bon usage

Toi la Fille si sage

Qui demeures en retrait

Ne sollicite rien

Que cette absence

Que les Nombreux

Nommeraient démence

 

*

 

Séjourne donc en ce passage

Peut-être de la durée

Ne connaîtras-tu jamais

Que l’aride contrée

Cependant il est trop tôt

Pour mourir

Pour qui vient de naître

Tu es seulement en voie de toi

En voie de connaître

Au seuil douloureusement inscriptible

De l’exister

Y aurait-il d’autre chemin

Que cet escarpement

Tout est franchissement

Qui se dit en joie

Qui se dit en douleur

Qui donc pourrait savoir

Hormis les Visionnaires

Et les Sages

Qui donc

Tu es en partance

Ceci suffit à te combler

La Voie est ceci

Qui brille au loin

Oui

Au loin

 

*

 

 

 

 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 08:24
 Dans le tumulte du jour

                                                       Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Pourquoi fallait-il

En cette fin d’hiver

Que les choses se donnent

À l’orée des songes

Dans cet inscriptible

Si flou

Si atténué

On aurait dit un rien

Sous des voiles

Dissimulé

 

*

 

Il n’y avait nulle certitude

À exister

Nulle empreinte qui eût dit

Notre évanescent passage

Seule une réalité tronquée

Un regard confisqué

Une plaie ouverte

Suppurant ses gouttes

Une sève oblitérée

 

*

 

Était-ce l’annonce du printemps

Une saison encore inconnue

Un temps indéfini

Une équinoxe arrivait

Une équinoxe partait

Flux reflux

Mortes-eaux

Vives-eaux

Âmes et corps ballotés

Jamais les vagues

N’en finiraient

De faire leur cruel

Va et vient

Tantôt le plein de l’onde

Tantôt le creux du ressac

Et les mains griffaient

Le vide

Que tressait une pluie

De brume

 

*

 

La cimaise de l’être

Etait comme dévastée

Vaste plaine balayée

Par le vent

Les yeux étaient

À la peine

Résilles blanches

À l’angle des paupières

On voyait et ne voyait point

On marchait et demeurait

On espérait et s’attristait

Dans le même instant

Dans le fléau de l’heure

Qui semait

Son  abrasive trille

 

*

 

Ô ivresse du jour

Qui ne s’abreuvait

À rien d’autre

Qu’à sa propre vacuité

Mais regardez donc ces arbres

Ces efflorescences du bois

Fouettées par leur propre finitude

De ceci qu’y a-t-il à dire

Sinon à pleurer

A enfouir son visage

Dans un tissu de larmes

Une pluie abondant

Dans l’abîme

Se révulsant

Dans le néant

 

*

 

Ces arbres qui puisent

À la Terre

Font offrande

Au Ciel

Que reste-t-il de leur puissance

Sinon cette affliction

Cette perte de soi

Dans les ramures d’air

Que reste-t-il

Ce ne sont que torches grises

Flammes consumées

Consternantes dérisions

Plus rien ne fait signe

Qui s’étoilerait

Au noroît

De la conscience

 

*

 

Où donc sommes-nous

Nous qui avons disparu

Car l’on ne saurait se montrer

Sous le dénuement de l’arbre

L’arbre cette lumière

Qui nous dit le luxe

De sa croissance

La force de sa présence

Sous les orages

 Sous les tempêtes

Image de l’homme

En ce qu’il voudrait être

Qu’il ne sera jamais

On ne se mesure

Nullement

À la Nature

À ses hautes dictions

L’arbre n’est arbre

Qu’à sa propre mesure

Étalon de son immense sagesse

Témoin de son endurance

Juge de sa longévité

 

*

 

Que sommes-nous

Nous les hommes

Pour oser nous confronter

À leur grandeur

À leur altière destinée

Nous les adorons

Leur dédions la branche de gui

Arbres de vie

Sources du sacré

Yggdrasil-arbre-du-monde

« Destrier du Redoutable »

Nous les honorons

Les abattons

 En un même mouvement

De l’âme humaine

Exemplaire

Faillible

Immensément faillible

 

*

 

Mais quelle sève nouvelle

Courra donc sous l’écorce

Un simple sang blanc agonisant

La ressource de vives-eaux

Arbre nous t’attendons

Avec confiance

Abaisse donc

Le tumulte du jour

Afin qu’y trouvant place

Nous puissions creuser la nôtre

Hors ceci nous seront absents

Immensément absents

 

*

 

 

 

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 08:30
Dans la cité des hommes

                       Photographie : Blanc-Seing.

 

***

 

Je me suis levé ce matin

Ai tendu vers l’avant les mains

Elles ne saisirent que du vertige

Et l’abîme grondait

Que je devinais

En moi

Hors de moi

Pareil à une traînée de soufre

Au large d’un volcan

 

Etait-ce ma vue qui m’égarait

Etait-ce la Terre qui avait changé

L’habituel je ne le reconnaissais

Le livre sur ma table souffrait

Le dessin commencé gisait

Dans une mare de buée

 

Je me suis levé automate

Aux gestes désordonnés

Boussole à l’aiguille perdue

Sextant aux rouages grippés

Mes pas ne me portaient plus

Ni dans le passé révolu

Ni dans l’avenir sans projet

Pas plus que dans ce présent

Tout juste arborescent

Qui s’absentait

À mesure qu’il paraissait

 

Pourtant je criais

À gorge déployée

Présent où es-tu

Et le présent répondait

De sa voix trouée de silence

De quelle pénitence

Est donc tissé ton destin

De quelle affliction traversé

Ton infini chagrin

N’es-tu pas trop préoccupé

De Toi

De ce qui adviendra

Afin que tu deviennes Roi

 

Etais-je le seul homme sur Terre

Qui souffrît de ne plus trouver

Les contours de son être

J’ouvrais grand

Les battants

De ma fenêtre

Des cris montaient de la rue

Se perdaient dans les nues

 

En bas tout en bas les trottoirs

Se noyaient dans le noir

Que frappaient des semelles usées

On entendait leur rythme inquiet

Les clous sous les souliers

Lâchaient leurs milliers

De signes muets

Les yeux exorbités en happaient

Quelques rapides reflets

Puis se refermaient

En signe d’adversité

 

Les hommes

Battaient le pavé

Au rythme d’un métronome

Leurs poitrines soufflaient

Identiques à la forge

Leurs échines brumaient

Comme au sortir d’une gorge

Etroite et vouée aux nuées

Ils étaient une colonne

Sans début ni fin

Ils étaient des genres de Gorgones

Des Sthéno des Euryale

Perdus au fond de leurs dédales

Ils étaient l’humain en sa convulsion

L’humain en sa confusion

Nul ne les entendait

Perdus qu’ils étaient

Dans la vaste contrée

Des infinies supplications

Dans l’immense marais

Des incompréhensions

 

Ils ne vivaient que du feu

Qui de l’intérieur les brûlait

Ils ne vivaient que de l’aveu

De leurs éprouvantes destinées

Ils mouraient là

Comme jadis en Place de Grève

De n’être pas reconnus

Pour ce qu’ils étaient

Des consciences brimées

Des sommes sans rêves

Des voies sans issue

 

D’ordinaire ils vivent

A l’abri des ponts

Ou bien dans un étui en carton

A l’abri des regards

A l’abri des loubards

Mais ils sont sortis

Encore meurtris

De leurs vies en sursis

Ils sont sortis

Sous la Lune blanche

Dire au monde

Non leur soif de revanche

Leur droit simplement

A se dire hommes

Dans la cité des hommes

 

Je me suis levé ce matin

Ai tendu vers l’avant

Les mains

Elles ne saisirent que du vertige

Et quelques vestiges

D’êtres que la vie néglige

Pourtant

Ils n’attendent que

D’ÊTRE

Ce prodige

Oui ce prodige

 

 

 

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 10:09

 

Toi que je ne connais pas

Visage de brume

 Et d’impalpables secrets

Tu viens à moi

Sur des risées de vent

L’air façonne ton corps

D’étrange manière

Il ne sait plus le lieu

De sa venue

 

Que sont les ans

Qui suivent les ans

Que sont les jours

Que perdent les jours

Un passé s’écroule

Qu’immole un présent

Un futur arrive

 Que fuit un présent

Immatérielle joie

De l’heure qui vibre

Elle fait en toi

Ce délicieux abîme

Qui t’attire et t’effraie

Tout à la fois

 

Est-il donc si difficile

De vieillir

De confier sa main

Au prochain tremblement

De circonscrire

Le cercle de sa vue

De courber l’échine

Sous la meute des jours

 

Vois-tu toi Marcheur

De l’Invisible

Nous sommes pétris

De la même pâte

Nous la souhaiterions éternelle

Mais voici que tout brasille au loin

Dans un étrange marigot

Semé de vénéneuses fleurs

Oui je sais c’est tristesse

Que d’évoquer le Rien

De demander au Néant

 De nous servir de fondement

Et pourtant

Toi le Lointain

As-tu une fois dans ta vie

Retenu autre chose

Que la feuille d’air

Que le sanglot d’une pluie

Que la perte d’un amour

Que la chute de la seconde

 

Nous sommes des êtres

D’inconséquentes figures

Nous sommes

Des visages émaciés

Qu’efface l’encre sympathique

Du Temps

Bien des Philosophes

Nous en ont tracé

L’esquisse fuyante

Héraclite l’Obscur disait

Que rien ne demeure

Que tout passe

A la manière du fleuve

Qui s’enfuit vers l’aval

Où l’estuaire l’attend

Puis l’Océan

Aux multiples faveurs

Cerné de léthifères abysses

 

Faudrait-il rester sur la rive

Regarder ses flots d’écume

Faire halte et les minutes

S’écouleraient hors de nous

Et nous connaîtrions l’Éternité

Et la félicité serait notre foyer

Nos yeux seraient de diamant

Notre esprit de cristal

Notre amour une onde pure

Que nulle rumeur

Ne pourrait altérer

 

Toi, l’Au-delà de mes yeux

Je ne peux savoir

Le contenu de ta pensée

La mesure exacte

De tes affinités

Le pli selon lequel

Tu orientes ta vie

Cependant ce que je sais

Ta silhouette aux mains vides

Lorsque le jour décroît

Lorsque l’amour s’enfuit

Lorsque la nuit d’ébène

Fait son lac sombre

Autour de toi

 

Quelques uns

De nos contemporains

 De hautes destinées

A l’abri dans leurs palais

Aux hautes croisées

Tout comme toi

Tout comme moi

Ils redoutent qu’un jour

Ne tarisse l’onde

Que leurs yeux

Ne s’ouvrent plus

Que sur un paysage aveugle

 

Toi qui vis parmi

Les tourments du monde

En cet an neuf

Qui trace ton futur

Pratique chaque jour

Qui passe

Le très fameux

carpe diem

du poète Horace

‘Cueille le jour,

Et ne crois pas

Au lendemain’

Sache seulement

Que le présent

N’est nullement

 Un don du ciel

Qu’il t’appartient en propre

Et ne sera jamais

Que ce que tu en auras fait

Chaque heure se gagne

Dans la pleine conscience de soi

Chaque heure se mérite

Ainsi le temps gagnera-t-il sa Vérité

Qui est d’être l’événement armorié

Le plus décisif

De nos existences

 

Les Flots intimes du Temps

Sont toujours les nôtres

Un fruit à cueillir

Dans des mains

Qui savent et remercient

Le Temps est l’Être

Le plus mystérieux qui soit

L’Être est du Temps

Le plus fascinant qui soit

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 10:06

 

Dire de toi la courbe

De ton front

Dire de toi la feuillée

Qui poudre tes yeux

Dire l’impossible et dire

Encore l’invisible

 

Ton âme a-t-elle des ailes

Ton esprit une flamme

Ton corps un lieu qui exulte

Ton sexe une braise

Où calmer mes ardeurs

Es-tu visible autrement qu’en un rêve

Ta réalité coïncide-t-elle avec la mienne

 

Dire ton printemps

De neuve venue

Dire tes premiers pas

Ils font sur la terre

Leur tremblement irisé

Tu tutoies les chemins

Sans en offusquer la poussière

Tu crois à la première neige venue

Tu grimpes sur les genoux en riant

Tu applaudis au moindre souffle d’air

Avec la vie tu es sans distance

Avec l’amour sans complaisance

 

Dire le creuset

De ton âge adolescent

Tes premières émotions

Cette pulsion au centre de toi

Ce bouillonnement

Dire tes premières lectures

Tes rêveries de promeneuse solitaire

Dire tes émois ils girent infiniment

Ils sont des douceurs romantiques

De simples et belles visées idéalistes

Des orbes au large de toi

Tu n’en maîtrises guère la levée

Les subis plus que tu ne les élèves

A la dignité du paraître

Tu es enfance encore inachevée

Tu es attente de toi

 Au coin de chaque chose

Tu es ouverture et n’existes  

Qu’à être comblée

 

Dire ton âge mûr

Le soleil au zénith

Le sillage de Reine

Que tu traces derrière toi

Bien des curieux

S’y brûlent les ailes

S’y abîment dans des gorges

D’insondable clameur

Dire ceux que tu condamnes à n’être

Que des phalènes se cognant

Au verre de la lampe

Des vies sans pareilles

Echouées au rivage

D’impossibles ardeurs

 

Sais-tu au moins ceci

Le vertige de ton passage

Les yeux brûlés pour l’éternité

Les supplices à jamais

De ceux qui ne pourront te rejoindre

Prier seulement en silence

Que ton image vienne

 Hanter leurs impatiences

 

Dire de toi l’inaccessible nom

Dire de toi la fumée et la cendre

Dire de toi ce qui fuit

Jamais ne reparaît

Cette ellipse à l’horizon

Ce cercle refermé sur son tison

Cette luxueuse graine

Que ne semble visiter

Nulle germination

 

Dire de toi l’automne

Ce palimpseste semé

De cuivre et d’or

Les lettres s’y emmêlent

Pour une ultime libation

Sais-tu la décroissance du jour

La perte silencieuse des feuilles

Le soleil chutant au crépuscule

Les mains qui s’agitent

Pour se saisir de toi

Entre elles tu glisses

Eau mobile

Dans la fente d’argile

Eau bientôt fossile

A la souvenance perdue

Puits immémorial

Sur son destin

 Infiniment révolu

 

Dire de toi les premiers frimas

La blancheur qui cerne

La falaise de ton front

Les sillons qui habitent tes mains

Les tremblements pareils

Au bourgeonnement des amants

Au premier rendez-vous

Jamais il ne se reproduira

Les choses s’évanouissent

A même leur étrange visage

 

Dire de toi le chant

Des voyelles de ton nom

Dire de toi le doux

Chuintement des consonnes

Dire de toi le tout et le rien

Dire ton ciel et ta terre

Dire le certain et le fuyant

L’advenu et ce qui attend

Ce qui te révèle et t’efface

 

Dire ton nom est déjà trop

Ne pas le dire est douleur

Dire ou ne pas dire

Tu me mets au supplice

De tracer ton esquisse

De la gommer aussitôt

De toi sur l’ardoise magique

Une simple trace cendrée

Le souvenir d’un geste

La caresse d’amour évoquée

La possibilité d’être

Et de ne pas être

 

Tu es l’épreuve radicale

Ce contre quoi ma vie échoue

A dire plus que ce qu’elle est

La chute dans l’abîme

Et mes yeux sont noirs

Qui sont clos pour toujours

Dire oui dire

Et n’être plus qu’un mot

Se perdant au loin

Là où le monde

 N’a plus cours

Dire et ne pas dire

Qui tu es vraiment

Celle sans contour

Celle sans amour

 

T’ai-je au moins connue

L’espace d’un poème

T’ai-je aimée assez fort

Pour que tu paraisses

Peux-tu au moins me le dire

Peux-tu au moins sourire

Un plissement de tes lèvres

Un clignement d’œil

Un geste de la main

Me combleraient

 

Viens donc à moi

Que ta présence

Fût-elle lointaine,

Sourde, ineffable

Comble la faille

Où je me meurs

Où je suis dans

L’inconnaissance de moi

Dans la pure semence d’effroi

Je suis en moi hors de moi

Je suis perdu au monde

Je suis et ne suis pas

Pareil à cette onde

Au cœur de la nuit

Je suis

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 08:22
De qui cette empreinte

       Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

De qui cette empreinte

Dans le gris du sable

De qui dans le jour qui s’éreinte

Cette illisible fable

 

De trop se tendre

La lumière est harassée

De trop attendre

Les hommes sont exténués

 

Que vienne donc le vent

Dans sa dernière morsure

Que vienne l’amante

Et son ultime blessure

 

Que soient consommées

Les noces du blanc et du noir

Que soit bu le vin du désespoir

Que soient les choses immolées

 

De qui cette empreinte

Dans la ramure du temps

De qui cette plainte

Dans la pliure du tourment

 

Est-ce une feuille

Qui cache ses nervures

Est-ce un deuil

Qui sème sa biffure

L’air est si animal

Qui a semé sa trace

L’heure est si fatale

Qui  seule nous terrasse

 

Où sommes-nous donc

Esquisses du peu

Modestes feux

Dépourvus de dons

 

En notre âme altière

Nous eussions séjourné

Nos humeurs dernières

Nous en ont détournés

 

Nous errons ici et là

Pareils à des oiseaux fous

Et sommes las

D’être si peu en nous

 

De quoi la trace

Est-elle la parole

Elle qui s’efface

A même notre obole

 

Certes nous aurions voulu

Sur ce désert de l’être

Graver comme sur un écu

Notre vie géomètre

 

Las nous n’avons vécu

Que des secondes d’argile

Las nous n’avons voulu

Que des lignes fragiles

 

Telles des girouettes

En mal de zéphyr

Nous semons nos têtes

Au démon du jouir

 

Rien cependant

Ne s’y imprime

Que le néant

De vides rimes

 

Esseulés nous sommes

En notre contrée

Telles des bêtes de somme

A leur errance livrées

 

Jamais nul chiffre du sol

Ne nous dira

L’instant de notre envol

Voile que l’air affalera

 

Si jamais un signe

Devait hâter nos certitudes

Qu’il en soit la figure insigne

Courant au-devant de notre finitude

 

Êtres aux abois

Nous n’avançons courbés

Qu’à plonger

An cœur plein de l’effroi

 

Ainsi est notre cruel destin

Cette tache dans le sable

Cet inatteignable festin

Il est vide immuable

 

Que pourrions-nous attendre

Les yeux rivés au ciel

Qu’un fatum de cendre

Un avenir sacrificiel

 

*

 

 

 

 

 

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 07:59
D’où cela vient-il ?

     Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

En hommage à Beckett-Lautréamont

 

***

 

[On se trouvera bien de lire la petite comptine

Qui suit dans la travée

Bien qu’insuffisante

Des ci-devant nommés]

 

***

  

D’où cela vient-il 

Douleur que de ne rien savoir

D’errer parmi la multitude des signes

Et de n’en posséder que le vent

N’en saisir que l’absence

Les mains se tendent vers l’avant

En crochets

 En ventouses

En langues de sangsues

Poix du vide

Qui laisse égoutter

Ses fibrilles de cristal

Les doigts flagellent

Ce qui passe à portée

Une idée

Un songe

Une brindille folle

Dans l’air chargé

 De lourdes humeurs

 

*

 

Parfois une veuve noire

Saigne ombilicalement

Dévide son cordon d’acier

À mieux me ligoter

Me pousser tête la première

Dans le labyrinthe avec ses murs

De verre éblouissants

Ô robe blanche du Minotaure

Ô corps de plâtre

Qui n’est que le mien

Et ma tête

Oui ma tête de taureau

Où bat le sirop rubescent

 De la fougue

Du désir

 

*

 

Oui posséder toutes les Vierges

De la Terre

Créer une généalogie

À mon image

Avec naseaux fumants

 Sabots étincelants

Fureur logée au mitan des cornes

Ce Soleil qui incendiera

Le monde

Et nul ne vivra plus

Que sous le signe

De la puissance

De la surhumanité

 

*

 

Assez de cloportes

Qui ne laissent derrière eux

Que les traces abortives

Du renoncement à être

Les dards de l’hébétude

Fichée au plein du cœur

 Les stupeurs de l’impéritie

Faisant ses marigots insolents

À l’ombre des mangroves

 

*

 

Je me suis levé un jour

Et j’ai dit le destin de l’Homme

 Ecrit sur toutes les murailles

De Jéricho les traits

D’ocre et de sanguine

Avant que tout ne s’écroule

Dans des meutes de poussière

La ville sera maudite

 Et nul ne pourra la rebâtir

Qu’au péril de sa vie

 

*

Ô toi qui me lis

(Me lis-tu vraiment ou bien es-tu simplement

 En train de te repaître de ma substance carminée

Vampire qui dissimules

Les yatagans de tes canines

 Le long de tes dérobades)

Ô toi qui lis ou bien dé-lis

Délie-moi donc d’un sort cruel

 Je ne sais plus

Ni le lieu de ma naissance

 Ni la première goutte de lait maternel

Qui humecta de miel

La pliure de mes lèvres

 

*

 

Mes lèvres saignent

De ne plus se souvenir

Mes lèvres se retournent

Pour manduquer

Mon intérieur

Il y a tellement de matières

Qui méritent le détour

Qui s’impatientent d’être connues

 À la juste valeur

De leur longue macération

C’est un métabolisme

Si secret que nul

 N’en pourrait approcher le réel

 D’un iota

 C’est une ambroisie

Qui vit au rythme de son autogenèse

Qui bouillonne et rugit de ne point parler

À la pointe du jour

 

*

 

Ô toi l’inconnu sois mon messager

Que les hommes de bonne volonté

Allument le feu de mon inévitable autodafé

Je ne suis empli que de vermine

Et de scorpions à la queue levée

Je me piquerai si nul ne le fait

Je pratiquerai ma morsure létale

Mes dents ont connu

Le mortel poison

De l’ennui

Elles sauront bien

Me donner la mort

Nous sommes enlacés

Tous les deux

Comme le lierre au tronc

Je ne vis que pour la mort

La mort ne vit que de ma vie

Mon corps de carton

Se dessèche et mes cartilages

Sonnent le cor

Comme Roland à Roncevaux

Ronces de vos regards

Qui lacèrent la dure-mère

De ma conscience

Biffent la pendeloque

De mon sexe

Annulent jusqu’à l’éclair

De mon être

 

*

 

Être un éclair

Ceci que j’ai souhaité

Depuis le berceau

Voici que cela prend corps

Sous les ors du foudroiement

Je suis entré dans la chapelle romane

Aux fresques usées

Qu’y ai-je vu

Que vous ne sauriez voir

Compagnons de brume

Qui n’existez qu’à me précipiter

Dans le premier cul-de-basse-fosse venu

Je sais vos intentions mauvaises

Pulsatiles et hémiplégiques

Vous ne valez guère plus que moi

Mais ne le savez pas

Moi je sais ce que vous ne savez pas

 

*

Vous n’êtes que des morts

 En sursis

 Et jetez un voile

Sur tous les miroirs

Qui vous renvoient à trépas

Vous ne supportez guère

Que les surfaces

Qui réfléchissent et polissent

 Votre ego

Fût-il poli il n’est guère reluisant

 

*

 

Moi qui vous parle

J’ai imprimé dans l’argile

Les premiers chiffres

De l’humain

Ces pictogrammes qui voulaient enfoncer

Un coin dans la chair du réel

Seulement l’engeance des existants

 En a perverti l’usage

En a gommé les signes sacrés

 

*

 

De Charybde en Scylla

Je vous le dis

Et le pire est à venir

L’humain en sa plus haute acception

Est langage

Je parle donc je suis

 Le Cogito est langagier ou bien

N’est qu’une simagrée

Allez donc tous vous rhabiller

Vous les mégoteurs

Avec vos Cogitos de pacotille 

 Je baise donc je suis

 Je mange donc je suis

 Je parais donc je suis

Je brille donc je suis

Miroir aux alouettes

Et messages à la chienlit

Tout ceci palabres et remugles de l’enfer

Pestilences

Où meurent les consciences

Sous les coups de boutoir

De la malédiction

 

*

 

Car oui le genre humain est en péril

Et j’en sens dans mon ventre révulsé

Les premières contractions

Bientôt seront les forceps

 Au travers desquels ma tête oblongue

Aux fontanelles claires insoudées

 Pointera le bout de son museau

Oui de son museau chafouin

Pareil à celui de l’animalité

En ses premiers soubresauts

Juste du limbique collé à la voûte occipitale

Où crépitent les images du vertige de vivre

 Juste du reptilien dans le lobe pariétal

Avec ses ravines de Rolando de Sylvius

Ses cratères ses couleuvrines ses boursouflures

Et l’espace s’y abîme en de pathétiques contorsions

 

*

 

« Nœud de vipères » avait écrit l’autre

Ne pensant pas si bien dire

L’eût-on cru on l’eût brûlé en Place de Grève 

 Combien sont dérangeants

Ces empêcheurs de tourner en rond

Ces philosophes ces hommes de robe

Ces Importants

Qui distillent

À l’envi

De cruelles prophéties

Ils appellent ça

Des Vérités

Avec une Majuscule

Et disant ceci leur goitre

S’enfle de vanité

Ils sont pareils à des crapauds

Dont la suffisance les conduit

À fumer la cigarette qui les portera

À l’éclat d’eux-mêmes

Le Vrai celui qui sonnera

La « Fin de la partie »

 

*

 

Tu vois assidu lecteur

Complice lectrice

 Je convoque à mon chevet

Beckett ce cher Samuel

Qui bien mieux que moi

Saura  tricoter

Une maille à l’endroit

D’absurde

Une maille à l’envers

D’absurde

Tailler à ma juste mesure

Cette vêture

De bure

Avec laquelle j’attendrai

Que Malone meure

Que Godot arrive

Que l’Innommable

Fasse son apparition

 

*

 

Il est plus que temps

Pour moi

D’effacer tous les signes

 La chapelle bientôt

Fermera ses portes

 On n’y verra plus goutte

Je n’aurai existé

Qu’à la mesure de l’instant

Quelque part

Sur la margelle d’une tombe

 Ou bien dans le boyau

Qui descend vers Tartare

 En convulsant

Maldoror m’attend

Rien ne le contrarierait plus

Qu’un faux bond

Il risquerait de m’envoyer

 Par le fond du Vieil Océan

 

*

 

Or je ne sais pas nager

Quelle main secourable m’enverra

 La bouée qui me sauvera 

Toi fidèle lecteur

Toi empressée lectrice

Déjà je tends mon bras

Déjà je déploie ma main

Déjà je déplie

Les tentacules

De mes doigts

Venimeux

Qui donc

 Osera

Les prendre 

Qui donc

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 08:00
L’arc iridescent de la folie

     Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Ne cillez pas

Ne battez pas des paupières

Ne vous abritez pas

Derrière le rempart

De vos bras

Supportez la lumière

Regardez la clarté

De diamant

De la Vérité

Ce trépan qui forera vos yeux

Nettoiera vos orbites

Ce seront deux trous noirs

Deux excavations

Où grouilleront peut-être

Une armée de cloportes

Le petit peuple des bousiers

Poussant devant lui

Le Soleil de votre gloire

Passée

 

*

 

Ici sont les dernières corolles

Du monde

Les ultimes déchirures

Où se jouent

Sur l’arc iridescent

De la folie

 Les trajets lumineux

Des existants

Mais aussi leur désarroi

D’être parmi les tumultes

Les rumeurs

 Les stridences des voix

Qui déchirent l’azur

 

*

 

 Oui car vivre est

Cette constante tension

Qui ne se résout

Que par la maladie

Ou bien la mort

Ne vous révulsez pas

Cela vous condamnerait

Deux fois

Une fois pour déni de réalité

Une fois pour cause d’impiété

Nul n’est censé renier

Le feu de la lucidité

 

*

 

Prévenus de ceci

Depuis l’intime de votre être

Vous  

Passagers hagards

De la Terre

Qui Sillonnez

Routes et chemins

Plongez dans les sombres remous

Des grottes éthyliques

  Perdez-vous  dans des voyages

Au long cours

Murez-vous dans les casinos

Aux vertes lueurs

Fréquentez les rues vénéneuses

Où l’amour délivre

Sa funeste ambroisie

Pareille aux enchantements

De la noire idole

Aux déhanchements

Des filles folles

 

*

 

Mais pour autant

Avez-vous avancé

D’un pouce

Quant à la connaissance

 De vous-mêmes 

Acquis la certitude

Que votre destinée

Sera éternelle

Que les gestes

Que vous  prodiguez

À l’envi

Ne seront les ultimes simagrées

Avant que la mortelle

Biffure en croix

Ne réduise à néant

Votre plaintif désir

De rayonner 

 

*

 

Vous êtes  tels de noirs insectes

Parcourant les sentes d’ennui

Accumulant brindilles d’angoisse

Régurgitant la pelote d’un temps

Dont vous ne saisissez

Que les arcanes de suie

 

*

 

Vos pas sont ceux

Des peuples égarés

On penserait vous deviner courir

Mais vous ne faites que piétiner

Longer des venelles sombres

A l’odeur d’urine et de moisi

Les volets battent dans l’air raidi

Les hauts murs lancés dans le vide

Les surplombent

De leurs maléfiques ombres

Vous vous y confondez

Ombres vous-mêmes devenus

 

*

 

Au-delà des enceintes du jour

Plus loin que les fortifications

Vous  quittez la Ville

Aux pléthoriques

Et iniques décisions

Vous êtes les adeptes

Diasporiques

D’un seul corps ravagé

Aux membres disloqués

Vous êtes les paralytiques

D’une destinée amputée

Vous n’avez plus ni noms

Ni lieux où vous assembler

Pour construire

Une descendance

De qui serait-elle la suite

Elle la révoquée

Avant même de paraître

 

*

A vous-mêmes perdus

Vous allez jusqu’au bout

De la terre

De la terre de poussière

Qui sera votre ultime cimetière

Je vous y rejoindrai

Les mains emplies de prières

 

*

 

Sur le sol de misère

Vous vous coucherez

Vos anatomies parcheminées

Se confondant  avec la peau

Craquelée

Harassée

Emiettée

Usée

Du sol qui sera

Votre dernier

 Projet

 

*

 

Voyez-vous cette argile

Martyrisée

N’est point le jeu

De quelque billevesée

Un rideau de scène

Un avatar dessinant

Le cadre de quelque

Aimable parodie

C’est Vous

C’est Moi

Tels qu’en nous-mêmes

L’Eternité nous aime

 

*

 

Nous ne vivons

Qu’à penser cela

Comme nous songeons

Sans relâche

Aux enlacements

Prodigieux de l’amour

Ils sont l’antidote

Provisoire

Dont nous feuilletons

L’antique grimoire

Qui nous tient lieu

D’unique mémoire

 

*

Toute magie

N’est qu’illusoire

Désespoir

De ne rien voir

Que le miroir

Sans tain

D’une terre livrée

Au supplice d’être

Plus rien

N’est là

Qui fuit

Toujours

 

T
O
U
J
O
U
R
S

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 08:55
Nulle part vois-tu

 

        Œuvre : Dongni Hou

 

 

*

 

 

Nulle part vois-tu

Tel visage n’ai vu

Nulle autre candeur

Au rivage de l’heure

 

Puisses-tu en toi

Demeurer en ta loi

Nul ne pourrait

Venir t’y troubler

 

Parfois rôdent les démons

Ils ne sont que tristes histrions

Qui jamais n’atteindront

Le luxe levé de ta raison

 

Mais qu’ont-ils donc

Tous ces vains bouffons

A faire ton siège

Aliénés en leurs pièges

 

N’ont-ils donc perçu

Le bleu de ton regard

Ce que tu as reçu

Comme une forme d’art

Tournant autour de toi

C’est leur aporie qu’ils voient

Cette fosse commune

S’habillant des suies de la brune

 

Leurs yeux sont perclus de cécité

Leurs âmes en ont-ils une

 Versées aux divagations nocturnes

Aux versets lactescents de la lune

 

D’eux ils n’ont guère conscience

Pas plus qu’ils n’honorent la science

Ils sont de pauvres hères

Que ne féconde nulle prière

 

N’ont-ils donc nullement compris

Que ta beauté est hors de prix

Hors de portée de leurs mains négatives

Ils s’effacent à même l’heure native

 

C’est un tel bonheur

De seulement saisir cette fleur

Que tu tends au monde

Tel un enfant faisant sa ronde

 

Nulle autre paix à obtenir

Sauf celle de se laisser éblouir

Par celle que tu es

Une manière de fée

 

Feraient-ils silence

Alors la quintessence

De toute poésie

Serait leur ambroisie

 

Leur signe de vie

Tel l’arbre levé

En sa branche de gui

Serait leur armoirie

 

Mais ils n’ont cure de conseils

Se pensent des sans-pareils

Honte leur est étrangère

Fatuité leur est familière

 

Il n’est point de vile inclination

Qui n’essaime son impéritie

Point d’envie

Qui ne distille son affliction

 

Heureux ils l’eussent été

A simplement te regarder

Mais contempler la beauté

Est don de la déité

 

Demeurons en paix

Nulle part de plus grande émotion

Que d’être par toi regardés

En ferons le lieu de notre dilection

 

Nulle part plus qu’en vous

Le site d’une gloire

A ceci nous voulons croire

Au rose de vos joues

Demeure-t-il en notre mémoire

Aussi longtemps que nous

 

De tu au vous

L’espace d’une révérence

Par mégarde le vous

L’avions occulté

Au profit du tu

Quelle licence

Toujours beauté

Est éloignée

Beauté de vous

Nulle part voyez-vous

 

*

 

 

 

 

 

 

 

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