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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 08:21
« La cabane est sur le toit ».

Œuvre : Laure Carré.

« La cabane est sur le toit ».

Tous, dans le cœur, au fin fond de la tête, dans quelque repli de l’âme, nous habitons et sommes habités. C’est dans l’essence de l’homme que de trouver lieu sur Terre et y faire croître son être. A défaut de cela, une conque dans laquelle s’immerger, l’exister est pure errance, perte de soi dans l’abîme et l’être est illisible, pareil à la feuille d’automne que la bourrasque désole et reconduit à de simples nervures.

« Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

feuille morte. »

Verlaine - Poèmes saturniens.

« La cabane est sur le toit ».

Certes nous habitons. Certes nous avons lieu d’être. Mais y sommes-nous suffisamment ?

Corps habité.

Notre corps, notre première cellule au monde, notre chambre où trouver repos et ressourcement, l’habitons-nous avec suffisamment de présence ? L’investissons-nous ou bien vivons-nous, à côté de lui, dans une manière de diversion, laquelle ne nous en livrerait que de superficielles lignes? Le connaissons-nous, au moins, mieux qu’à l’aune de cette carapace qui nous abrite l’espace d’une vie ? L’approchons-nous de façon satisfaisante ? N’est-il pas cet étranger, ce nomade « sans feu ni lieu » que nous feignons de comprendre mais dont nous nous détournons pour toutes sortes de raisons microscopiques : regarder le vol d’une mouche, nous hypnotiser sur la corolle d’une jupe, nous noyer dans la vitrine que nous tend le monde afin de mieux nous ravir à nous-mêmes ? Ressentons-nous, au moins, notre corps comme un habiter ? Mais il faut aller du côté de Le Clézio et se fondre dans Lullaby, cette très jeune fille douée d’hyperesthésie, cette étrange créature, cette survivance mythique qui se fond dans le monde comme le monde pénètre en elle. Mais écoutons :

« Ça faisait plusieurs jours maintenant que Lullaby allait du côté de la maison grecque. (…) Elle s’approchait de la maison, en regardant les six colonnes régulières blanches de lumière. A haute voix elle lisait le mot magique écrit dans le plâtre du péristyle, et c’était peut-être à cause de lui qu’il y avait tant de paix et de lumière : «Karisma… ».

Le mot rayonnait à l’intérieur de son corps (…) Lullaby sentait son corps s’ouvrir très doucement, comme une porte, et elle attendait de rejoindre la mer. (…) Son corps resterait loin en arrière, il serait pareil aux colonnes blanches et aux murs couverts de plâtre, immobile, silencieux. C’était cela le secret de la maison. (…) c’étaient les mouvements de son corps, séparés, qui parcouraient l’espace au-devant d’elle. »

« Etonnante » vision du monde (au sens de l’étonnement philosophique) que celle de l’auteur qui remonte aux sources mêmes de l’étymologie afin de reconduire son lecteur au fondement de l’être, à la source qui nous amène à parution. Si nous lisons Le Clézio avec l’attention requise, nous nous apercevons que connaître son corps revient, étrangement, à s’en exonérer, à le laisser flotter dans l’espace, à se laisser envahir par lui, l’espace, dans le même mouvement qui nous fait nous confondre avec sa propre réalité. Si la jeune héroïne parvient à ce sublime détachement qui l’amène hors de son corps en direction d’un monde « magique », c’est en raison d’une autre magie, celle du langage qui porte dans son corps même, dans son lexique, des clés d’ouverture infinies. Comprendre l’état d’extase par laquelle Lullaby se détache de son corps en même temps qu’elle l’amène à sa plénitude, jamais on ne s’en saisira mieux qu’à pénétrer le sens du mot grec χ α ́ ρ ι σ μ α (Karisma), lequel veut dire, à l’origine : « faveur, grâce accordée par Dieu », autrement exprimé, faveur des dieux de l’Olympe en direction des hommes.

A seulement s’entendre avec ce mot, à coïncider avec son mystérieux pouvoir et, déjà, la très jeune fille qui contemple la maison, mais aussi le paysage, les rochers, la mer, l’aventurière donc est en voyage pour plus loin qu’elle. Son corps devient le réceptacle, l’amphore où se déposent avec bonheur (avoir du « charisme », c’est ceci, répandre autour de soi une indéfinissable aura qui entraîne l’adhésion, la fascination des regardants) tous les sèmes qui l’entourent, le vent, les embruns, le soleil, la fuite des vagues vers le large horizon, le sel, le buisson, la course vive des lézards, « l’odeur de l’herbe qui sent le miel ». « Elle voyait tout cela au même instant, et chaque regard durait des mois, des années. Mais elle voyait sans comprendre… »

Et c’est alors le plus extraordinaire des phénomènes qui se produit. Gagnée par le monde à l’intérieur même de son corps intime, dans le réseau dense de son massif de chair, sur la face burinée de sa peau, la voyageuse ressent les catégories qui la déterminent, espace et temps, comme affectés d’un incroyable pouvoir de dilatation. Elle ne reste pas auprès des choses, elle est chose elle-même, pouvant devenir, tour à tour ce qu’elle est en son fond, mais aussi ce qu’elle devient, ce déploiement sans fin qui la fait l’égale d’une manière d’infini, l’analogue d’un territoire sans fin. Alors habiter son corps prend tout son sens. Il n’y a plus de séparation arbitraire du sujet qu’elle est supposée être et de l’objet que le monde semble constituer a priori. L’unité primitive, la dyade révélatrice de fusion et d’harmonie s’éclaire jusqu’à l’intérieur des abysses. Il n’y a plus d’abîme mais son contraire, l’exhaussement de soi dans la manifestation quasi-absolue d’être. Une manière d’ontologie fondamentale trouvant sa propre vêture existentielle et s’y confondant dans un vertige de la vue.

Souhaitant rendre compte de cette expérience hors du commun, Lullaby s’amuse à écrire des bribes de phrases dans sa tête :

« Là où on boit la mer »

« Les points d’appui de l’horizon »

« Les roues (ou les routes) de la mer »

et elle haussait les épaules parce que cela ne voulait pas dire grand-chose.

Bien évidemment le « cela ne voulait pas dire grand-chose » ne prend guère sens que dans la perspective d’une perception à la limite d’une saisie extra-sensorielle de l’univers. La compréhension n’est plus de mise puisque les choses apparaissent comme étant seulement intuitionnées, dépouillées des prémices du concept, s’absentant totalement du sacro-saint principe de raison. Lullaby traverse le monde tout comme le monde s’insinue en elle, à la faveur de la vision d’une maison dont le caractère sacré est plus qu’évident - un temple grec avec son péristyle gravé du hiéroglyphe qui invite à se déporter hors de soi en direction de l’Olympe dont le sommet invisible cache aux mortels le séjour des dieux -, vision qui se rapproche d’une contemplation, seule ressource que la villégiature des immortels autorise afin que puisse être approchée cette divine ambroisie que le nectar fait resplendir, nectar dont seuls les hommes au regard exact pourront connaître le goût. Il y faut plus qu’une propédeutique, une disposition de l’âme vers ce qu’elle veut connaître : elle-même qui a été au contact du sublime et en porte la trace en quelque coin secret. Jamais la beauté ne s’oublie.

La merveilleuse héroïne retourne souvent sur le lieu magique afin que quelque chose comme une ouverture se produise en elle, qu’elle se sente habitée par ce monde étrange qu’elle habite elle-même comme par la grâce d’un merveilleux et inépuisable cercle herméneutique. Car, du monde, il y a infiniment à comprendre, à interpréter. Quantité de symboles croisés, de métaphores ruisselantes, de poèmes suspendus en l’air qui vibrent dans la clarté du jour, font leur braise en trouant la nuit de cet œil identique au troisième œil des orientaux, ou « œil de l’âme » qui ouvre majestueusement la connaissance de soi, des autres, enfin de ce qui n’est pas soi. Avec elle, l’altérité, il faut vivre sans frontière, d’une façon naturelle et aussi bien incliner vers le rocher, l’arbre, l’eau, l’enfant aux yeux de lumière, l’étranger au masque de cuivre, la course primesautière du papillon, le nuage dans sa navigation hauturière. Ce qu’est la maison en tant que symbole s’éclaire soudain avec l’intensité d’une vérité. C’est cela que Lullaby cherche inlassablement sur cette côte de rochers sauvages livrée au vent, au soleil, au silence immense comme la courbe de la mer, la vérité, seul cheminement qui signifie jusqu’à l’acmé de soi :

« Elle aurait bien voulu revoir la belle maison grecque aux six colonnes, pour s’asseoir et se laisser emporter jusqu’au centre de la mer. (…) Alors elle s’assit sur une pierre, au bord du chemin, et elle essaya d’imaginer la maison. Elle était toute petite et blottie contre la falaise, ses volets et sa porte fermée. Peut-être que désormais plus personne n’y entrerait. Au-dessus des colonnes, sur le chapiteau triangulaire, son nom était éclairé par le soleil, il disait toujours :

ΧΑΡΙΣΜΑ

Car c’était le plus beau nom du monde. »

Bien difficile de conclure après une si belle évidence de ce que la beauté veut signifier lorsque la conscience la vise avec la justesse requise.

« La cabane est sur le toit ». Le temps n’est-il pas venu de dire que cette cabane qui nous habite depuis notre plus jeune âge peut enfin trouver son assise et son royaume ? Et pourquoi donc faut-il qu’elle soit « sur le toit » ? Mais sans doute parce que les révélations n’apparaissent qu’en pleine lumière, en haut du monde, quelque part près de l’Olympe. Nous disons et nous rêvons à ce qui pourrait advenir si, d’aventure, nous y trouvions notre site pour l’éternité. Car c’est de cela dont il serait question : du règne infini des choses belles.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 08:05
« Toi ».

Œuvre : Eric Migom.

« Toi ».

Quelle émotion de seulement prononcer cette syllabe, ce jet en direction de l’autre, cet unique son détourant un être et le portant au-devant de lui dans l’unique qu’il est. « Toi », comme on dirait le poème du jour rassemblé en un seul mot. « Toi », comme on énoncerait le monde, son étrange sphéricité, sa perfection et l’impossibilité qu’il y a à le connaître autrement qu’à l’aune d’un simple effleurement. « Toi » dans la fuite éternelle. « Toi » que je ne pouvais saisir que dans la géométrie étroite de ce son. Irrémédiable. Inaccessible. Un simple gonflement de l’air dans la parenthèse rubescente des lèvres, puis plus rien qu’un souffle exténué d’avoir trop espéré. Rien ne dure jamais qu’à se mesurer à la dureté du réel, à sa confondante mutité.

« Toi ».

Et, pourtant, combien de fois avais-je roulé ton nom au creux de ma langue, « Toi », précisément - une étrange lubie de tes parents à ta naissance, sans doute -, « Toi », cette nomination qui n’en était pas une mais excédait cependant toutes les autres. Quel étonnement, parfois, quels jeux puérils il y avait lorsque, au milieu de la foule, criant ton nom, nous attendions de voir l’indécision des gens, leur interrogation quant à savoir si c’était eux qu’on avait apostrophés. Curieux phénomène, tout de même, que celui de se considérer le centre du monde et d’y demeurer toute une existence. « Toi » à peine prononcé parmi la foule d’une fête et c’étaient dix têtes qui pivotaient à la recherche de celui, celle dont, sans doute, ils se croyaient les élus. Alors, combien ton rire enfantin, carillonnant à la manière des grelots des attelages de Bavière, parcourait d’un frisson les nuques saisies d’une soudaine mutité. « Toi », comment mieux te décrire qu’en évoquant ton nom : spontanéité, joie simple d’exister, pareille à ce son parfait, à ses harmoniques cuivrés qui, longtemps, essaimaient à l’entour la farandole simple du bonheur.

« Toi ».

Et pourtant ce bonheur frais comme l’eau de la fontaine eut une fin. La petite comptine s’épuisa à proférer ce son unique qui vibrait dans l’air puis, un jour, retomba comme la goutte de pluie qu’une cendre ensevelit. Me levant à l’aube, mettant mes mains en porte-voix, lançant contre la face des rochers, un « Toi » aussi glorieux que possible, l’écho ne me renvoya jamais qu’une chute assourdie et ton nom éclaté en fragments, à peine un murmure qui disait ton départ à jamais. Vraiment, rien ne dure. Peut-être est-ce mieux ainsi. A trop vouloir prolonger les choses elles finissent toujours par s’exténuer de leur propre vacuité, de l’éternel retour du même qui nous pousse vers l’avant alors que nous nous exonérons de ce que nous avons été et ne sommes déjà plus.

« Toi ».

Ce qui me reste de « Toi », hormis cet appel qui résonne dans ma mémoire à la façon d’un sanglot, c’est cette peinture qu’un ami a réalisée de « Toi », précisément et qui éclate sur le mur de ma chambre, identique à l’écarlate de la muleta sur laquelle on aurait déposé un fin céladon teinté d’ivoire. Oui, combien cette posture de dos entretient ton mystère. Tu es bien « Toi », seulement « Toi » et nul ne saurait prétendre te dérober ce nom aussi énigmatique qu’elliptique. Parfois, regardant la toile, ton casque de cheveux noirs, le golfe de ton épaule, la ligne flexueuse de ta hanche, le cercle parfait de tes fesses, l’écoulement de ta jambe à la manière d’une eau de source, je murmure de tout petits « toi », de minuscules « toi », d’infinitésimaux « toi » et je te sens, là, tout près de moi, si discrète, si fragile qu’une larme à peine plus grosse que « toi » vient rouler sur ma joue et se dissipe aussitôt dans le bleu des souvenirs. « Toi » qui visites mes rêves avec la persistance d’une douleur, baisse un peu la lampe et viens mourir au creux de mon ombilic. Il y a toujours une place pour « Toi ». Uniquement pour « Toi ».

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 07:36
« Noir outremer ».

« Noir outremer ».

Œuvre : Céline Guiberteau.

Regardant une œuvre, toute œuvre, nous ne sommes nullement dans une virginité de la vision qui la poserait devant nous, l’œuvre, comme la certitude qu’elle est. Nous ne sommes pas une outre vide que l’artiste emplirait à loisir du bout de son pinceau. Nous venons de loin et, afin de poursuivre la métaphore, le récipient dont nous élevons la figure s’est émaillé, au fil du temps, de quantités de percepts, d’affects, de concepts qui font, de leur synthèse, la fibre vive de notre exister. Regardant cet océan de noir de fumée et de blanc de titane, c’est certes de l’océan dont il s’agit, mais bien plutôt de notre océan, celui que nous portons au pli de notre conscience. La nôtre d’abord, celle du monde ensuite. Car il ne saurait y avoir de séparation, de ligne de partage fixant à l’adret les flots tumultueux des mers ; de l’autre, à l’ubac, le mince ruissellement que nous faisons au cours de notre parution mondaine. Le vaste océan nous traverse, tout comme nous le traversons. Il est notre fluide intérieur ; nous sommes sa brume et le mouvement de son flux.

L’océan, cet élément qui nous dépasse du haut de sa royauté, à l’entendre seulement nommer et nous le possédons du-dedans de ce qu’il est, à savoir comme une parcelle du territoire que nous offrons à tout ce qui fourmille et s’anime sur la contrée de la Terre. Classique référence, truisme même que d’énoncer notre propre participation au Grand Tout, perspective du microcosme se fondant et jouant en écho avec le macrocosme, cet universel qui nous fait résonner en tant que singuliers. Car, si les marées et les flux sont multiples, si l’équinoxe les porte à l’amplitude, si la fonte des glaciers-rois les exténue, c’est, à chaque fois, d’un unique dont il s’agit. Unique veut dire, ici, que nul espace ne rétrocède vers l’origine, que nulle temporalité ne s’annule dans une marche à rebours l’installant, à nouveau, sur quelques fonts baptismaux que ce soit. Cette vague que je vois, là, faisant ses gerbes d’écume et ses myriades de bulles parmi le peuple des galets, jamais elle ne trouvera à se ressourcer à la pureté de l’instant. A peine s’est-elle levée, à peine a-t-elle assemblé en elle la puissance fondatrice de l’eau qu’elle est en perte d’elle-même, manière d’affliction que seule une activité de réminiscence portera à la résurrection, soit à se reconnaître elle-même comme ayant eu lieu.

L’océan que nous visons ici, auquel nous accordons quelque coefficient de réalité - il y a toujours dans l’activité humaine, fût-elle artistique, un fond de « mimêsis », d’imitation de la Nature, de référence à une concrétude -, l’océan donc surgit de la toile comme cette nécessité qu’il est, cette parole disant le monde en termes de rythme et de masse, en lexique de vie puisqu’à défaut de sa présence nous ne disserterions pas sur son essence, sur son étendue plénière. Cet océan nous le faisons nôtre, nous le confions à notre sensibilité, à notre imaginaire, à la complexité de notre entendement. Dès lors il ne dépend plus de nous que nous en possédions les clés afin que, maîtres de lui, nous l’agrémentions à notre guise. Tout métabolisme - rencontre d’une œuvre et d’une conscience - s’instaure de lui-même dans la mystérieuse alchimie qu’il délivre à notre insu. Cet océan que, depuis notre première rencontre, nous ne cessons de phagocyter et de porter en nous a progressé à bas bruit, avec ses marées insoupçonnées et ses retraits soudains, avec l’eau lourde de ses abysses et ses dômes de cristal. Qu’en est-il de cette eau primitive que notre âme d’enfant surprit, un jour lointain, derrière l’épaule blonde de la dune avec sa théorie de flots verts et ses franges rayonnant jusqu’à l’horizon du monde ? Pourrions-nous le reconnaître en quelque façon dans la toile dont l’artiste nous fait l’offrande comme partie intégrante de ce qu’elle est, un témoin d’un vécu en rencontrant quantité d’autres ? C’est au confluent de la vision du créateur et de la conscience qui en prend acte que la vraie chose a lieu.

C’est à cette fin que nous disons le titre en modes multiples. L’océan est ce « noir outremer » que l’œuvre porte à sa parution dans une vision singulière du réel. Il est aussi cet « outre-noir » dont nous parle le peintre Soulages en tant que dépassement du réel en direction de cet invisible qu’il est aussi mais que nos yeux inféconds ont du mal à saisir. Enfin, il est notre courbure personnelle à la face de l’événement qu’il suscite et dont nous sommes les porteurs. Parfois l’eau de nos yeux en est-elle le témoignage le plus patent, cette eau salée pareille à Tiamat, cette mère de la mythologie sumérienne dont nous sommes les rejetons insouciants et oublieux alors qu’elle est notre génitrice et la donatrice de vie de tout ce qui, sur Terre, se manifeste. Peut-être n’est-ce que cela, ce réel qui nous cloue à la planche d’entomologiste de l’exister, une simple visée que nous réaménageons constamment, dont nous perdons la trace dans les mailles complexes de la vie. Nous n’en savons plus le chemin. Peut-être que cela !

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 13:06
« Une touche de printemps ».

Photographie : Patricia Weibel.

Une touche de printemps.

Dans le miroir, nous regardons notre visage et nous rêvons.

Et nous savons l’éternel retour du même.

C’est à peine si notre position debout est assurée, fragile menhir en voie de construction, et déjà nous cherchons à savoir. A savoir la mère, ses doux cheveux pareils à une tresse de cuivre, la pente brève de son cou, les mains comme des lianes. Le père à la voix forte, aux membres drus, à la marche en avant courbée sous le signe du monde. A savoir le proche. Le chant de la mésange charbonnière dans le massif de buisson, la fuite blanche du nuage sous le vent, le chant de l’eau à l’abri des hommes. A savoir l’image de soi dans la grande aventure mondaine. Tout s’éclaire avec la grâce des évidences, tout brille depuis le lointain cosmos et les étoiles sont piquées dans la toile du ciel avec leurs yeux qui pétillent. Et la saison est une à peine déclosion qui fait signe vers la fuite lente des jours.

Une touche de printemps.

Dans le miroir, nous regardons notre visage et nous rêvons.

Et nous savons l’éternel retour du même.

Il est l’heure de midi et la boule blanche est au zénith qui incendie le ciel. C’est le temps des « travaux et des jours ». C’est la grande meute du temps plein qui cerne de toutes parts et assigne à résidence. A résidence de soi. Alors le cercle de famille déplie son orbe et assemble ce qui peut l’être, au centre, comme les gerbes de la moisson voyagent ensemble pour produire le grain, assurer la récolte future. Combien de rires d’enfants auprès du foyer où s’élève la flamme ! Combien d’étonnements à entendre un babillage, à regarder la fragilité d’une locomotion, à surprendre le sourire sur le visage aimé, celui qui s’est confié à vous dans la plus belle espérance qui soit ! Combien de merveilles assemblées dans le cocon tiède de la maturité !

Une touche de printemps.

Dans le miroir, nous regardons notre visage et nous rêvons.

Et nous savons l’éternel retour du même.

Le crépuscule est arrivé, sans qu’on n’y prenne garde et la lumière a baissé qui ne touche plus les yeux que du bout de son mince effleurement. Sur les pages du livre, les signes sont de minuscules fourmis capricieuses qui, parfois, tiennent secrets leurs conciliabules, leurs mystérieux déplacements. On regarde autour de soi et la chambre est envahie de pénombre où le clair-obscur fait ses étranges clignotements. Soudain, il y a si peu de réalité à se saisir des choses et, souvent, les doigts demeurent hagards de n’avoir pu retenir la manifestation, la parole qui décroît, les images qui dansent jusqu’à la perdition. On n’est plus qu’une braise, bientôt une étincelle sise au milieu de l’outre de peau et les signaux se font si faibles, comme venus des confins d’une lointaine galaxie. Et le jour bascule dans la nuit et nous regardons avec effroi cela même qui nous saisit à la gorge et nous intime au silence.

Une touche de printemps.

Dans le miroir, nous regardons notre visage et nous rêvons.

Et nous savons l’éternel retour du même.

Est-il encore temps ?

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 07:13
Nulle présence, toute présence.

Comment dire le tout du monde alors que notre vue est si étroite ? Comment percer l’être des choses, ce qui apparaît, est toujours en fuite si soudaine ? Comment attirer l’autre, lui dire l’essence de la relation ? Les oreilles sont si refermées dans leur étrange silence ! Un monde d’ouate et d’indistinction. Un monde plus qu’insaisissable : irreprésentable. Il faudrait, sans délai, que tout fasse halte, que nous puissions figer dans une totale contemplation le bourgeon en train d’éclore, le geste de la mante dans la manducation, le vol de la sterne sous le dôme du ciel. Mais le monde tourne, mais la Terre fait ses milliers de révolutions et rien ne fait halte afin, qu’à la fontaine, nous soyons en mesure d’étancher notre soif. De combler notre insatiable curiosité. C’est une telle souffrance que de porter son regard sur l’horizon et de n’y trouver aucune trace, aucune signification, aucun sémaphore nous invitant à dépasser nos cernes étroits.

Le jour est une simple instance dans le pli du temps. On marche sur le chemin, dans la stupeur d’être alors que rien n’est encore visible. Nul mouvement qui dirait la vie, ses infinies palpitations, ses éternels remous. La colline est devant dans une manière d’esquisse première, floraison en attente du jour. Une ligne est posée, tout en haut, qui révèle sa forme, sa crête à peine dentelée. Ligne de lumière comme pour séparer la nuit, le rêve des hommes, des entailles du jour, des hautes clartés qui forent le puits de la pupille, ouvrent la conscience jusqu’à la brûlure. Alors, on se réfugie dans l’antre de la peur et les mains se révulsent sur l’inconséquence du corps, cette chair qui tremble d’exister, d’avancer, jour après jour, dans le corridor des incertitudes.

Mais nous sommes seuls et rien ne nous parle qui ferait signe vers une quelconque espérance. Prenant conscience de notre taille de ciron, si minuscule sous le cosmos, nous devenons invisibles à nous-mêmes, nous disparaissons à même notre propre sensation. On se sent si léger, plume dans le vent, flocon dans l’air cloué de blancheur. Pas plus apparents que l’étoile du givre sur la courbe de la comète. Et pourtant, sommes-nous si inexistants que les apparences semblent vouloir le dire ? Sommes-nous simples paramécies inconscientes des limites mêmes de leur être ? Ici, dans le cirque immense de la nature c’est notre infinie solitude qui est notre bien le plus propre, le révélateur à nul autre semblable de ce que nous sommes en notre essence : des êtres en quête d’absolu dont, le plus souvent, nous ne savons rien. Percevoir son être, c’est percevoir cette dimension immensément ouverte et y jouer à titre de présence infinitésimale, mais présence tout de même. C'est-à-dire pensée, langage, multitude d’harmoniques jouant avec le monde. Et cela, cette prise de conscience d’un exister hors de toute dimension mondaine, nous ne le pouvons qu’a reconduire notre parole à sa vertu originelle de silence, à faire se dissoudre les vagues de la multitude dans l’unité dont elle provient, à ramener toute présence à son germe initial lequel disparaît à même sa propre profération.

C’est parce que nous sommes seuls face à l’immensité que nous sommes saisis du vertige indispensable à l’éclosion de l’être que nous sommes. Les bruits, les mouvements, les contorsions de la foule, les spectacles polychromes nous soustraient à nous-mêmes et nous inondent de visibilité. Or notre être est cet invisible qui nous habite dans la plus grande discrétion qui soit. Seuls en haut de la colline, nous sommes libres de voir le ciel, l’air, la terre, le vol du nuage, la zébrure de la pluie, la poussière grise du brouillard. Et ceci nous le pouvons parce que nous sommes directement reliés à tous ces éléments fondateurs. Être contre être. Une vivante agora, pleine de murmures se fût-elle installée au revers de la colline que nous eussions, aussitôt, distraits et égarés, perdu le chemin de l’être. Ce chemin vers nous-mêmes d’abord, ensuite vers tout ce qui est notre dehors. Percevoir la goutte parmi les turbulences du fleuve. Ainsi se définit la belle métaphore humaine. Nulle présence, toute présence. Ainsi paraît ce qui, toujours, devrait nous interroger. Mais nous sommes distraits et nos yeux s’emplissent de cataracte.

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 07:00
Polyrythmique de l’encre.

« Encre de Chine. »

Œuvre : Sophie Rousseau.

Se confronter à l’œuvre, c’est toujours se confronter à soi. Il existe, au début, l’instauration d’un « pólemos » entre le regardant et ce qui est regardé. Autrement dit d’un combat, d’une tension, d’un affrontement dont devront sortir aussi bien l’œuvre que l’âme de son vis-à-vis. Deux mondes dont il faut assurer l’existence en les installant dans une mutuelle rhétorique. Indispensable que s’établisse un échange à partir duquel être sans ambiguïté. L’œuvre parlant à l’homme. L’homme s’adressant à l’œuvre. Nous visons l’encre et nous sommes déstabilisés. Dans un premier jet de la vision, c’est d’un fourmillement indistinct dont nous sommes les témoins. Une manière d’Ultima Thulé, de territoire à découvrir qui préexistait à notre prise de conscience mais se présentait dans le genre d’une terre vierge. De notre regard, d’abord. De notre compréhension ensuite et de notre explication à son sujet.

Depuis l’aire de notre corps, ce cosmos disposant de ses propres lois d’organisation, de sa quadrature existentielle, nous observons cela même qui se dévoile comme chaos. Nous sommes submergés. Nous voyons l’encre et cherchons immédiatement des points d’appui. De quoi s’agit-il effectivement puisque, en effet, ce spectacle de l’œuvre nous est inhabituel ? Pourrions-nous rapprocher ces singulières taches de quelque chose que nous connaissons ? D’un paysage par exemple. Et si notre hypothèse est fondée, de quel paysage s’agit-il ? De sombres cumulus faisant, dans le ciel, leurs ombres denses ? Ou bien, ne serait-ce pas l’image de l’océan, ses vagues hauturières, ses éboulements blancs à la limite de la plage ? Nous ne sommes réduits qu’à des conjectures et ne sommes assurés de rien puisque tout semble en fuite à mesure que nos perceptions progressent dans l’ordre d’une possible connaissance. Mais avons-nous au moins cheminé correctement afin de savoir ? Nos prémisses établies sur les lois de la représentation - un sujet observant un objet -, étaient-elles à même de nous délivrer une perspective sémantique avec laquelle bâtir un projet permettant de se saisir de l’œuvre d’une façon adéquate ? Aucune certitude à ce sujet.

Alors il nous faut inverser les lois mêmes qui nous conduisent au-devant de l’œuvre. Nous attachant à la seule perception, nous commettons l’erreur fondamentale de confondre signe et forme. De ces taches, en réalité, nous n’avons perçu que des signes, c'est-à-dire des lexiques intentionnels que l’artiste nous aurait adressés afin que nous prenions acte de sa vision du monde. Alors qu’il était nécessaire de ne discerner que formes sur formes, ces propositions plastiques accomplissant leur propre destin du-dedans même de ce qu’elles sont, à savoir des rythmes et des tensions, des éclatements et des retraits, des dialectiques abruptes, des harmoniques sans fin, des ouvertures et des cèlements. C’est de l’intérieur même de ces apparitions, de ces phénomènes que l’œuvre surgit comme son propre déploiement, sa puissance d’ouvrir un monde. Elle agit comme une simple intonation, comme une voix faisant s’élever un chant polyphonique, comme un hymne accordé au balancement du monde.

Polyrythmie. Intensément. Ici, le rythme qui transparaît sous l’encre et l’amène à sa propre profération, c’est, tout simplement, le rythme ontologique de cela même qui vient à notre encontre, le rythme existentiel qui, partout présent, nous traverse de la même manière que nous le traversons. C’est un fluide constant, un libre échange pathique qui fait surgir l’émotion, nous exonérant des forceps du concept, de l’aridité du principe de raison. Entre l’œuvre et nous rien qui sépare, rien qui abolit et pourrait reconduire à l’existence de monades séparées, cloîtrées dans leur autisme. Nous sommes à l’œuvre comme l’œuvre est à nous. Elle diffuse en nous alors que nous nous répandons en elle. C’est, d’abord et avant tout de passage dont il s’agit, de mouvement, de convergence des métabolismes. Nous sommes l’œuvre. L’œuvre est nous. Fusion des rythmes, des grands rythmes universels aussi bien qu’anthropologiques.

Dans la densité de l’encre, dans sa nuit souveraine, ce sont les blancs - le silence, la mutité, le recueil à partir desquels toute parole peut survenir et rayonner -, les blancs, les vides qui font se dilater et exister l’œuvre qui se donne au monde tout comme elle se donne à nous dans un même empan de manifestation. Alors, comment s’étonner de tous ces rythmes fondateurs de l’œuvre ? Ils sont les rythmes du cosmos, les nôtres, ceux des choses qui surgissent entre ciel et terre. Le jeu des blancs et des noirs, c’est le jeu du monde. La dynamique qui tient tout en suspens est la même que celle qui sous-tend la diastole-systole de notre cœur, met en opposition le balancement du nycthémère, le mystérieux clignotement du jour et de la nuit, de l’ombre et de la lumière. Le jeu subtil, c’est celui de l’inspir-expir qui gonfle nos alvéoles et porte témoignage de cet éther qui nous fait tenir debout. Le jeu, c’est notre cheminement sur la route de poussière, laquelle fléchit sous chacun de nos pas, constant martèlement de l’espace qui s’ouvre en temporalité et nous porte au-delà de nous-mêmes vers l’horizon de notre vie.

Par essence, notre vie est ce rythme complexe qui s’allie aux autres rythmes dans la plus belle des signifiances qui soit, celle d’une transcendance à faire s’élever, du blanc au noir, du noir au blanc, afin que le cercle de l’immanence ne se referme sur nous. Que l’encre de l’artiste « représente » - éternelle tentation de la vision métaphorique du monde -, le ciel chargé de nuages ou bien les flots venant de loin à notre rencontre, peu importe. C’est nous qui faisons le chemin, cette errance singulière qui ne se vêt jamais que de cet éternel clignotement entre les valeurs extrêmes de notre perspective humaine, la blanc de la naissance par lequel nous sommes au monde, la noir de la finitude par laquelle nous nous en absentons. Le sens, tout sens est inscrit dans cet intervalle. Nulle part ailleurs.

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 07:00
Ce temps qui s’efface.

« Tel un vieux berger, triste et solitaire,

Reste mon clocher – cherchant son troupeau –

Dont la voix fêlée devient un sanglot,

Se répercutant jusqu’au cimetière,

Pour dire à nos Morts la grande douleur

De ne plus trouver du passé l’image …

Quelle est la maison ? Quel est le bocage

Qui, des vies durant, enchantaient les cœurs ?

Les neuves maisons cachent les anciennes,

Les douces et vieilles aux visages gris,

Et cachent aussi les bois assombris,

Et l’horizon bleu des mers aux Cévennes ! »

(Extrait de « Village »

« Au milieu des choses ».

Marie-Jeanne Diet.

On ne dira jamais assez combien cette poésie est belle. Empreinte de douceur et de nostalgie, laquelle imprime des « bleus à l’âme » pour le dire dans le langage de l’auteur de « Bonjour tristesse ». Car, en dépit de tout romantisme, de toute inclination au rêve bucolique, comment pourrait-on se détacher des images fondatrices de notre enfance - nos racines - et en faire le deuil comme on le ferait d’un objet usuel dont le destin est, tout simplement, de disparaître sans laisser plus de trace que le passage du vent ? Comment serait-il possible de biffer d’un trait de crayon ces paysages qui furent notre berceau, ces villages dont les pierres angulaires sont les bases mêmes sur lesquelles nous nous sommes édifiés ? Comment ?

Imaginez seulement votre trajet, depuis vos premiers pas jusqu’à l’âge adulte, sur une minuscule mais très attachante scène du monde, dans un village que nous nommerons « Beaulieu », modeste bourgade entourée de champs que longe dans la vallée la « Leyre », petite rivière au cours tranquille ne se préoccupant que des feuilles des nénuphars et du rire des enfants. Vous êtes un garçon discret dans le genre de Jean-Jacques, (ce sera votre prénom le temps d’une fiction) herborisant volontiers, contemplant fourmis et autres scarabées après qu’aura été vu, dans la salle du café qui sert de cinéma, un film, « La vie des insectes » sur l’existence passionnée de Jean-Henri Fabre. Volontiers solitaire, vous parcourez les rues du village, mais aussi, mais surtout, les alentours qui sont comme les coulisses d’un théâtre.

C’est un jour de printemps vers les années 1950. Vous êtes parti seul faire l’inventaire du microcosme qui s’étend autour de Beaulieu à la manière d’un territoire secret dont nul ne peut s’affirmer propriétaire, tant l’idée de liberté est attachée à ces quelques mottes de terre, tant le calme est lié à ces douces collines semées des fleurs blanches des pruniers pareilles à une neige pastorale, à ces « pechs » à l’horizon, sortes de longs plateaux que coiffe la houle des chênes. Un de vos lieux de prédilection, les prés qui courent le long de la rivière sous la meute drue des hauts peupliers. Vous longez la plage de gravier de Talbert, là où, avec Grand-père William, les jours d’été, de bonne heure, lorsque la lumière est encore bleue, vous venez taquiner les goujons. Quelques galets plats ricochent sur l’onde faisant fuir un pic-vert. Le glougloutement de l’eau claire se laisse entendre jusqu’à la voûte des saules qui fait comme un vert reposoir. Il y a si peu de monde dans cet univers fait d’herbe, de vent, du vol souple des libellules.

Bientôt le pont de ciment avec, en retrait, le moulin, son ilot minuscule, le saule pleureur qui s’égoutte au-dessus de l’onde, le mince barrage qui achemine l’eau afin de la rendre industrieuse. Aujourd’hui le moulin est abandonné, livré aux quatre vents, à la curiosité des visiteurs, aux tourbillons de farine qui poissent l’air parmi le réseau des toiles d’araignées. Quel bonheur, alors, de s’introduire dans cette caverne d’Ali Baba, le ventre un peu noué cependant, c’est si étrange ce clair-obscur enveloppé de silence. Dans l’ombre brillent les poulies de métal, vibrent encore du souvenir de leur rotations incessantes, les vieilles courroies de cuir, s’éclaire l’eau stagnante de reflets verts qui se dirige vers la roue qui mettra en marche la mécanique complexe et moudra le grain dans un air dense plein de poussières dorées. Imaginer le bruit d’autrefois est pur bonheur. Grincement des rouages que traversent, parfois, les cris du meunier disant la tâche à accomplir. Toute cette agitation est abolie mais demeure perceptible dans la moindre anecdote du moulin. Tentation de faire tourner la manivelle qui commande le lourd tablier de métal et alors l’eau bondit avec un bruit de cataracte et la vielle charpente s’ébroue sous la poussée de l’eau.

Vous flânez le long de la Leyre, cette rivière si tranquille est comme un ressourcement. Dans la pluie des chatons de peupliers le soleil dessine ses arabesques. Au bout d’une pente de terre lissée de limon, une barque de tôle goudronnée sommeille au ras de l’eau et il s’en faut de peu qu’elle ne coule dans la flaque teintée de boue. L’embarcation est l’œuvre d’un des deux forgerons du village qui, le soir, vient poser ses nasses entre les massifs de nénuphars. On ne dédaigne pas le brochet ou bien la carpe qui, souvent, ponctuent les repas de fête. Plus haut, sur la droite, au-delà d’une passerelle de bois qui enjambe la rivière la masse imposante du Château des Terrieux. Celui-ci gardera son secret, un portail barre l’accès aux prés qui y conduisent. Puis, surplombant la vallée, un bosquet perché en haut d’une mince colline. Lieu privilégié de bien des fuites, de rêveries, de longues pertes parmi le dédale végétal des chênes. Le village est si près, si loin. A la fois lieu de réassurance, à la fois escapade vers une proche autonomie. Être sur une île, oui, à condition que la terre soit en vue au travers des écharpes de brume. Le cube de la maison est visible, parfois, dans le clignotement des feuilles. Vous y êtes par la pensée alors même que votre corps s’en absente et que votre imaginaire flotte au loin, vers de possibles voyages.

Déjà s’éloigne l’aire de l’aventure. Déjà s’approche la rumeur du village, ses bruits familiers, les coups sourds frappés sur l’enclume, les battements du Société Française, cet étrange tracteur à la puissance infinie, capable d’attacher à sa suite batteuse, presse à lier, remorque emplie de fûts divers. Un arrêt devant la source qui jaillit du sol dans une anfractuosité de rocher et coule, en lacets insouciants, au milieu des touffes vertes du cresson, vers la Leyre qui l’accueille comme l’un de ses nombreux rejetons. Bordant le village, en contrebas, le « Chemin du Ciel », certainement un vestige de ce que fut un moyen de liaison avant que ne s’installe la moderne route qui scinde le village en deux. Route qui porte encore les traces du « tacot », cet antique train à vapeur qui la longea, dont ne reste plus que le vestige d’une ancienne gare transformée en maison d’habitation. Puis la maison, puis la chambre du « milieu », ce refuge à nul autre comparable où le réel se dissout dans le rêve, où les mouvements de la vie se font littérature, où les contraintes s’effacent derrière le voile de la poésie.

« Les neuves maisons cachent les anciennes,

Les douces et vieilles aux visages gris,

Et cachent aussi les bois assombris,

Et l’horizon bleu des mers aux Cévennes ! »

C’est encore un jour de printemps, un demi-siècle plus tard, autrement dit à l’âge où les espérances de la jeunesse s’estompent pour laisser place aux angles vifs du réel. C’est comme un coup de scalpel dans la toile soyeuse des souvenirs, c’est une déchirure par laquelle se laisse entrevoir ce qui fut et, plus jamais, ne se présentera. Ces itinéraires infinis de l’enfance dont vous ne pensiez pouvoir épuiser le dense réseau, exploiter les ressources illimitées, voici qu’il n’en reste plus que quelques nervures sur une feuille d’automne et le limbe ne témoigne plus qu’à titre de vent. Ici, sur cette terre au milieu des terres où ne s’inscrit nullement « l’horizon bleu des mers aux Cévennes », c’est le même désarroi, la même poignante nostalgie qui étreint le cœur et l’ami est bien loin qui ne donne plus de ses nouvelles qu’épisodiquement, quelques « Petites Madeleines » que l’on plonge avec délice dans le thé du souvenir. Oui, sans doute cette métaphore proustienne prête-t-elle à sourire. Et pourtant, lequel d’entre nous ne possède, en un coin secret de son âme, cette minuscule parcelle de temps et d’espace, cette écharde vive d’un « Combray » qui, pour nous, joua à la manière d’un guide pour l’existence. Braise qui couve sous la cendre des jours. Minuscule pépite enfouie dans la gangue de terre, là où s’origine notre manière d’être au monde.

Vous avez parcouru les lieux autrefois ordonnateurs de sens et vous n’avez découvert, devant vos yeux incrédules, qu’une manière de champ de ruines. Plus rien qui n’était, sauf quelques témoins qui jouent à titre de vestiges archéologiques. Ni la Leyre, ni son antique moulin, ni le chemin bucolique bordé de noisetiers n’ont conservé l’empreinte de ce qui fut, ou alors la teinte en est si usée, décolorée qu’elle ne s’affirme plus qu’à la façon d’une brume. Du village perché sur son piton de calcaire, des champs qui couraient à l’horizon, de cette communauté pierreuse qui regroupait les maisons autour d’un unique foyer, autour d’une idée simple et heureuse, ne reste plus qu’un genre de mascarade, de déguisement sous lequel plus rien n’est visible. Anciennes maisons enserrées, corsetées parmi les lotissements pléthoriques - ces modernes et consternants jeux de Lego -, route bitumée jusqu’à l’excès, hauts lampadaires remplaçant les lampes coiffées de tôle, école que ne traversent plus les rires joyeux des enfants, métamorphosée en moderne mairie. Oui, sans doute le progrès. Oui, sans doute les changements de temps. Oui, l’évolution des mentalités. Oui, toute rationalité explique par un subtil réseau de causes et de conséquences la nécessité d’aller de l’avant et de faire table rase du passé. Oui, toutes ces justifications ont lieu d’être qui mettent devant le fait accompli.

Regardant le vieux moulin qui sert d’habitation vous comprenez la nécessité de ne pas laisser les choses dans leur linceul de pourpre. Vous regardez et vous pleurez intérieurement parce qu’un sentiment de dépossession vous a soudain envahi. Non celui d’une dépossession des choses. Non, d’une dépossession de celui que vous avez été et qui souffre de ne plus être. Alors vous demeurez longuement tout en bas du village, là où, encore, quelques traces subsistent du temps d’autrefois, vous essayant à retrouver un trésor perdu. Oui, il existe mais n’est plus qu’une simple fumée à l’horizon du temps. Alors vous méditez les vers de la poétesse et demeurez en vous afin que quelque chose soit préservé d’une joie ancienne :

« Quelle est la maison ? Quel est le bocage

Qui, des vies durant, enchantaient les cœurs ? »

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Published by Blanc Seing - dans Petites Madeleines
20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 07:33
Brume, passion des yeux.

« Etude 2015 ».

Photographie : Gilles Molinier.

On est encore dans la nuit. Dans la nuit des yeux. La nuit du songe. L’ombre-femelle nous enlace et nous reconduit à un genre de condition primitive. Semblable à la graine, à la pépite que nulle étincelle ne visite, à la pierre de Lune sans Lune. On est dans le silence de la vision, dans la mutité de l’ouïe, dans le cèlement de la fleur, l’impossibilité de la rose à simplement figurer dans le dessin virginal de son bouton. Tout est infiniment replié dans le limaçon du non-savoir. Nul murmure sur Terre qui dirait l’ouverture de quelque langage. Nul vent qui disséminerait les spores de la culture. Nulle parution qui énoncerait la courbure du destin des hommes, leur longue marche sous le dais alangui du ciel.

C’est bien avant l’éraflure du jour, bien avant l’entaille de la conscience et la longue douleur des hommes. C’est comme si rien ne devait jamais se produire et l’instant serait figé, là, dans une glu éternelle, inclinée à sa propre contemplation. Quelque part, loin, au-delà de toute pensée, pourtant quelque chose tremble et vacille dans l’incertitude de l’aube. Quelque chose va s’annoncer et nous faire naître à nous-mêmes, les hommes-dormants, les pliures de chair dans l’orbe étroit d’une lucidité de lampyre, d’une idée liminale. On le sent depuis la bille dense de l’ombilic. Cela fait ses petites révolutions internes, cela cherche à croître, cela s’ourle d’impatience : braise qu’alimente la curiosité d’être et de confier ce recueil au profond du massif de chair. C’est une comète qui s’essaie à tracer son sillage, à forer la cuirasse de peau, à sortir dans l’aire ouverte des significations. Ce n’est ni un texte, ni une phrase, ni un mot. Seulement leur signe avant-coureur, un souffle qui tient en tension les polarités de l’être. On est une outre de terre et nos flancs sont étroits et pourtant c’est le vide qui nous amène à paraître et bientôt les étoiles du jour brilleront dans notre intérieur, vaste firmament traversé de si belles intuitions.

Mais voilà qui vient de loin. Mais voilà qui s’éclaire dans les interstices des ténèbres et entre dans nos yeux avec la force d’une source première. La nuit-féconde, la nuit-au-ventre-lourd a distillé toute son énergie. Elle a puisé aux sources de la terre, à l’eau souple des fontaines. Elle a emprunté au ciel l’once de nuage et à la pluie en fine suspension. Et voilà que le prodige s’accomplit. Nos yeux s’emplissent de cette belle humeur vitreuse, ce langage du monde qui nous porte au-devant des choses et nous fait être au regard de cela qui veut bien apparaître. Les larmes en attente comme pour dire la beauté partout présente, la beauté en partage, il suffit de tendre nos mains, de dilater nos pupilles, de distendre le couloir de notre cochlée. Mais ce sont les yeux, surtout. Un fin brouillard s’en échappe, parti du-dedans du corps. Il touche tout ce qu’il rencontre avec la certitude qu’il y a à voir, infiniment à voir.

Le brouillard traverse l’espace avec lenteur et majesté. De ses doigts légers il métamorphose l’abeille et le rocher, la mousse et l’oiseau-lyre, l’enfant nouveau-né et la course arquée de l’arc-en-ciel. La brume, la si belle vitre diaphane sur laquelle l’arbre prend appui et déplie l’infinité de ses ramures, imprime le charbon de sa présence, étoile son chant polyphonique, la brume blanche ou bien grise et parfois bleue comme l’ardoise, la brume, c’est nos yeux, c’est nos larmes, c’est notre présence au monde qui se dit en mode rassemblé et écrit ce poème au bout duquel nous sommes et que, toujours, nous tremblons de perdre. Oui, de perdre. Voilà : il faut pleurer ! Et faire silence. Nous ne sommes que cette immense vacuité sous le regard de l’arbre, cette simple indécision sur le fil de la brume, ce vol surpris de lui-même. Et pourtant nous demeurons. Et pourtant nous aimons !

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 07:50
« Sommeil bleu ».

« Sommeil bleu ».

Œuvre : Laure Carré.

La chambre est comme absente, livrée au demi-jour qui l’accueille. Rien ne trahit la nuit encore présente. Rien ne l’entaille. Tout repose et vit dans la douceur étrange de quelque ambiguïté. Le monde n’est plus. Les existants ne sont plus. La peur est réfugiée au creux des invisibles abysses. L’air est si léger qui flotte à la manière d’une rémige. Comme si un étrange oiseau était venu dire le bonheur de reposer, ici, au plein de la pièce et de n’en point sortir. Si beau le rêve qui habille le réel du luxe des étoiles. Si beau le rêve et les montagnes, dans le bleu, s’ourlent de givre et leurs crêtes brillent à la limite du ciel. Si belle la mer et des milliers d’étincelles s’allument à la pointe des vagues et font leur feu de Bengale dans le glacis de l’eau.

Elle-qui-dort - mais dort-elle ou bien feint-elle d’être livrée au sommeil ? -, flotte infiniment au creux d’un pays magique. Lieu de confluence des pures joies. La courbure du cou est une arabesque que caresse la lumière. Les yeux sont au repos, leur amande pliée sur le calme et le précieux du regard. Sublime vision intérieure qui déploie ses comètes jusqu’au centre du corps. Gerbes d’écumes, pluie et gouttes de cristal qui n’en finissent pas de tomber, lenteur d’une chorégraphie se perdant quelque part, peut-être au centre de l’ombilic, cette miraculeuse graine que cèle le secret. Elle-qui-dort, les lèvres jointes, au bord d’une possible supplication, d’une prière peut-être, celle que le « sommeil bleu » déplace lentement et dépose au rivage du jour avec l’attention qui éclot aux moments rares. Et la dune de l’épaule qui dit l’exhaussement hors de soi, la toujours possible effraction vers ce cosmos qui chante et aligne, sur le dôme du ciel, sa présence parfaite, immensément ordonnée. Et la chute du bras qui enveloppe et rassure, protège de l’œil mauvais, abrite des haines et des sombres projets que fomentent dans l’ombre la horde des invisibles, des nombreux toujours prêts à surgir et à guerroyer. Et la double éminence de la gorge, cette manière de colline donatrice de vie, cette louve assagie veillant à la protection et la destinée des hommes. Les amphithéâtres sont loin, les arènes absentes où les pouces dardés vers le bas disent la haine de l’homme. Et la main ouverte afin de saisir, du monde, la présence discrète. Tout est déjà si loin dans l’aube qui teinte de clarté le sommet décoloré des arbres. C’est à peine si une brume naissante effleure la crosse des fougères qui, bientôt, se dépliera comme la belle métaphore qu’elle est, celle de la croissance infinie des choses, du surgissement de la nature partout où une place est disponible.

« La Nature a horreur du vide », disait Aristote. Celle-qui-dort aussi. Elle se vit sur le bord de l’abîme, haut du corps immergé dans le rêve, le bas dérivant déjà dans la certitude de son propre destin. Elle-funambule qui se retient de franchir la ligne qui sépare les deux mondes et qui n’est jamais que la frontière entre rêve et réalité, entre monde bleu et monde polychrome où les hommes allument les feux de l’exister. Elle-qui-dort, nous la regardons et nous rêvons !

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 07:08
Petites Effigies du Temps Retrouvé.

Œuvre : Marc Bourlier.

Les hommes. Oui, les hommes ! Mais regardez-les donc courir dans toutes les cannelures de la Terre, sur l’aire venteuse des agoras, dans le ventre des villes, le long des tuyaux où glissent d’étranges machines. Hommes en grappes. Hommes en gelée. Agglutinés comme les termites dans leur édifice de salive et de boue. Rouge comme le sang, comme le tumulte d’Eros.

Dans l’ombre, invisibles, les Petites Effigies.

Les hommes. Oui, les hommes ! Entendez-les mugir dans les fêtes polyphoniques où ils culbutent dans le vertige des abysses. Montagnes russes. Attrait du vide. Fascination pour le danger. La Grande Roue est pleine de bubons humains, de ventouses collées à ses basques. Garçons cheveux gominés. Filles en baskets. Bambins qui déjà portent aux pieds la marque du prestige, la folie de l’avoir, la démesure de l’existence-vampire.

Dans l’ombre, invisibles, les Petites Effigies.

Les hommes. Oui, les hommes ! Ils sont là, plébiscitant tout ce qui brille et aveugle. Ils sont happés par les vitrines de la possession et leurs yeux sont avides, en soucoupe, qui boivent le monde jusqu’à la lie. Dans les caves qu’illuminent des néons blafards, tournent les rotatives. Billets verts, billets jaunes avec des étoiles, avec la figure de l’Oncle Sam ou bien Picsou. C’est égal, seul compte le résultat. Automates bourrés jusqu’à la gueule. Files d’attente comme à la fin de la guerre. Tickets de rationnement. On se piétine, on se bouscule. On sort du ventre de la machine des liasses qui chantent la propre gloire de ce qu’on est sur Terre, à savoir de bienheureux possédants. On enfouit les images porteuses d’avoir au profond de ses poches et le regard brille tourné vers l’intérieur, dans les replis du contentement de soi. De l’égoïsme qui fait son glougloutement satisfait dans les tubulures de chair.

Dans l’ombre, invisibles, les Petites Effigies.

Les hommes. Oui, les hommes ! Ecoutez-les phagocyter le réel avec leurs canines de vampires. Touts leur est bon qui fait ventre. Aussi bien les pyramides de victuailles, aussi bien la femelle mafflue ou bien la montre aux éclats qu’envient les pauvres hères depuis leur boîte logée au creux du caniveau. Près de La Bourse sont les noires limousines. Hommes au long cigare. Téléphones sophistiqués. On appelle les « grands » de la Terre, on fait tourner les milliards de chiffres. Montagnes d’argent qui changent de mains, toujours les mêmes, et les peuples opprimés meurent la gueule ouverte, mains tendues vers le vide sidéral, leurs bouches farcies de mouches bleues.

Dans l’ombre, invisibles, les Petites Effigies.

Les hommes. Oui, les hommes ! Ils ne sont que des effigies de carton bouilli, des humanistes ne rêvant que d’étriper leurs amis, de violer leurs femmes, de faire se dilater l’outre de leurs envies, de faire se lever la turgescence de leurs désirs polychromes, de hisser en haut du mât l’oriflamme de leur pleutrerie pléthorique. Ces hommes, à défaut de connaître leur être, ne vivent qu’au rythme paraplégique de leur avoir. Ces hommes des Temps Modernes, écouteurs vissés sur la tête, ondes vissées dans le massif du crâne - mais qu’ont-ils comme véritable avoir, dedans ? , vêtures dans le vent, ne sont que les zombies d’une nouvelle ère en proie à ses propres démons. Par là où naît le non-sens s’approche le néant et son aporie constitutionnelle. Ces hommes dormeurs-debout ont perverti le temps. Ils l’ont amenuisé à la taille de l’instant vide qui se détruit lui-même au rythme exponentiel de sa propre vacuité. Misérable eschatologie, la mort est pour bientôt. Ainsi auraient prédit les antiques aruspices devant tant de perdition hauturière. Le temps n’est plus qui, par nature, porte l’homme au-devant de soi.

Dans l’ombre, invisibles, les Petites Effigies. Du fond de leur modestie, de leur inapparence, elles s’essaient à sauver ce qui encore peut l’être. Un arbre, une île flottant dans des eaux bleues, un nuage bordé d’ouate, des paroles d’amour, un brin de vérité, une écaille de bonté, une once de générosité, une feuille d’automne disant le bonheur du simple. Les Petites Effigies se sustentent d’une brume, d’une rosée, d’une pigne de pin qu’elles offrent en partage aux Petites Effigies contiguës. Les Petites effigies ne sont en cécité devant aucune esthétique flatteuse, fût-elle celle de précieuses gemmes. Les Petites Effigies tournent autour de l’axe central d’une éthique comme, autrefois, les petits chevaux de bois montaient et descendaient avec application, regardant le monde depuis leur belle silhouette de bois doré au son de l’orgue de Barbarie. Petites Effigies, vous seules êtes porteuses de vérité, ce Temps Retrouvé, ce temps essentiel qui fore loin, jusqu’aux fondements de l’être. Petites Effigies, enseignez-nous la vie. La vraie. Nous vous serons en dette, éternellement. Eternellement, puisque, avec le temps, il n’est question que de cela, d’éternité. Le reste n’est qu’une farce de potache ! De potache. Nul et non avenu !

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