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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:32
La Passante.

Passante qui es-tu

 

Hiver est là avec sa froidure

Son blanc manteau

Son silence accordé

A la cendre du Ciel

Hiver est là

Et la Ville

Esseulée

Pleure dans le retrait

De soi

Dans la perte

Du jour

Dans l’ombre qui grandit

Et endeuille

Le cœur des Hommes

Hiver est là

Et nous tremblons déjà

De ne pouvoir saisir

A nouveau

Le calice ouvert

De la fleur

L’encre des étamines

La joie du pollen

Le soleil

Qui partout rayonne

Et illumine

 

Passante qui es-tu

 

Toi dont la chaise

Vide

Toise la neige

De ses pieds sidérés

Toi qui hantes

Les allées désolées

Où même les oiseaux

Ne chantent plus

Toi qui murmures

En silence

Toi dont le corps

N’est plus visible

Seulement

La trace

D’un Passage

Comme la palme

Du temps

Qui effleure

Et se distrait

De Nous

Dans l’instant qui fuit

Loin en quelque lieu

Dont jamais

Nous ne connaîtrons

La présence

Sauf

Les mots volatiles du

Rien

Sauf le balbutiement

Des choses

Dans le pli ouvert

De la Nuit

 

Passante qui es-tu

 

Es-tu

CETTE

Passante que chantait

Baudelaire

Le Poète

Baudelaire qui

Te FAIT FACE

TE FAIT FIGURE

T’épiphanise à la mesure

Des vers qu’il te dédie

TOI l’Innommable

TOI que cerne

Le Verbe

TOI qui fuies la rime

Transgresse la césure

Te situe aux frontières

De CE LANGAGE

Qui taraude l’âme

Cloue le Créateur

Au pilori

Le laissant

ESSEULE

Crispé

Ciel livide

Où germe l’ouragan

Douleur qui fascine

Et plaisir qui tue

OUI t’ayant aperçue

TOI La Passante

CE chantre de la Modernité

Tissant patiemment

Ardemment

Les liens

Entre

Mal

&

Beauté

Violence

&

Volupté

OUI

Baudelaire

De TOI

Se fût enthousiasmé

Car DIEU

(Fût-il païen

Fût-il athée)

A son corps défendant

L’habite

Comme tout Poète

Qui ne brille

Qu’à la lumière

Des MOTS

Un éclair... puis la nuit !

 - Fugitive beauté

 

 

 

 

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:58
Tout au bord de l’eau grise.

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

VOUS étiez dans cette attitude

Dont je n’aurais pu qualifier

La nature

Sorte de Cariatide

Tenant le Ciel

Au-dessus de sa tête

Prenant racine dans le monde

Des choses terrestres

Flottant infiniment

Dans un azur si pur

Qu’on n’aurait pu le toucher

Qu’à l’aune de l’esprit

Qu’à la force souple de l’âme

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Tous les jours

Que le temps inventait

VOUS étiez assise

Sur cette souche étroite

Qu’ont eût supputée

Placée là

Pour VOUS

Et pour nulle autre présence

 

Toutes les heures

Que le temps créait

Je longeais ce lac

Cette étendue d’eau grise

Cette impalpable ligne de schiste

Dans laquelle se reflétaient

L’eau blanche des nuages

Le céladon adouci du Ciel

La ligne sombre des collines

Une langue d’onde verte

D’ovales ilots

Une avancée de Terre

Qui ressemblait

A votre teint d’olive

A sa profondeur

A son mystère

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Quel que fût le temps

Plût-il

L’atmosphère fût-elle

De feu

Ou bien le vent

De glace

Vous demeuriez

Tant et si bien

Qu’il eût été illusoire

De VOUS comprendre

VOUS

L’Atlante

Qui séjourniez parmi les hommes

Dans cette forme d’absence

Dont ne pouvait témoigner

Qu’une Déesse

 

***

 

Mais quel fronton

De quel temple

Souteniez-vous

VOUS dont l’étrange destinée

VOUS portait

A la limite

D’une invisibilité

Alors qu’alentour

Hormis votre hiératique esquisse

Rien ne paraissait que de normal

Rien n’avait lieu

Que dans l’inconsistance

De l’heure

Un ris de vent

Que la moindre saute d’humeur

Eût vite effacée

Tant les choses de la Terre

Paraissaient

Superficielles

 

***

 

VOUS ayant aperçue

Et le regard demeurait

Aimanté

Magnétisé

Pareil à une étincelle

Forant la nuit

De sa rouge question

Dardant sa pointe

Avant que l’Ombre

Ne l’éteigne

Dans son rêve de brume

Dans sa dérive d’encre

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Souvent il m’arrivait

Depuis l’anonymat

De l’autre rive

Yeux fixés sur des jumelles

De VOUS

Isoler

De tout ce qui n’était pas

VOUS

Afin de garder

Intacte

Votre Essence

De ne la point diluer

Dans les mailles

Etroites

De l’incertitude.

Tout au bord de l’eau grise.

 

Ce jour

Lumineux

Diaphane

Est le jour de

L’Automne

Cette parenthèse du Temps

Ce repos

Après l’exultation

Cette halte avant

Que l’hiver

Ne noie tout

Dans ce frimas

Qui semble éternel

Aux impatients

Qui piaffent d’ennui

Aux amoureux

Qui ne souhaitent

Que de se dénuder

Aux chemineaux

Qui courent les sentiers

Sous la morsure de la bise

 

***

 

Ce jour

Est d’or et de paille

Ce jour est tissé de pollen

Et nul ne songerait à être triste

A se réfugier

Dans l’aridité d’une mystique

L’abrupt d’une méditation

Seule est admise

La contemplation

Qui fait du pluriel

L’Unique

Qui métamorphose

La mélancolie

En pure Joie.

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

Le trajet a été accompli

Le cercle se referme

Qui me ramène

Jusqu’à

VOUS

Dans cet écrin de silence

Qui ne saurait avoir

D’autre lieu

Que celui que l’on assigne

Aux choses

Rares

Aux incunables

Par exemple

Dans le luxe d’une

Bibliothèque

 

Mais parfois

Surgit l’énigme

D’un autodafé

Et des manuscrits

Ne demeurent plus

Que des cendres

Et quelques signes épars

Qui regagnent

L’effacement

D’avant leur parution

 

Tout au bord de l’eau grise.

 

La souche rongée par

Le Temps

Est levée sur la scène

Du jour

Une plante au sol

Un étoilement vert

Quelques fragments de bois

Ossuaires

Comme si la Mort

Les avait atteints

Avant qu’ils ne rejoignent

L’eau donatrice de vie

L’eau lustrale par laquelle

Recevoir un nom

Et perdurer dans le cycle

Des saisons

 

***

 

VOUS il m’en faut assumer

 La biffure

En

Croix

X

Cette perte qui

Jamais n’aura réparation

J’aurais voulu

VOUS connaître et voilà

Que VOUS m’échappez

A l’instant où j’allais

VOUS Saisir

Au moins par la pensée

Au moins par le sentiment

D’une jouissance immédiate

 

Au pied de la souche

(Est-elle la souche

Une métaphore

De ce qui a été

Qui jamais

Ne trouvera

D’espace où renaitre)

Au pied de la souche

Une page arrachée d’un livre

Illisibles mots

Sauf

Cette phrase qui figurait

Sans doute en épigraphe

Du texte

 

« La mélancolie

Est une maladie

Qui consiste

A voir les choses

Comme elles sont »

 

Etiez-vous identique

A l’état d’âme

Nervalien

Etiez-vous

Celle qui vivait

Le Réel

Jusqu’en ses derniers

Retranchements

Etiez-vous

Cette Lucidité

Placée à la proue

Des Choses

Ceci

Jamais ne le saurai

Mais vit-on

D’autres nourritures

Que celles

Terrestres

De l’Illusion

Vit-on

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:45
PasserELLE. (1° Partie)

Adagio.

 

L’été touchait à sa fin

Non mon désir d’en découdre

Avec la nature

La beauté des paysages

Cette mer qui fuyait

A l’horizon du temps

Ces lacs qui scintillaient

A perte de vue

Au milieu des embruns de sel

Des bruissements légers de l’eau

 

Le plus souvent

Au lever du jour

Ou bien au crépuscule

Ces moments bénis des dieux

Je me rendais au bord de l’Etang

M’asseyais sur quelques pierres

Que dissimulait une touffe de tamaris

Ainsi voyant sans être vu

Je pouvais tout à loisir

Profiter d’un spectacle

Dont je pensais être

Le SEUL

A pouvoir

Jouir

 

Depuis la rive

Une passerelle de bois

Flottait au dessus de l’eau

Dont je ne connaissais la destination

Peut-être une amarre pour les bateaux

Peut-être simple architecture

Pour les nomades et les curieux

Assurément j’appartenais

Aux deux catégories

Moi qui avais la bougeotte

Moi dont le regard fouillait

Le moindre recoin

A la recherche

D’une esthétique

D’une émotion

D’un prétexte d’écriture

 

Le premier jour

TU t’offris à ma vision

TU étais vêtue d’un léger caraco

D’une jupe longue

Et j’apercevais ton doux profil

Etais-TU Italienne de Toscane

Ou bien Sicilienne

J’inclinais pour la Toscane

Il y avait

En TOI

Une sagesse visible

Un bel ordonnancement

TU aurais pu être

Le Modèle

Peut-être d’un Botticelli

Peignant la Naissance de Vénus

Peut être d’un Raphaël

Esquissant le portrait de

La Muette

Ou bien encore

D’un Agnolo Bronzino

Posant sur la toile

Le délicat visage

De Marie de Médicis

Cette grâce en suspension

Que rien ne semblait

Pouvoir ramener au cadre

Etroit

Des réalités terrestres

 

Pour dire court

TU étais une réplique

De cette Italie Renaissante

Digne des plus riches éloges

J’apercevais

Comme dans un rêve

A la belle subtilité

La nappe lisse

De tes cheveux

Châtains

Le lisse régulier

De ton visage

L’amande

Rose

Des lèvres

Ce cou si gracieux

On l’aurait dit pareil à l’abricot

Dans son inimitable teinte

Cette chair nacrée

Qui semblait se dissoudre

A mesure que

L’on s’en approchait

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:45
PasserELLE.

Adagio.

 

L’été touchait à sa fin

Non mon désir d’en découdre

Avec la nature

La beauté des paysages

Cette mer qui fuyait

A l’horizon du temps

Ces lacs qui scintillaient

A perte de vue

Au milieu des embruns de sel

Des bruissements légers de l’eau

 

Le plus souvent

Au lever du jour

Ou bien au crépuscule

Ces moments bénis des dieux

Je me rendais au bord de l’Etang

M’asseyais sur quelques pierres

Que dissimulait une touffe de tamaris

Ainsi voyant sans être vu

Je pouvais tout à loisir

Profiter d’un spectacle

Dont je pensais être

Le SEUL

A pouvoir

Jouir

 

Depuis la rive

Une passerelle de bois

Flottait au dessus de l’eau

Dont je ne connaissais la destination

Peut-être une amarre pour les bateaux

Peut-être simple architecture

Pour les nomades et les curieux

Assurément j’appartenais

Aux deux catégories

Moi qui avais la bougeotte

Moi dont le regard fouillait

Le moindre recoin

A la recherche

D’une esthétique

D’une émotion

D’un prétexte d’écriture

 

Le premier jour

TU t’offris à ma vision

TU étais vêtue d’un léger caraco

D’une jupe longue

Et j’apercevais ton doux profil

Etais-TU Italienne de Toscane

Ou bien Sicilienne

J’inclinais pour la Toscane

Il y avait

En TOI

Une sagesse visible

Un bel ordonnancement

TU aurais pu être

Le Modèle

Peut-être d’un Botticelli

Peignant la Naissance de Vénus

Peut être d’un Raphaël

Esquissant le portrait de

La Muette

Ou bien encore

D’un Agnolo Bronzino

Posant sur la toile

Le délicat visage

De Marie de Médicis

Cette grâce en suspension

Que rien ne semblait

Pouvoir ramener au cadre

Etroit

Des réalités terrestres

 

Pour dire court

TU étais une réplique

De cette Italie Renaissante

Digne des plus riches éloges

J’apercevais

Comme dans un rêve

A la belle subtilité

La nappe lisse

De tes cheveux

Châtains

Le lisse régulier

De ton visage

L’amande

Rose

Des lèvres

Ce cou si gracieux

On l’aurait dit pareil à l’abricot

Dans son inimitable teinte

Cette chair nacrée

Qui semblait se dissoudre

A mesure que

L’on s’en approchait

 

Mais c’était

Je crois

Ce que je préférais

Cette distance

Ce recul

Ce retrait

Qui laissaient libre cours

A mon imaginaire

 

A mon insu

Des phrases s’écrivaient

A bas bruit

Des mots faisaient

Leur inimitable clapotis

Sur la margelle de mon front

Ils ressortiraient

Bientôt

Métamorphosés

Agrandis

Multipliés

Par la puissance

De la nostalgie

 

Je t’observais

(J’avais opté pour le tutoiement

Je savais pouvoir être pardonné)

A la dérobée

Entre les vols bleus des libellules

Les coups de fouet des martinets

La douce insistance

De la huppe

A ne pas paraître

Sans doute étais-TU semblable

A ces oiseaux de la garrigue

Qui venaient s’abreuver là

Dans la grande nappe d’eau

Puis repartaient d’un vol léger

Comme s’ils n’avaient existé

Qu’à l’orée d’un songe

 

Allegro.

 

A mesure que le temps passait

Je m’habituais à TOI

Et c’est comme si j’avais été

Un Amant

De passage

Un Observateur attentif

De ta naturelle beauté

Un Archéologue en quête

D’un motif ancien

Posé sur le flanc

D’un céladon

D’une jarre

 

Aujourd’hui le vent a forci

Il n’est plus ce souffle marin

Qui

Il y a peu

Poissait nos vêtements

Lustrait nos cheveux

Enduisait nos visages

D’un glacis pareil à ceux

Des peintures Renaissantes

 

Maintenant

Comment dire

TU es plus lointaine

Réfugiée dans un blouson

De cuir noir

Dont les fermetures de métal

Brillent à chacun de tes mouvements

Ta jupe légère a laissé la place

A une robe de laine plus foncée

J’en devine la sourde caresse

La souplesse

Le moelleux

Combien elle TE rend

Mystérieuse

Précieuse

Je vois sa texture

Minutieuse

L’entrecroisement subtil des fils

(sont-ils des modes visibles du Destin

Une figure apparente de La Moïra)

 

Mais déjà je sens que

TU m’échappes

J’avais trop tôt rêvé

D’une possession qui n’était

Qu’une hallucination

L’envie impérieuse

D’un Gamin observant

Son jouet dans la vitrine

Où brillent les feux acérés

Du désir

 

Voilà que le jouet échappe

Se confond avec l’écrin qui l’abritait

TU sembles plus soucieuse

TU fumes de longues cigarettes

Dont la vapeur se mêle

Aux premières brumes

TU lis un livre

Serait-ce Paulina 1880

Cette belle et triste

Chronique italienne

Où alternent

Amour charnel

Et

Amour mystique

Jouissance

Et

Pulsion de mort

 

Mais non je vais trop loin

Mon caractère naturellement

Fantasque TE précipite dans

Un abîme

Dans lequel je m’empresse

De TE suivre

Double aliénation

Dont nous ne pourrons ressortir

Que fourbus

Hagards

Yeux vidés de leur sens

Mains étiques

Dans la nuit qui vient

 

 

Pendant plusieurs jours

TU n’es pas venue

Et la passerelle était

Bien vide

Que même les oiseaux

Avaient désertée

Je trompais le temps

Taillant au canif

Des branches de tamaris

Dont j’entaillais l’écorce

Mille rubans flottants

S’en échappant

Comme s’ils avaient été

Ivres

De liberté

Mais sans doute projetais-je

Sur leurs minces existences

Un poids dont

Jamais

Ils ne seraient atteints

L’angoisse est

Fondamentalement humaine

L’espoir congénitalement

Rivé aux basques des

Existants sur Terre

 

TE voici donc

Chaudement habillée

D’un long caban noir

D’un pantalon

Il faut dire

 Avec cette Tramontane

L’hiver semble arrivé

Avant l’heure

De longues lames d’air glacé

Viennent du Nord

Avec de sinistres feulements

L’eau se hérisse

De milliers de picots

De courtes vagues

Font leur clapotis

Tout contre les pilotis

De la passerelle

 

TU ne lis pas

TU ne fumes pas

TU bouges à peine

L’air t’enveloppe

Dans sa tunique

De glace

Vis-TU au moins

TOI l’Inconnue

Qui hante mes nuits

Qui vrille mon ombilic

Qui étoile le réseau de mes nerfs

Attise mes pensées

Et assure mes insomnies

De navigations hauturières

Sans fin

 

Où le port où s’amarrer

Où la demeure assurant d’un abri

Où le havre de paix

Et le sourire étincelant

De mille feux

Où la paix

Qui cingle

Vers le large

Et le repos de l’âme

Où la sérénité qui autrefois

Lançait ses oriflammes

Dans le ciel semé d’étincelles

 

Appassionata.

 

Trois jours que tu n’es pas apparue

Trois jours à attendre

En vain

A scruter l’horizon étroit

De ces planches où

Sans doute

Flotte encore

Un air de TOI

Une fragrance

Peut-être une mélodie italienne

Le rythme d’une bergamasque

Cette danse gaie

Vive

Sautillante

Qui ponctuait

La scène de la commedia dell’arte

 

Le vent s’est encore assombri

Il fait de longues coulées

Lacère la face de l’eau

L’entaille de grandes balafres

Grises

Blanches

Parfois teintées

De cuivre

D’étain

J’ai plongé mes mains

Dans les poches

De ma vareuse

Dissimulé ma tête

Sous un ample suroît

C’est comme si quelque

Fin du monde s’annonçait

A l’horizon de l’Homme

 

La lumière est basse

Semblable à un étiage hivernal

Sans doute

Dans les cabanes de pêcheurs

Brulent des falots

Identiques à des torches de résine

Dans le profond des grottes

Partout on s’amasse

Au bord de l’âtre

Partout on frotte ses mains

Aux doigts gourds

Aux jointures pâles

Partout on attise les braises

Alors que le vent cogne aux volets

Que la rumeur s’acharne

Que la tempête enfle

Pareille à un animal à l’agonie

Qui hurle à la Lune

Jette aux étoiles

Sa peur ancestrale

 

Trois jours sans TOI

Et l’effroi de demeurer

SEUL

Enfonce dans la spire

De ma cochlée

Ses doigts

Ravageurs

Fore mes yeux

Qui s’agrandissent

Jusqu’à

La mydriase

Serait-ce cela

La mydriase

Le comble de

La lucidité

 

Maintenant je suis

Sur la planche

Qui ressemble

Etrangement à

Une coupée

De quel navire

Pour quel voyage

Pour quelle destination

Inconnue

 

Tout au

Bout

De

La

Passerelle

Pareil à un

Pavillon

De complaisance

Flotte

Un bout

De toile noire

Faseye

Une écharpe de

TOI

Que

Sans doute

Tu as laissée

Pour dire le précieux de

TON

Passage

J’ose à peine penser

Qu’elle m’était destinée

 Passager clandestin d’une

Si

Enigmatique

Traversée

 

Autour de mon cou

Le mince foulard

Signe

L’impossible rencontre

Le deuil avant même

Le mariage

Le retour

Avant le départ

Pour l’ile illusoire de

Cythère

Ton odeur est

Troublante

Presque insistante

Comme si

Dans cette perdurance

De la mémoire

S’insinuait

La touche légère d’un

Regret

S’imprimait le stigmate

De ce qui ne peut

Jamais avoir lieu

Que

Dans le songe

Dans l’imaginaire

 

De la fenêtre du train

Qui file en direction de

La Toscane

J’imagine déjà

Les chandelles

Des cyprès

Levées

Dans le tumulte du ciel

Le moutonnement subtil

Des collines

La masse sombre

Des grandes demeures

Le luxe des jardins

Le calme des pièces d’eau

Où se reflète

Le jeu puéril des nuages

Je ne sais si

Le hasard TE mettra

Sur mon chemin

J’ai si peu d’indices

Sauf ce bout de papier

Froissé

Entre mes doigts

Qui tremblent un peu

Le titre de mon

Prochain livre

En lettres cursives

Andante

Afin de refaire

Le voyage depuis

Le début

Là où

Tout encore

Etait à titre

D’hypothèse

Comme un événement

 A venir

Oui

A venir

Sans cela

Longue sera la nuit

Privée d’étoiles

Privée

Oui

 

 

 

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 19:12
Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure !

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

L’été touchait à sa fin

et l’air, parfois,

fraîchissait

à l’arrivée

du crépuscule.

Souvent nous allions

sur le port

écouter le vent siffler

dans les haubans

des voiliers.

Déjà il y avait moins de monde

et les terrasses des cafés

se teintaient

d’une douce mélancolie,

couleur de feuilles mortes.

Nous prenions,

cela dépendait de notre humeur,

un café corsé,

un thé léger,

un vin  à la robe jaune de paille

avec des reflets verts.

Ils ressemblent

aux aiguilles de pin,

me disais-tu,

et tes yeux viraient au gris,

pareils aux rochers d’ici,

des meutes claires

traversées de rayures,

de lignes de partage,

d’éclats le plus souvent.

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

Souvent, pareille à une antienne,

cette énigmatique formule,

ce signe abstrait,

ce hiéroglyphe caché

dans l’ombre

d’une pierre

comme pour dire

le secret

à ne jamais transgresser.

Tu semblais rêveuse,

loin de toi,

perdue dans un songe

dont, sans doute,

tu ne reviendrais pas.

 

Que valent ces rencontres

d’un été,

ces amours folles,

ces chevauchées sans fin

pliées sur l’encolure

de l’imaginaire ?

Que valent ?

 

Le vin pétille,

semblable

à la vivacité

 de la garrigue,

à sa naturelle sauvagerie,

à son mystère,

elle qui ne se laisse

qu’effleurer,

jamais comprendre.

Comment être

cette pierre,

cette touffe de thym

hirsute,

cette immortelle

que le vent traverse

de son galop trop rapide ?

 

Une fuite dans le crépuscule

qui vire au bistre,

au sanguin avec des nuances

de bleu indéfinissable,

cette encre qui se dilue

dans l’atmosphère

avec l’endeuillement

des soirées d’hiver

quand l’affliction est grande

de ne pas être en harmonie

avec le pouls des choses,

avec le rythme

immémorial

du temps.

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

Ton verre est vide,

Le cerne de tes yeux

s’auréole

d’un dernier espoir.

S’il y avait une suite

à toute fiction,

si l’exister

n’était seulement

cette manière

de pantomime

qui tire sa révérence

avec toujours

le même sourire

un peu ingrat,

avec le même rictus

en forme d’aporie.

 

La scène

s’est à peine ouverte

Que les rideaux de pourpre

se referment

sur cette Divine Comédie,

triple cercle

avec le paradis tout au fond,

inaccessible,

le purgatoire au milieu,

visible par intermittences,

l’enfer sur le pourtour

avec ses flammes

rubescentes

et les braises sur lesquelles

on marche,

pareil à un Esprit

qui aurait perdu ses pouvoirs

et la brûlure serait vive

qui entaillerait

jusqu’à l’âme.

 

Tu fumes nerveusement,

deux traits font

leur sillage de brume

jusqu’à la barrière

blond-cendrée

de tes cheveux.

Je n’avais jamais remarqué

aussi bien que ce soir

la perfection

de ton arc de Cupidon,

tes joues criblées de son,

la forêt de tes yeux

parcourue

de layons plus clairs.

Etaient-ce des pistes

à suivre ?

Assurément nous n’avons

cheminé de conserve

que par erreur,

Peut-être en raison

d’une naïve obstination,

laquelle n’est parvenue

qu’à mieux nous désunir

alors que nous espérions

un cheminement

commun,

sinon une osmose.

 

Nous sommes

de grands enfants

aux mains vides,

aux cœurs

qui débordent

d’enthousiasme

mais nous ne savons canaliser

toute cette énergie disponible,

en faire l’espace

d’une unique joie,

l’occasion

d’une rencontre. 

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

A t’observer

sans qu’il y paraisse,

je comprends mieux ta nature

de Fille du Nord.

ce feu sous lequel la glace

est encore présente

pareille à ces majestés

qui flottent

dans les fjords étroits

et ténébreux de Norvège,

ton pays du septentrion que,

bientôt, tu rejoindras

avec la souple rumeur

qui convient

aux âmes torturées.

 

Nous nous sommes

si bien rejoints

autour de cette fêlure.

Commune. Il va de soi.

Nous sommes

des individus scindés,

que traverse

l’éclair de l’être

sans que nous y prenions garde.

Une commune inattention,

de simples visions hagardes

que visite le fouet

d’une sidération. 

 

Cette fêlure n’est que le reflet

de ces pierres

qu’une longue géologie

a meurtries,

de ces  éclisses de palmier

qu’on trouve ici,

que le soleil a fendues

en leur centre

dont les bords ne seront

plus jamais jointifs.

Une béance

par-delà le temps,

une faille de l’espace,

sans doute la métaphore

de ceux qui n’ont,

pour éternité,

que la parenthèse

d’une saison.

 

Ta cigarette continue

à se consumer

sur le bord du cendrier.

Nous sommes

loin déjà

du café où nous fêtions,

il y a peu,

le hasard

d’une route commune.

Nous sommes

loin de nous

comme des peuples séparés

par une brusque diaspora,

une entaille au scalpel

et l’on ne sait plus

qui l’on est.

 

Les feux de ta voiture

ne sont plus

que deux tisons

qui font

leur étrange rougeoiement

dans l’air qui a viré au violet.

Bientôt seront les frimas.

Il faut remonter son col

et mettre une bûche

dans la cheminée.
ou bien deux,

peut-être.

Ou bien

DEUX.

 

 

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 19:17
Ephéméride.

Comment suivre ta trace

La mienne si difficile à esquisser

Les jours fuient

Dans la fente immobile du temps

Est-ce nous qui bougeons

Est-ce Le Temps qui vient à nous

Puis se dissipe

Sans même

Que nous en ayons conscience

 

Comment suivre ta trace

Autrement que par la pensée

Tu es si illisible

Dans l’invention de l’heure

Et à peine es-tu aperçue

Que déjà nuées et cendres

Se présentent

Dans l’orbe vide des mains

Si ce n’est brouillard diaphane

Rives esseulées

Dans un linceul de pluie

 

Comment suivre ta trace

Tu me disais

L’autre jour

Sous les palmes aériennes

Du grand cèdre

La beauté de la vision

Lorsqu’elle s’embue

D’une certaine tristesse

Comme si le flou était à même

De porter notre âme

A la pointe acérée

D’une compréhension

De soi

De l’autre

Peut-être même disais-tu

Du monde

Tellement ton esprit fantasque

Emprisonne dans ses filets

Les mailles de la pure joie

 

 

Comment suivre ta trace

Tu es si sûre de ta présence

De la justesse de ta pensée

Cela rayonne

Cela étincelle

Cela se diffuse

Et c’est comme une contagion

On est à toi

Comme le soleil est au ciel

Et il s’en faudrait de peu

Qu’une vérité se présentât à nous

Sous la seule forme de celle

Que tu es

 

Comment suivre ta trace

Certains te disent Sorcière

D’autres Fée

D’autres encore

Magicienne aux doigts

Crochetés de bonheur

Mais qui croire

Mais comment te cerner

Toi qui fuies

A la vitesse de tes paroles

Incantation

Et cela chante en nous

Et cela prie

Pour que ta voix latente

Cerne tes lèvres

Du plus doux des poèmes

 

Comment suivre ta trace

Serais-tu Poétesse

Sappho de Lesbos

T’accompagnant de la lyre

Entourée de tes hétaïres

Sous l’arbre aux palmes donatrices

D’un luxe inouï

Celui de vivre à la mesure

De ces géants débonnaires

Mais si précieux

Pour qui sait les écouter

Les entendre

 

 

Comment suivre ta trace

Tu effeuilles les secondes

A seulement respirer

Tu loues les heures depuis

Ton infinie sagesse

Tu attires à toi

La caravane pressée

Des jours

Ces ruisseaux

Qui nous traversent

Sans que nous en percevions

L’essence intime

Le souffle donateur de vie

 

 

Comment suivre ta trace

Toi qui n’en as pas

Le Temps est cet

Immarscescible

Flottement

Ce balancement

Qui nous porte

Ici

Partout où se recueille

Le sentiment d’être

Ne serais-tu pas Le Temps

Lui-même

Qui confond

En une même trace

Masculin Féminin

Cette nervure qui

Nous fait tenir debout

L’espace d’un cheminement

Oui l’espace

D’un

Cheminement

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 15:39
Fille du Feu.

A seulement t’apercevoir

Dans le tumulte du jour

Et c’est le feu qui

Dans mon âme

Fit son sabbat

 

Tu étais à la pointe des choses

Comme sont les étoiles

Dans le basculement

Nocturne

Simple sillage

Dans l’encre des songes

A peine entamais-tu un pas

Que d’autres s’ensuivaient

Dans une douceur de nacre

 

La braise de tes cheveux

Crépitait bien après

Que tu t’étais annoncée

Et ce semis de taches de son

Et ces yeux

Aux teintes de scarabée

Et la finesse des attaches

On eût cru avoir affaire

A une tige de cristal

Perçant l’ombre

De sa pointe subtile

 

On te disait Fille du Feu

Cette Delfica dont l’image

M’apparut sur

La Baie de Naples

Cette chimère dont ma folie

Ne parvint pas à s’emparer

Sauf ce poème

Sauf ces ratures

Sur la page blanche

Sauf ces stigmates rubescents

Qui creusent ma tombe

Alors qu’encore

Je crois être vivant

 

Mais peut-on survivre

A l’image

Brûlante de la beauté

Peut-on encore apercevoir

Dans le miroir

La face dévastée

De qui l’on n’est plus

Peut-on décemment se lever

Sans ennui et vaquer

Le long du temps

Aux choses immanentes

Qui fuient telles

Les feuilles mortes

Dans le vent d’automne

 

Ce signe avant-coureur

De l’hiver

De la neige qui attend

De nous ensevelir

Alors que les sarments

Craquent

Dans la cheminée

Que nos doigts gourds

S’essaient à saisir

L’invisible

Oui L’Invisible

 

Parle-moi Delfica

De toi

De cette tache carmin

Que tu fus un jour

Dans le luxe

D’une apparition

Oui parle-moi de Toi

Et demeure

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 17:51
L’étiage du temps.

Tu disais en cet automne précoce

Le gris de l’heure

Les rides  naissantes

Les illusions perdues

Ces degrés de l’existence

Pareils aux strates du temps

Tu disais cette eau de lagune

Cette mélancolie

Qui n’en finissait de goutter

Cette perte des choses

Dans une manière de Néant

Tu disais le brouillard

Sa ténuité

Son insolence

Sa persistance à tout nimber

De mystère

A tout inonder

D’une parole d’ennui

Tu disais tout ceci

Et c’est comme si

Tu étais devenue invisible

Simple mot de vent

Se mêlant à la rouille des feuilles

Tu disais le lac

Sa plaque d’argent

Tu disais son immobilité

Sa mutité longue

Et je recueillais ton silence

Au creux de mes mains

Une goutte de rosée

Dans le soir qui venait

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 16:25
Du rameau, la fragilité.

Du rameau vous aviez la fragilité.

La consistance à peine affirmée.

Un souffle d’air

Vous eût confiquée

A mes yeux si indociles.

Je ne supportais de vous voir

Que pleine et entière

Vouée en votre chair

A dire votre gloire

A parler le signe de

Mon dicible plaisir.

Un souffle d’air vous eût ôtée

A ce qui n’était

Que caprice d’enfant

Qu’une brume eût effacée

Comme se distrait de soi

Le phalène

Dans la perte du jour.

Du rameau vous aviez

Cette rumeur blanche

A la limite de l’ombre.

Que n’étais-je cette ombre

Cette nuit en laquelle votre

Ineffable corps

Eût plongé en moi

Avec l’arche

D’un émerveillement ?

Que n’étiez-vous

Cette aube nouvelle

Etincelante de rosée ?

Que n’étiez-vous ?

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 14:47
La venue à nous du fragile.

                   Photographie : Blanc-Seing.

 

 

 

 

   C’est toujours la même antienne, nous longeons les choses dans une distraction si coutumière que nous finissons par ne plus les apercevoir. Autrement dit, elles ne nous parlent plus et nous n’entretenons plus de dialogue avec elles. Question d’ego sans doute, question de vitesse où le monde nous entraîne dans son continuel tourbillon et nous sommes au centre du vertige, noyés dans l’œil du cyclone, pressés de signer l’épilogue d’un événement avant même qu’il n’ait commencé.

   En une autre époque qui n’est guère si lointaine, l’écrivain Faulkner aurait parlé du « bruit et de la fureur ». Dépossession et désespérance de soi en quelque manière car notre être même nous échappe, devancé par un temps qui lui devient inconnaissable. Alors nous nous réfugions dans ces substituts de la saisie de la temporalité que sont les rencontres rapides, les amours cataclysmiques, le feu d’un alcool, l’ivresse des images sur un écran, l’ingestion de barbituriques, l’essai d’un peyotl, d’une ambroisie qui enflamme l’esprit, d’un haschich rimbaldien qui, l’espace d’un instant, nous arrache à notre destin pour nous y reconduire avec encore plus d’effroi.

   Nous divaguons sur la scène mondaine avec des allures fantomatiques et il s’en faudrait de peu que nous devinssions, aux yeux des autres, aussi inapparents que la brume au-dessus de la Cité des Doges. Nous voguons sur de gris canaux, passons sous des ponts aux soupirs mélancoliques, sommes fascinés par ces hautes façades parcourues de la lèpre de la moisissure, nos yeux se troublent et de hauts campaniles tressent sur l’arc de notre imaginaire les esquisses d’une ville fantôme. Nos mains battent le vide, notre corps est traversé de lumière, nous sommes radiographiés, réduits à n’être que des calques sur lesquels le réel n’a plus de prise. Nous nous cherchons et ne nous trouvons pas.

   C’est midi en été sous la lame arborescente de la clarté zénithale. La forêt crisse sous les meutes de chaleur, se déchire sous les coups de canifs des cigales dont les cymbalisations ricochent ici et là avec des airs de scie musicale. On boucherait volontiers ses oreilles afin de demeurer en soi, dans la touffeur de sa citadelle, seulement préoccupés de vivre dans la douleur, un pas après l’autre, titubant, tels les funambules sur leur fragile corde céleste. Les coups de gong sont partout qui cognent le mur de la peau, veulent entrer, faire leur sabbat au milieu des rivières de sang et des tubes blancs des os.

   Peut-être tout ceci pourrait-il ressortir par la fente de la fontanelle et recouvrir le peuple des feuilles d’une litanie sombrement humaine, peut-être les enduire du glacis de la désespérance. C’est si étrange d’être ici, sous les incisions de la dague solaire et de demeurer dans le silence alors que la terre rugit de sa douleur d’être écartelée, là, au beau milieu du jour et personne ne répond à ses plaintes muettes, à ses brusques retournements parmi la geôle étroite des racines.

  C’est midi en été et l’on ne sait plus très bien qui l’on est, pourquoi cette marche de somnambule dans le dédale des taillis et les lourdes frondaisons des chênes, les boursouflures de leurs troncs, les excoriations qui gonflent leur pulpe, les rhizomes qui courent en tous sens comme si, soudain, il y avait danger à affirmer sa présence solitaire parmi les convulsions des hommes, les replis des animaux dans les ténébreux boyaux des terriers. Mais pourquoi a-t-il donc fallu cette déambulation sous la voûte charnue des arbres pour qu’apparaisse avec une telle profondeur la détresse de vivre sous le ciel blanc, sur le chemin de poussière qui file loin, là-bas à l’horizon imprescriptible du regard ? Pourquoi ?

   Avions-nous, au moins, vu ce qui existait à côté de nous de sa vie modeste, inapparente mais combien révélatrice d’une signification à donner à toute chose ? Non. Nous n’étions qu’aveuglés par notre propre questionnement, inclus dans le massif de notre chair, isolés par toute l’épaisseur de notre pensée, alertés par la vive tension de notre esprit. Le limpide spectacle des choses est ce murmure à peine proféré dans la discrétion d’un clair-obscur. Un tremblement de liane dans la nuit d’une grotte, un battement d’aile de chauve-souris sous la douce laitance de la Lune. Il vient un moment où il faut déciller la bogue de l’intellect et de la sensation et s’ouvrir à ce chant de comptine qui s’élève là, juste devant les yeux, dans cette si belle humilité pareille à la perle d’une larme.

   Un tronc d’arbre est couché sur le sol de mousse, dénudé, criblé de trous inapparents par où, bientôt, la mort va s’infiltrer jusqu’à l’âme, affairée à en boulotter les dernières ressources jusqu’au moment où plus rien ne demeurera de cela qui avait été depuis un temps immémorial. L’antique chêne aura vécu sa vie de chêne. La mort aura réalisé son ancestrale tâche à partir de laquelle une vie se construira à nouveau. Eternel cycle  du même, continuel déroulement palingénésique pareil au mythe qui réactualise sa puissance à être éternellement raconté, reproduit selon un infaillible rituel.

   Dans le fond quelques fougères agitent leurs modestes destinées alors que l’ombre portée d’une autre fougère pose sur le tronc son graphisme d’outre-tombe. S’agit-il d’un hommage rendu à celui qui part ? D’une muette chorégraphie immobile qui viendrait dire la rareté de l’instant qui passe ? D’une simple résille se découpant sur la matière avec son habituel lot de contingence ? D’un discret spectacle offert au royaume sylvestre ? D’une empreinte du temps posée là comme son architecture la plus visible ?

   Mais voici que notre vision se dote d’une acuité qu’elle n’avait pas alors qu’elle n’était occupée que d’hallucinations métaphysiques. Voici qu’enfin nous avons renoncé à notre regard éloigné pour le reconduire à une plus exacte observation de la présence. Ce que nous avons fait : atomiser le réel, le porter au contact direct d’une conscience en quête d’un savoir immédiat afin que, devenu métabolisable, notre jugement puisse s’en emparer dans un essai de vérité. Cette venue à nous du fragile, du fuyant, de l’indicible est sans doute la seule façon de nous entendre avec ce qui toujours nous questionne et disparaît avant même la fin de notre interrogation. Ainsi va le monde qui tourne alors que nous tournons avec lui. Tout est vertige ! Tout est abîme ! Il nous faut survivre. Sans délai.

  

  

  

   

 

 

 

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