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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 13:52
JOYEUX ALLUMES.
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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 13:51
JOYEUX BARJOTS.
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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 08:14
Lieu invisible du marais.

« Rendez-vous fortuit.... »

Œuvre : André Maynet.

 

 

 

 

   Beaucoup disaient qu’il fallait marcher longtemps, franchir des défilés au milieu des montagnes, emprunter des sentiers labyrinthiques, passer sous le tunnel des arbres aux lourdes frondaisons, gagner des gorges illisibles, là où l’air bleuissait et sa couleur était celle d’une lame d’acier que le temps aurait reconduite à une dissimulation, à un évanouissement. Puis, bientôt, l’air fraîchirait, le ciel se décolorerait, la blancheur envahirait tout, pareille à l’aile d’un grand oiseau de mer qui se serait perdu dans les lames d’air. Cet air si mystérieux qu’il aurait l’apparence de voiles faseyant longuement dans le souple poème d’une brume. Combien tout ceci était étrange ! Combien, alors, la marche se ralentissait, presque semblable à l’hésitation - un pas en avant, une pause, un pas en arrière -, puis un autre pas, doute du caméléon, cet archaïque animal, l’un des premiers apparus sur Terre, progressant dans la boue originelle selon cette manière énigmatique d’un temps éminemment paradoxal. Car, soudain, l’on se vivait comme lui, le caméléon, tellement le surgissement de cette irréalité nous dépossédait de notre culture, nous dépouillait de notre savoir, nous privait de nos habitudes policées, nous mettant à nu face à ce qui se montrait sous la figure de l’incompréhension. Comment, en effet, s’approprier cette image du marais lustré d’infini, émaillé d’abondance mais  se soustrayant à notre vue dans ce massif cotonneux dont nul n’aurait pu enfreindre les limites qu’à s’y perdre, à n’en plus ressortir, à errer comme une âme en peine dans le lent tumulte des jours à venir ? Parvenus ici, tout à l’extrémité de la lagune grise - cet intermédiaire entre le monde des vivants et, celui, intangible des morts -, comment se sentir encore hommes, comment parler de soi, de l’autre, sans que les destinataires de nos paroles ne deviennent de simples concrétions du néant, d’étiques parutions de l’invisible ? Si l’on essaie d’avancer, l’on sent aussitôt des garrots d’écume enserrant ses chevilles. Si l’on se risque à crier, le son se bloque dans l’enclume sourde de la glotte. Si l’on cherche à palper son propre corps, à la recherche d’une certitude, on n’embrasse que le vide et l’ennui, quelques flocons de présence, quelques restes d’un passé en voie de dissolution. Si l’on se résout à penser, les images des mots font leurs boules de suif, longue résine blanche coulant dans le massif de la tête avec un bruit de moraine, un glissement de galets sur le ventre lisse des plages.

   Ce que l’on fait, dans le demi-jour de la conscience, dans le sertissement des globes des yeux, dans le repliement crépusculaire de la cochlée, dans la faille du corps commis à sa perte, ceci : on aiguise ce qui reste de ses pupilles, on polit le miroir de son intellect, on fourbit les armes de sa lucidité et l’on se dispose à recevoir ce qui, paraît-il, se laisse contempler ici dans la lumière de la pure merveille. Inscrite dans les mailles complexes de la psyché, pareille au rayonnement de l’archétype qui habite l’inconscient, l’Icône doit se présenter dans la simplicité, genre de source faisant son éternel clapotis depuis un indéfinissable lieu. Ce qu’on nous a promis : l’esquisse d’une Déesse régnant sur le marais dont ceci peut être dit. Elle est la Fille de l’eau et de l’air. Son temps n’est pas le nôtre, fait d’heures et de secondes. Son temps est un carrousel d’images, chaque image possédant en son sein celles du passé, celles du futur que le présent médiatise, impalpable élixir dont elle tisse la matière même de sa peau. Son casque de cheveux est une ruche où bourdonne le chant gracieux de la poésie. Son visage le paysage des rumeurs du monde qu’elle archive derrière le parchemin mystérieux de sa peau. Ses mains doucement jointives sont une ineffable prière disant la beauté de toute chose. Le raphé qui traverse son corps, depuis la plaine de la poitrine jusqu’au renflement du pubis, est sa propre ressource intérieure qui affleure, tel un mince ruisseau disant en mode discret cette ligne flexueuse qui l’anime et la fait être ce qu’elle est dans l’esthétique heureuse du simple. Son délicieux ombilic est le bouton floral par lequel elle se rattache à son étrange généalogie, sans doute ce cortège des dieux de l’Olympe qui dépose en elle tant de majesté, de luxe visible pour les yeux des Attentifs. La pliure de son sexe est cette faille dissimulée dans cette chute du mont de Vénus, colline infiniment intime que nul ne peut connaître, sauf la Déesse elle-même dans le désir de pureté qui est le sien, qui ourle ses hanches  de cette rumeur si imperceptible, donne lieu à cette plénitude, langage secret à peine plus apparent que le lever de l’aube. Ses jambes sont la souple continuité du marais dont elle est, à la fois, l’âme invisible et l’idée incarnée, manière de floculation du visible dont elle s’abstrait à même ce phénomène dont elle témoigne comme d’une condition ambiguë, toujours sur le point de se retirer dans d’insondables abîmes.

    On est là, infiniment tendus sur cette réserve d’invisibilité, les mains blanches, vides de quoi que ce soit à saisir. Et pourtant l’on demeure dans la hutte de son propre corps, désireux d’en savoir plus que cette Forme à peine posée sur le frimas des herbes, le miroitement d’argent de l’eau, la diaphanéité du songe, ses insaisissables nervures. Mais voici que nous allions faire demi-tour, étions sur le point de nous absenter faute de trouver réponse à nos questions et nous n’avions même pas remarqué, dans la conque de nacre des mains, cette si modeste rainette, cette modulation verte qui faisait sa tache de couleur, sans doute pour donner réponse au rébus hantant nos têtes désordonnées et si peu inventives. Alors, de prime abord, surgissent des symboles en myriade qui nous disent, par elle, l’obtention de la pluie, le support de l’univers en direction duquel elle fait signe, l’allusion à la matière obscure, indifférenciée, puis l’idée de résurrection qu’elle véhicule du fait de ses métamorphoses successives, cette forme d’une âme en voyage, son aptitude à engendrer naturellement du bonheur. Mais est-ce bien là l’essentiel, ce recours aux représentations rassurantes des symboles dont l’homme se dote pour donner du sens aux choses, se rasséréner, échapper à l’aporie constitutionnelle qui le mine de l’intérieur et le pousse à trouver mille significations grâce auxquelles inverser l’ordre du mal, terrasser la tristesse, clouer au pilori les idées mauvaises, recouvrir d’une chape de plomb tout ce qui dérange, mortifie et ouvre la porte à l’insoutenable obscurité, aux ombres destructrices ? Car l’homme veut la lumière, oui, toute la lumière, la vibration, l’incandescence. Alors il y a l’art, l’amour, l’amitié, le corps à sculpter, les sentiments à éployer, les poèmes à entendre. Parfois même, seulement quelques mots comme dans les étonnants haïkus japonais qui se définissent par cette manière de légèreté, de touche impalpable, d’effleurement du vide, de tutoiement discret de la nature comme si, dans la sensibilité de l’homme, dans l’approche de la Déesse ou bien du langage essentiel, seulement quelques mots pouvaient se dire d’où s’élève ce qu’il y a à penser, à ressentir à la manière d’un indécelable secret :

 

« Le vieil étang !

Une grenouille y plonge :

Ah ! Quel clapotis !… »

 

(Bashô - 1644 - 1694).

 

   Y a-t-il autre chose à convoquer que la simple présence de ces mots ultimes ? L’acte de plonger de la grenouille auquel répond un simple clapotis - donc un langage qui s’évanouit dans la densité, le mystère de l’inconscient -, tout ceci n’indique-t-il pas le silence, seule parole au travers de laquelle rejoindre cette Déesse des marais ? Seule l’intuition, cette disposition à être près des choses sans délai, sans distance, seule l’intuition le peut ! 

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 08:00
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 10:35
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:20
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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 07:22
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 08:34
Presqu’île lusitanienne.

Portugal, dans la vallée du Douro.

Source : Géo.

 

 

 

 

   Loin, là-bas, autrefois …

 

   Severino ne se souvient plus très bien de son arrivée en France. Il y a si longtemps et la mémoire devient capricieuse, mince filet de fumée se diluant dans la toile unie du temps. Juste quelques images, juste de rapides éclairs faisant leur bruit de comète lointaine. C’est dans le temps d’autrefois alors qu’on émigre en masse pour fuir la misère, les travaux durs qui usent le corps et font le siège de l’âme, la taraudent et alors l’existence devient un fardeau, un boulet que l’on traîne derrière soi.  Le paysage du Douro est si beau avec ses collines bleues à l’horizon, ses terrasses qui gravissent la pente en direction d’un ciel si clair que même les oiseaux de mer s’y perdent, simples pointillés que l’air dissout dans une nuée de poussière. « Les travaux et les jours » pareils à une suite de douleurs, de souffrances. D’espérance aussi en des heures meilleures. La course du soleil est au zénith, la lumière flamboie et les yeux disent la peine de se tenir là, tout contre la pente du destin, sur les grandes marches qui escaladent le paysage. Les dieux, au moins, voient-ils la douleur des hommes ? Ont-ils quelque compassion ? Ou bien ne sont-ils que ces personnages mythiques créés par l’homme afin de loger dans l’imaginaire la fenêtre de quelque espoir, ouvrir un huis par lequel échapper à sa condition, devenir libre enfin ? Libre de se lever dès l’aube. De manger à sa faim. De boire à la régalade de longs traits de porto s’écoulant de la calebasse usée, patinée, qui sert de gourde. D’aimer, de trouver une compagne, d’avoir des enfants joyeux de vivre et de gagner leur vie d’une manière enfin devenue réalité. De demeurer sur Terre avec la certitude d’y trouver sa place, d’y creuser le sillon de ses exigences, fussent-elle modestes, humbles.

  

   L’exil.

 

   Quatre heures du matin. Toute la nuit a été agitée. De grandes rafales de vent glissaient le long de la façade, s’insinuaient par les interstices. Les poutres craquaient comme la carène d’un vieux bateau malmené par la violence des flots. Les parents ne dormaient pas. Severino ne dormait pas. Peut-on trouver le sommeil quand on est sur le point de quitter ses racines, de s’abstraire du sol qui vous a fait naître ici, tout près des vignes du Douro, dans la beauté verticale du lieu ? Cela fait de grandes déchirures, cela ouvre de profondes entailles à l’intérieur même du corps et l’on sent comme un étrange battement du côté du cœur et les mares de sang s’agitent comme pour dire la tragédie de l’homme se séparant de son abri originel.

   Maintenant on est levés. Les yeux gonflés de sommeil. L’esprit encombré d’une foule d’images. La plage, tout en bas, avec ses galets noirs si beaux, cette pureté d’obsidienne. La place devant la maison. Ses pavés usés qui brillent dans le matin avec de sourds éclats d’étain. La fontaine de pierre sombre, gonflée de bulles, qui chante sous le ruissellement de l’eau. Au bas de l’escalier, dans une presqu’île de clarté, des valises de cuir bouilli sanglées de ceintures. Quelques ballots illisibles. Toute une maigre fortune assemblée dans la tristesse du jour à venir. Tout baigne dans un étrange clair-obscur, tout se révèle entre la vérité et le mensonge. Vérité de se détacher d’un lieu fondateur, mensonge, sans doute, de celui qui se propose comme un substitut, genre de figure tutélaire dont on n’ose même pas évoquer le visage, de peur de s’y perdre, de ne jamais pouvoir s’y retrouver comme celui qu’on est. Longue dérive dans le temps qui tarde à paraître.

   L’autobus à l’émail vert, écaillé, serpente parmi les vignes. Des arrêts ici et là pour recueillir des Egarés qui rêvent sinon d’un Eldorado, du moins d’une terre à découvrir qui pansera les plaies, déposera sur les mains calleuses la douceur des jours futurs. Les parents sont assis sur le siège devant celui de Severino. Ils sont silencieux. Leurs faces sont graves, usées d’avoir trop longtemps espéré. Chacun regarde le paysage, archive dans sa mémoire ce qui peut encore y trouver accueil : la perspective d’une terrasse, le toit d’un chai de tuiles rouges, la trace d’une fumée, l’eau argentée du Douro qui fuit, là-bas, dans la première brume. A l’intérieur de sa main fermée, un galet noir que Severino serre, vestige de la plage, souvenir des ricochets qu’il s’amusait à faire, sur la crête souple des vagues. Long voyage entrecoupé de réveils puis de subits endormissements. Parfois les rues encombrées d’une ville, le dos d’une colline, une vallée riante où le soleil dépose ses lumineux ocelles. Puis la Capitale, l’immense ville aux mailles serrées, étouffantes. Un garrot. Puis le bidonville de banlieue où l’on s’entasse, tant bien que mal, dans des cabanes de planches, dans de vieux fourgons transformés en logis. Prétendument provisoires, mais qui durent, tant que la cupidité des Bâtisseurs feint encore d’ignorer cette zone laissée à l’écart du monde.

 

   Presqu’île lusitanienne, ici et maintenant.

 

   Severino est un vieil homme, maintenant. Presque arrivé au terme de la course et le sachant. Parfois, s’éveillant au milieu des siestes quotidiennes, l’illumination de brefs éclairs. Le portrait des parents. Leurs travaux pénibles. Le père maçon usant ses mains sur des chantiers ouverts par de malins spéculateurs. La mère, femme de ménage aux horaires impossibles, au salaire si étroit qu’il faut encore cultiver ses légumes, en faire l’ordinaire et économiser ce que l’on peut en prévision de coups durs. Qui jamais ne manquent d’arriver. Qui rôdent à la manière d’un chien sauvage a l’entour des villes où sont les hommes.

   Puis son départ à lui, Severino, pour cette lointaine province du Sud où, au moins, la lumière généreuse du soleil remplace la brume du Nord, son éternelle froidure. Courageux, robuste, le jeune homme trouvera à se faire embaucher facilement dans une briqueterie où l’on fabrique toutes sortes de carrelages, mais aussi des motifs de décoration, quelques fantaisies devant égayer le quotidien. Parfois il évoque ce qu’il n’a guère connu qu’au travers de reproductions dans des livres, ces beaux azulejos qui, autrefois décoraient les palais du Portugal.

   Son pays, jamais il ne l’a revu. Peut-être ne l’a-t-il pas souhaité. Qu’aurait-il trouvé de ses traces d’enfance, de ses jeux innocents sur les monceaux de gravier noir qui s’évanouissaient dans la blancheur de l’eau ? Qu’aurait-il reconnu de son ancienne maison dont ses parents s’étaient séparés de manière à améliorer un peu le quotidien, sinon un spectre, sans doute bien autre chose que ce qu’elle avait représenté dans une tête d’enfant ? Le Portugal, ce  pays si attachant, subsistait en lui à titre de trace légère, d’empreinte dans une cire devenue amnésique à force d’oubli.

   Dans le genre de cabane où , maintenant il s’est retiré - écho du logis parental dans le bidonville -, il a punaisé sur les cloisons de planches, de vieilles photographies : les rives du Douro, les cultures en terrasses, toute une fantasmagorie personnelle, mais aussi des paysages que jamais il ne connaîtra, la belle campagne de l’Alentejo, ses champs de blé blond, ses chênes-lièges à l’écorce couleur de sanguine, ses vignes aux ceps noueux, ses oliviers séculaires, tortueux, traversés par un air pur et léger. Mais aussi les vertigineuses falaises brunes au nord du Cap Saint Vincent, en Algarve, à partir desquelles l’océan laisse percevoir son immensité bleue, promesse d’une infinie liberté pour un regard contemplatif. Parfois, au milieu d’un rêve, surgit cette langue incroyablement chantante, rythmée, joyeuse comme une farandole d’enfants primesautiers. Il en a davantage conservé la mélodie plutôt que l’exercice rigoureux dont se trament les discours. Quelques refrains dans l’antre de la tête. Parfois cette obsessionnelle saudade qui n’en finissait pas de faire ses motifs mélancoliques comme si un vibrant appel se faisait entendre du plus loin de l’espace, du plus étrange du temps. La saudade, ce « manque habité », tel qu’un musicien l’a nommée avec une belle intuition de ce que signifie un état d’âme. Cette chose qui fuit continuellement, identique à une eau de source dont on perçoit le bruit sans jamais pouvoir en identifier l’origine.

   Est-ce cela, cette sorte de mal incurable dont le « Lusitanien » est aujourd’hui affecté alors que, seul dans son abri de planches (il n’a eu ni compagne, ni enfant), parfois le vertige d’être le prend et qu’il ne sait plus très bien quelle est sa place sur Terre, si du moins il en possède une, si son statut de perpétuel exilé ne le déporte hors de soi dans un ailleurs innommé dont la forme lui échappe à mesure qu’il essaie d’en saisir les fondements. Il est devenu Celui qui erre continuellement dans son outre de peau devenue inutile, trop grande, pareille à une voile faseyant continuellement sous le vent de l’ennui. Alors il comble les vides. Alors il emplit les failles que les jours, continûment, ouvrent sous ses pieds de marcheur de l’impossible.

   Seul, il ne l’est pas totalement. Il a son chien, ce vieux bâtard à la robe grise qui se confond avec le sol de poussière. Fidèle, certes, mais un peu sourd et d’aucune inutilité si, un jour un maraudeur s’essaie à pénétrer dans la minuscule enceinte que rien ne délimite vraiment : un vieux portail rapiécé, une clôture presque factice, un logis qui, pour peu, pourrait s’ouvrir à tous les vents. Non, pas seul. Des poules aussi dans un enclos de grillage de sa fabrication. Symbolique fermeture qui n’effraierait nul renard en manque de gibier. Non, pas seul. Des voisins pas très loin. Un bonjour parfois. Une remarque sur le temps qu’il fait. Jamais sur le temps de la finitude. Le destin est bien assez lourd à porter sans s’inventer des complications supplémentaires.

   Grâce à  son travail à la tuilerie, à sa vie modeste, quelques économies aidant, il avait pu acheter une maison modeste, cube de ciment blanc aux parements de brique. Mais, maintenant, elle est devenue trop grande, difficile à entretenir, à chauffer. Alors Severino s’est replié dans cet abri qui, autrefois, lui servait d’atelier. Il l’a emménagé sommairement. Un lit, une table de bois blanc, un fourneau, une cheminée qui lui sert à se chauffer, parfois à faire étuver des pommes de terre sous la cendre. Une télévision, seule concession faite à la modernité. Les actualités. Des reportages sur des pays. Combien il est ému lorsque le hasard l’oriente vers ce Portugal devenu mythique à force d’éloignement, de temps décoloré, de mémoire poncée jusqu’à la trame. Verrait-il son village natal qu’il ne le reconnaîtrait pas. Serait ému seulement au simple énoncé de son nom. L’histoire est trop ancienne qui ne s’écrit plus qu’à la façon d’un palimpseste raturé, illisible. Seule en demeure la texture, la forme générale, un nom, un refrain, quelques mots pareils à une comptine d’enfants.

   Seul, non, des passants et passantes sur l’ancienne voie ferrée qui longe son terrain, à deux pas de son abri. Les jours de soleil la « Voie Verte » est animée. Severino assis sur un banc à claire-voie regarde les marcheurs, les salue, sourit intérieurement lorsqu’on lui adresse un petit signe de la main. Un jour, une inconnue est venue le voir. Elle avait remarqué des guirlandes de calebasses accrochées sous un toit de tôles. Elle cherchait de la graine, mais aussi des fruits secs afin de les graver, d’y inscrire des motifs. Severino s’est empressé de lui en offrir. C’était un peu un fragment de lui-même dont il faisait l’offrande. Le soleil des kakis brillait dans le vieux plaqueminier au milieu du jardin. Severino est allé chercher une poche, l’a tendue à la passante pour qu’elle en fasse provision. Ce qu’il a à donner ? Ceci : quelques fruits, des calebasses si anciennes qu’elles imitent le bois, parfois la pierre ou bien l’étain. Rien d’autre mais c’est comme s’il offrait cette manière d’enclave lusitanienne dont il est le Robinson alors que les jours coulent sans faire de bruit, que la lumière décroît à l’approche de l’hiver.

   Maintenant l’abri de planches et de tôles est fermé. Un filet de fumée monte tout droit dans le crépuscule qui étend sa toile, recouvre la ville de son tissage serré. L’hiver promet d’être rude. Il fera bon, tout contre la cheminée, le chien gris à côté de l’âtre alors que la radio diffusera en sourdine, cette mélancolique saudade, rythme immémorial de la Lusitanie dans sa dérive terrestre. Oui, on sera bien !  Plus rien ne manquera que le rêve qui, bientôt dépliera ses membranes tout contre le front du vieil homme avant que le sommeil ne vienne l’habiter. Quelques étincelles brasillent encore dans l’âtre. La ville est silencieuse. Vénus est tout juste levée qui fait sa braise atténué dans le mystère du ciel.

 

 

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 08:05
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 08:43
De l’utopie à l’eutopie.

Le grand tondo.

Œuvre : Marc Bourlier.

 

 

 

   « Là où son père avait fait du domaine le lieu de la gabegie et de la faiblesse, Montès aspire à réaliser une eutopie, un des ces lieux idéals « où dans une sorte de non-temps s’étire la douce rêverie de l’être-bien […] »

 

(Centre d’étude du roman des années 1920 à 1950, Roman 20-50, n°23-24, page 157, 1997)

 

***

 

   Longtemps les Petits Insulaires avaient flotté aux alentours de la Planète Bleue. Longtemps ils avaient affûté leurs yeux de bois afin de voir l’incroyable faune humaine qui en dessinait les contours, en peuplait les collines et les montagnes, les vallées et les plages de sable fin. Au tout début de leur curiosité ils avaient été un peu fascinés par ces foules bariolées qui parcouraient les rues en tous sens, par ces langages divers, polyphoniques, qui glissaient sous la pellicule claire du ciel, ricochaient sous le ventre gris des nuages. Les Petits Boisés se disposaient tout contre le bastingage de leur vaisseau sylvestre et regardaient les hommes faire leurs pas deux, leurs entrechats sur la grande scène du monde. Ils regardaient les femmes aux joues poudrées dont les reflets s’allumaient dans les vitrines entourées de guirlandes lumineuses. C’était d’être comme au théâtre ou bien sur les bancs d’un jardin public et d’assister à un spectacle de marionnettes. C’était si bien de voir toute cette agitation joyeuse, ce carrousel infini des robes aux volants pareils à une gaze, ces vêtures belles dans lesquelles les hommes paradaient. On aurait pu s’abîmer dans une éternelle contemplation mais les Petites Eclisses s’aperçurent bientôt que la plus belle des manifestations dissimule, sous ses éclatants atours, quelques ombres dont, les percevant, l’on désire bientôt s’écarter de peur qu’elles ne deviennent envahissantes. Car, derrière ce bel étalage de formes aussi sublimes que naturelles, rôdaient, comme un voleur confié à l’obscurité de quelque étrange venelle, des images prosaïques qui devaient constituer l’envers de cette face brillante comme mille écus. Sans doute avaient-ils été abusés par une manière de miroir aux alouettes, eux dont la simplicité, la naïveté étaient proverbiales parmi le peuple des Modestes et des Sans-grades.

   Aiguisant la boule innocente de leurs yeux, voici ce que virent Les Petites Ecorces sur les gradins de l’amphithéâtre humain qui se déployait devant eux : partout où la vision pouvait régner, ce n’étaient que fourberies et coups bas, promesses et reniements, déclarations d’amour et vagues de haine ; partout désirs rougeoyants, envies incandescentes, ambitions pléthoriques ; partout égoïsme rampant et indulgence pour soi, dague pour les autres ; partout les yatagans des yeux semaient la terreur, moissonnaient les têtes trop crédules, les esprits indulgents ; partout s’écoulait, à la manière d’une lave invasive le mépris des Existants pour ce trésor qui leur avait été légué par quelque démiurge sans doute atteint de myopie. Car, si les règlements de compte allaient bon train parmi les membres de la meute anthropologique, la Terre elle aussi, la belle Planète Bleue avait à se tenir à carreaux, la paranoïa des Insensés atteignant une telle amplitude qu’elle menaçait, à tout instant, de se métamorphoser en raz-de-marée.

   Partout où étaient des arbres centenaires - leurs ancêtres -, on arrachait et sciait les troncs qui pleuraient leurs larmes de résine. Partout, dans la moindre des ruelles, sur les chemins de campagne, sur les crêtes des dunes, au fin fond des vallées alpestres, sur le ruban de bitume des routes qui sillonnaient la Terre, fonçaient des milliers de bolides aux groins menaçants qui répandaient leurs fumées délétères aux quatre horizons. Partout où demeurait disponible la moindre parcelle de sol, on l’entaillait, on l’ouvrait avec des coins d’acier, on l’enserrait dans des forceps, on y coulait des tonnes de ciment, on y élevait d’immenses tours de verre qui rivalisaient avec l’antique Babel dont le contemporain langage consistait à émettre, continuellement, des arrêts de mort, à ouvrir des champs de bataille aux sanglantes rumeurs. Partout on encageait le lit des rivières, on en barrait le cours, on en turbinait l’eau afin que les Vivants pussent satisfaire leur désir de gloire et de domination. Enfin, tout ceci était si peu glorieux que les Petits Sylvestres avaient enfin résolu de larguer les amarres, se détachant volontairement de cette communauté inconsciente qui courait à sa perte.

   Quelques esprits plus éclairés mais identiquement atteints de cécité avaient cru échapper à cette indépassable aporie en confiant à leur imagination le soin de trouver un exutoire, de ménager une porte de sortie afin que, quelques individus se sauvant du désastre, ils parvinssent à édifier les bases d’une nouvelle société. Leur démarche avait pour nom UTOPIE, leur outil INVENTION, leur Eden la CITE IDEALE qui leur permettrait d’échapper au destin tragique de leur condition. Alors on avait crée de toute pièce un nouvel univers avec son mode propre d’administration, son gouvernement, ses hiérarchies, ses méthodes quant à la connaissance, ses chemins en direction d’un éternel bonheur. Mais les Petits Boisés, s’ils n’étaient nullement instruits des arcanes de la Philosophie et de la Science Politique, possédaient une naturelle intuition, un bon sens chevillé à leur corps de bois dont ils faisaient un des paradigmes d’une connaissance immédiate, simple, dénuée de tout artifice, qui les conduisait dans le domaine des vérités bien plus rapidement que ne l’aurait fait une assemblée de Terriens, fût-elle rompue à l’exercice de la logique et aux ruses de la rhétorique.

   Nul besoin pour les Sylvestres d’inventer un Raphaël Hythlodée ayant appris au contact des peuples du Nouveau Monde les subtilités du gouvernement parfait et les modalités selon lesquelles apporter à ses frères humains, de l’Ancien Monde, un savoir qui les assurerait d’une éternelle félicité. Nul besoin d’un Thomas More, cet humaniste épris d’égalité et de justice, pour mettre en mots les propos du Navigateur Hythlodée qui se prétendait le compagnon d’un Amerigo Vespucci - celui-ci avait-il au moins existé dans la « vraie réalité » ? -, nul besoin d’inventer une fable à des fins de réassurance de ces hommes et femmes qui n’avaient qu’à se reprocher à eux-mêmes d’avoir sapé les fondements sur lesquels ils reposaient avec la plus belle des inconsciences qui se pût concevoir.

   En orbite autour de la Terre, à bonne distance afin d’éviter une quelconque contamination, les Eutopiens - ils étaient l’exact contraire des Utopiens -, vivaient de leur vie de fibre, de mémoire de sève, tous bien réunis, groupés dans l’ovale de leur île, serrant les coudes quand déferlaient les tempêtes sidérales ou bien les pluies de météorites, les déflagrations de rayons cosmiques, les éclairs d’ondes magnétiques. Ils se sustentaient d’air et de brume. Ils respiraient la douce fragrance des étoiles. Leurs corps se laissaient poncer par les rayons de Lune. Leurs yeux étaient les dépositaires de cette belle lumière solaire sans laquelle, pas plus eux, les Eutopiens, n’auraient pu exister, pas plus les Utopiens qui semblaient avoir clos définitivement leurs paupières sur l’image du réel. Leur bonheur, ils le devaient tout simplement à la simplicité, à l’exercice de la modestie mais aussi à une lucidité qui, pour être boisée, en était d’autant plus remarquable. Certains des Terriens les plus ouverts à l’interprétation des arcanes de l’univers prétendaient que cette disposition à être selon une naturelle vertu, ils la devaient à leur âme dont ils écoutaient la voix. « L’âme du bois », bien entendu. Est-ce cela la vie belle et bien comprise ? Est-ce cela ? Avec les Petits Boisés, nous voulons le croire. Oui, nous le voulons !

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Published by Blanc Seing - dans Petits Insulaires.
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