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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 06:45
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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 07:14
Y a-t-il quelqu’un sur Terre ?

« Rancœur en novembre ».
avec Alice.

Œuvre : André Maynet.

Eenzaam, tel était son nom, pareil à un sortilège. Eenzaam, comme on aurait dit le vent de l’aube, le visage blême de la Lune ou bien la dispersion des étoiles dans le songe de la Voie Lactée. Eenzaam, seule prononçait son nom puisque personne d’autre qu’elle ne pouvait le loger au creux du palais pour le faire résonner sur les chemins de terre. Son nom, à proprement parler, était imprononçable et, simplement l’évoquer, ceci n’aurait pu se faire qu’à le reconduire dans une manière d’incompréhension. Eenzaam était une jeune fille fluette dont on ne savait pas très bien si elle appartenait encore à l’enfance ou bien se dirigeait vers la préadolescence. Elle avait la grâce qu’ont les araignées d’eau à glisser à la face des lacs sans même en toucher le miroitement, juste quelques cercles à l’entour des pattes et un parcours sur l’onde pareil à l’archet effleurant une corde. C’était à peine si elle laissait, derrière elle, la trace d’une fumée ou bien d’une vapeur se fondant dans le calice des heures. Elle était une simple scansion du temps, une imperceptible dilatation de l’espace, si menue que les oiseaux eux-mêmes ne pouvaient rivaliser avec tant de légèreté, si ce n’est le facétieux colibri. Ce qui étonnait, surtout, c’était son attitude hiératique, empreinte de gravité, ses yeux à la fixité de glace, l’abandon noir de ses cheveux, l’étroitesse du cou, les sarments des clavicules, les grains de café de la poitrine, les baguettes des bras semblables à des tiges de sureau, le cratère profond de l’ombilic, les mains en crochet, les pieux des jambes identiques à ceux auxquels s’amarrent les bateaux dans les estuaires de vase et de limon. Et ce qui était le plus étonnant, le buisson noir de son sexe -, on aurait dit une femme accomplie -, noirceur la portant dans une manière de maturité que l’ensemble de sa géographie démentait, s’inscrivant, bien au contraire, dans un renoncement à la sensualité. D’Eenzaam, il en était comme des mantes religieuses, on la croyait fragile alors qu’elle pouvait, peut-être, manduquer son géniteur avec la même conscience que met un habile artisan à élaborer son chef-d’œuvre.

Mais ce sont là considérations bien oiseuses et la suite de la fable apportera les apaisements que les lecteurs sont en droit d’attendre d’une fiction qui n’est que pure fantaisie. Eenzaam, si l’on ôte l’ambiguïté qui pourrait résulter d’un affrontement de l’innocence et de la perversité, Eenzaam donc nous apparaîtra sous les traits de cet âge pré-nubile dont on ne peut décider s’il choisira de pencher vers le futur ou bien de rétrocéder en direction du passé, peut-être même dans une sorte de retour à l’origine, elle si dissimulée avec le fond dont elle semble provenir. On pourrait facilement l’imaginer au bord de quelque fontaine, seulement vêtue de perles d’eau, sous de frais ombrages alors que l’heure bleue cernerait son front d’un éternel diadème. Le temps serait suspendu comme le cristal d’un lustre. Les libellules feraient leur vibration couleur de turquoise. Les taupes sortiraient à peine de leur robe de nuit avec les yeux cernés de rêves. Les oiseaux dans les arbres gonfleraient leurs flocons de plumes que ne troublerait nullement la respiration de la première brise. Il y aurait comme une infinie hésitation, celle-là même que met le jeune enfant à poser sur le sol les premiers pas de la marche.

Mais décrire Eezaam ne suffit pas. Il faut parler de ses longues errances dans tous les corridors du monde. Eezaam est si farouche, si désireuse de se confondre avec sa propre silhouette qu’elle ne fréquente que les lisières, les sentes abandonnées, les cercles des clairières, les rivages lorsque le reflux en dessine les golfes si doux qu’on les croirait tout droit sortis d’un conte des « Mille et Une Nuits ». C’est ceci qu’aime faire Eezaam, se vêtir d’un caraco étroit, une seconde peau, mettre le voile d’une culotte translucide, une écaille, un écran invisible, une buée dont elle fait la nacelle de sa liberté. Car cette presque innommée ne vit qu’à figurer dans le flux à peine perceptible, sorte d’haleine exsudant de la peau, genre d’essence portant en elle l’empreinte de ce qu’elle est, le début et le fin d’une fuite, la présence discrète, l’existence sur les pointes, l’illisible chorégraphie des émotions, le trajet de l’âme sur les vers du poème.

Vous qui lisez, imaginez maintenant Eenzaam dans ses continuelles pérégrinations. D’abord elle est sur ce plateau libre de l’Altiplano, très haut dans l’air si pur qu’il fait son chant de flûte. Le ciel est si intense, si profond qu’il glisse sur le lac de sel sans même le toucher. Son altitude illisible est aux confins du monde. L’herbe est courte, couchée sous les pattes des lamas. Au loin des tumulus couleur de cendre que coiffe le dôme blanc d’un ancien volcan. Eenzaam est si bien, si proche de la nature qu’elle pourrait aussi bien se perdre dans la laine du lama que se fondre dans la flaque d’eau où se réverbèrent les nuages. Puis, elle qui aime la liberté, vous la retrouverez sous les latitudes boréales, là où le torrent aux eaux claires traverse les cônes bleus des épicéas, si près des étoiles métalliques des gentianes, du peuple des rochers que tapisse une rare neige chassée par les morsures du blizzard. Mais aussi, parfois, elle s’insinue jusqu’au creux des déserts, se dissimule derrière les hanches des dunes, se faufile parmi les ondulations du sable, regarde à l’infini le miroitement de l’air, les creux d’ombre, la tête des palmiers que traverse le vent avec sa caresse de feu.

C’est cela qu’aime Eenzamm, être pareille à la vibration, au grésillement, à la perte de l’eau dans la faille de poussière. C’est cela qu’elle veut, être l’inaperçue qui fait du monde un étrange linceul, un reposoir où passer pareille à la poussière de grésil dans le ciel de novembre. Il y a tant de bonheur à exister dans le halo blanc de la flamme, à sentir son corps léger dans les plis de l’air, à flotter infiniment sur quelque idée gracieuse qui fait ses boucles à l’entour du visage et y imprime l’empreinte du rare, du précieux qui s’éloignent dès l’instant où l’on y prête trop attention. Conscience intime de soi qui résonne jusqu’au centre du corps et l’habite d’un miel, le revêt d’un nectar. Parfois, Eenzaam, lorsque le temps vire au gris, que les nuages poussent leur lourde caravane vers les portes de l’hiver, que la mélancolie tresse ses urticantes cordes, la pré-nubile met ses mains en porte-voix et, faisant se hisser depuis le grain de son ombilic sa voix pareille au clapotis de l’eau dans la gorge d’un puits. « Y a-t-il quelqu’un sur Terre … Y a-t-il quelqu’un sur Terre ? » Sa parole s’élève haut dans le ciel, ricoche sur la peau des arbres, les flancs des rochers, la plaque lisse de la mer. Sa parole revient jusqu’à elle et l’inonde de clarté, la baigne de beauté. Car, en cet instant sublime, il n’y a sur Terre ni l’ombre d’un animal, ni la silhouette d’une présence humaine. Eenzaam est SEULE au monde et ceci lui suffit pour éprouver en soi l’immense plénitude, la joie sans limite d’une fusion avec le vaste univers. Nulle présence qui viendrait la troubler, qui contribuerait à l’éloigner d’elle, à faire son grésillement entêtant de bourdon. Être Eenzaam sur la courbure d’argile, sous le ciel immensément ouvert, c’est éprouver du-dedans de soi cet étrange et beau « sentiment océanique », cette ivresse sans équivalent, ce retour à soi de l’ensemble des significations. Alors tous les dolmens du monde qui dormaient au creux d’une lourde inconscience, toutes les pierres scellées sur leur être, tous les plateaux de latérite et les anticlinaux se sont levés, se sont dressés, incroyables menhirs portant haut dans le ciel la braise de leur désir de paraître et de témoigner de leur pure présence alors que les hommes, peut-être n’existeront jamais. Les hommes ne sont peut-être qu’une conséquence de notre imaginaire, de nécessaires vis-à-vis institués en face de soi afin de peupler son silence d’une fable mondaine.

C’est ainsi que vit Eenzaam, dans cette nudité originelle qui la fait l’égale d’une âme infiniment libre, dépouillée des avoirs et indifférente aux atours du monde. Eenzaam, c’est ainsi que nous t’aimons, belle image d’une infinie disponibilité à faire sens sous de multiples et toujours renouvelées esquisses. Ta virginité nous assure de tous les prédicats dont, plus tard, peut-être, tu consentiras à te revêtir. Nous sommes dans l’éblouissement de toi. Nous sommes en attente. Pardonne-nous, Eenzaam, de passer autour de ton bras et de ta jambe ce lien si étroit. Il n’est rien que notre volonté de demeurer liés à toi dans la meute polyphonique des heures. Oui, Eenzaam, nous te voulons telle que tu es. Nous te voulons !

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 07:05
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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 07:10
Requiem pour une rose.

Requiem.

Œuvre : André Maynet.

Partout la sourde rumeur solaire.

Cela faisait des mois que ça durait. Hébétés, chauffés à blanc, membres dilatés, yeux hagards, les hommes ne percevaient nullement comment tout ceci pouvait s’arrêter. C’est ainsi, dès qu’un phénomène naturel dépasse les bornes, on ne sait plus très bien la dimension de sa posture humaine, on ne connaît plus guère ses limites, où l’on commence, où l’on finit. La chaleur dégringolait du ciel en nappes luxuriantes, rebondissait sur le sol de poussière, soulevait des nuées grises semées de feuilles, parcourues des stridulations des criquets, hersée de plaintes anonymes. Afin d’enrayer le mal, de mettre la suffocation à distance on se fût risqué à émettre un cri exorbitant dans le genre de celui de la toile d’Edvard Munch. Avec le visage cireux, les mains soudées aux tympans, la bouche excavée, les orbites vides. Avec des passants sidérés tout au fond de la passerelle de bois. Avec un tumulte rouge dans le ciel, des éclatements de lave, des geysers de bruits. On se fût risqué mais rien ne sortait des poitrines qu’un étrange glougloutis, une résille de sons indistincts, des borborygmes pareils aux éructations des nourrissons que flagellent les poitrines opulentes de leurs généreuses nourrices. Les sons faisaient des bulles multicolores qui montaient dans l’air à la manière de pathétiques nacelles puis explosaient dans un chuintement et retombaient sur la terre comme une pluie de résine. On ne sortait plus guère dans les gorges des villes que la canicule avait transformées en continents arides. On se fût imaginé dans quelque contrée de Bolivie, en route vers le lac Titicaca. Chemins tortueux de castine blanche, talus arides où s’accrochaient des résilles d’herbes brûlées, maisons en torchis coiffées d’un chaume clairsemé. En surimpression sur cette effroyable nudité, des escadrons de mouches, des troupeaux de chiens faméliques, des chats filiformes collés aux gouttières de zinc. Et les hommes ?, me direz-vous. Eh bien la belle frise anthropologique s’était amenuisée au fil du temps, avait rétrocédé en direction d’un état quasiment larvaire et il n’en demeurait plus que quelques haillons semblables à des drapeaux de prière. Sauf qu’il n’y avait pas de vent. Sauf qu’ils ne flottaient pas. Sauf qu’ils ne vivaient plus. La chaleur les avait broyés comme si un diable les avait précipités, tête la première, dans la gueule d’un flamboyant convertisseur. C’était une sorte de fin du monde à laquelle avaient succombé même les meutes hystériques des millénaristes et les troupeaux des sectes hallucinées. Il n’y avait plus un pouce carré sur Terre qui avait échappé au désastre, sauf …

Requiem pour une rose.

…sauf une nasse d’eau miraculeuse, une lentille liquide gonflée de l’intérieur qui regardait le ciel depuis l’espace secret de lèvres de rochers qui l’enserraient. Et, me croirez-vous, vous les incrédules, vous les demi-dieux qui toisez le firmament de la braise de vos yeux, au centre de cette oasis en plein désert, là dans la gorge liquidienne, parmi les confluences turquoises des flots apaisés, me croirez-vous si je vous fais le don d’une réalité quasi-incroyable ? La présence d’une fée aquatique portant le doux nom d’Eglantine. Mais affûtez donc vos yeux incrédules et plongez avec moi dans le plus grand des mystères qui se puisse imaginer. Voyez : cette eau bleu de nuit trouée de bulles irisées, ces flottements blancs pareils à une écume, à une comptine que chanteraient des nuées d’enfants invisibles, peut-être des angelots joufflus décochant en direction du monde les flèches innocentes de l’amour. Voyez : sur la dalle de calcaire blanc qui tapisse le fond, de subtils reflets, d’heureuses mouvances, de souples incantations, de curieux et naïfs linéaments disant le bonheur de vivre, ici, à l’abri de la rumeur des villes, au plein de la généreuse donation de l’onde. Un bonheur infini, la certitude d’être au monde avec la joie qui allume des étincelles dans les yeux des amants et donne aux artistes cette patine si semblable aux clairs-obscurs du génie de Leyde. C’est étonnant de passer si rapidement, sans transition, de la croûte de pain brûlée à cette lénifiante impression, à l’enveloppement d’un baume qui cautérise les plaies du corps, répare celles de l’âme. L’Aérienne est là qui flotte au centre d’un air gonflé d’harmonies, au milieu des caravanes des nuages et l’on croirait entendre le son léger d’une brise océane. Ses cheveux sont des lianes, des pliures arbustives qu’effleurent les grappes d’eau. Sa mince anatomie est l’image même de la fluidité, de la souplesse, fantaisie de la loutre qu’épouse l’élément comme l’une de ses possibles et flatteuses déclinaisons. Sur le fond, gisant à la manière d’une épave, une inutile chaise pliante dont Sirène n’aurait rien à faire sinon de la laisser sombrer dans la contingence et se morfondre dans un cruel abattement, tristesse infinie de qui a été délaissée.

Mais la rose…

…est là, comme un prolongement des mains, une exhalaison de Celle qui lui donne vie et lui prodigue ses soins. D’Eglantine à Rose le lien se fait si discret, si naturel qu’on ne sait vraiment qui est qui, l’origine et la fin, le signifiant et le signifié. Mais approchez vous, mais écoutez donc. C’est une manière d’incantation, de fable marine venue du plus loin d’une amphore antique où souffle le chant de l’aède, où l’on se rassemble pour écouter la fable merveilleuse qui s’en échappe. Oui, c’est bien cela, le murmure vient de très loin, il a franchi l’immense contrée des terres mythologiques, il s’est lissé, poli au contact des bouches qui, successivement, l’ont enfanté. On ne sait plus très bien où cela a pris source. De quoi cela s’inspire. De la légende, d’une religion, d’un rituel, d’une commémoration. Ici, sous la feuille de l’eau, le monde est si chimérique, la réalité si impalpable, brume se dissolvant à même sa levée, sa disparition blanche, son poudroiement à peine perceptible. Mais oui, c’est bien un Requiem qui se laisse entendre, un repos qui est demandé, un recueillement qui se fait jour.

Cependant, étrange Requiem que celui de la Rose, si discret en même temps que nécessaire, commis à évoquer des vies passées, à cerner des ombres de quelques clartés afin qu’en la mémoire brille une étincelle, s’allume la gerbe d’un feu de Bengale. La Rose est un emblème, la Rose est le signe par lequel se relier à ces Vivants qui furent l’espace d’une existence, qu’une effervescente brume solaire éparpilla dans les plis mystérieux d’une incompréhension définitive. Ils ne sont plus là qu’à titre de souvenirs et de les évoquer ressemble au tremblement des rémiges contre la lame du vent. Juste un tressaillement, juste une irisation au coin des yeux. Juste une goutte s’échappant de la porcelaine des sclérotiques. Une perle sur le duvet d’une joue. Une incision dans la pulpe des secondes. Cependant toute larme est proche d’un sourire, d’une émotion heureuse, du flamboiement d’un sentiment. La Rose a cette qualité qu’elle métamorphose le chagrin en joie, la tristesse en plénitude. De la commémoration la Rose fait un événement heureux tout comme chez les peuples simples qui tirent leur bonheur du contact avec la nature, près de la lourdeur de la roche, de la pureté du ruisseau, de la souplesse du rameau dans la fraîcheur de l’aube. Le Requiem de la Rose n’a de requiem que le nom. Ou bien alors c’est une pièce musicale digne de la sonate de Diabelli, de son moderato cantabile, des trilles d’allégresse, des cascades d’impertinence, des notes si enlevées qu’elles évoquent cela qui fut vivant, aima, se passionna, enfanta, créa des œuvres d’art, festoya et emplit ses souvenirs du souffle prodigieux d’être au monde.

Pour un requiem festif.

Ce que veut Eglantine depuis la faille d’eau où elle demeure : une musique de cristal, de cristal qui songe, le souffle limpide de la flûte, le timbre plein de rondeur et de chaleur du hautbois, le son délicat ou éclatant du clavecin, ses trilles, ses diapreries, ses modulations si harmonieuses, ce prélude à la beauté du bien tempéré (le bien nommé) du prodigieux Jean- Sébastien Bach. Qui l’a écouté un jour en demeure marqué pour la vie. Ce qu’Eglantine veut, depuis son refuge maritime, une manière d’hymne à la joie qui renverse l’ordre du monde, qui fasse de tout requiem le lieu d’une pure félicité. Qui, au lieu de constituer cette lourde et pompeuse cérémonie du souvenir fêtant certes les défunts, ce kaddish des endeuillés pour les Juifs, cette messe aux odeurs d’encens et de cierges blancs pour les croyants de toutes religions, inverse le sens des choses et ramène à l’existence ceux qui l’ont quittée. Symboliquement s’entend, sinon ce serait retourner aux croyances ancestrales, faire droit au mystère de la résurrection, succomber au dogme, renier cette liberté de penser par laquelle l’homme est grand, foulant toutes les terres à la fois, parcourant tous les temps y compris celui d’avant le temps. Le Requiem de la Rose, c’est ceci : chanter à mi-voix, être Sirène, être femme aussi, réelle et mystérieuse, habiller ses yeux de verres, de verres qui grossissent afin que du prodige rien n’échappe. Au-dessus de la vitre d’eau le paysage est encore une dalle de bitume noir, un enchevêtrement de souches brûlées, de maisons pareilles à des monticules de boue séchée coiffées d’un chaume court, décimé par la fournaise. Être Eglantine, ceci : détacher lentement chaque pétale, le regarder faire sa lente ascension en direction de la lumière. Puis en détacher un nouveau et ainsi de suite jusqu’à épuisement des minces pellicules écarlates. Bientôt les doigts n’étreindront plus qu’une tige courte, semée d’épines.

Un air d’éternité.

Au-dessus de l’eau, ceci : les montagnes allument leurs crêtes violettes à contre-jour du ciel ; le rideau des arbres s’agite doucement le long de la fuite oblique de la rivière ; les nuages dessinent leur empreinte d’écume que pousse un vent léger ; les oiseaux au plumage blanc décrivent de grands cercles sur l’azur étonné ; des bulles grises se lèvent au sommet des vagues ; la mer est une laque polie qui renvoie la clarté ; des femmes sont allongées sur le sable, lunettes sur les yeux ; des hommes s’amusent à franchir la barre du jusant ; des enfants rieurs bâtissent des citadelles avec des tours et des pont-levis ; au loin la ville et sa rumeur, la ville et ses oscillations, la ville et ses battements sourds si semblables à ceux d’un cœur immense dont on ne sait ni la taille, ni le lieu ni la destination car le terme est toujours une inconnue. Requiem de la Rose : Requiem de la Joie. Hymne à peine perceptible, demande discrète, supplication quasi muette mais ô combien fondée dans l’âme, qui veut insuffler à ses disparus le sourire de l’éternité. Il n’y a pas de plus grand bonheur que celui-ci : se savoir mortel, infiniment et jouer à ne l’être pas au moins le temps du jeu ! Le temps d’un jeu. Nous sommes des pétales qu’une rose assemble l’instant d’une parution. D’une parution. Puis…

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 06:45
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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 07:03
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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 06:57
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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:28
Milieu du Gué.

"Réquisitoire muet d'Emilie".

Œuvre : André Maynet.

Puisqu’il faut parler en métaphores… Parfois tout fait sens dans une manière d’évidence. Parfois tout s’ouvre dans la plénitude et il n’est même pas besoin d’interpréter le monde. Les symboles parlent d’eux-mêmes. L’oiseau sur la branche est liberté. Le jaune est la passion de Van Gogh. Le blanc, la mélancolie d’Utrillo. La ruelle pavée, étroite, sombre, le signe d’une proche finitude. Le corps, le vôtre, une machine à vivre, à aimer selon le moment du jour, le coefficient de la passion. L’Autre, celui qui, vous renvoyant votre propre image, vous installe dans votre présence et vous y laisse le temps que durera l’éternité, vous n’avez même pas à le postuler tellement son cheminement tout contre votre hanche coule de source. L’abeille butine le nectar, l’abricotier fleurit, la fritillaire couronne fait bouger sa clochette parfumée, la fumée grise monte dans le ciel, disant l’activité de l’homme, son passage de comète, sa joie à jouer du tisonnier dans la chaumière où est rassemblée la meute des amis. Tout dans le naturel, tout dans la mécanique huilée et l’on n’entend même pas le cliquetis que font les rouages qui décomptent nos heures. Du reste nous n’y pensons pas puisque nous sommes tout en haut de la vague, sur la crête d’écume où rien ne peut nous atteindre que ce bonheur disponible et l’on s’endort, pareils à des chatons heureux contre le ventre souple de la mère. Et l’on rêve.

Puisqu’il faut parler en métaphores… Disons, vous êtes une belle Jeune Fille, à la taille mince, aux yeux lumineux, à la cambrure des reins si remarquable, qu’en effet l’on vous remarque. Vous êtes au bord d’une rivière, la Gélise par exemple. C’est le printemps et, parmi les confluences de l’air, vous sentez les rémiges de l’existence qui font leur chant à l’entour de votre peuple de chair. Vous retroussez votre jupe qui, déjà est bien mince, un mouchoir de poche, vous la retenez dans les paumes de vos mains et la serrez autour de votre taille. Vous entrez dans l’eau. Premiers frissonnements des gouttes, premiers picots de l’épiderme qui se dilate pour dire la joie simple d’être là, au milieu des prés semés de pâquerettes et du vol capricieux des papillons. Vous êtes comme aimantée, aspirée en quelque sorte par la rive opposée où nous supputons que vous allez rejoindre votre Amoureux. A moins qu’il ne s’agisse simplement de batifoler, de vous ébrouer et de terminer l’aventure, seule, abandonnée sur l’herbe verte, en attente de vous. C’est déjà une bien appréciable tâche que de vous confier à ce genre d’introspection saisonnière, laquelle vous disposant à accueillir l’été proche, ne pourra que vous combler. On n’est nullement triste lorsque les jours allongent, que son ombre portée au sol lutine avec la poussière et les rayons de lumière. Et pourtant.

Un instant, vous levez les yeux. Il y a eu, soudain, comme une césure de l’air, un hémistiche du temps, une ouverture de l’espace. Tout événement d’importance est de cette nature qu’il affecte les habituelles catégories grâce auxquelles nous percevons le monde. Là, au bord de la rive de sable et de gravier, c’est comme votre propre silhouette qui serait réverbérée par l’eau. Comme si Celle que vous apercevez, c’était simplement vous qu’un facétieux destin aurait décalée afin que, vous apercevant, vous prissiez enfin acte de vous-même comme vous le faites de vos amis, de vos voisins ou bien des quidams que vous croisez au hasard des rues. En réalité vous ne savez pas qui est Celle qui, maintenant, ôtant ses ballerines, ôtant la pellicule de son chemisier, la dentelle de sa culotte, en tenue d’Eve donc, avance à pas comptés au milieu de l’onde avec à peine plus d’insistance que les gerridés, ces « patineurs de l’eau », sur le miroir du lac. Sans doute pensez-vous qu’il s’agit d’une Etrange, peut-être d’une Adepte de quelque rituel, tant sa progression est lente, précautionneuse, semée de doute et clouée d’hésitation. Mais peut-être ne s’agit-il que de vous en un autre temps, un autre lieu alors que votre capricieuse mémoire n’a eu de cesse d’archiver ce souvenir dans la geôle de la mémoire. Celle qui vous occupe tant n’est autre que Milieu du Gué, autrement dit, vous, moi, l’amie d’enfance, la tante aimée, une personne qui ne perçoit plus très bien où sont les rives, quel signe d’un oracle pourrait se manifester afin de connaître le chemin à poursuivre, quel aruspice pouvant tracer sous le chemin des étoiles la voie à emprunter. C’est ainsi, parfois la vue se brouille, la volonté paraît se dissoudre et puisqu’il faut parler en métaphores l’esquif demeure prisonnier des courants contraires qui le mènent à hue et à dia et, le plus souvent nulle part, ce qui constitue le propre même de l’absurde. Mais il faut conter Milieu du Gué, comme on le ferait d’une fable à un enfant afin que, pénétré des enseignements qui s’y font jour, une leçon pût en être tirée. On disait, en des temps anciens, une morale.

Ce qu’il faut, maintenant, c’est apercevoir les symboles qui traversent l’image (la flamme de la torche, la rangée d’icônes séchant sur un fil, enfin l’ombre partout présente dans sa densité grise) et faire de ces signes la possibilité d’une compréhension de Celle qui en est le lieu géométrique, l’inspiratrice, Celle à partir de qui tout s’organise, rayonne et, enfin, retourne au repos. La flamme. Donc, au début, Milieu du Gué, se passionna d’abord pour tout ce qui était lumière. Aussi bien le faisceau d’une torche dans le grisé du jour, aussi bien la belle intellection dont le mouvement du même nom, les Lumières, fut l’emblème, cette philosophie qui éclaira les grands esprits au XVIII° siècle. Elle prit fait et cause pour La Lettre sur les aveugles dans laquelle Diderot s’interrogeait sur le rapport qui existait entre sensation et jugement à partir d’une opération que Réaumur avait réalisée sur un aveugle de naissance. Elle fit de la raison le centre de la pensée, de la connaissance sa préoccupation quotidienne et vit le monde aussi bien que la Nature par la catégorie de l’expérience et la vision de Buffon au travers de sa monumentale Histoire naturelle. Mais le feu de son désir ne pouvait demeurer sur le plan de ces abstractions, de ces projections sur l’entendement humain. Il fallait aller plus loin, au-delà de la pure intelligence, surgir dans le domaine flamboyant des sentiments, l’immense complexité des rapports humains, des rencontres, des révélations, du somptueux amour qui fait de la peau un miroir, des yeux des lacs emplis d’étoiles. Avec Rousseau et ses Confessions elle fit l’apprentissage d’une profonde introspection, elle remonta aux sources de l’enfance d’Emile, mais aussi de celle de Jean-Jacques, mais aussi, mais surtout, de la sienne où elle trouva quantité d’émotions, de penchants naturels oubliés qui, aujourd’hui, faisaient leurs lentes et fascinantes résurgences. Mais ce n’était pas encore assez, il était nécessaire d’aller plus loin, de goûter à cette lueur obsédante, à cette coruscation qui forait l’âme de son impérieux besoin d’éprouver le vertige, de disparaître au centre de soi. Avec Racine, elle fut Phèdre la passionnée, Phèdre l’adultère, l’incestueuse, Phèdre la condamnée, la suicidée d’un inexorable destin car l’amour n’est jamais libre, surtout lorsqu’il brave les interdits et s’exonère des règles intangibles d’une société. Là, à cet endroit où plus rien ne tenait que l’ivresse d’une passion incontrôlée, le point limite était atteint, le point de rupture au-delà duquel le sens n’a plus d’endroit où paraître. Alors les yeux se ferment et le gris envahit tout qui confine à une nuit proche, peut-être à un effacement.

L’ombre. Puisqu’il faut parler en métaphores… Que Milieu du Gué connut cette aporie était inévitable. C’était gravé dans sa complexion même. Elle n’était pas faite pour atteindre l’autre rive, celle où l’attend l’Amant, où ruisselle la félicité, où tout geste est une offrande infinie. C’est bien le milieu du gué, ce suspens de l’histoire personnelle, cette coupure d’avec soi qui, de toute éternité, était commise à paraître, tout comme l’orage éclate en raison même de sa propre nécessité. Le renoncement aux lumières, celles de l’esprit, du corps, de l’art, c’était cela, une confondante immobilité, un genre d’éternel présent s’alimentant à d’étiques et incompréhensibles heures. Le passé s’était dissous dans une vaporeuse brume. Le futur était devenu pure illusion. Le regard était fixe, comme perdu dans une interrogation vide. Milieu n’avait plus de vision de la torche qui dispensait sa flamme pareille à une goutte de résine blanche, pas plus qu’elle ne considérait la théorie d’icônes pointant vers l’art. Ses mains ne tenaient plus qu’un fil d’Ariane si invisible qu’on l’eût dit privé d’origine mais doué d’une fin terrible. Au bout était le labyrinthe et ses inextricables complexités. Au bout était l’enfer et ses cercles maléfiques, ceux-là même dont Dante faisait l’épreuve dans sa Divine Comédie, alors que guidé par le Poète Virgile il découvre l’étrange monde des Limbes. La ressemblance était si frappante qu’aussi bien Milieu du Gué eût pu faire siennes les paroles du Poète au début du Chant quatrième :

D’un bond, comme en sursaut, je me levai de terre,

Et cherchant de la nuit à sonder le mystère,

Mon œil de tous côtés se fixait incertain.

Je touchais à l’abîme où les ombres punies

Font tonner les échos de clameurs infinies.

J’étais au bord du gouffre : il était si profond.

Si chargé de vapeurs et d’épaisses ténèbres,

Que mes regards plongés dans ses cercles funèbres

S’y perdaient sans pouvoir en distinguer le fond.

Ici prend fin la fable de Milieu du Gué dont une phrase tirée de La Mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï clôturera le sens, posant, ce qui toujours se manifeste lorsque nous voulons tutoyer l’indicible, à savoir le questionnement dont nous sommes, nous-mêmes, l’origine et la fin :

C'était la lumière avant, maintenant ce sont les ténèbres.

J'étais ici et maintenant, où vais-je ? Où ?

Pour cette simple raison nous sommes toujours au milieu du gué, aussi bien l’énigmatique héroïne d’André Maynet que vous, moi, les autres qui ne visons la lumière qu’à mieux oublier les ombres.

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Published by Blanc Seing - dans NOUVELLES
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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:21
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 07:00

 

Inclinés à la luxure.

 

 LUXURE3

 

 Nous penchant vers cette photographie, avons-nous la possibilité de nous en distraire, ne serait-ce qu’un instant ? De lui tourner le dos et de vaquer à nos occupations quotidiennes, l’esprit libre ? Sans qu’une écharde demeure plantée dans notre chair, faisant ses urticantes trémulations ? Ses vrilles intimes, ses banderilles d’envie ? Et le désir serait là, à notre entour, avec ses bourdonnements sourds, ses nuées d’abeilles pressées. Mais qu’y a-t-il donc dans cette image qui nous cloue à notre destin et, dès lors, nous serions privés de mouvements et notre libre arbitre, notre jugement seraient comme mis entre parenthèses, tenus dans un insoutenable suspens ? D’où tout cela vient-il ? D’une vêture désordonnée, d’une posture d’abandon, d’une libre disposition de l’Amante qui en ferait les simples objets de notre désir ?

  Mais nous nous apercevons rapidement que nous faisons fausse route, que notre questionnement est inadéquat, qu’il gire autour du problème sans que les moindres prémisses d’un possible sens puissent lui être associés. Il nous faut nous enquérir d’autre chose, remonter à plus d’origine. Car notre habituelle vision, toujours, nous condamne à demeurer dans l’immédiatement saisissable. Il en est ainsi de la curiosité humaine qu’elle privilégie le visible au détriment de ce qui s’occulte dans ses plis. Donc l’origine. Donc le Paradis Terrestre. Donc Adam et Eve. Donc la genèse. Comme une rétrocession vers ce qui signifie toujours à l’aune d’une plus grande profondeur.

 

      cranach

       Lucas Cranach (l'Ancien)

Adam et Ève au paradis, 1533.

Huile sur bois –

 Berlin, Gemäldegalerie.

 

A simplement laisser notre regard courir à la surface du tableau de Cranach l’Ancien, déjà nous devinons où le bât blesse. Car la vision purement idyllique du paradis ne doit nullement nous abuser. Sans doute les couleurs dotées d’une aimable carnation, le ciel lumineux, le nid rassurant de la végétation, la pureté des regards nous invitent-ils à célébrer l’innocence d’un premier matin du monde, à découvrir la conque virginale à partir de laquelle, soudain, tout s’ouvre à l’aventure humaine. Mais tout est-il aussi simple qu’il y paraît ? L’attitude léonine ramassée sur elle-même, dans la posture de l’assaut, le dépliement ophidien entre fruits et feuilles sur fond de ciel couleur de soufre, tout ceci prend, inévitablement, la teinte du drame sous-jacent. Tout est suspendu à ce qui va suivre et fera du cheminement anthropologique, une longue procession, un infini chemin de croix avec ses mortelles stations.

  Mais revenons au désir, à la volupté dont la première image nous a fait le présent et essayons de mettre en relation. Ce qui, dans le tableau de Cranach, joue le rôle central, à la façon d’une clé herméneutique, c’est tout simplement ce rameau végétal qui occulte la vue et dissimule à nos regards le sexe d’Adam. La position centrale de ce motif pictural fait signe avec force vers sa dimension non seulement symbolique, mais allégorique. Dès lors nous avons à comprendre, au-delà de la représentation, l’idée d’une morale dont l’homme doit se saisir afin de donner des assises à son salut. Tant que la branche de figuier n’a pas déployé son pagne devant l’anatomie d’Adam, tout demeure dans l’inaccompli, les prédicats du réel sont en réserve, l’innocence fait partout son suintement de miel, la vérité brille comme ce ciel dont la tonalité, le rayonnement spirituel, disent la nécessaire assomption vers le Transcendant et, à tout le moins, vers une transcendance dont l’homme doit faire son objet afin de poursuivre une quête de lui-même conforme à sa nature, à savoir de ne se vêtir que des voiles de l’authenticité. Et, ici, il faut citer la Genèse, laquelle nous dit dans une belle langue pure et hiératique, l’ordre des humains face à l’incommensurable. Car, bien évidemment, il ne saurait y avoir de commune mesure entre le Créateur et les CréésLa Chute se relate de cette manière :

     « 6 La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.

7 Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nusils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. 8 Ils entendirent le pas de YHWH Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l'homme et sa femme se cachèrent devant YHWH Dieu parmi les arbres du jardin. »

      Le feuillage et, à sa suite, la vêture, les colifichets de toutes sortes, disent en langage imagé ce que le concept a peu de mal à déduire des premiers pas de l’humanité : se vêtir, symboliquement, c’est dissimuler le péché originel, c’est avouer l’inclination peccamineuse de l’homme, sa naturelle et confondante curiosité qui le pousse à oser se confronter à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, du bonheur et du malheur.  Or, nul ne peut prétendre regarder ces valeurs transcendantes comme on regarderait la plume de l’oiseau dériver dans le vent. La connaissance est toujours une brûlure et la vue de sa coruscation la promesse d’une cécité. A vouloir adopter l’empan de Dieu sans s’y être préparé, Adam et Eve n’ont fait qu’ouvrir sous leur marche hésitante la trappe de la finitude et ses signes avant-coureurs, à savoir la douleur et la progression laborieuse sur le sentier existentiel.

  Donc, toute clé de compréhension adéquate doit d’abord se munir de la tension existant entre le corps nu et le corps vêtu, de la dialectique abrupte entre vérité et mensonge. Notre inclination à la luxure ne serait donc pas simplement un acte « naturel », mais une conséquence de la « culture », l’appréhension de notions aussi abstraites que celles du bien et du mal étant de cette nature. Notre supposée luxure, plutôt de la percevoir à la manière d’une force obscure et instinctive, laquelle nous précipiterait sur la première « proie » venue, sachons qu’elle s’origine d’abord dans une privation de vérité, donc de liberté, dont nos lointains ancêtres nous auraient dépossédés à l’aune d’une bien dommageable curiosité.

  Ainsi visée, l’Amante qui dévoile à nos yeux de chiots nouveau-nés des bribes de son anatomie, ne le fait qu’à la condition que nous consentions à nous ouvrir à toute vérité, cette nudité qui ne s’habille de voiles qu’afin de porter à notre regard une nécessaire lucidité. Le désir, la luxure, la volupté ne naissent que de cette faille, de cette verticalité s’instaurant entre un ditla vêtureet un non-ditla vérité. Aimant, nous ne faisons que cela, ôter des voiles. C’est la seule raison pour laquelle l’Aimée se voile afin de se mieux livrer. Offerte nue à nos regards elle n’aurait figuré qu’à titre d’évidence. Or l’amour n’est jamais de cet ordre. Il y faut toujours le pagne de l’ambiguïté dont nous souhaitons qu’il tombe en même temps que nous lui demandons de différer le moment de la connaissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      


 


 

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