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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 17:11

 

Tout poème est rythme du monde.

 

 

tperdm1 

Georges Braque.

"Oiseau" - Céramique.

Source : Amorosart. 


 

Sur un Poème de

Sylvaine Trantoul Diet :

 

 

 

LA RONDE DES VENTS

 

 

 

 

Il y avait du vent qui accrochait la lune
Il y avait le temps qui comptait doucement
Il y avait le chant des oiseaux et la brume
Il y avait un cœur qui battait tendrement

Et la terre a tourné en refaisant le monde
Le soleil s'est enfui voleur de sentiments
Les étoiles ont brillé de larmes toutes rondes
Le ciel s'est embrasé brûlant tous les serments

Et dans la voie lactée la douceur s'est enfuie
Cependant qu'elle et lui dans un dernier adieu
Reprenaient le chemin de leur ancienne vie
Sans jeter un regard vers la voûte des cieux

 

 

 tperdm2

 

 

C'est TRES BEAU cette petite musique intérieure à laquelle nous convie ce poème. Et si je dis Poème, c'est parce qu'en effet c'est bien de cela dont il s'agit.

 Je dis "Poème" au regard des métaphores qui y sont présentes et nous convient à lever la tête vers les cieux afin d'y bâtir notre propre cosmologie.

Cette Terre qui refait le monde, n'est-elle pas la sortie des contingences et notre arrivée dans un lieu de l'espace dont, parfois nous rêvons, à défaut de pouvoir le saisir ?

Ce Soleil qui soudain nous déserte et nous prive de ce à quoi nous tenons le plus, à savoir nos affects, n'est-il pas en fuite pour mieux nous installer dans une pure joie solaire, celle de la rencontre ?

Ces Etoiles aux larmes rondes n'ont-elles pas à nous dire la nostalgie dont nous serons inévitablement atteints dans cette contrée qui nous est promise mais dont nous ne savons rien encore ?

Ce Ciel ne s'embrase-t-il pas à nous délivrer de nos serments, ces chaînes terrestres par lesquelles, souvent, nous renonçons à notre propre liberté ?

  Je dis "Poème" au regard de l'essentiel qui, partout fait sa trace :

Le Vent qui est souffle - Le Temps qui est essence de l'Homme - Le Chant qui est le dire quintessencié - Le Cœur qui est le rythme même de la vie, aussi bien de la phrase et surtout, la pulsation vive du Poème.

  Je dis "Poème" au regard de la temporalité, "il y avait" "il y avait" "il y avait" "il y avait" qui nous installe dans cet "imparfait" dont nous sommes tissés et dont, jamais nous ne venons à bout. C'est pour cela que nous parlons, écrivons, aimons. Seulement pour cela.

  Je dis "Poème" au regard du rythme souverain qui fait cet immémorial balancement, son incise en parfait équilibre, juste hémistiche faisant de l'alexandrin ce bercement sans fin, cette heureuse comptine dont, enfants, nous aimions à nous entourer avant que le sommeil ne nous ravisse et que la maternelle figure prenne congé de nous.

  Je dis "Poème" au regard du discours allusif qui nous reconduit au lieu d'une "re-naissance". Car ici, tout est éphémère et brume; tout est fuite et tristesse; tout est douceur et nostalgie; tout est amour et recommencement.

  Je dis "Poème" au regard de l'amour qui y fait ses inaperçus linéaments, sous la clarté de la Lune, les battements du cœurles sentiments enfuis, les larmes des étoiles, l'embrasement du ciel, la douceurElle et Lui en chemin vers un possible événement.

  Je dis "Poème" au regard de la transcendance des mots par lesquels nous dépassons notre condition mortelle en direction d'un immédiat infini :

  Le vent  nous arrache à la terre en même temps qu'il nous relie à la mobilité de l'esprit; la Lune nous incline au mystère alors que son éclat n'est que reflet de notre effigie de glaise; les oiseaux nous invitent au voyage intemporel, au grand dépaysement onirique, à la liberté sans limite ; le Soleil nous arrache à la pesanteur du monde et nous ouvre les portes du souverain Bien ; le Ciel convoque notre âme afin qu'elle s'exonère des pesanteurs de la chair ; la Voie Lactée trace notre propre voie comme chemin de pure lumière.

  Ici, tout ruisselle de significations, de puissants harmoniques. Tout s'habille de chant, de danse, de mouvements aériens. Alors nous pensons au souffle de l 'harmattan; aux tableaux de Magritte "La page blanche" où la Lune est une feuillaison parmi d'autres; aux "oiseaux" de Braque à la si belle géométrie célestielle; alors nous pensons à la gloire solaire de Van Gogh, aux ciels d'Eugène Boudin avec ses cataractes de nuages clairs, enfin nous pensons à nouveau au Hollandais génial, à Vincent et à sa "Nuit étoilée" alors que le vivant n'est plus qu'une immense arche de clarté où s'abîme tout le rythme du monde comme pour dire la merveille d'exister, mais aussi celle de disparaître car l'une est coalescente à l'autre et ceci nous fait HommesFemmes jusqu'au "bout de la nuit", là où s'ouvre le Poème de l'Être que toujours l'on invoque mais que jamais l'on ne peut effleurer. Ce poème qui a pour nom Finitude dont chaque jour, nous récitons un alexandrin, si peu pressés d'en atteindre le dernier quatrain, alors que celui-ci est le seul qui puisse clore l'interrogation que nous sommes venus poser au monde, alors que le monde nous interroge en retour. Il ne saurait y avoir d'autre vérité que cet infini balancement du Poème dont notre parole est l'indigent reflet, mais le reflet tout de même !  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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