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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 09:13

 

Car écrire c'est aimer.

 

 

 ERATO-MUSE-DE-LA-POSIE-LYRIQUE

ERATO.

Muse de la Poésie.

Sir-Edward-John-Poynter.

 

 

*******

 

"Si je le pouvais j’écrirais
Sur les amants les amis
Les méchants les gentils
Au stylo à la craie
J’écrirais
Même sur les serrures et leur clef
Ou les chéries les putains
Oui j’écrirais sur vos jolis vagins
Loin l’idée de mal et de bien
J’écrirais
Sur les murs des écoles
Les étoiles et le sol
Sur l’amour et la haine
Ou les joies et les peines
J’écrirais même sur
Les vers et les mots
Rimbaud et son bateau
Jusqu’à l’épuisement de l’âme et de l’encre
J’écrirais
Pour me rappeler ce que c’est
Qu’être poète et aimé."

 

                                                   Poésie de Guillaume TOUMI.

 

  Pour consoner avec Guillaume :

 

 

  "Si je le pouvais, j'écrirais"; les mots je les graverais sur l'écorce des arbres, là, tout près du cœur battant de la lymphe; sur les feuilles brillantes des oliviers, dans l'entrelacs de leurs branches noires, sur les falaises blanches des maisons, le lisse du galet.

  "Si je le pouvais, j'écrirais", sur la courbure du ciel, le fin liseré de l'aube, la mince carnèle entre jour et nuit, les glissures du temps, les nervures de l'être.

   "Si je le pouvais, j'écrirais", à deux mains, à corps perdu, à giclure de sang, à éclaboussure de larmes, à pliure de l'âme. Si je le pouvais.

    "Si je le pouvais, j'écrirais" nombril du monde, face d'ombre,  adret de ton corps, lèvres d'envie, luxure, arc tendu du désir. Si je le pouvais.

   "Si je le pouvais, j'écrirais" avec du sperme et du sang, violence d'exister, envie détruire, charniers, ghettos. Révolte, l'écrirais avec yatagan planté dans gorge et ferait drôles échos dans creux consciences, dans conques étroites certitudes, effroi serait cette gemme qui coulerait des hommes, des femmes et les enfants y tremperaient leurs doigts indociles et connaîtraient la grande douleur, l'unique souffrance d'être.

  "Si je le pouvais, j'écrirais" sur l'épaule douce des dunes, ferais des ellipses de sable, toucherais éternité juste bout des doigts et saurais immortalité. Si je le pouvais. Si pouvais, ferais ronds dans eau, voudrait dire innocence à jamais. Comme une origine retrouvée, une vérité à saisir avant qu'elle ne se dissolve dans les conciliabules étroits, corridors de la terre.

  Pouvais, vivrais dressé sur pieu de mon sexe, phallus gonflé de sève et butinerais toutes femelles du monde, abeilles, hespéries obscures, lucines, silènes, et aussi bien femmes et aussi bien juste nubiles et aussi bien tachées de son ou bien au teint de lune. Aussi bien geishas, aussi bien putains libres d'elles-mêmes. Aussi bien. Dans tous bordels du monde, sur toutes "Madame Claude" de la terre afin de leur faire rendre leur dernier suc, de les soustraire à la tyrannie qui leur fusille l'entre-jambes, leur écartèle l'âme, leur hache menu le germe attaché au creux des cuisses, dans l'impuissance à jouir, à s'immoler dans un amour. Pur. Un seul. Mais plutôt hystérie polychrome, sofas couleur grenat, boudoirs philosophiques compassés, sexe puissamment tendu des hommes de bonne volonté les taraudant, les vrillant, les glaivant à jamais dans l'inconnaissance d'elles-mêmes.

  "Si je le pouvais, j'écrirais" sur les ocelles bleues des lézards : les vanités du monde. Sur la gorge palpitante du caméléon : la sublime métamorphose, la fille-fleur et la mûre-épanouie; l'indienne braise tilak au plein du front; l'esquimaude et ses yeux lame de rasoir, la Peul et son cou de gazelle, longue effusion de ses jambes, la source brune de son sexe, ses hanches en amphore, son glougloutement lorsqu'elle jouit, son feulement quand elle pleure, son hululement quand arrive la mort avec ses dents muriatiques.

  "Si je le pouvais, j'écrirais" dérive lente des jours, clameur noire des plantations, fureur du soleil, cannes à sucre, phalliques, plantées comme des dards dans conscience des esclaves, dans sexe éclaté, grenade carmin perdant ses graines. Giclures, souille, perditions.

   Pouvais, écrirais sueur fronts dans mines argent sous rictus stériles Pachamama, faciès grande pute folle. Folle à lier consciences des Perdus, joues gonflées de cola, giclures jaunes, dents de guingois, bouteille de mezcal plantée dans profond du gosier, attendant juste la lame en forme d'os croisés, tueuse d'âmes.  Si pouvais, ferais étendard intestins obséquieux des riches, écrirais vautours au bec crochu, lâcherais en escadrilles vrombissantes, écrirais remise de l'homme à sa place digne, non à son instinct barbare.

  "Si je le pouvais, j'écrirais" pleins de vers, des myriades de vers  libres d'être selon leur humeur, de voler sous la taie du ciel, sur les ailes des goélands, dans les abysses d'eau lourde, là où vivent et baudroient les yeux maléfiques, là où les immenses pieuvres déploient leurs tentacules, si près des forces primordiales et il y aurait peut-être des savoirs qui s'étoileraient que nous ne connaissions pas.

   "Si je le pouvais, j'écrirais" densité, lettres, murmure palimpsestes, sur parchemins cachés dans sombres cryptes, j'écrirais chant polyphonique poème. Si le pouvais. Avec doigts, ongles, griffes, peau, glotte, graverais dans l'azur la trace des non-dits, inciserai les pierres de silence, stuprerais les gorges lisses des huppées-fardées, fustigerais collines  mafflues des fesse-mathieu, enfoncerais dans le garrot des injustes le pieu de la haine, si je le pouvais. Si pouvais.

  "Si je le pouvais, j'écrirais", dans craie falaises, dans stries pierres noires, parmi roche fossile enroulement nautiles, hérissement crénelé ammonite, dentelles araucaria, étoiles astériacites, éventails fougères, comme long devisement de roche, langage antédiluvien, entendrions sourd crépitement de lave. Si pouvais.

  Pouvais, écrirais, écrirais, écrirais, milliers signes, pattes fourmis, taches encre, boules bousier, scarabée tunique phosphorescente, yeux amande, colline joues, incunables, lettres, lettres, lettres, infini crépitement pareil doigts pluie toits de tôle, course grêle feuilles maïs, cliquetis machine écrire, rafales vent pierres Ecosse, craquement édifices cairns air gris, grésillement  tourbières, souffle, souffle, souffle, halètements, points … suspension, points … interrogation, parenthèses, si pouvais.

  Pouvais, écrirais plein … puis … et … encore, comme,  au hasard, fièvre, vertige, ruissellements grotte, larmes, lames, beauté, peau, encore, folie, chants, race humaine, chambre, étincelle, lettres et encore lettres raclement varlope

 

… m … a … l … d … o … r … o … r …

 

gale, acarus sarcopte, tourmentent insomnies, adieu, hermaphrodite, pliures longues syllabes, chuintements, sifflantes, voyelles

 

…  A … E … I … O … U …

 

noir corset, ombelles, mers virides, écrirais … strideurs étranges, oméga Yeux, Si pouvais.

  Pouvais, écrirais symphonie langage percevoir comprendre s'enchanter orbe puits margelles savoir, roman, empreinte sentiments, bleuissements auroraux, brume vapeur dirait stridulations cigales, fuir, là-bas fuir pays mots libres jardins mer, nuit, nuit, nuit triplement proférée, ô feu du Poète, ô immense, immense espace du-dedans agrandi, frontières abolies, et la lampe, la tache blanche, l'écume, le cercle des Poètes fous, le papier se vide, papier et mots fuient, envolent, ô, attends-moi, Steamer et trempe ta mâture dans chair vive mots, ennui, ennui, ennui triplement proféré nuit unique, immobile, nuit encre mot orages magnétiques, quel naufrage, Radeau, Méduse, mer, bouteille à la mer, mer d'encre, vent penche, naufrages, perdition, l'âme du Poète, le pli dans l'onde, le 

 

… C … H … A … N … T …

 

pourtant … matelots, rayons violets, Yeux agrandis, mensonges et vide … vide … vide …

 

…E … R … A … T … O …

 

 … R … A … T … O …

 

… A … T …O …

 

… T …O …

 

…O …

 

.. O ..

 

. O .

 

O

 

o

 

o

 

.

 

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o

 

o

 

 

O

 

 

. O .

 

 

.. O ..

 

 

…O …

 

 

… T …O …

 

 

… A … T …O …

 

 

… R … A … T … O …

 

 

…E … R … A … T … O …

 

 

 

"TOUT EST LANGAGE".

 

                           Françoise DOLTO.

 

 

 

Guise commentaire.

 

  Le poème du Jeune Poète, délicieux, circulaire, rimé en justes balancements se déguste à la manière d'une bêtise de Cambrai. Au creux du palais, parmi le doux bruit du suçotement. Au creux du langage, là où "les chéries les putains" allongent leur anatomie luxurieuse afin que nous les butinions. Oui, car c'est bien "sur vos jolis vagins", belles prêtresses que nous voudrions communier afin que, du monde, quelques chose s'ouvre, vienne nous visiter. Vagins-origine-du-monde donc langage à partir duquel va avoir lieu l'incroyable floraison humaine avec ses milliers de mots, ses milliers de vocables, de rythmes, d'intonations. Car le langage a ceci de particulier qu'il nous saisit de l'intérieur et agite constamment cette "chair du milieu" qui veut dire l'amour, le sens, l'orbe-connaissante, le dépliement de toutes choses.

  Belle petite révolte rimbaldienne, venue nous dire, en de menues incantations la nécessité du Poème à nous habiter. Car l'homme est ce Poème-levé qui travaille le corps du monde, s'immolant dans ce geste fondamental du dire, de la parole dans son essentialité. Triple essence se confondant en une seule et même arche du déploiement : de l'hommedu langagedu poème. Sphéricité où tout signifie, joue en écho, se réverbère sur l'arc tendu des consciences.

 

"J’écrirais
Pour me rappeler ce que c’est
Qu’être poète et aimé."

 

    Bel épilogue qui, en trois vers simples nous dit la complexité de l'âme du Poète, sa recherche fiévreuse d'une absinthe le portant à l'incandescence afin qu'il puisse, enfin, "ETRE AIME". Mais par qui ? Les femmes d'aventure croisées au hasard des chemins vers le Harar; Jeanne Duval, la haïtienne (?) l'Inspiratrice des nuits d'écriture; Mathilde voulant sauver le versificateur du naufrage ?

  Mais par la Muse, par ERATO elle-même, fille de Mnémosyne, la déesse de la mémoire, elle-même Fille d'Ouranos-le-Ciel et de Gaïa-la-Terre. Car toute poésie résulte de cette tension-là, entre le dense, le compact, le refermé et l'aérien, le souple, l'infiniment ouvert sur l'éther fécondant. C'est dans l'intervalle situé entre les deux, le Ciella Terre que s'inscrit le Langage, s'extrayant de la glèbe immanente pour surgir au milieu du zénith transcendant.

C'est du Langage dont le Poète est amoureux, c'est du Langage qu'il veut être aimé. Sa seule destinée. Sentant parfois que ceci qui les nourrit, les fait respirer, leur échappe, les Poètes mauditsBaudelaire,VerlaineRimbaud livrent au monde ébloui leurs plus beaux poèmes.

La Muse est, en même temps ce troisième élément qui joue en mode alterné avec les deux autres, le Ciella Terre et, bien évidemment, il s'agit de l'Eau, de la Mer, de la Mère, par le jeu d'une simple métonymie.

  Osmose Ciel-Terre-Eau et voilà que surgit le verbe poétique dans son unicité, merveilleuse gemme dans laquelle le Poète cherche son inspiration alors que s'écrivent les mots doués de magie, adoubés au rêve, gonflés du souffle puissant de l'imaginaire. Le Poète est ce "bateau ivre", ce "Steamer balançant sa mâture", voguant sur les flots du langage, là où seulement s'entend "le chant des matelots!"

 

"Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;"

       

                                                                           Le bateau ivre - Arthur Rimbaud.

 

Toute poésie, toute écriture est une alchimie destinée à faire surgir cette "pierre philosophale" sans laquelle les Poètes seraient muets et nous, Lecteurs, orphelins.

Au terme de cette digression dans l'espace de la création, qu'il nous soit simplement permis de conclure par deux des plus belles poésies de la langue française :

 

 

"La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !"

 

                                                               Brise marine - Stéphane Mallarmé.

 

 

 

"A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !"

 

                                                              Voyelles -Arthur Rimbaud.

 

 

 

  

 

 

 

 

 

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