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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 07:18
Regard oblique.

Nadège COSTA Photographe.

Tous droits réservés.

Le jour est à la peine, voilé de gris. Mais quelle est donc cette lumière qui glisse au carreau et laisse dans la perte de soi ? Comme si l’on atteignait ses propres limites et que l’on veuille s’y soustraire. Dehors, la herse du jour est levée et les existants, bientôt, s’y englueront. Figés, immobiles. Dans le doute d’être vraiment. Cette lumière grise ! Cette lumière de l’art ! Comment la saisir et demeurer dans l’enceinte de son corps ? Que faire de sa cuirasse de scarabée alors que la beauté fait son grésillement de flamme ? Ce serait une trop grande douleur de surgir au plein du réel et d’y clouer ses ailes. L’image nous donne tant de choses à voir. Tant de souplesse à imaginer. Tant de joie pleine à offrir à la braise de nos yeux.

Dans l’antre où naissent les photographies - ces illusions de l’être que nous sommes -, l’artiste a fait halte. Il y a comme une hésitation. Comme un suspens au bord de l’abîme. Comme un renoncement dans la rude tâche de vivre. Si exténuant de confier son destin au hasard et de tendre ses mains au ciel en espérant quelque offrande. C’est toujours du-dedans que surgit le don et la source est ouverte en direction de cette fleur, de cette femme, du corps de l’artiste qui sera mis en question et nous interrogera. Acculés à voir avec la justesse du regard qu’exige toute œuvre portée à sa parution dans une manière de message ultime. Il y est question de l’être et uniquement de ceci. Qu’en est-il de ce regard oblique ? Quel est l’objet de son application ? Que porte-t-il en soi en direction du monde ? Suivant le voyage du regard, nous apercevons ce qui, d’emblée, aurait dû nous alerter. Ce regard est saisi de pure intériorité dans sa boucle qui ramène au cadre, plus bas, comme dans une presque disparition de l’image. Regard de l’artiste entièrement reconduit à ses propres assises. Beau geste narcissique qui semble vouloir dire : « Que suis-je au regard de l’œuvre ? L’art naît-il de cette auto-donation afin que les autres, les voyeurs de l’image, s’interrogent sur l’essence même de leur être ? ». Alors le regard est oblique. Il quitte la pure verticalité rationnelle, en même temps qu’il déserte toute vision horizontale qui plierait sous le joug de l’émotion. C’est toujours dans une médiation, une forme de passage que l’art nous révèle sa nature. Alors nous aussi, nous sommes atteints du regard oblique. Et nous demeurons longtemps au ciel des intuitions, autrement dit des pensées immédiates. Nous ne sommes pas prêts de redescendre. Non, nous ne le sommes pas !

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Published by Blanc Seing - dans Microcosmos
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