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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 15:48
Toute jouissance est cri.

« Le Cri » - Edvard Munch – 1893.

Source : DigitaltMuseum.

[Pour servir de commentaire aux deux phrases

Sur la « jouissance » d’Hélène Henry.]

« Entre plaisir et déplaisir constitutifs de la jouissance, elle se demandait si elle n'allait pas se mettre à "aimer" des hommes pour lesquels elle ne ressentait aucun désir. Une manière d'acter le déplaisir dans le jouir. » HH.

Jouir est s’oublier soi-même en même temps qu’amener l’autre à paraître sous la figure de cela même qui comblera l’abîme de nos sens. Dans l’acte de jouir, c’est le jouir lui-même qui est porté à son acmé comme le point ultime d’atteinte de l’exister, sorte de non-retour car, jamais, l’on ne revient en-deçà de cette sublimation que, toujours, l’on veut porter à un exhaussement. C’est l’au-delà de la jouissance en tant qu’expérience limite de soi qui est en jeu. Pure dissolution des consciences dans l’atteinte de ce qui est pur absolu. Soi dépassé. L’autre, dépassé. Seul, l’objet au centre du désir : cette chair transcendée, cette pomme cézanienne dans le pur éclat d’elle-même, ce nu de Modigliani dans la rutilance de l’acte de peindre. Mais aussi bien cet objet rejeté, cette mise en scène du pur contingent réalisé par le truchement de l’arte povera. Mais aussi bien cette femme que nul ne remarque, cet homme ordinaire battant le pavé que l’on rejoint dans la mansarde afin d’y conjuguer les flammes du désir. La jouissance est une telle démesure qu’elle suspend le jugement - la fameuse époché phénoménologique -, pour ne laisser place qu’au flux impérieux du « plaisir intense des sens », étymologie de « jouissance ». C’est un non-espace, non-temps qui s’installe comme une braise vive dans la chair des amants, écharde que, toujours, ils chercheront à retrouver sous les espèces d’une improbable éternité. Il n’y a guère de dissolution temporelle aussi efficace, d’expérience ontologique qui porte aussi loin les individus à la frontière à partir de laquelle seul le néant a lieu. Le jouir est cette phase excédant son propre objet, cette oscillation entre deux vertiges : celui de vivre, celui de mourir. Sous la figure rayonnante de la jouissance, la souffrance à l’état pur. Celle, précisément, de l’impossibilité d’un « éternel retour du même ». « Post coïtum omne animale triste ». Infinie tristesse d’un acte dont on sait qu’il ne se dépassera pas, qu’il est humainement déterminé par deux bornes infrangibles : naissance, mort. Thanatos s’agitant sous Eros. Jouir est le dernier cri avant la finitude. Pour cette raison, « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ». Ainsi disait le poète, en termes choisis, ce que l’existence dit en mode prosaïque. Ce que l’amour dit en poème, la douleur l’énonce en prose. Nous ne sommes que ce battement entre deux impossibles : celui de renaître, celui de mourir bientôt. La jouissance est là comme seul recours pour tenir éloignés les deux bords de l’abîme. C’est pourquoi, avant tout, il n’est qu’un harmonique du cri. Cri primal par lequel nous paraissons. Cri dernier par lequel nous refermons la parenthèse. Il n’est temps que de jouir dans cet intervalle !

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Published by Blanc Seing - dans Mydriase
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