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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 11:27
Toi dont l’empreinte…

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

   [PrologueD’une recherche fiévreuse du Soi en l’Autre ; de l’Autre en Soi.

  

   Parfois convient-il de se retourner, de regarder par-dessus son épaule, de viser ce qui, dans l’ombre du passé, vient jusqu’au présent, pour lui donner forme, pour le conduire tout au bout de son être, là où nul autre ajout ne pourrait en confirmer la singulière essence. Ceux, Celles qui sont familiers de ma prose (qu’ils en soient ici remerciés) n’auront manqué d’apercevoir, dans le rythme des phrases, surgissant telles de souterraines eaux, des motifs toujours renouvelés qui s’y impriment à la façon d’un refrain lancinant, d’une complainte venue de loin, en partance pour l’illisible destin qui se nomme « existence » et toujours nous interpelle au simple fait que c’est nous, et seulement nous, qui en tissons les fils de chaîne et de trame au terme desquels la toile sera celle de notre propre Destin et nulle autre, lui ressemblât-elle, comme reflétée en quelque miroir.

   Mais si nous sommes les maîtres d’œuvre de cet ouvrage, loin s’en faut qu’une activité solitaire n’en détermine la forme. La solitude, le Solitaire ne prennent vraiment sens qu’à avoir, en retour, quelque écho venu d’ailleurs, quelque regard plongé dans l’ombre, quelque poitrine qui bat à l’unisson. Les mots que j’écris, au fil des jours, sont en attente d’être fécondés par d’autres consciences attentives. Ainsi se donnera un levain qui fera gonfler la pâte du langage jusqu’à son point d’incandescence, si ceci est cependant possible.

 

Écrivant, je ne suis qu’attente

Lisant, vous n’êtes qu’attente

 

   Ainsi confluons-nous en une même eau dont nous souhaitons qu’elle comble quelque vide constitutif de nos êtres respectifs.

 

Écrire : ma part d’incomplétude

Lire : votre part d’incomplétude

 

   Et, ici, je pense au beau titre du livre de Christian Bobin, « La part manquante ». Cet Écrivain voulait la combler avec le nom de Dieu et, peut-être sa Présence. Nous aurons de plus modestes ambitions, espérant, de notre Lecture/Écriture, obtenir quelque douceur qui nous dise le lieu de nos Êtres au sein d’un Monde en proie à ses démons et, certes, ils sont nombreux, que beaucoup, par ailleurs, prennent pour leur Ange Gardien. Mais ceci n’est qu’une remarque adventice, l’essentiel est sans doute ailleurs, simplement peut-être en redonnant au merveilleux Langage une place qu’il a, depuis longtemps, perdue. Alors nous nous questionnons : quelle est « la part manquante » du Langage ? Et aussitôt le lien est immédiat qui ne se peut formuler qu’ainsi : c’est L’Homme qui est « la part manquante » du Langage puisque ce dernier, le Langage, est son Essence, le visage par lequel, nous autres Humains, parvenons à qui-nous-sommes d’une manière ultime. Bien plutôt que d’argumenter longuement, pensons à ceci : qu’en serait-il du sens de la vie si le Langage n’y imprimait nullement la nécessité de ses Mots ? La question, ici, vaut réponse. Chaque mot lu, écrit, proféré est un substantiel ajout à notre babélienne architecture. En réalité nous ne sommes qu’assemblage de mots. Certes, l’affirmation n’est ni récente, ni originale. Mais, parfois, une once de vérité habite-t-elle la modestie du lieu commun. Toujours un jeu subtil, un constant phénomène de renvois, de reflets, s’instaure au sein même de la Triade Mots/Choses/Monde. Nous en sommes les Acteurs et les Spectateurs.

   Je reviens donc à ce que je n’ai jamais quitté, à savoir ma tâche d’écriture. Et, immédiatement, je ne peux qu’évoquer les lignes de force, les aimantations, les confluences qui dessinent l’espace de mes méditations. Comme un jeu de piste, un chemin sinueux dont, cependant, émergeant des multiples « lignes flexueuses », des linéaments se dessinent que se peuvent résumer sous la forme d’une véritable litanie lexicale :

 

Le Fugitif – L’Empreinte – La Trace

Le Silence- L’Origine – Le Soi

La Solitude – la Blancheur – L’Indécision

Les Hiéroglyphes Mallarméens

Le Saisir comme Dessaisissement

L’Attente comme Attente

L’Art – L’Amour – L’Absolu

Le Don – L’essence – Le Désert

L’Aube – Le Crépuscule – Le Clair-Obscur

L’à peine venue du Jour

Le Corps Halluciné

Le Guetteur – Le Double – Le Jumeau

L’Ombre – La Lumière – La Pénombre

La division – La Césure – La Faille – L’abîme

L’Être des choses qui viennent à nous

Le Souvenir – La réminiscence

La Nostalgie du Lieu d’Avant-la-Naissance

Le Langage La Parole – La voix

Le Simple – Le Rassemblé – L’Unité

 

Et, comme un Point d’Orgue :

L’ABSENTE (« de tous bouquets »)

Cette Idée, cette Illusion, cette Chimère

Qui tiennent lieu du Réel et, parfois,

L’embellissent et le donnent à la manière

D’une Essence,

d’une Beauté

Dont nous ne pourrions faire

L’économie qu’à nous absenter

De Nous et n’être plus

Que ce Rien, ce Vide, Ce Néant,

c’est sur eux que prend fond

mon écriture, tout comme

Chacun, Chacune

Se porte au jour

S’en extrayant

Au moins

provisoirement

 

   Et, maintenant, que reste-t-il à dire après avoir tutoyé cCux que beaucoup considèreront tels de sombres abysses ? Rien que ceci : comment saisir le Réel en sa plus exacte mesure ? Cette entreprise a l’air d’une gageure tant les pièces du puzzle sont multiples. Ce qui m’occupe constamment et nervure l’ensemble de mes textes, aller au plus près d’une Vérité, autrement dit forer, si ceci est possible, jusqu’au socle premier, là où un feu couve encore, là où une « chair du milieu » (Certains, Certaines reconnaîtront) se déploie et se donne comme la provende originaire selon laquelle poser à l’horizon de notre regard cette étincelle unique de l’Instant, germe d’une Beauté à venir dont il est urgent de saisir le rare, l’inimitable, l’unique.

   Ceux, Celles qui, au travers de mon écriture, auraient reconnu l’ombre portée de la perte orphique de l’Aimée, seront au cœur même de la cible. Cependant il faut préciser que, sous le terme de « L’Aimée », s’il s’agit bien, certes, d’essayer de retrouver Eurydice, mais aussi, au travers de qui elle est, la Figure de la Beauté, cette Beauté qui transfigure les œuvres d’Art, donne aux Choses leur visage le plus aimable, confère au Monde la « Multiple Splendeur » selon le titre d’une oeuvre du Poète Émile Verhaeren. Ma « complainte », sinon ma « plainte », dans le respect et le retirement admiratif, laisseront la place à cet extrait tiré du fascicule « Le Verbe », car comment pourrait-on mieux dire,

 

« Mon esprit triste, et las des textes et des gloses,

Souvent s’en va vers ceux qui, dans leur prime ardeur,

Avec des cris d’amour et des mots de ferveur,

Un jour, les tout premiers, ont dénommé les choses. »

 

   Oui, « dénommer les choses » c’est inviter à les faire paraître. Les faire paraître avec simplicité et pudeur, voici ce qui trace la ligne qui délimite, sur la crête de la prodigieuse Montagne, l’Adret ensoleillé ; l’Ubac d’ombre.

 

Comme si la Vérité,

une fois regardait

 l’éblouissement

de la Lumière,

une fois se perdait

dans la Nuit Ombreuse.

 

Lumière des Mots,

Ombres de leurs intervalles.

Comment ne pas vivre

dans le rayon de Lumière ?

 Comment ne pas saisir

ce qui, précisément, nous sauve

du Silence,

du Rien,

du Néant ?

 

*

 

Sur la belle image d’Hervé Baïs

Un texte qui essaie de poétiser

Peut-être à défaut d’y parvenir

Le Langage est si Haut

Le Langage est si Beau

 

*

  

Toi dont l’empreinte,

 si fugitive en sa passée.

Toi dont l’empreinte

se confond avec

le nuage si haut.

Toi dont l’empreinte

 a tracé en moi les

lignes d’un espoir.

Partout le ciel est noir,

d’une insondable

profondeur.

On dirait une nuit,

on dirait un bitume

que rien ne semblerait

 pouvoir éclairer.

 

L’ombre

 de l’inconscient

dans son étrange

 continent

de chair sourde.

Le ciel ne parle pas,

le ciel est muet

qui regarde le Monde

du haut de son mystère.

Rien ne bouge

au-delà de moi.

 Rien ne bouge

 et le paysage

 est figé,

comme

s’il voulait

s’annuler,

en quête de

son origine.

 

 Rien ne bruit.

Tout est en soi, plié

au plus profond

de son être.

Les arbres sont plantés

 dans le sol de givre.

On devine le trajet

 silencieux de

leurs racines.

 Les arbres sont

à eux-mêmes

leur propre histoire,

une surrection dans

 l’ordre du jour,

 puis une plainte

 intérieure

soudée à même

leur écorce.

 Leurs branches

identiques à de

touchants

sémaphores,

 nul ne répond

 à leur geste de bois.

 

L’herbe est noire

qui joue

avec le ciel,

avec la haie,

avec les fûts des arbres.

La place est blanche,

d’une blancheur

sans tache,

elle me fait penser au

« vierge, vivace et

 au bel aujourd'hui »,

la complainte mallarméenne

est là qui fait

 son langage crypté,

qui tourne tout

 autour de moi,

pareil à un essaim

d’abeilles blanches.

Oui, blanches et

« cette blanche agonie »

 pénètre mon âme

d’une bien

étrange langueur.

 

Il lui faut, à mon âme,

cette longue indécision,

 cette halte du temps,

ce prisme de l’instant

 sur lequel mon esprit

ricoche et bondit

 hors de lui

 tel l’oiseau ivre

de l’écume du ciel.

 Oui, « l’écume du ciel »,

le noir est parti et l’éther

est une vaste plaine lisse

 qui me dit le lieu

possible de

mon être,

 entre un flocon

qui arrive,

un flocon

qui part.

 

Sais-tu,

Toi-la-Divine,

combien c’est une joie

de saisir et, à la fois,

de ne rien saisir ?

Combien c’est un bonheur

d’espérer

et de désespérer ?

 Combien c’est une félicité

 de se sentir Soi

et Autre que Soi ?

Tout est dans l’attente,

la longue et sinueuse

attente des choses.

 

Nul n’étreint le rien

qui tend ses mains

vers l’Absolu,

l’Art,

l’Amour.

Tout est toujours

en retour de Soi et

l’attente est pur Don.

 Pur Don de ce qui,

inaperçu,

vient à moi

 et emplit

 mes mains

de l’ombre

 d’une Présence.

Toi-la-Divine,

 je ne sais

quel est ton nom,

de quoi est tissée

 ton essence,

 si tes yeux sont

bleus ou mordorés,

si ton corps se cambre

sous le plaisir,

si tes doigts effleureront

un jour mon visage

pour en dessiner

les contours.

Je ne suis incliné

à moi-même

 qu’à te deviner

 penchée sur moi,

 telle une Fée

bienfaisante.

  

Je t’imagine parfois

en mon théâtre intime.

 La place est déserte.

 Le portail de fer est fermé.

La haie dresse ses tiges dans

 l’air transi de froid.

Les flocons,

 une pluie de flocons,

une giboulée de flocons,

flotte entre Ciel et Terre.

Des flocons-messagers

 qui tracent les lignes

 de Qui-tu-es,

 là sur ce banc de bois

 qui porte encore la chute

de ton corps souple,

chaud, disposé

 à la mesure

 étroite de l’heure.

Ce banc si vide que,

pour un peu, il chanterait

un hymne à ta beauté

et alors, sur Terre,

 tout se figerait,

et alors sur Terre

tu serais

 la Seule

 à vivre,

à sentir,

 à aimer.

 

Tout autour du banc,

les arbres font

 comme une porte,

un Temple à la Déesse

que tu ne manqueras

d’être pour moi,

simple Guetteur

 de tes Songes.

 Car il me plaît

de t’envisager sous

 les traits indistincts

de quelque animal fabuleux,

 Licorne, Oryx, Chimère,

en tout cas image nichée

au plus secret de

mon imaginaire,

un Double en

 quelque sorte,

un Jumeau,

une Ombre Siamoise.

Ainsi figurerais-tu mon envers,

 le contrepoint que mon esprit

réclame afin de se connaître

en totalité.

Sais-tu combien

 il est éprouvant

 de sentir en Soi

la ligne d’une division,

 la trace d’une césure,

de s’approcher,

 à tout instant,

d’une faille

qui pourrait

s’ouvrir où connaître

le plus cruel désespoir,

s’immoler en Soi

et perdre

 toute prétention

à être.

Mais vois-tu,

malgré ma

plainte lancinante,

un genre de mélancolie

 s’abreuvant à sa propre source,

 je ne suis nullement triste,

seulement en

attente de Toi :

Flocon qui virevoltes

et hésites à rejoindre le sol,

 Encre du Ciel qui

imprimes en moi

ses précieux caractères,

Arbre levé dans la

 toile du silence,

 Place lovée

 en sa blancheur,

Banc de bois

qui dessine

 le souvenir de Toi.

Le possible de Toi

 

 Oui, de Toi.

 

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25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 09:29
Au rivage des eaux mortes

« Entre sel et ciel… Aigues-Mortes… »

 

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

Comment dire l’Infini,

comment dire l’Immensité

lorsque nous, les Hommes

à la taille de fourmi,

nous éclipsons à même

notre propre insignifiance ?

Il faudrait être

bien présomptueux

pour nous croire

 le peuple élu de la Planète,

il y a tant de merveilles

partout présentes,

elles nous rappellent

à notre devoir

de modestie.

Si nous étions

une espèce fluviale,

alors notre corps serait

 pareil à celui des anguilles,

ces sortes de lianes noires

qui semblent venir

en droite ligne

du creux le plus dissimulé

des abysses.

Si nous étions une espèce

relevant de la flamme,

alors nous serions

 pareils aux phénix,

ces oiseaux de feu

renaissant de leurs cendres.

Si nous étions une espèce

relevant du ciel,

alors nous serions

ces prodigieux nuages,

ces voiles de vapeur

qui n’ont ni lieu,

ni consistance.

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

Mais ce que nous sommes

jusque dans la sombre

 évidence de notre chair,

des êtres de la terre

qui nous déclinons

sous les prédicats

de la glaise,

de l’humus,

de l’argile,

enfin de toute matière

dense, opaque, refermée

depuis toujours sur

son étonnant mystère.

 

L’eau, le feu, l’air

se laissent approcher

au gré de leur constante

visibilité, de leur

 transparence.

Une eau dévoile,

 grain par grain,

son chapelet de gouttes.

Un feu laisse jaillir en son sein

le carrousel des flammes,

une pluie de fines étincelles.

Un air nous montre

ses empilements de strates,

 la multiplicité des vents

qui en balisent l’existence.

Mais la terre réserve en elle

 tous ses minéraux secrets,

ses gemmes brillant

dans sa nuit originelle,

ses intimes tellurismes

qui sont les traits

les plus vifs

de son essence.

 

Et les Hommes,

les Femmes,

là-dedans,

parmi la complexité

du Monde, où sont-ils ?

Sans doute sont-ils

ces Turquoises vertes,

 ces Hématites noires,

Ces Jaspes rouges,

ces joyaux qui ne

se dissimulent qu’à mieux

dévoiler leur nature

 si étonnante, si singulière.

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

L’eau est étale,

noire et grise,

avec des reflets d’argent.

Elle dit le calme du lieu,

mais aussi sa profondeur,

l’essentiel de qui elle est,

le miroir dans lequel

se réverbère la beauté

ici infiniment présente.

Le ciel est pur don de soi,

ouverture sans fin,

appel de l’illimité,

creuset de l’impartageable,

assomption vers de

 hautes altitudes,

 là où rien ne signifie plus

que sous le régime

éthéré des idéalités.

Il est le signe de l’Infini

 sous lequel sont couchés

 les Hommes pliés sur

leurs nattes de sommeil

Nul bruit alentour

qui dirait le passage

de l’oiseau,

le glissement du train

sur ses rails,

l’écho assourdi d’une

barque de pêche.

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

Tout demeure en soi

 jusqu’à la limite

d’un effacement,

d’une disparition.

Alors les Hommes,

les Hommes de la Terre,

les Hommes rivés à leur sol,

 où sont-ils, alors

que nul mouvement

 n’en trahit la présence ?

Leur étrange absence est

plus forte que leur appel.

Leur invisibilité est le signe

le plus sûr que nous voudrions

les rencontrer, les connaître,

entrer dans l’immémorial

de leur légende.

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

Est-ce le silence des eaux

qui les soustrait à notre vue ?

Est-ce la Mort qui nous

prive de les apercevoir ?

La Mort des Hommes

qui est aussi la nôtre,

nous qui regardons,

dont le regard est vide.

L’immense voyage du ciel,

sa fuite vers

d’illisibles destinations.

La stagnation de l’eau comme

si plus rien au Monde

 ne faisait sens.

Å la pliure des deux,

sur la ligne basse

de l’horizon,

les remparts et,

derrière les remparts,

les maisons

où l’on vit,

où l’on aime,

où l’on meurt.

Reflets des murs d’enceinte

sur la sérénité de l’onde.

Reflets des tours sur la

quiétude de l’onde.

Sont-ils des Vivants

ceux qui s’abritent derrière

ces épaisses murailles ?

 En leur île de pierres,

 éprouvent-ils des sensations,

des émotions identiques

aux nôtres ?

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

Cette Citadelle est tissée

du songe le plus troublant.

Elle flotte dans l’espace,

entre marais et lagunes,

entre fins cirrus

et mare liquidienne

qui paraissent venir

du plus loin du temps.

Verrions-nous sortir,

 de cette forteresse

de pierres,

un Humain, un seul,

et alors nous croirions

au miracle,

tellement ces Mortes eaux

nous inclinent aux belles

ombres de la Mythologie.

Cette eau ténébreuse,

n’est-elle

Le Styx en personne

avec sa charge

de haine éternelle ?

Cette eau ténébreuse,

n’est-elle la personnification

du Phlégéthon, de sa

 rivière de flammes ?

Cette eau ténébreuse,

n’est-elle l’image du Cocyte

dont les lamentations

viendraient jusqu’à nous ?

Cette eau ténébreuse,

n’est-elle le ruisseau

du confondant oubli

sécrété par Léthé ?

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

Tous ces fleuves

qui étaient supposés

 converger en un

vaste marais

dans le monde souterrain,

sont-ils de pures divagations

de notre imaginaire

ou bien ont-ils quelque

élément de réalité, ici,

sous le ciel

d’Aigues-Mortes,

près des eaux

d’Aigues-Mortes,

tout contre les remparts

 d’Aigues-Mortes ?

Cette ligne de lumière

des remparts

vient nous sauver

d’un onirisme

frappé de tragique.

En elle, tout ce

qui peut s’éclairer,

à la manière d’un fanal

au milieu de la nuit.

 

Aigues-Mortes

Mortes-Eaux

 

 

 

 

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6 décembre 2022 2 06 /12 /décembre /2022 09:16
Sous le regard du ciel

Saintes-Maries-de-la-Mer

Entre mer et marais…

Photogtaphie : Hervé Baïs

 

***

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

Il y avait si peu de bruit.

Il y avait si peu de lumière.

Il y avait si peu de mouvement.

Vous pensiez être SEUL

 sur la face de la Terre.

Mais, peut-être, le Monde

n’était-il encore venu à lui ?

Du creux d’indolence

et de douce patience

où vous séjourniez,

vous attendiez.

Longtemps vous attendiez.

En réalité, et ceci était clair

comme un cristal de roche,

c’est vous que vous attendiez,

longue imago en attente

de sa métamorphose.

 

Votre forme, vous ne l’aviez

encore nullement imaginée.

Cuivre des Marais aux ailes orangées

 criblées de menus points noirs

ou Semi-Apollon au corps

couleur de plomb,

aux fines nervures dessinant

le pur motif de la venue à l’être ?

Oui, être Papillon, vivre votre

vie d’Éphémère et retourner

dans les limbes luxueux

 du Néant.

Ni bruit.

Ni lumière.

Ni mouvement.

 

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

Puis, soudain ça bouge

au plein des ténèbres.

Puis soudain ça fourmille

dans la tunique de votre corps.

Puis soudain vous sentez

le flux de la vie couler en vous.

Vous percevez des respirations.

Vous percevez d’infimes tropismes.

Vous percevez quelque chose

comme une étincelle

qui pourrait se lever de la nuit,

un éclat soudain illuminer le ciel,

l’emplir de sa prodigieuse présence.

Vous discernez, mais quoi ?

Les choses, dans cette manière

d’évanouissement sont

si floues, si éthérées,

pareilles à un fil de soie

qui pourrait rompre

d’un moment à l’autre.

Vous appréhendez

quelque présence.

Une forme, oui,

puis plusieurs,

des genres d’ellipses,

d’ovales indéterminés

mais qui, bientôt, diront

le secret, qu’en eux,

ils dissimulent.

 

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

Ces oblongues venues au jour,

voici qu’elles commencent à signifier,

qu’elles commencent à parler.

Mais oui, l’évidence est là,

ces ellipses enferment en elles

la naissance de regards,

comme une origine à partir de laquelle

 tout se déploierait jusqu’aux

limites de l’infini.

Tout, petit à petit, sort de l’ombre,

tout s’extrait de la chrysalide d’argile

et le Tout, soudain, se ramène à l’unité

d’un SEUL REGARD.

Ce regard est celui du Marais.

Il est large, couleur d’argent éteint,

de jour triste mais c’est en ceci qu’il est beau,

sa douce mélancolie est un enchantement

pour qui le regarde.

Et vous le Quidam qui sortez à peine

de votre marécage de ténèbres,

avouez-le, vous êtes envoûté par ce Regard,

par cet œil unique qui regarde le Monde,

le révèle, le porte devant vous

comme la seule chose à connaître.

Vous êtes vous-même,

en votre for intérieur,

et vous êtes aussi

ce REGARD qui se lève

et boit le divin Cosmos.

La duplicité de votre regard

associé à celui du Monde,

c’est ceci qui ouvre la voie

à un chemin semé de Poésie.

Vous êtes Vous et le Monde

en un seul geste de la Vision.

Vous, le Marais, le Monde,

une seule et même effusion,

une seule ligne claire

à la surface des choses.

Tout, maintenant, dans

la naturelle retenue de l’Aube

vous parle le langage des choses

secrètes et précieuses à l’être,

à ne se dévoiler que

sur le mode du Rare.

 

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

Le Ciel est très large et très haut.

Il vole à d’incroyables hauteurs

 avec ses cortèges d’oiseaux

immobiles, invisibles,

sauf aux yeux de l’âme,

elle qui voit Tout

 au milieu du Rien.

Le Ciel, aussi bien,

c’est Vous,

la meute de vos idées,

la libre expression de vos pensées,

la floculation plurielle de votre imaginaire.

Le ciel, sa toile blanche, virginale,

c’est vous lorsque, tel l’Enfant,

vous souriez aux Anges.

Le ciel, c’est vous et les nuages légers

sont les peines qui sèment parfois

à votre front les rides de l’ennui.

Le ciel, c’est vous et les vastes

 et lumineux projets

qui vous habitent et vous portent

bien plus loin que votre corps

ne pourrait le faire.

 

La ligne d’Horizon est basse,

simple trait de charbon

qui sépare l’Idéal,

des Choses Terrestres.

Là, vous explorez le Réel,

là, vous lui donnez

ses assises les plus sûres.

Car il faut bien s’amarrer

quelque part, n’est-ce pas ?

Car il faut un môle, un amer

où cesser de dériver

car, alors, l’on pourrait

sortir de Soi,

au risque de n’y

jamais revenir.

 

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

La Mer est une langue

 qui ressemble

à la lame d’un étain vieilli.

Quelques formes illisibles

y fourmillent,

tels d’antiques signes d’imprimerie

que le temps d’un palimpseste

aurait partiellement effacés.

C’est peut-être votre Histoire qui s’écrit là,

sur le territoire lacustre des hommes,

là où toujours ils ont posé leur havresac,

bivouaqué afin d’être

 Hommes parmi les Hommes.

Puis il y a le Rivage semé des brindilles

sombres de la végétation.

Il est posé entre

 la plaque de la Mer

et la feuille du Marais.

Il est pareil à une Vigie

qui interrogerait l’horizon,

là d’où le danger pourrait surgir

qui anéantirait les efforts des Hommes,

détruirait leur inlassable patience.

 

Vous êtes ce Rivage,

cette mince lisière tendue

d’une ligne de Vie

à son effacement

 dans la tubéreuse Mort,

ce retour à l’invisible des choses.

Le Marais. L’œil du Marais,

unique mais nullement cyclopéen.

Le Regard au gré duquel

le tout du Monde

s’illumine et vient à vous

dans la plus pure joie.

Vous êtes ce Regard

qui regarde le Monde

mais aussi qui êtes

regardé par le Monde.

Il faut ce flux et ce reflux,

cet étonnant battement,

cette infinie oscillation 

du Jour et de la Nuit,

du Noir et du Blanc,

vous en êtes

le Guetteur,

le Médiateur

en même temps que

le Voyeur ébloui.

 

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

La sclérotique du Marais,

cette platine lissée de jour,

porte en son centre la touffe

menue de la pupille,

cette mesure presque

invisible mais si nécessaire.

Lorsque l’heure bascule,

que la clarté s’efface,

la Pupille, votre Conscience,

s’élargit et connaît l’incroyable

phénomène de la mydriase,

cette splendeur

qui vous fouette à vif

et aiguise le scalpel

de votre lucidité.

Alors, voyant le Monde

d’une manière exacte,

vous devenez à même

de le juger,

de le comprendre,

 une des plus estimables valeurs

de la Destinée Humaine.

C’est le jeu continuel du temps qui passe,

l’œil du Marais reçoit la vaste parure du Ciel,

 reçoit la réflexion de la ligne d’Horizon,

reçoit les reflets nocturnes du Rivage.

 

Le Sens même du Monde est ceci :

cette infinie réverbération

au sein de laquelle

chaque Chose se connaît

et connaît l’autre

qui vient à son encontre.

Puis le dernier Rivage,

celui dont la proximité

est la plus grande,

cette herse noire

qui paraît muette,

c’est simplement le rideau

qui se fermera provisoirement

sur la Grande Scène du Monde

et alors, par le mouvement inverse

qui vous avait porté là où vous étiez,

par une sorte d’involution,

vous reviendrez

à votre nuit native,

Papillon,

puis Imago,

 puis Chenille,

puis peut-être

Simple Rien

en attente de paraître.

Cependant,

deveniez-vous

ce Rien,

vous n’aurez

rien oublié,

ni le Ciel,

ni l’Horizon,

ni le Rivage,

ni ce Regard

du Marais

ils vous escorteront

aux plus lointains confins

qui, alors, seront les vôtres.

Le Regard, ce sera VOUS.

 

Sous le regard du Ciel

Qu’étaient les Choses

Venant à leur être ?

 

 

 

 

 

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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 09:46

Vous qui songez, moi qui suis captif

 

Une illumination a eu lieu

et mon âme s’est embrasée

qui comburera à jamais.

Voyez-vous,

il y a d’étranges aubes,

des échardes blanches de clarté,

une nébulosité nichée

au plus haut des fins bouleaux.

Rien ne semble exister

qu’à l’aune

de la légèreté,

de la fragilité.

C’est heureux que ce

mince fil d’Ariane

se soit tendu entre Vous

qui n’êtes pas encore,

 Moi qui viens à vous avec l’espoir

de vous connaître enfin.

Et d’avoir accès à qui je suis.  

Mais connait-on jamais l’Autre,

ce mystérieux continent,

cette ombre que nul soleil ne profère,

cette pluie que nul nuage ne libère,

cette feuille que nul vent n’envole

vers le clair horizon ?

Serez-vous enfin alertée de ma persistance

(sans doute penserez-vous à quelque entêtement,

peut-être à une obsession congénitale ?),

de mon obstination à vous connaître,

Vous l’Inconnaissable par essence.

Å me connaître ou à tâcher de le faire,

j’ai usé l’amadou

 de mon esprit,

j’ai réduit mes mains

au spectre de moignons,

j’ai fait de mes jambes

des tubercules hémiplégiques.

 

Vous qui songez, moi qui suis captif

 

Sachez qu’à s’inventorier,

l’on ne procède qu’à sa propre destruction.

Ce que l’on prenait pour une découverte

(sonder les raisons pour lesquelles la Beauté

nous étreint si fort, si douloureusement),

n’est rien de moins que cette illusion

qui tremble, vacille tel le feu-follet,

il est bientôt disparu et l’on demeure

sur le bord du marigot, assoiffé d’eau

qui, de toute manière, eût procédé

à notre propre extinction.

Oui, toujours j’ai été atteint

de la flamme glacée du Tragique

 et Phèdre, la divine Phèdre,

est la Compagne de mes nuits,

la Conseillère de mes soucis

les plus féconds,

les plus fertiles,

ceux sur lesquels croissent

 les lianes de mon Angoisse,

sans elle je ne serais

que cette inconsistance livrée

à la première giboulée,

à la neuve bourrasque d’automne,

au vent fou qui balaie la terre

de ses lianes mobiles.

Car il faut ce lien direct

de la Vie à la Mort

 pour que toutes choses

prennent sens

sur cette Planète,

qu’elles ne demeurent

de simples

 tours de passe-passe.

  

Vous qui songez, moi qui suis captif

 

La photographie

que j’ai de vous,

le feu de vos cheveux,

la noire auréole dans laquelle

 s’inscrit votre jolie tête,

les deux traits sûrs de vos sourcils,

vos yeux que je crois noirs, profonds,

la sobre élégance d’un nez discret,

la pulpe à peine visible de vos lèvres

et ces lunules de clarté qui dessinent

sur votre visage des ovales plus clairs,

on dirait des pièces de monnaie

ou de fins bijoux, tout ceci,

ce nimbe d’étrange lumière

concourt à vous rendre

encore plus sibylline,

plus lointaine.

Le demi-sourire

que vous esquissez

 n’est-il la simple

réverbération

de votre bonheur à vous

rendre indéchiffrable

en quelque manière,

hors de portée, tel un

précieux incunable

protégé par sa

paroi de verre ?

 

Vous qui songez, moi qui suis captif

 

Vous étonnerais-je au rythme

soutenu de mes questions ?

Ou bien est-ce Moi

qui m’inquièterais de vivre,

de ressentir, de humer

ici telle fragrance,

d’éprouver là un frisson

douloureux sur ma peau,

d’entendre quelque voix de miel

que seul mon esprit aurait portée

 au-devant de Moi afin que, de ceci,

mon existence pût s’en déduire,

mes jours trouver un pôle

sur lequel, enfin, diriger

la boussole de mes désirs

les plus enfouis,

les plus capricieux ?

Pouvez-vous a

u moins sonder

 le vertige continuel

de mes interrogations,

le voir métaphoriquement

telle la lentille d’eau

qui réverbère le jour

au fond du puits sans

possibilité aucune

de n’en jamais connaître

la belle texture,

les copeaux de lumière qui dansent

aux fronts des Insoucieux,

des Libres de Soi dans

un temps affranchi

de contraintes,

doué des virtualités

les plus estimables :

 aller là où ne règne que

le luxe de la clarté,

là où ne se donne que

le nectar des Choses Belles ?

 

Vous qui songez, moi qui suis captif

 

Vous étonnerais-je, vous avouant

que je vous préfère ainsi,

dans cette marge

d’invisibilité, d’incertitude,

cette absence fouettant mon sang bien mieux

que ne l’aurait fait votre libre venue jusqu’à moi,

une sorte d’évidence si vous préférez.

Sans doute, notre seule union possible, sera-t-elle

ce regard que je porte sur votre image,

ce non-retour que suppose votre représentation

 sur une feuille de papier puisque, aussi bien,

vous ne me connaissez pas,

moi qui cherche à percer votre secret,

à habiter votre propre dimension.

Un Étranger s’inquiète

du sort d’une Insondable.

Une Mystérieuse s’enveloppe

dans les plis insus d’une âme inquiète.

Il y aurait là matière à tracer la voie

d’une aventure romantique,

à faire se dresser la « Fleur Bleue » d’un Novalis,

à suivre Lord Byron sur les chemins d’Orient

avec cette indéfinissable mélancolie désenchantée

qui est la marque de ses Héros,

à se trouver, dans l’instant,

dans le corps et l’esprit mêmes

du « Voyageur contemplant une mer de nuages »

du très précieux Caspar David Friedrich

et de n’en jamais ressortir,

car ressortir serait mourir.

 

Vous qui songez, moi qui suis captif

 

Pouvez-vous, dans un effort

de tension en ma direction,

 estimer la dimension d’Univers

qu’ouvre à mon regard,

que propose à mon imaginaire,

 qu’offre à mon insondable curiosité

la seule vision que j’ai de Vous,

qui irrigue la totalité de mon être

si bien que, pensant fortement

à qui vous êtes,

je ne m’appartiens plus guère,

que mes contours deviennent flous,

que ma sensation d’être sur

cette Terre semée d’argile,

devient si éthérée que je pourrais

aussi bien y disparaître,

y trouver mon dernier repos

sans que quoi que ce fût

 ait alerté ma conscience.

S’immoler à Soi

dans la présence de l’Autre,

 ne serait-ce ici l’un des

plus beaux thèmes d’un

Romantisme fou,

mais il ne s’agit que

d’un innocent pléonasme,

toute Passion est Folie

en son essence.

Alors, voyez-vous, je crois

 que je n’aurai d’autre alternative

que de m’annuler moi-même

en quelque façon,

que de vous offrir la dague

 rubescente de ma Folie,

elle est ma Compagne habituelle,

celle par qui je vois le Monde,

celle par qui je vous vois

et vous désire tel le Petit Enfant

fasciné par le sein

gorgé de lait de sa Mère,

il est tout à la fois

le Lait,

la Nourrice,

le Désir.

Il n’est que par cette

source trinitaire au gré de laquelle

 il Meurt et Vit tout à la fois.

Acceptez au moins, que

par le geste d’une

pensée désespérée,

le drap dramatique

qui est mon linceul,

je suis sa Momie,

consente un instant

à déplier ses

bandelettes de tissu,

 que je devienne

dans l’éclair

de qui vous êtes

l’Enfant Chéri,

tel Romulus,

qui connaîtra

l’ivresse

de votre Sein.

Oui, l’ivresse.

Oui, de votre Sein.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 septembre 2022 7 11 /09 /septembre /2022 08:05
Ophélie au fil de l’eau

Peinture : Léa Ciari

 

***

 

Ophélie

au fil

de l’eau

 

Vous apercevant tout juste

Au sortir d’un songe

C’est cette phrase liquide

Toute empreinte

D’eau et de brume

Qui s’est présentée à moi

C’est curieux combien

Cette vision éthérée

Indique l’aquatique

 Et nul autre élément

 

Assurément, Ophélie

Vous ne reposez nullement

Sur la lourdeur de la TERRE

Les mottes d’argile

En leur pliure ne pourraient

Vous convenir

Le FEU en son

Éternelle combustion

En sa vive agitation

Vous n’en pourriez supporter

La naturelle érosion

A la rigueur l’AIR

Vous eût mieux convenu

 Son fin tissage de bleu

Ses mailles légères

Eussent brodé à votre corps

Une possible dentelle

 

Mais non, rien de

Ceci ne convient

TERRE, FEU, AIR

En toute certitude

Eussent échoué

Å circonscrire qui-vous-êtes

Å vous porter au sein

Même de votre intime.

 

Ophélie

au fil

de l’eau

 

Oui l’EAU est ce par quoi

Vous êtes venue au monde

Ce par quoi, peut-être  

Vous vous en retirerez

Si bien que, vous nommant

Grâce à ces trois syllabes

Si douces, si évanescentes

O  PHÉ  LIE

Vous devenez transparente

Å vous-même

Vous devenez invisible

Aux Autres

 

Ophélie

au fil

de l’eau

 

O dit la même chose que EAU

PHÉ dit la même chose que FÉE 

LIE dit la même chose que LIT

Ce lit fluvial en lequel

Vous flottez pour l’éternité

Ce que dit la limpidité de votre être

Votre nom en redouble l’essence

EAU en tant qu’EAU

Vous êtes au plus HAUT

Au plus haut et ceci est pure Joie

 

D’Ophélie je ne veux retenir

Que la simple beauté

Oublier la folie

Écarter le geste de la perte

Au sein de l’eau

Comment vous, Ophélie

Dont le nom chante

Avec tant de clarté

Pourrait-on vous verser

Aux ombres de la Mort ?

Ici je veux que vous

En deveniez sur-le-champ

La face inversée

Le riant visage

 Rien n’est jamais vrai

Que ce que l’on porte en soi

Au plus haut de ses

Soyeuses affinités

 

Ophélie

au fil

de l’eau

 

Or ce bleu qui

Vous soutient

C’est mon Ciel

Or ce blanc de votre voile

C’est la pureté même

Que je vous destine

Et m’offre en partage

Or la feuille claire

De votre peau

C’est ma chair en son intime

Qui s’ouvre au mystère du jour

Or votre nom OPHÉLIE

C’est le chant par qui

Je viens au Monde

Et y demeure touché par

Le silence de la belle poésie

 

Il y a une étrange harmonie

Qui mêle en une seule

Et même onde

Le luxe de votre chair

Le diaphane du voile

Qui vous ceint

La présence invisible de l’eau

Comment vous dire encore

Sans en appeler aux sources

De la plus vive poésie ?

Vous dire avec Rimbaud :

 

« Sur l’onde calme et noire

où dorment les étoiles

La blanche Ophélia flotte

comme un grand lys,

Flotte très lentement,

 couchée en ses longs voiles… »

 

Vous êtes Mystère posé

Sur un autre Mystère

L’eau a cette étonnante complexion

Tout à la fois miroir pour Narcisse

Eblouissement de Soi

Et fascination de s’y fondre

De retrouver le lieu

De sa naissance

De connaître la lustration

Qui nous ferait

Autre

Tout en demeurant

Nous-même

 

Ophélie au fil de l’eau

 

L’eau pour vous est le lit

L’eau pour moi est le lys

Dont parle le Poète Rimbaud

 

Ophélie au fil de l’eau

 

Quel fil à vous me relie

Vous telle la pluie

Pareille à un long sanglot

 

Ophélie

au fil

de l’eau

 

 

 

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 07:28
Le juste regard  à l’horizon des choses

« Matin calme sur le lac »

Photographie : Hervé baïs

 

***

 

Matin calme, si calme

Pour nous il déplie sa palme

Pour nous il est baume de l’âme

 

Le juste regard

Å l’horizon des choses  

Toujours est-il demandé

Une vision nuancée

Du monde

Le juste regard, sinon

 Les choses s’en vont

Pour ne plus reparaître jamais

Voir dans l’oblique

Dans l’ambiguïté est toujours

Au risque d’une perte

Le paysage

Au matin levant

Dans ses étamines de silence

 Le paysage en sa belle venue

Demande à être vu

En la singularité de son être

Dans l’exactitude de ce

Qu’il a à faire paraître

 

Ne le ferions-nous

Serions-nous

Des êtres distraits

Distraits d’eux-mêmes

 Distraits des choses

Alors tout s’effacerait

Dans une illisible nuit

Aux choses, au monde

Nous avons à être présents

De toute la dimension

Éployée de notre vision

C’est comme un devoir moral

Une exigence éthique

Aussi bien qu’un

Vouloir esthétique

Face à la laideur

Face aux insuffisances

De tous ordres

Face au désordre du monde

Nous pouvons oblitérer

Notre regard, poursuivre

Plus avant notre chemin

Sans nous soucier de rien

 

Matin calme, si calme

Pour nous il déplie sa palme

Pour nous il est baume de l’âme

 

Fermer ses yeux

Å la disgrâce du monde

N’est nullement faillir

Å sa tâche d’homme

Passer simplement

Ne nullement se retourner

Dissoudre dans les plis

De sa mémoire tout souci

Qui en altèrerait

 Le sublime miroir

Car aux réminiscences

Il faut le champ

Libre de l’émotion

 De la rencontre belle

 Le sentiment plénier

De l’exister

 Hors ceci point de joie

Qui viendrait se poser

Sur notre exacte pensée

Un pollen poudroie

Dont notre coeur

Se réjouit, se nourrit

 

 

Matin calme, si calme

Pour nous il déplie sa palme

Pour nous il est baume de l’âme

 

Matin calme vient à nous

Dans la pure discrétion

 De sa douce donation

Matin calme est cette

Eau de source claire

Cette frange d’écume

Venue du plus haut du ciel

Matin calme est à nous

Comme nous sommes à lui

Nulle dispersion de soi

Qui nous livrerait au bruit

Nulle angoisse qui nous

Jetterait dans la nasse du Rien

Nulle entaille qui ferait de

 Nos corps des fragments épars

 

Matin calme

Est joie arrivée

Dans la facilité

Dans la docilité

Nul effort à convoquer

Tout est corne d’abondance

Nos yeux pure émergence

Sont emplis de lumière

Nos mains en corolle

Reçoivent du ciel l’obole

Bras et jambes confiés

Au limon d’un marais

 

Matin calme, si calme

Pour nous il déplie sa palme

Pour nous il est baume de l’âme

 

On est là, au creux

Le plus secret de Soi

On est là dans l’immédiate

Et donatrice Nature

Soi et Nature : le même

Nature et soi : le même

Ô qu’il est heureux

De sentir en Soi

Le doux et généreux

Éveil du Monde

Tout se déplie

Dans la lenteur

Tout s’irise en

Une pluie légère

Le Ciel est comblé

D’être le Ciel

D’être si haut

En sa jeune

Et éternelle essence

Il est semé de gris

Une infinie tendresse

Le touche, le caresse

Le ciel vient de loin

Va loin, il est l’Infini

Que nos destinées

D’hommes finis

Mesurent tels

Leurs abîmes

Parfois si béants

Ils pourraient frôler

Quelque Néant

 

Gris, le Ciel repose

Sur un lys diaphane

Est-il symbole

De quelque pureté

Calme est le matin

 Léger est le silence

Des collines se lèvent

Å l’horizon

Dans des voiles de coton

Un relief assagi dort encore

Peuplé de rêves d’aurore

La Terre cherche

Le lieu de ses assises

Les dormeurs cherchent

Un refuge à leurs rêves

 

Matin calme, si calme

Pour nous il déplie sa palme

Pour nous il est baume de l’âme

 

Une ligne blanche

De pure beauté

Relie l’eau à la colline

Eau, Colline, Ciel

Trois mots pour dire

Une même réalité

Une même Unité

Tout est écho

Tout est reflets

Tout est au regard

Immédiatement donné

Tout est Beauté

 

 L’eau du Lac est un miroir

S’y illustre le nonchaloir

De plantes aquatiques

L’Espace est ici musique

Le Temps a déjà fui

Nos tempes ont blanchi

Et nous demeurons là

Pareils à des Veilleurs

De l’infini

Oui, de l’Infini

Cette si belle Poésie

 

Matin calme, si calme

Pour nous il déplie sa palme

Pour nous il est baume de l’âme

 

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25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 10:14
Voilement, dévoilement

Image : Léa Ciari

 

***

 

Voilement, dévoilement

Quelle est ma part de mystère

Sentiment d’avoir perdu une Terre

Et je suis tout dénuement

 

Å peine aperçue et déjà vous êtes

Pliée dans ces linges blancs

Ils disent envers vous ma dette

Ils disent la morsure du-dedans

Ils disent la pureté, l’irréalité

Que vous offrez à l’Étranger

Ils disent votre Ombre

Elle s’efface dans la forêt

Pour ne reparaître jamais

Pareille au jour qui s’obombre

 

Y aurait-il plus grande douleur

Face à ce qui vient à l’apparaître

Que de n’en jamais connaître

Que l’obscure et lente lueur

De demeurer à la lisière d’une révélation

Le corps en proie à une juste affliction

De l’angle fuligineux où mon âme végète

C’est à peine si votre fuyante silhouette

Y imprime sa trace, plutôt un haut vol

Pareil à celui des Aigles,

Seigneurs des hauts cols

Ils ont une unique règle

Rejoindre le souffle d’Éole

C’est terrible, savez-vous d’offrir

Ses yeux aux nappes du désir

Y glisse la clarté, simple feuille d’Amour

Que le silence éteint de ses doigts gourds

 

Voilement, dévoilement

Quelle est ma part de mystère

Sentiment d’avoir perdu une Terre

Et je suis tout dénuement

 

Avez-vous éprouvé

Une fois dans votre vie

Cette lame éternelle du souci

Il est comme un objet

Auquel vous teniez

Il a rejoint l’abîme du passé

Votre peau en porte le stigmate

Votre mémoire la touche délicate

Que rien ne visite, une pluie est passée

Elle a la consistance de la rosée

 

Si la joie m’était donnée

De peindre de vous un portrait

Il serait l’unique vision d’une aquarelle

Un trait léger sur le bord d’une margelle

Un ruissellement dans la gorge d’un puits

Une sublime prière ne faisant nul bruit

Une indicible clairière dans l’œil de la Nuit

 

Il est naturel chez ces êtres issus du rêve

De frôler vos sentiments pour les mieux exacerber

L’on se réveille au matin la tête emplie de nuées

Peu certain d’avoir jamais existé

Tout se montre avec la fureur d’une fièvre

 

Voilement, dévoilement

Quelle est ma part de mystère

Sentiment d’avoir perdu une Terre

Et je suis tout dénuement

 

Votre portrait, n’est-il seulement un rêve d’enfant

Venu du plus loin, qui rejoint le présent

Il brille telle une icône enchâssée dans son or

Que puis-je faire pour qu’elle éclaire encor

 

Votre image, je l’eus souhaitée immobile

Sur le rivage d’un lac tranquille

Pouvant vous observer à ma guise

Comme on le fait d’une antique frise

Mais vous êtes si aérienne

Si bien que je suis à la peine

Et ma chair s’alourdit de pierre

Comme enserrée dans les mailles d’un lierre

 

J’ai tenté de m’immiscer près de vous

De vous surprendre au revers de vous

De m’inscrire au creux du tourbillon

Auquel vous vous donnez avec passion

Mais votre envol est celui du papillon

Å peine vos ballerines touchent-elles le sol

Et de vous ne subsiste que l’esprit d’un alcool

La part du Ciel

La passée d’un miel

Une pure et durable fragrance

Pareille à quelque pas de danse

Vous rejoindre ne se pourrait

Qu’à l’aune du songe, de l’imaginé

 

Å toujours vous questionner

Vous la brume d’un Musée

Ne serais-je jamais

Que la chimère de votre pensée

Ou bien cette chorégraphie

Dont vous n’avez joué

Qu’à me précipiter

Dans le cruel fossé

De ma propre folie

 

Voilement, dévoilement

Quelle est ma part de mystère

Sentiment d’avoir perdu une Terre

Et je suis tout dénuement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 10:34
La grise Endormie

Image : Léa Ciari

 

***

 

   [Quelques mots avant-coureurs du poème

 

   La poésie est toujours un mystère, la poésie veut le secret, veut la faible lueur. Je crois que ce qui lui convient le mieux, en termes de lumière, cet ambigu clair-obscur où, d’un même mouvement, elle vient à nous et se retire. Oui, car les mots du poème, s’ils paraissent au jour, demandent la nuit, demandent l’ombre, demandent le repli. Les exposer à une trop vive clarté en détruirait le subtil équilibre, en obèrerait le rythme à peine venu « sur des pattes de colombe » pour paraphraser le subtil Nietzsche. Car il y aurait un risque réel à exposer sa douce chair au combat du jour, à la polémique dont les événements, toujours, sont tressés. Il est nécessaire que la poésie repose en soi, en une manière de crique qui la mette à l’abri des convulsions du monde et de ses tempêtes toujours en réserve.

    La poésie qui suit, que vous lirez peut-être, elle aussi demande la pénombre, une manière de recueil tout comme le Spectateur de cinéma demeure en retrait de l’écran où s’animent les fabuleuses images, elles sont tissées d’un pur onirisme qui rejoint l’imaginaire des Voyeurs. « Voyeurs » dit mieux que « Spectateurs » le genre d’acte subversif, toujours indiscret qui auréole le regard comme si, toujours, un secret allait se dévoiler dont les Quidams tireraient quelque fortune, peut-être un gain qualitatif quant à leur vision, peut-être une ivresse à enfouir au plein même de leur chair.

   « Toi la grise Endormie » se situe dans la pure veine orphique dont mes habituels Lecteurs et Lectrices auront reconnu l’empreinte, elle court à la façon d’un mythe fondateur dans la quasi-totalité de mes Nouvelles et Poésies. Orphisme : perte de Soi, perte de l’Autre. Orphée (entendez l’Auteur) cherche son Eurydice (entendez l’Écriture) comme sa quête obsessionnelle dont, cependant, il sait qu’il ne parviendra jamais au bout de son unique souci. Et c’est bien en ceci que réside la beauté de tout chemin créatif, il n’avance jamais qu’à être aiguillonné par cet abîme dont il essaie de combler la faille existentielle.

   Bien évidemment, le parti-pris d’un style orphique se traduit par l’allure de la plainte, du regret, une lente mélancolie poudre tout de sa dette immuable au passé. « Passéisme » diront certains, mais peu importe et le mode sur lequel l’écriture vient à elle et la phase du temps qu’elle convoque. Dans tout motif d’écriture, rien ne compte que l’usage du langage, la présence des mots à eux-mêmes car c’est bien de ceci dont il retourne, les mots vivent d’abord pour eux, dans une manière d’étrange autarcie, le Lecteur, la Lectrice n’intervenant, si l’on peut dire, que de surcroît. Contre ceux, parmi les Esthéticiens, qui affirment que l’œuvre n’est accomplie qu’à l’aune de sa réception, je prétends le contraire, l’œuvre, la prose, le poème sont tout entiers leur propre monde, ils sont un en-soi qui trouve sa propre justification une fois le point final posé par l’Auteur.

   Ne serait-ce ceci, tout autre point de vue ne ferait qu’affirmer la relativité d’une création puisque, aussi bien, elle serait dépendante de la présence, de l’activité de consciences intentionnelles extérieures qui en détermineraient l’être et sa possible postérité. L’œuvre ne peut être sa justification qu’à l’aune de son existence interne. La gemme qui repose au centre de la terre est gemme en dehors de quelque regard humain qui la transcenderait et lui confèrerait sa propre vérité. La haute canopée amazonienne n’appelle quiconque à la reconnaître comme telle. Elle est un genre d’a priori qui existait de tout temps à même sa nature singulière, existera de tout temps, vue ou non par quelque présence que ce soit. Donc poésie orphique. Elle est sa propre totalité, tout comme vous, Lecteur, Lectrice, êtes la vôtre. Parfois des mondes peuvent-ils se rejoindre avant de rejoindre, chacun, ce clair-obscur qui les constitue, qui est sans partage. Avant d’être des Êtres possiblement poétiques, nous sommes Hommes et Femmes. Avant de nous rencontrer, toute Poésie est avant tout Poésie.]

*

 

 

Toi la grise Endormie

Que j’ai suivie

Sur le chemin

De mon destin

Toi la grise endormie

Ô unique festin

O unique Poésie

 

Vois-tu l’Endormie combien

Il est plaisant pour mon maintien

De veiller à ton sommeil

Ce sublime sans pareil

De ne le point troubler

Mais de simplement l’encenser

 

Mes yeux sont grand ouverts

Qui font ton inventaire

Tu es sans défense

Image lisse de l’enfance

Sur toi veille l’inconscient

Gardien très omniscient

 

De moi ne viendra nul présent

Je serai une manière d’Absent

Ce que mes yeux verront

Mes souvenirs l’oublieront

 

Mon corps sera au repos

Dans son monde clos

Lui que le temps a flétri

Lui que l’âge a conduit

Au plus profond d’un puits

 

Je suis disposé à ta seule Beauté

Et nul trouble dissimulé

N’en viendra ternir la félicité

Te voyant ainsi abandonnée

Au luxe immédiat de ton corps

Il est luxe, il est or

Je ne peux m’empêcher de

Penser à ces « Belles Endormies »

Elles dorment alanguies

Un puissant narcotique

Empêche leur réveil

Le site d’un pur onirique

Les auréole d’un nonpareil

 

Je suis tel le vieil Eguchi

Homme remis

Au Crépuscule de l’âge

Tel un Antique Sage

Je passe des nuits à errer

Auprès de toi, l’Abandonnée

Je passe des journées

Cruelles à sonder le passé

 

Toi la grise Endormie

Que j’ai suivie

Sur le chemin

De mon destin

Toi la grise endormie

Ô unique festin

O unique Poésie

 

Ainsi me viennent en mémoire

Comme dans le médaillon d’un camée

Dans l’irisation de leur moire

De très jeunes et anciennes Aimées

Elles ne sont plus, dans le jour iridescent

Que quelques haillons agités par le vent

 

Oui, Toi la Grise Endormie

Depuis les plis de ton long sommeil

Tu ignores la douleur de mon éveil

Celui qui n’attend que le son de l’hallali

 Le sombre abîme

En sa passée ultime

Jeune, tout comme toi

Je n’exprimais que la foi

Aujourd’hui

Seul le déni

La roue du Temps est sans pitié

Elle moissonne tout ce qui est usé

Le Temps est sans indulgence

Il avance, il avance

 

Non, surtout, ne considère nullement ces mots

Tels de longs et tragiques sanglots

Te voir est déjà bonheur

Bien plus que simple faveur

Ne pas te voir ôterait à mes yeux

 Tout motif d’être uniment joyeux

Quand on a beaucoup vu

Entendu, touché

Que demeure-t-il sinon l’aperçu

Souple d’une courte félicité

Le sentiment de pouvoir à nouveau

Éprouver tel le Jouvenceau

La gamme inouïe d’un plaisir

De pouvoir vivre encore quelque désir

De tomber amoureux

D’un fruit charnu et duveteux

Des boules des nuages

Du sable d’une plage

 

Toi la grise Endormie

Que j’ai suivie

Sur le chemin

De mon destin

Toi la grise endormie

Ô unique festin

O unique Poésie

 

Tu es posée avec délicatesse

 Au milieu de tout ce gris

Tu as l’air d’une Princesse

Couchée dans l’écrin de son lit

La natte sur laquelle tu reposes

A la douce splendeur d’une rose

Ta robe lui répond

En l’éclat assourdi d’un rayon

Ta chair qui, par endroits

A la moirure d’une délicate soie

Émerge du néant

M’apparaît tel le chant

Dont tu parais tressée

Dans le genre d’une Fée

 

Ce que je voudrais ici

De toute la force de mon cœur

Du plus secret de mon ardeur

Te rejoindre en ce Paradis

Dont tu es l’alpha et l’oméga

Ce Pays au-delà des soucis

Ce pays que je ne connais pas

Cependant il est à Toi

Seulement à Toi

 

Alors que dire

Qu’éprouver

 Que souhaiter

Rien ne serait pire

Que de t’éloigner

Que vienne se dévoiler

Le secret qui, sans arrêt

Ne cesse de m’interroger

 

Que le jour meure

Que la nuit demeure

Que tes rêves m’apparaissent

Sur fond d’une étrange liesse

 

Que mon cruel désarroi

Soit l’ombre de ma croix

Que mon intime pudeur

Rime avec ton vif bonheur

 

Tu es le constant effroi

Qui me ramène à moi

Tu es la source vive

Par elle tout s’avive

Tu es la douce apparition

Agis telle une onction

 

Surtout demeures qui tu es

C’est ceci qui me plaît

Å simplement t’observer

Je suis un Roi couronné

 

Tu es ton long sommeil gris

Ton réveil sera mon dernier abri

Juste avant que ne vienne ma folie

Oui, ma folie

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 10:34
Beauté se donne de soi

Photographie : John Charles Arnold

 

***

“La vraie beauté est si particulière, si nouvelle,

qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté.”

 

Marcel Proust – « Le côté de Guermantes »

 

                                                                         *

 

[Quelques mots pour dire la poésie – Mes habituels Lecteurs ou Lectrices reconnaîtront vite (du moins en supputé-je la possibilité) quelques formes, thèmes, lexiques qui traversent habituellement ma prose sinon ma « poésie ». Voyez-vous, je prends des précautions car, là où je trouve « poésie », peut-être ne trouverez-vous rien de tel. Mais écrire est un tel acte intime qu’il parle tout d’abord à l’Écriveur, souvent à défaut de parler au Lecteur. Alors, ces redites, ces métaphores anaphoriques, ces énonciations qui pourraient aussi bien passer pour des tics de langage, est-ce simple forme, est-ce en ceci que consiste un style ? Je crois, qu’en première approximation, il faut y déceler un genre de manie obsessionnelle pour la raison essentielle que tout acte de création relève de cette constante itération. N’en relèverait-elle que l’invention aussitôt s’épuiserait et que, la fontaine tarie, vous ne verriez plus mes mots faire leurs ruissellements et que je ne m’appliquerai plus avant à martyriser mon clavier pour tenter de lui arracher quelque signification.

   Sachez que lorsque je me trouve face à un acte d’énonciation, lequel depuis bien longtemps a privilégié l’image comme support, que cette image précisément présente des sèmes qui me paraissent immédiats, certains mots surgissent tels des diables sortis de leur boîte et s’imposent comme les seuls possibles. Sans doute question d’affinités, de posture face à ce qui doit être dit de telle ou de telle manière. Faites donc ceci : lorsque vous écrivez et qu’agacé par une répétition que vous jugez trop fréquente et donc inutile, vous interrogez le dictionnaire des synonymes, y trouvez-vous d’emblée votre compte et une satisfaction subséquents ? S’il en est ainsi, vous êtes une heureuse ou heureux Écriveur et j’en suis un bien malchanceux.

   La langue est riche d’une infinité de nuances qui se déclinent de telle ou de telle façon. Mais prenons un exemple. Je veux écrire la phrase suivante : « De quelle origine langagière sommes-nous les héritiers », en vue d’exprimer ce qui est originel dans ce que, aujourd’hui, nous utilisons afin d’émettre une pensée la plus exacte possible. Interrogeant les listes du Centre National des Ressources Techniques et Lexicales (CNRTL pour les Initiés), la liste suivante m’est proposée, se substituant au mot « origine », dans un ordre décroissant de pertinence : « commencement, principe, source, seuil, cause, famille, germe, etc… » Vous conviendrez avec moi que si les premiers mots, bien que très approximatifs, « commencement, principe, source » pourraient à la rigueur convenir, il ne saurait en être de même pour « seuil, cause, famille » dont on voit bien qu’ici la langue se gauchit, qu’elle aura bientôt recours à une longue périphrase, laquelle, loin de tourner la difficulté, n’aboutira qu’à une formule bâtarde, sinon ridicule.

   Ni « principe langagier » ne serait conforme, car le langage, loin d’être un Principe est une Essence. Pas plus que « cause langagière » ou « famille langagière ». Toute formulation autre que « origine langagière » se donne à la façon d’un emplâtre sur une jambe de bois et, bien plutôt que de fausser la langue, dire « origine » deux fois, au moins le souci d’exactitude aura été respecté. Or toute langue ne peut se donner qu’en vérité. Voici, ceci n’était nulle justification, seulement éprouver quelque plaisir à faire des mots ce qu’ils doivent être, non des outils boiteux, mais des essences dignes d’être pensées.]

 

                  *

 

Beauté se donne de soi

N’attend rien de nous

Beauté parce qu’elle

Est Beauté

 

Nous, les Erratiques Figures

Qu’avons-nous à dire qui, déjà, n’ait été dit

Nous, les Distraits par nature

Qu’avons-nous à entendre qui, déjà, n’ait été entendu

Nous, les Dormeurs debout

Qu’avons-nous à voir qui, déjà, n’ait été vu

 

Tout, nous avons Tout à voir et le savons

Depuis la pulpe intime de notre chair

Mais tout voir est un travail, une contrainte à installer

Dans le cours tranquille de nos vies

Alors nous batifolons de-ci, de-là, d’un air de rien

Comme si l’exister ne consistait qu’en ceci

Marcher sur des chemins de fortune et ne se soucier

Ni de la Cigale aux ailes transparentes

Ni de la Glace en son reflet bleu turquoise

Ni de l’Edelweiss en sa mousse blanche

 

Beauté se donne de soi

N’attend rien de nous

Beauté parce qu’elle

Est Beauté

 

Toujours nous vivons par défaut

Seulement occupés de notre ego

Narcisses en devenir et c’est l’intime lumignon

De notre conscience que nous visons

Nul ailleurs qui pourrait nous dire le monde en sa

« multiple splendeur » selon l’expression du Poète

Seulement, Cigale, Glace, Edelweiss ne se trouvent

Nullement sur notre trajet par hasard

Ils sont tout-autour-de-nous-en-nous

Ils sont, tout à la fois, leur monde et le nôtre

Ce serait une erreur de nous croire séparés

Vivant au sein de notre autarcie

Comme la châtaigne dans sa bogue

Un lien invisible mais un lien fort nous relie au réel

Et cela nous fait penser à un long fil d’Ariane qui tresserait

Parmi les choses, une invincible et forte alliance

Cigale, Glace, Edelweiss

Je ne peux les ignorer

Ils sont là, tout comme moi

Ils se donnent généreusement

Sur la grande scène du Monde

Disant ces choses simples, nous disons aussi

De manière immédiate, la Beauté qui naît

Du modeste, de l’inaperçu et, de cette manière

Devrait nous interroger, ne nous laisser nul répit

Que nous n’en ayons fait l’inventaire

Reconnu l’inouïe singularité

Nous ne pouvons frôler la Beauté et poursuivre

Notre route l’âme tranquille, l’esprit serein

 

Beauté se donne de soi

N’attend rien de nous

Beauté parce qu’elle

Est Beauté

 

Beauté se donne comme le pâle rayon du jour

Beauté se donne comme le pollen échappé du calice

Beauté se donne comme la fine brume sur l’eau du lac

 

C’est un matin de neuve lumière

Un matin pareil aux autres

Et pourtant unique en sa venue

L’air est encore frais

Qui embrume les joues

Les poudre d’un talc léger

On remonte le col de sa pelisse

On se rassemble en soi

Mais l’oreille attentive

L’œil aux aguets

La peau offerte à ce qui se présentera

Le Soleil, mais est-ce le Soleil

Cette boule blanche, nébuleuse

On dirait l’œil du Cyclope mais d’un Cyclope bienveillant

Qui nous guidera sur le sentier des choses à connaître

Car connaissance est Beauté pour qui ouvre son cœur

Pour qui laisse vibrer la lame de sa sensibilité

Nul rationnel, ici, qui viendrait

Interposer l’aridité du concept

Non, seulement une seule ligne fluide

Du monde à qui-je-suis, une souple entente

Une nervure de l’être se donnant de soi

 

 

Certes, on est aux aguets, mais non dans

L’inquiétude du chien sur la trace du gibier

Certes on est à l’affût, mais à l’affût de la Beauté

Une inclination de soi à la libre entente du Monde

Tout autour du Soleil, tout autour de la divine Lumière

Un air gris, diffus, la dentelle d’un songe

Tout est au repos et les Hommes

Ne se manifestent nullement

Ils sont pareils à de sombres Vigies

Dressées dans leurs cônes d’ombre

Sur le bord d’une couche

Dans l’anonymat

Peut-être la perte de soi

 

Beauté se donne de soi

N’attend rien de nous

Beauté parce qu’elle

Est Beauté

 

Au recueil de la Beauté, il faut ce lien direct avec elle

Nul Témoin qui en altèrerait la pureté

Car pour être entière, la Beauté a à être pure

semblable à un cristal,

Å une eau de roche,

Å un air léger des cimes

Oui, Beauté est cime, oui Beauté

Est silence, oui, Beauté est recueil

Nulle Beauté n’est en partage

Toujours elle est à Quelqu’un destinée

Et épuise son être à même ce don

Pour autant elle n’est nullement enfuie

Elle se ressourcera et trouvera, à nouveau

Une âme disposée à l’accueillir

 

Des graminées, elles sont si discrètes

Il faut s’y accorder, chercher à dessiner leurs contours

Des graminées sont levées sur la rive du lac

Elles sont le métronome immobile d’un temps immuable

Elles sont les sentinelles d’un instant qui s’éternise

D’un idéal qui trouve le lieu de sa manifestation

Sur l’autre rive, au travers d’un mince tulle

Des arbres croit-on, dont on devine la fine résille

Elle vient à nous avec humilité

Nous en sentons la diaphane onction

Tout contre le creux de notre attente

Bientôt la plénitude sera là

Elle fera son chant secret

Son bruit de comptine dans le gris de la chambre

Où l’enfant dort pelotonné au milieu de ses rêves

Il sourit aux Anges, il sourit à la Beauté

 

Beauté se donne de soi

N’attend rien de nous

Beauté parce qu’elle

Est Beauté

 

Que ne devenions-nous ces enfants au sommeil traversé de lumière

Que ne devenions-nous de simples espoirs flottant dans l’azur

Que ne devenions-nous des jarres gonflées d’huile précieuse

 

De la Beauté nous sommes en attente, mais ne le savons pas

De la Beauté nous sommes tissés, mais toujours l’oublions

De la Beauté nous sommes entourés et nos mains sont vides

 

Cigale, Glace, Edelweiss

Soleil, Graminées, Lac

Six mots se lèvent pour dire la Beauté

Saurons-nous au moins l’entendre

Saurons-nous au moins la reconnaître

Saurons-nous au moins la saisir

 

Beauté se donne de soi

N’attend rien de nous

Beauté parce qu’elle

Est Beauté

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 17:06
Franchir le seuil de la pudeur

Peinture : Barbara Kroll

 ***

 

[Prélude – Sur le Poème et son visage.

 

   Le poème que vous allez lire ne sera, en toute hypothèse, que ce que vous en ferez vous-même. Peut-être ne l’entendrez vous nullement en tant que poème. Toujours il est difficile de définir un genre, de lui attribuer telle ou telle couleur. Je vous dis « poème », peut-être songerez-vous « prose » et nulle autre réalité au-delà. Il en est ainsi de bien des choses sur Terre, ce que nous déterminons en conscience, l’Autre n’a de cesse que d’en reformuler les termes, peut-être même de les inverser. Je dis « Jour », mon coreligionnaire dit « Nuit ». Or, en ceci chacun a raison au simple motif que le réel porte toujours l’empreinte de notre propre subjectivité dont le rôle éminent est d’être singulière, uniquement singulière.

   Å la lecture de ce qui suit, un problème ne manquera d’inévitablement surgir, celui du contenu du poème. Å l’évidence, ici, nous pouvons parler d’une « portée morale » du poème, de son inscription dans le vaste champ de l’éthique. Dès lors, un poème a-t-il pour « fonction » d’être une fable morale ? Ne sort-il de cette manière de l’ornière que des siècles d’écriture lui ont attribuée comme son visage le plus propre ? Alors quel doit être son propos : décrire la Nature selon une simple mimèsis ? Tracer le sillon où s’inscrira tout naturellement l’amour ? Installer le lieu d’une réminiscence ? Verser dans le bucolique ? S’aguerrir dans une manière de lutte sociale ?  Déployer le lit sur lequel se couchera le tragique ?

   L’on s’aperçoit, sans délai, que le problème est mal posé. Le poème n’a nul contenu particulier à exposer. Son propos est bien plus celui de la forme que du contenu. Je dis « poème » et je le soumets à quelques règles formelles : Repères visuels de plus ou moins grande longueur. Rimes ou vers libres.  Lettres capitales à l’initiale de chaque ligne. Disposition syntactique/sémantique jouant sur le plan du sens qui est inhérent au texte. Reprises anaphoriques telles des incantations. Rythme du récit qui, parfois, devient chant. Pour ma part, je crois que le rythme est la marque essentielle au gré duquel le dire poétique se détermine en priorité. Mais encore une fois, tout ceci est si imprégné de ressenti personnel que rien n’a lieu qu’une multitude d’interprétations selon chaque Lecteur, chaque Lectrice et ceci est heureux au titre d’une nécessaire liberté.

   Du temps de l’alexandrin les choses étaient bien plus nettes et définies, il y avait un code, des mesures, des pieds, des césures. Mais loin est le temps de l’alexandrin et la période dite « Moderne » a bien d’autres chats à fouetter que de produire, à la belle et étonnante manière de Victor Hugo, des alexandrins à la chaîne. L’un des caractères les plus affirmés de la langue c’est sa constante évolution, son éternelle métamorphose. Ce qui, aujourd’hui, paraît « follement contemporain » sera demain démodé et remisé dans les placards poussiéreux du passé. Lisant, que retenons-nous d’une écriture : sa forme, la subtilité d’une pensée, le thème qui s’y illustre, les thèses qui s’y développent ? Chacun selon ses goûts. Ce que, cependant, je crois c’est, qu’avant tout, toute entreprise d’écriture est travail sur le langage. Autrement dit langage sur le langage. Mais peut-être penserez-vous l’opposé. Ce poème, que peut-être vous vous apprêtez à lire semble délivrer quelque « leçon de morale » car il y est question de pudeur et de son contraire. Mais n’y voir que ceci est se fier simplement aux apparences. C’est l’image de l’Artiste qui, en premier a « mené le bal », le reste, les pas de deux sont venus à la suite, tels qu’ils sont et tels qu’ils devaient être. Place au poème.]

 

                      *

 

Franchir le seuil de la pudeur

Ceci venant de vous

M’habitait à la façon

D’une sombre rumeur

 

Ces mots que je vous prêtais

Mais est-ce vous qui aviez proféré ceci

Au sein même de votre continent de chair

Ou bien vous avais-je attribué mes ardentes paroles

Miroir de mon luxueux désir

De ma volupté toutes voiles dehors

C’est ainsi, il y a des jours de plénitude solaire

L’orage gronde au loin

Il y a des jours de subtile efflorescence

De généreuse turgescence

Une manière de charivari à la pliure du corps

On ne se connaît plus soi-même

Qu’à l’aune de ce rougeoiement

De cette source intérieure

Pressée de connaître son destin

D’en tracer l’arche éblouissante

 

Franchir le seuil de la pudeur

Ceci venant de vous

M’habitait à la façon

D’une sombre rumeur

 

Cette formule résonnait en moi identique à une antienne

Qui n’aurait su avoir de fin et n’avait de cesse

D’occuper mon esprit du levant au couchant

C’était une seconde nature

C’était l’ongle qui recouvrait la chair

C’était la chair que tutoyait l’ongle

Si bien que je ne savais plus qui était qui

Si mon caprice résultait de vous

Si je n’étais le jouet que vous agitiez devant vous

Å la manière d’un hochet

Me réduisant à l’état d’objet, non sexuel

Celui-ci m’aurait fortement agréé

Non plutôt de simple ustensile

Commis aux usages les plus ordinaires

 

Franchir le seuil de la pudeur

Ceci venant de vous

M’habitait à la façon

D’une sombre rumeur

 

Saisissez-vous au moins le trouble dans lequel

Votre belle image me précipite

Je ne sais si j’aurai jamais la force d’en ressortir

Le magnétisme que vous exercez sur moi est si fort

Et je crois être aliéné, attaché à votre être par

Toutes les fibres de mon corps

Comment pourrais-je sortir de cette condition

Briser les chaînes de l’aporie

Que vous avez tressées autour de moi

Peut-être à votre insu

Mais elles n’en sont pas moins réelles

Incontournables en un certain sens

Dont je ne m’exonèrerais qu’au risque de qui je suis

Une étrange figure Erratique sans feu ni lieu

 

Franchir le seuil de la pudeur

Ceci venant de vous

M’habitait à la façon

D’une sombre rumeur

 

En moi, au plus secret,

Je ressasse cette étrange et fascinante formule

Franchir le seuil mais que veut signifier ceci

Ne franchissons-nous, depuis l’aube de

Notre naissance une foule infinie de seuils

D’abord nous naissons, ensuite nous sommes enfant, puis adolescent

Puis dans la maturité de l’âge, puis dans la vieillesse, puis dans la mort

Toujours des seuils suivent des seuils que nous franchissons

Et ceci se nomme « exister », donc sortir du Néant

La pudeur : « propension à se retenir de montrer »

Voici la définition canonique

Eh bien, voyez-vous, ce qui est étonnant à plus d’un titre

Précisément l’oxymore qui met en contact

Le « se retenir » et le « se montrer »

Car vous êtes à la jointure des deux

Comme tiraillée entre votre attrait de vous donner en spectacle

Et votre réserve car vous me semblez un être

Facilement effarouché, en arrière de soi,

Souhaitant la vive lumière du Jour alors que

La Nuit vous habite de toute sa farouche beauté

En réalité nul franchissement n’a eu lieu

En réalité nulle pudeur qui vous clouerait à demeure

Non en réalité vous êtes une Habitante du Seuil

Une Sédentaire qui regarde au loin mais séjournez en vous

Certes, sans doute eussiez-vous aimé

Afficher une tranquille impudeur

Vous livrer nue, sans défense au Quidam de passage

N’en tirer nulle honte mais une légitime fierté

L’impudeur toujours revendique quelque orgueil

Et il faut avoir beaucoup de courage sinon d’inconscience

Pour livrer la fleur de sa chair

Comme on donne l’obole au Démuni

Sans doute plus d’Un qui vous observerait

Vous désignerait en tant que Vénale

Intéressée à l’échange bien plus

Qu’y participant avec sincérité

Å moins que vous ne cumuliez les deux

Le plaisir et la valeur

« Il y a loin de la coupe aux lèvres »

Et votre attitude n’est peut-être que de façade

Å défaut de vous « posséder »

(Mais « possède-t-on » jamais quelqu’un, à commencer par soi ?)

Je prendrai plaisir à vous décrire telle qu’en vous-même

Vous semblez dresser votre exacte esquisse

Mais savez-vous au moins qui vous êtes

Quelle trajectoire vous empruntez

Le dessin que vous tracerez à la face du monde

Loin d’être affranchi votre visage, fût-il tanné par le soleil

Reflète une peur, une inquiétude bien réelles

On ne jette pas si facilement son corps en pâture

Le corps refuse, le corps regimbe, se révolte et demande paix et repos

Vos yeux sont le reflet de ce trouble immense

Votre air effarouché en témoigne

On ne sort si facilement des rets de sa condition

On ne proclame nulle liberté

Laquelle eût demandé un long temps de maturation

Laquelle se fût vêtue d’une éthique à sa juste mesure

Bleus vos cheveux, bleue votre bouche comme si elle

Portait les traces d’une cigüe dont le Destin vous aurait fait l’offrande

Et vos épaules, ne sont-elles tombantes

Å la hauteur du châtiment que vous vous êtes imposé à vous-même

Le corps est tout sauf une marchandise sur un étal

La chair est tout sauf une simple contingence à offrir aux regards

Combien la chute de votre poitrine dit votre affliction

Vous êtes, à la fois, dans la force de l’âge et dans son déclin

Cruelle est la temporalité qui vous fige

Dans cette cire pareille à celle des Effigies du Musée Grévin

Vos bras sont croisés à la hauteur de votre ombilic

Mais ce dont ils défendent l’accès se trouve infirmé

Par cette jupe si courte, elle dévoile presque votre sexe

Elle lance un appel, mais de quelle sorte :

De pure joie, de verticale détresse

Tout mon discours, depuis que je procède à votre inventaire

Fait signe en direction d’une stupeur qui semble vous avoir frappée

Et proclamerait votre fin prochaine

Que rien ne m’étonnerait qu’il en soit ainsi

 

Franchir le seuil de la pudeur

Ceci venant de vous

M’habitait à la façon

D’une sombre rumeur

 

Mon poème commence dans le genre d’une jouissance

Retenue avec peine sur la margelle de mon propre corps

Mon poème commence, pareil à la flamme du désir

Et s’achève sur cette note tragique qui est le lot de notre mortelle nature

Je crois qu’un instant, échappant à la surveillance de votre libre arbitre

Votre corps « n’en avait fait qu’à sa tête », si je puis dire

Frôlant de bien ombreux territoires

Votre corps meurtri, en proie aux Prédateurs de toutes sortes

Qui rôdent alentour et n’attendent que de vous désigner comme leur proie

Vous exhibant ainsi dans cette posture mi-provocante, mi-réservée

Vous n’avez été, ni celle que vous êtes

Ni celle que vous auriez aimé être selon la fantaisie de vos fantasmes

Comment ressortirez-vous de ceci

Comment inverserez-vous l’irrationnel pour en revenir au rationnel

Vous seule le savez car chacun connaît les voies secrètes

Selon lesquelles coïncider avec son être :

Être Homme, être Femme et rien au-delà qui pourrait en altérer la qualité

Tous nous avons à être selon notre Vérité

Tout choix adventice est déjà cheminement dans les ornières

Tout Destin se sait comme celui qu’il a à être

 

Franchir le seuil de la pudeur

Ceci venant de vous

M’habitait à la façon

D’une sombre rumeur

 

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