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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 16:37

 

                                                                                                                                  Texte à la mémoire de GILBERT.

 

Boxer, en tout cas, est un hôte de cette sorte ne pouvant  s'empêcher de  manifester sa joie intempestive - à moins qu'il ne s'agisse d'une manière de marquer son territoire ? -, lorsque, d'aventure, un pêcheur insouciant vient faire tremper son fil dans l'eau à quelques coudées seulement du grillage de l'enclos. Mais il faut expliquer qui est Boxer. Bien évidemment, nous aurions pu lui appliquer un autre patronyme du genre "Punching-ball" ou bien "Marcel" ou bien "Cerdan" ou bien encore "Mohammed Ali" et nous aurions toujours été dans une manière de vérité. Vous l'aurez deviné, l'hôte agité et impatient qui fait ses va-et-vient le long du grillage n'est ni un iguane ni un triceratops, mais tout simplement un bon boxer, relativement jeune, tout en muscles, jarrets tendus, antérieurs sculptés dans la masse, poitrail fringant arborant une belle tache couleur d'écume, cou trapu de catcheur,  truffe luisante et mobile, large mufle bicolore rose et brun, yeux foncés cerclés de noir, front hérissé d'un rang de vagues alors que les oreilles pointues et toujours en alerte terminent cette sympathique figure d'un canin plutôt bonace et impétueux que foncièrement prêt à l'offensive. Par simple paronymie entre "boxeur" et "boxer", un tel sobriquet nous paraissait lui convenir à merveille. Et, du reste, quand nous nous adressons à lui en sifflotant son nom, Boxer n'en paraît nullement affecté.

  Mais, au fait, s'est-on jamais posé la question de savoir comment un animal réagissait à l'énoncé de son nom ? Comprend-il notre langage ou, ce qui est plus vraisemblable, seulement l'intonation, les inflexions, les marques de contentement à son égard ou bien notre colère consécutive à quelque comportement voyou ? Quoi qu'il en soit de toutes ces considérations  concernant Boxer ainsi que d'autres spécimens de quadrupèdes, nous avons noté que, tous sans exception, réagissent mieux à une parole, comment pourrions-nous dire ?, "canine" par exemple, à défaut de trouver plus satisfaisant. Faites donc l'expérience suivante. Sans pour autant qu'il vous soit nécessaire de vous agenouiller devant le premier chiot venu et de régresser dans une sorte de posture purement préhistorique, type Cro-Magnon, essayez vous à parler "chien", à adresser à votre vis-à-vis sortant de sa niche tiède quelques onomatopées singulières - elles le seront pour vos oreilles ouvertes à de plus humaines expressions, certes -, inclinez votre voix à produire des modulations, engagez votre larynx à émettre de légers grognements, puis intercalez un silence et…recommencez. Vous serez alors saisis par le changement d'attitude du lévrier ou du chien de berger. Vous les verrez, progressivement,  fondre littéralement, dissimuler leur queue dans l'antre de leurs pattes postérieures, leurs babines se relâcheront, leurs pattes antérieures fléchiront et, bientôt, dans une manière de douce chorégraphie, les ci-devant monstres viendront lécher vos doigts de bon maître sachant se mettre à leur portée. Car, voyez vous, à arborer trop d'aspérités et d'humaines tentacules, nous nous mettons en défaut. Nous ne pouvons que faillir à notre mission de messagers. Car si notre essence est de parler, celle des animaux, sauf leur respect, est d'écouter.

  Vous l'aurez compris, avec le Sieur Boxer, nous sommes vraiment dans un rapport de familiarité. Plus même, de connivence. Nous aperçoit-il au détour de la haie de bambous qui le cache à notre vue et voilà parti le joyeux tintamarre, et voilà mise en route la joviale symphonie qui ne s'arrêtera qu'une fois que nous aurons disparu de son champ de vision. C'est ainsi à chaque fois et l'habitude n'y change rien. Mille allées et venues sur le sentier de terre chauve qui longe la clôture, mille aboiements pour dire ce qu'est la vie, en cet instant, tout près du chemin d'eau et de terre ou, parfois, des inconnus s'égarent. Autant vous dire aussi, afin de terminer le portrait de Boxer que ses comportements sont aussi imprévisibles et primesautiers que le vol de l'alouette en plein vent. Sans doute suffit-il qu'une "idée" traverse sa vilaine caboche pour qu'il se livre à une subite volte-face, vous abandonnant là, sur le sentier d'argile, décontenancé par une si vive résolution, les bras ballants, la langue enroulée sur la prochaine émission canine que vous destiniez à votre fougueux compagnon. Décidemment, il en est des rapports avec ces chiens capricieux comme des rencontre brèves avec l'aimée, l'illusion est souvent au bout. Amoureux dépité, vous reprenez votre pérégrination avec une partie de vous-même qui reste accrochée au grillage contre lequel les cannes de bambou font leur bruit de tamtam.

 

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