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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 09:56

 

***

 

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Il y avait une faible lumière

Une lueur cendrée

Une broderie d’or

Un point tout là-bas à la limite de l’être

Des ombres aussi

Des clés pour de bien étranges serrures

Des notes dans le lointain du jour

Des couleurs d’absence

Des absinthes dans des verres verts

Des fleurs d’opium sécrétant leur doux venin

Des effleurements

Des caresses

L’envol d’un oiseau dans le ciel de jade

Des violons d’acajou

Une blanche colombe

Des rumeurs posées sur les choses

Une main gantée de pluie

Un sourire dans des boucles châtain

Un pommier dressé sur une verte prairie

Des airs d’accordéon

Un tabouret à trois pieds

La Lune

Les odeurs fruitées de fleurs pourpres

 

***

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Le boyau du futur

N’était nullement visible

Ne débouchait sur rien

Etait celé sur son mystère

Dissimulé dans l’encoignure

Illisible du Monde

*

Cela chantait cependant

Cela venait à la pensée depuis

Le cristal étincelant du songe

Je me voyais en Cavalier Bleu

A la fière monture

En Hussard casqué botté

Dolman noir à brandebourgs

Pelisse rouge

Shako à plume de casoar

*

Ce casoar de mon enfance

Cette vignette du souvenir

Cette image d’Epinal

Que venait-elle faire

Dans le loin qui encore

N’apparaissait pas

S’annonçait seulement

Comme possible

*

Peut-être n’en verrais-je jamais

Que la tremblante silhouette

Sur le drap blanc du cinéma

 Des années dissoutes

Avec ses mouches noires

Ses zébrures

Ses sauts ses bondissements

Et ce Hussard

Ce soldat de plomb qui meublait

Mes aventures guerrières

Que faisait-il dans cette heure

Qui sans doute

N’aurait jamais lieu

 

***

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Existe-il une porte

Qui fait communiquer

Le temps aboli

 Le temps en germe

Le temps encore non venu à soi

Et Soi dans l’ici indicible

Dans le maintenant

D’illisible présence

*

Et le Présent où était-il

Sinon dans la Présence fuyante

Inaccessible

On tend ses mains vers lui

Et l’on se retrouve dans la nasse d’oubli

Avec les lianes d’eau qui s’invaginent

Jusqu’au point incandescent

De l’Être

 

***

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Et voici ce qui s’y trouvait

Rien d’autre que l’Immobile

Que le Muet dans sa pliure absolue

La Mémoire s’était solidifiée

Le Passé ne proférait plus

Que des paroles de plomb

La Voix pourtant était audible

Mais dans l’affliction

Venue d’on ne sait quelle crypte

Le Ciel était d’émeraude sombre

Couché au-dessus de collines usées

La vue était antiquaire

Étrangement absentée

D’une valeur de paysage

*

Est-ce cela le souffle glacé

D’Outre-Tombe

Ces alignements à l’infini

Ces glaives de pierre

Ce rythme anonyme des arcades

Et ces piliers qui hurlent le blanc

Jusqu’à  pousser au meurtre

De toute couleur

*

Le Vide serait alors ceci

Des falaises d’onyx

Dans leur noire splendeur

Elles courent au loin

Se jeter dans l’abîme

*

Une Déesse est couchée

Dans ses plis de marbre

Elle médite le Temps

En son irrésistible fuite

*

Le sol est de latérite brûlée

Les ombres de fumée dense

Une haute cheminée de brique

Toise l’Absolu

De son dard indécent

*

Deux silhouettes d’hommes

Sont-ils des hommes

Sont-ils vivants

Deux silhouettes témoignent

Des gestes de ce qui fut

Qui n’est plus

Dans l’heure poncée

Jusqu’à l’os

*

Une locomotive noire

Fume à l’horizon

Traverse immobile

L’épaisseur verticale de l’air

*

Il est temps d’affronter

Cet Inconnu qui nous habite

Depuis notre naissance

Là juste derrière l’ombilic

Cette graine originaire

Qui contient dans le germe

De sa modestie

Le Seul Temps

Que nous n’ayons jamais

À connaître

Celui d’un retour à Soi

Dans la plénitude perdue

Mais qui attend

Et ne veut rien dire de soi

Alors que le Temps

N’est encore venu

Qui interroge

Du fond

De son

Énigme

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 10:02
Debout dans la lumière

« Seul le silence survivra »

Œuvre : Dongni Hou

 

***

 

 

Seul le silence survivra 

 

Partout où le regard jetait ses flammes

Etait le Désert

La Grande Désolation

La Terre ravinée

En ses plus grands chagrins

Le Ciel entaillé

De profonds sillons

Les Etoiles en leur robe diurne

Mais endeuillées

Mais tristes d’être seules

Mais usées de croître

Dans

Le

Vide

 

***

 

Plus rien n’avait lieu

Que le tournoiement

Des choses

Dans l’Azur éreinté

Loin étaient les hommes

Dans leurs parures chamarrées

Loin les femmes dans la discrétion

De leur apparaître

Les ombres se traînaient

Sur des dais de poussière

L’obscur glaçait les caniveaux

Les renards

En robes de feu

Glissaient au plein de leurs terriers

 

***

 

C’était la grande transe du Monde

La dimension invisible

De son retrait

Le tintement étrange

De son renoncement à être

 

***

 

Interrogeait-on encore

La Maison de Céphée

L’éclair de Cassiopée

Le Point brillant de Véga

Questionnait-on

Le destin racinaire des arbres

Le foisonnement des eaux

La lueur d’étain des lagunes

La façade rose

Du Fontana Rezzonico

Se demandait-on quoi que ce fût

Du lacet mercurial

Du cobra

Du tintement des gouttes de pluie

Sur les grotesques

Des Jardins de Bomarzo

De la Porte de l’Ogre

Entrée béante des Enfers

De la Maison penchée

Son air de Tour de Pise

 

***

 

S’inquiétait-on

De tout ce qui croissait

Dans les rumeurs améthystes

Du frais vallon

De tout ce qui lançait sa voix d’airain

Parmi les colonnes doriques

Les chapiteaux des Temples

Les scènes de Théâtre

Où se déroulait l’antique tragédie

Des Déambulants parmi les méandres

De la mangrove mondaine

Etait-on encore à soi

Dans la juste cause des Hommes

Dans l’inquiétude de leurs Compagnes

A en longer le souci diagonal

Cette ligne si près

De la Chute

De la Fin

 

***

 

Il y avait beaucoup de désarroi

De tristesse qui suintait

Sueur blême

Qui glaçait les visages

Les rendait de marbre

Gisants de pierre

Dans la douleur ossuaire

Des cryptes à la clarté grise

Mêlées de ténèbres

Confinées au district de la Mort

L’hébétude se répandait

Pareille à la peste

Noire

Dense

Edentée

Abrasive

Révulsive

Impudique

 

 

***

 

La Grâce

La Beauté

On les avait sacrifiées

A son urgence de vivre

A son désir opalescent

De devenir

Seigneurs et Maîtres

D’un Univers pris de folie

A sa volonté de tout soumettre

A sa PUISSANCE

Cette décision mortifère

De se mesurer aux dieux

D’en ravir les majestueuses forces

Les pouvoirs surnaturels

Les faveurs olympiennes

 

***

 

Seul le silence survivra 

 

 

Au loin

Dans une chambre secrète

Dans la demeurée certitude

De se vouloir humble

Seulement cette douce opalescence

Cette levée du Blanc

Dans le Gris méditant

Cette confiance en l’attitude

Du dénuement

Cette eau de source

Ce limpide événement

De l’Être venu à soi

Cette présence que réverbérait

L’image siamoise

Fondue en la paroi

Le signe du même

En sa simple émergence

Cette venue comme muette

Comme murmure en son enclin

Ce face à face du Rien

Et du Si Peu

Qui donnait consistance

A toute chose émise par une parole

A tout rêve dans ses contours de soie

A toute pensée en quête d’elle-même

 

***

 

La Forme était de neige

Droite

Unique

Hissée tout au bout

De son Destin

Regardait la chaise

Regardait l’ombre

Se regardait regarder

Ce qui était le plus précieux

ELLE dans son présent singulier

ELLE l’Effigie intimement disponible

Au souci de Soi

Pensait à l’orée de sa vision

Cette chose étrange

Aux yeux des incrédules

Seul le silence survivra 

Et le silence survivait

Et la Terre médusée

S’arrêtait de tourner

Il en est ainsi de toute

VERITE

Toujours se donne

Aux Êtres de solitude

Aux danseuses tristes

Qu’un tutu virginal vêt

De son tulle translucide

C’est un elfe de Degas

Qui esquisse un pas de deux

Un tourbillon d’écume

De Derviche Tourneur

Qui

Ici

A trouvé son

Repos

Car rien ne vient à la parole

Que le sans mouvement

L’immobile en sa façon d’Eternité

 

Seul le silence survivra 

 

 Aux turbulences des Hommes

Aux désirs des Femmes

Aux pluies de comètes

Aux étoiles filantes

Aux météores

Aux rires

Aux ors

 

***

 

Seul le silence

Il sera

L’aube

D’un

Nouveau

Jour

Silence

Il est tout près

Il est là

Debout

Dans la

Lumière

 

 

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 09:42
Au plein de la manifestation

Pablo Picasso

Deux femmes (La confidence) 1934

Source : DantéBéa

 

***

 

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Nul besoin du JE à l’initiale

Pas plus que du MOI

SOI à la rigueur

ÊTRE bien plutôt

Pour faire signe en direction

De l’ineffable en son Dire essentiel

Du toujours cherché

Rarement trouvé

 

***

 

Pas d’illusion d’optique cependant

Nulle hallucination

Nul mirage

Qui poseraient à l’horizon des dunes

L’image tremblante

Irréelle

Du palmier que féconde la lumière

 

***

 

Non

Seulement la survenue

De la pure Manifestation

Du phénomène en sa vibration

En sa généreuse donation

Cela  s’octroie dans la simplicité

Cela dure l’éclair de l’instant

Cela fulgure

Emplit les yeux de buée

Creuse dans l’âme

Son sillon de feu

Bourdonne

Dans la ruche des oreilles

Enfonce son diamant

Dans la chair vive du corps

Allume les nerfs à vif

Attise les nappes de sang

Irrigue les canaux séminaux

Remue l’ombilic

Jusqu’à son grain originel

Electrise la peau

La met en tension

Tam tam tam

Triple jeu

 De l’œuvre

Qui devient peau

De Soi

Du Monde

De l’Infini

De tout ce qui advient

Sous les étoiles

Sur la Terre où couve le feu

De l’attente

Parfois du renoncement

Toujours de la confiance

Du jour à venir

 

***

 

Dans la salle où coule

L’onde généreuse de la Beauté

Tout est calme

Au repos

Tout attentif

A la mesure de la juste rencontre

De la fusion de l’Autre en Soi

De Soi en l’Autre

Rien n’est plus beau

Que ce geste

De versement

D’offrande réciproque

L’Un sans l’Autre

Serait déchirement

L’Autre sans l’Un

Serait dépossession

Amicalité du Regardé

Et du Regardant

En une intime communion

Coexistence des êtres

En leur Unique

En leur Joie

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Là au cœur de la matière

Le Vrai en sa destination originelle

En sa multiple métamorphose

Le Juste à la confluence

Des regards

Des existences de papier

Plus réelles que bien des vies

Errantes

Déboussolées

Ivres de ne point ratifier

Leur passage autrement qu’à l’aune

D’une inattention à être

Seulement une vacuité tutoyée

Seulement une approche

Privée d’amers

Comment exister

Dans cette lueur de marécage

Comment ne pas confier son corps

Aux eaux mortes de la lagune

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Le jour était fécond

Le Vide se donnait

À qui

Voulait bien le prendre

Le Rien s’abouchait

A la moindre rainure

A la plus infime poussière

Tout dans l’air était

Immensément

Vacant

Libre de soi

De se donner

Ou bien

De se retenir

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Le jeu subtil

Et illisible

Des Confidences

Les regards chavirés

L’Un en l’Autre

Les yeux

Ces brasiers

Ces phares

Ces immenses sémaphores

Qui disent bien plus

Que des mots médusés

Ai vu les yeux parler

Ai vu les yeux jouir

Ai vu les yeux

Prendre possession

Du Monde

Du Mien d’abord

Cet inconnu à moi-même

Cette terre d’exil

Qu’aucun pied ne foule jamais

Qu’aucune conscience ne parvient

À déchiffrer à la hauteur

De son abyssale dimension

 

***

 

La clarté était rare

Propice aux confidences

Médiatrice des formes

En devenir

Antichambre des songes

Corridor des fantasmes

L’ŒIL du Peintre

Me regardait de loin

Sans doute depuis le domaine des Morts

Cette obsidienne aiguë

Ce noir brûlé de Génie

Cette puissance de Minotaure

Qui me clouait

A ma propre stupeur

 

***

 

Oui j’étais fasciné

Oui j’étais mis à nu

Oui j’étais celui

Regardant

Regardé

Je ne savais plus

Quand le jour se lèverait

La nuit tomberait

Le Plein était insoutenable

L’Ouvert une comète échevelée

La Clairière un cercle

Où dansaient les figures

De l’Enfer

Et pourtant je demeurais

Sur ce siège noir

Face à l’Enigme

Cette Déesse de papier

Elle était l’Art

En son sortilège

Etais-je l’Artiste

Qui implorait la grâce

D’Être

De demeurer

Là sur ce fil du papier

Seul lieu peut-être

Pour accéder

À Soi

Un

Jour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 10:56
Juste un souffle

 

« Trace »

 

Œuvre : André Maynet

 

***

 

 

Juste un souffle

 

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un souffle

Juste cette diaprure à la face des choses 

 

De l’invisible on ne saurait parler qu’avec maladresse

Pareil à l’enfant tirant les fils de sa marionnette

Pareil à l’Amant dévasté de ne point apercevoir

Le visage de l’Aimée

Une brume à l’horizon du monde

Un monde qui bientôt s’effacera

Laissant l’homme les mains vides

Sur le seuil du Néant

Dans la perte de Soi

Dans l’irréparable de ce qui fuit

Et ne saurait dire son nom

 

***

 

Pourquoi cette perte éternelle de l’être

Pourquoi cette douleur fichée

Dans le ciel de l’esprit

Pourquoi cette sourde rumeur

Elle gagne les profondeurs du sol

On en sent l’étrave ambiguë

Dans l’écorce des talons

 

***

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un souffle

Cette diaprure à la face des choses 

 

C’était un vent

Parfois un doux zéphyr

Se levant dans la trace humble de l’aube

Parfois un Noroit qui entaillait l’âme

Jusqu’à la limite d’un souci

Parfois un Harmattan

Et les lèvres saignaient d’effroi

Dans le temps qui venait

 

***

 

C’était un souffle

Qui portait le silence

De la parole

Un souffle qui disait l’immensité

De la pliure intime

Quelque part entre le buisson de la tête

Et le nid d’Eros

Simple lueur étincelant

Dans l’ombre dense du corps

 

***

 

On prêtait l’oreille

On ouvrait ses yeux

On tendait ses mains

Sur de l’inaudible

De la cécité

De l’inapprochable

Cela résistait

Cela fuyait

Cela demandait la longue patience

Du temps

L’abri de la nuit sans étoiles

La dimension de la grotte native

Avec ses hampes sauvages

Et ses échos marins

Cela demandait

 

 

Juste un trait

 

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un trait

Cette ligne infinie sans fin ni commencement

 

Que dire du trait en sa finesse absolue

Que dire de son abstraction

Qui nous dépouille de notre être

A seulement en observer la nudité

La ressource close dans sa forme même

Trait Pointillé Point de Suspension

Suspens

Dans la cavité de la tête

Et résonnent les enclumes

Et s’allument les forges

D’où naissent de bien étranges figures

Des caravanes de signes

Abortifs

Non encore venus à la présence

Significations tronquées

Elles résonnent dans la levée du corps

Avec les frimas d’un glas

Les glaciations de ce qui

D’habitude

Croît et fleurit dans l’air embaumé

Des fragrances du jour

 

***

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un trait

Cette ligne infinie sans fin ni commencement

 

 

On aurait cru une eau forte

Un cuivre si peu incisé par le burin

A la limite d’un renoncement

Quelques griffures

Comme si l’objet de la vision

Devait demeurer

Dans sa propre contemplation

Un secret à ne pas percer

Un bouton de rose

A ne pas déplier

Germe lové dans sa nacre première

C’était comme l’intervalle

Entre les mots

La césure du Poème

Sa vitale respiration

Le rythme qui le portait

Au paraître

 

***

 

Juste un geste

 

Mais pouvait-on demeurer ainsi

Avec la plaine de la feuille blanche

Sa peau doucement duveteuse

Etalant son silence

Sous la meute des doigts

Attendant d’être maculée

 De dévoiler ce qui

Depuis toujours dormait en elle

Ce frémissement en filigrane

Cette impatiente

De naître au monde

Pouvait-on

Question valait réponse

Hésitation demandait acte

 

***

 

Juste un souffle

Juste un trait

Juste un geste

Trilogie d’une apparition

Visible devenait Trace

Dans le reflux des formes

Juste l’ébène de la coiffe

Juste un lien pour en retenir

L’effusion

Juste deux points

Œil bouche

Juste une ligne sans fin

Un mouvement sans objet autre

Que le simple

Le mot disant en sa retenue

La phrase d’encre

Ses subtils linéaments

Ses doutes parfois

Ses reprises

Ses attouchements

Telle une caresse

Et voici que ce qui n’était pas

Dormait depuis toujours

Dans la face ensommeillée des Hommes

Se donne à voir

Dans l’évidence naturelle

Qui fait silence

Mais que nous entendons

Au creux même

De notre condition humaine

 

***

 

Toujours une trace

En Soi

En l’Autre

En le Monde

De ce qui fait Sens

Et nous requiert

Afin que s’éclaire

la Nuit primitive

D’encre elle aussi

Mais trop dense pour que

Nous en dévoilions

L’unique beauté

Toujours l’homme est convoqué

Pour parler

Tresser ce langage

Souffle Trait Geste

Par lequel se dit

Le phénomène

En son paraître

Seule offrande à laquelle

Nous puissions répondre

 

***

 

Nous sommes Mots

Que la plume révèle

Que la bouche prononce

Que le geste magnifie

Mots nous sommes

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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 09:42
Fabrique de l’Homme

Photographie : Blanc Seing

 

***

 

   Murs de moellons jaunes. Murs de lézardes. On entend le vent mugir, les poulies se balancer dans le vide, les machines tisser des mots que creuse l’ennui, que torpille la sombre démesure des délibérations obsolètes. On ne reconnaît guère  ce qui autrefois chantait, allumait dans la garbille des yeux la densité et la mesure de l’accompli en sa garance. Oui, c’était si beau disent les pêcheurs de lune et les histrions, ces mimes que le son mélodieux de la flûte disposait aux sourires des anges et aux bluettes zodiacales.

  

***

 

   On est là, debout, planté dans la masse solaire, gluante. Feu du ciel qui tricote tout contre sa meute ossuaire les lames d’effroi, jette dans la fournaise de l’âme sa langue glacée. Ô froid néantique. Ô rumeur givrée qui glavaude les mors de l’esprit, taillade les ramures de chair, fait couler dans l’outre de sang le chant igné de la finitude. Ô pourquoi faut-il que ce qui est là devant s’agenouille, se prosterne dans la plus violente déraison ? Dante y perdrait son latin, y brûlerait les cercles de la félicité, il ne demeurerait que quelques braises soufflées par Eole et les dieux seraient marris de voir tant d’hébétude humaine.

  

***

 

   Il fait un froid de gerfaut et les dents claquent dans le corridor de la bouche. Et le toboggan de la gorge et les dagues plantées en plein le vide sidéral. Le vide de cristal. Les poumons soufflent leur haleine de forge. Des poutres métalliques, rongées par l’acide du temps, descendent des rhinolophes à la bouche acérée. Filent mauvais coton. Ruminent idées noires. Mines de charbon, boyaux étroits, mineurs, Gueules Noires couchées dans la veine sidérante, la silicose sculpte dans les traverses du corps lacéré les dentelles de l’agonie.  Dentelles de la Mort. La Grande Pute au sourire enjôleur, la Grande Maniérée qui fait ses pas de deux dans votre dos, ses entrechats glaireux. Puis un saut. Violent. Comme ou saute au-dessus d’une fosse à serpents. Venimeux. Lianes mercuriales du péché. Ecailles fascinent, envoûtent, puis sombre venin qui poudre le sang des commissures mauves du Trépas.

 

***

 

    Ô pics à manches courts, ô rivelaines qui émondent la colline de poussière. Et y a le Zacharie et ses moustaches en crochets, le Levaque et son chignon perruquier, le Chaval -d’aucuns l’appellent Cheval -, et le Maheu - certains le nomment Emma -, qui veinent dans la veine bitumeuse et ils meurent à petit feu pour des Empires, des Bourses, des Réceptions broquilleuses dans des salons duveteux avec des Dames pigeonnantes, gloussantes, des Messieurs à plastron, à breloques d’or, des valets en goguette, des quenouilles qui girent à l’unisson dans le beffroi étique des idées.  Creuses, abyssales en leur nouille vacuité. Sidérantes en leurs hémiplégiques et comiques pirouettes. Mais mortelles, tellement catafaltiques, dinguefoles jusqu’à la dernière bouchée arsenicale, ô combien ! Voyez-vous on a des Lettres même chez le Poulbot, le Mécréant, le Zigomateux de la grise matière !

  

***

 

  Ah, cela il faut l’entendre de ses oreilles bouchées de cire. Ah cela il faut le voir de ses yeux usés de cataracte avec des stalactites blanches qui perlent au sol la dette de vivre. Ah il faut le longer de ses membres amputés, de sa fougue de culbuto ivre, de la hargne de ses moignons trempés dans l’acide de la confortable ineptie. Il y a tant d’incomplétude malaveuse et de destins crocheteux, tant de mains aux serres longues, tellement de cerneaux où ne s’agitent que des idées insanes en forme de troupanes, en fouillouses à trous par où suinte une éthique à 4 sous, une morale de bousier épidermique.

  

***

 

   La fabrique est de brique et de moellons jaunes.  De bric et de broc. De fric et de frac. De freux et de frousse. Mais entendez donc mugir le Métier avec ses cliquets qui comptent les passages de vie à trépas, avec ses chaînes qui enchaînent, ses lisses qui maudissent. Mais qu’est-ce qui se trame donc dans ces ruines corporelles car la Fabrique est la fabrique du corps. Car les machines, les tubulures sont les rouages, les harnais, les battants, les éclisses de l’esprit qui se robichonnent dans les glavioles de l’impéritie. Mais que direz-vous pour prendre la défense de tous ces Souffreteux de la pensée qui ne pensent qu’à leur propre vertu, à leurs biens - les si mal nommés -, à leur magot, leur matérialité obtuse ? Que direz-vous, sinon fermer votre clapet, devenir cois, rentrer dans votre coquille de gastéropode silencieux ?

  

***

 

   Plâtras jonchent le sol, débris humains, flaques de sueur, soucis encore visibles sur le ciment maculé de haine. Grandes verrières, elles sont ce qui reste d’une conscience calcinée, usée par des années de lutte et de misère. La misère, le désarroi sont encore là, patents, plus réels que le réel, collés au bleu de clarté, suintant du plafond de verre, cet idéal où s’abîmaient les rivières des songes, les cataractes d’espoir. Ô musique arrêtée des vies en ébullition, ô monde. Ô cheveux flamboyants des ouvrières à contre-jour du temps. Grand temps de rouvrir les vannes de ce qui fut, mais dans le tumulte joyeux, la neuve certitude d’être, la reconnaissance des Errants qui ont donné leur sang, vendu leur cœur, usé leur peau à entretenir de vaines gloires, à lustrer des appétits vénéneux. Merdiques pour tout dire. Obséquieux. Pestilentiels. Ô humaine condition qui trie les Méritants et les Laissés-pour-solde-de-tous-comptes. Mais quelle infinie lassitude de s’en tenir à de pareilles sornettes, à de tels galimatias brodés de galons cloutiques et de brandebourgs rafliscoteux !

  

***

 

   Grand temps de reconstruire la Fabrique de l’Homme, de lui destiner une gloire à sa mesure, un bonheur à sa main. Finis doivent être les temps d’aliénation. Il y a tant à faire dans la mesure du jour. Qu’une fenêtre s’ouvre donc sur l’Infini. Oui, l’INFINI ! Seulement ceci sera notre  mesure si nous voulons donner sens à cette marche de guingois sur les chemins du monde. Qu’enfin cela s’ouvre. Nous étouffons tellement d’être hommes et d’en rester là. Oui, là où l’Être en sa pure Vérité devrait apparaître dans la lumière droite du jour. Droite, non biaisée, de guingois ! Et merde aux Nantis et aux Pisse-vinaigre, aux scrofuleux du fric, aux abîmés de l’ego, aux méprisants du Simple. Oui, merde et que Révolution s’ensuive. Et de suite !

 

***

 

   Le Temps, de son doigt innocent, nous pousse vers l’avant, vers l’abîme. Heureusement y a d’la place pour tout l’monde, les Scrofuleux, les Paralytiques, les Plénipotentiaires, les Snobs, les Filles de joie et de tristesse, les Types du CAC 40, les Pharmaceux, les Notaires vériques, les Réfugiés des paradis fisqueux, les  Vierges fioleuses, les Evêques sacerdotaux, les Grands éduqués et les Petits morpions, les Thuriféraires, les Compte-petits, les Picsous, les Oncles Donald, les Psychopathes, les Truffés d’oseille, les Pauvres, les Sans-Logis pareillement, oh oui, y’a d’la place !

  

***

 

   Mon Grand-Oncle François qui avait des moustaches en guidon de vélo, qui lisait Manufrance à l’envers - y savait pas lire et y trouvait le monde bizarre avec ses postes de TSF, ses bretelles Hercule, ses lampes Tito-Landi, ses almanachs Vermot cul par-dessus tête - oui, bizarre et y disait y’a qu’une justice pour les Pauvres et les Riches, y finissent tous dans le trou et y s’enfilait une rasade de gnole à la santé des déjà-morts, des futurs-morts, des vraiment-morts, de ceux qui faisaient semblant de l’être  et qui l’étaient chaque jour un peu plus.  Morts. Parce qu’y en a aucun qui se sauve disait Grand-Père Oncel même qu’il avait pas tort et, je vais vous dire, moi, y a pas de plus Grande Vérité que celle qui se trousse entre les lèvres des Modestes et des Humbles. Au moins, eux, à la Mort ils y vont sans manière et c’est toujours ça de gagné, l’authentique, le sans embrouille, le franc de collier. Les Autres, les Péquins qui se prennent pour le Pape en personne, Morts, de quoi ils auront l’air ? De quoi ? Je vous le demande ? Z’auront l’air fins, je vous l’dis !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 11:06
Figure pliée

Œuvre : Marcel Dupertuis

"Figure pliée", bronze,

Lugano 1996, coll. privée.

 

 

 

***

 

Figures droites

 

Tout monte et jaillit

Tout se dit dans l’effusion

Tout dans le vertical

 

Ainsi les heures claires

Les fêtes et leurs mâts de cocagne

Les geysers

Et leurs colonnes blanches

Appuyées au tumulte de l’air

Les feux rouges des volcans

Leurs bombes qui sifflent

Et tracent dans la nuit

Leurs sillages de beauté

 

Tout monte et jaillit

Tout se dit dans l’effusion

Tout dans le vertical

 

Ainsi la gloire des Hommes

L’élégance des Femmes

Le jeu des Enfants

Si près d’une innocence

Cette flèche dressée

Dans l’avenir qui chante

L’hymne qui déplie

Sa félicité dans l’immensité

De l’Être

 

Tout monte et jaillit

Tout se dit dans l’effusion

Tout dans le vertical

 

Aiguilles de cristal bleu

Glaciers

Crêtes enneigées

Montagnes

Hautes vagues

Sur lesquelles se dresse

La blanche voile

De la goélette

 

Tout monte et jaillit

Tout se dit dans l’effusion

Tout dans le vertical

 

Œuvres d’art

Toiles aux cimaises

Des Musées

Cariatides

Qui supportent les Temples

Poésie qui illumine

Les fronts

Les porte au Sublime

Gerbes transcendantes

Des Idées

Leur chatoiement

Leurs arêtes polychromes

Haute Parole

Des Prophètes

Voix tonnante

De Zeus

Supplication prémonitoire

De Zarathoustra

 

Tout monte et jaillit

Tout se dit dans l’effusion

Tout dans le vertical

 

 

   Tout dans le droit, le vertical, l’élan vers le ciel qui accueille et reçoit tel un don le vol unique du milan noir, cette flèche à laquelle nulle résistance ne saurait s’opposer. Seulement le trajet d’une volonté dans l’espace qui vibre et frémit.

  Trace blanche du supersonique, il fend l’air de son étrave d’acier. Brillante. Aiguë. A l’inextinguible pouvoir de franchissement, de réduction de ce qui, là-bas, n’est encore qu’une vague tache sur la toile de l’imaginaire. Le loin qui fond sur le près. Porter l’Homme au-delà de ses propres contrées dans le district où rien n’a lieu que le silence de l’éther, le bleu profond, cette image de l’abysse céleste dont chacun est affecté en son plein, qu’il redoute et affectionne tout à la fois.

   Haute érection de l’aiguille du transept, cathédrale projetant dans l’infini le luxe de sa gloire, l’espoir des Existants en un monde de rédemption et de félicité. Peut-être … Image de la foi qui brûle la pierre, illumine le vitrail, travaille la conque de l’abside en pliures de clarté, cerne le déambulatoire des lueurs de ce qui pourrait apparaître si, soudain, la chair se transfigurait en esprit, si les mots dépliaient leurs germes fondateurs, si, depuis le silence, se donnait à connaître une Parole unique en laquelle les hommes se recueilleraient et, enfin, seraient les dépositaires de la Joie. Celle, la seule, Majuscule qui n’aurait nulle autre raison d’être que la pure présence, la réalité nue, l’évidence d’une voie atteinte et à atteindre encore et encore.

  Tour de verre et d’acier, stalagmite de diamant, cône tronqué, fulgurance de la technique, elle provoque les anges, assoit la royauté humaine, fomente des guerres à l’encontre du ciel. Le déchire de sa suffisance. Le violente de sa puissance éblouissante, le toise du haut de sa richesse. Tour-rayonnante et les dieux clignent des yeux longuement et l’empyrée se lézarde sous les coups de boutoir des Hauts-Levés sur Terre.

   Colonne sans fin de Brancusi aux faces pures, turgescence dans l’air du masculin qui veut le féminin, le déflore à l’aune de sa  force érectile, lutte d’Eros contre Thanatos, piliers funéraires de fonte à la mémoire des Morts, surgissement du sens contre le non-sens dans le ciel épuisé par l’aveuglement des Vivants. Losanges qui veulent dire la paix, réconcilier les forces opposées, abattre les divisions, dépasser les failles, combler les césures, obturer les abîmes.

   Torches jaunes des peupliers tout contre l’air d’automne. Ils s’élancent joyeusement dans la vaste prairie céleste, ils tressent le cantique souple de leurs feuillées, ils balaient les yeux de leur doux nectar. Ils sont une fête à être seulement regardés.

   Lances des cyprès-chandelles qui soutiennent dans la légèreté le verre translucide du ciel de Toscane, ce paysage du bonheur si près des Exceptions Renaissantes, ces Piero della Francesca, Vincenzo Foppa, Domenico Veneziano, toutes Hautes Figures de la peinture, peinture faite grâce, faite rachat de l’Homme, faite cristallisation du Génie en son éblouissante aura, sa magnificence. Comment parler encore après ceci, la Pure Beauté ? Verticalité des Verticalités, profusion de l’Art, Totalité éprouvée jusqu’au vertige. Vertige, ce somment de la connaissance qui se dit aussi Extase, Êtres en une même communauté de sens. Totalement arrivés. Cernés de plénitude. Emplis de nectar.  

  

 

***

 

Tout chute et sombre

Tout se retire dans le mutique

Tout dans l’horizontal

 

La peine des Hommes

Leur marche courbée

Leur descente aux Enfers

Divine Comédie

Dante en a soustrait

Les cercles de médiation

Le Purgatoire

Les cercles de plaisir

Le Paradis

Ne demeure

Qu’une ligne

De basse visibilité

Ne se montre

Qu’un rayon de poussière

Dans le bitume mortel

Ne se révèle

Qu’une ambroisie frelatée

Qu’une boisson maléfique

Par laquelle

Se dit le Tragique

De la Condition Humaine

Peut-être eût-il mieux convenu

D’en tracer la présence

En minuscules

En points de suspension

En simples tirets

Pour dire l’extinction

Du langage

Son incurie à annoncer

Les contes de la joie

A proférer le baume

Le rassurant

L’apaisant

Le digne

D’être entendu

Reçu à la façon

D’une obole divine

Les dieux sont loin

Qui ne jouent qu’entre eux

La partition du Rien

Qui n’ont d’effectuation

Que la risée du Néant

Dans la demeure vide

Du Ciel

Les Hommes les ont mis à

Mort

 

 

Figures pliées

 

 

   L’homme est courbé sous un faix dont la provenance lui demeure cachée. Il ne sait vraiment s’il subit le Péché qui l’a évincé du Paradis, si l’aporie de son sort est coalescente à la profération de la mort de Dieu, si sa mission face au Destin a été insuffisante, fautive, déficiente, si son engagement au regard des autres, du monde n’a été qu’un tissu lâche, une suite de coupables irrésolutions, une dérobade perpétuelle. En connaître la sûre origine, ceci suffirait-il à le réconcilier avec lui-même, à obturer les failles dont il se sent atteint en son fond, à redresser sa confondante silhouette ? Le dessein est si vaste, l’entreprise si difficile, l’avancée sur le chemin du retour à soi tellement ourdie de fils entremêlés, semée de buissons, visée d’étranges couleuvrines !

   L’homme de bronze que nous tend avec justesse de vue et habileté de production Marcel Dupertuis, cet homme (avec une minuscule à l’initiale, signe de son irréversible aliénation)   figure l’exact opposé, mais ô combien complémentaire, de « L’Homme qui marche » de Giacometti. Il en est l’esquisse rabattue, le plan vertical s’effondrant sous une charge qui le dépasse et ne dispose plus son regard qu’à voir la pierre, la poussière, à deviner la marche du bousier, à frayer son chemin parmi les tapis de cloportes et des lucanes à la robe noire,  à la cuirasse d’acier impénétrable. Un monde sans monde semblable à celui dont il est, maintenant, devenu l’observateur médusé, le pèlerin sans espoir, le chemineau sans logis. Mission de l’homme depuis l’origine : « Habiter en poète », seul signe d’une humanité accomplie.

Savoir chanter. Savoir danser. Savoir regarder. Savoir parler.

 

   Voici les quatre impératifs ontologiques selon lesquels demeurer homme et parvenir à la pointe extrême de son être. Faute d’initier une telle cérémonie chantante-dansante-voyante-parlante dans l’ordre du poème (ce qui veut dire aussi de la littérature, de la peinture, du théâtre, mais aussi de l’éthique puisque le beau sans le bien n’est qu’une coquille vide) et alors s’empare de vous la plus sombre des dérélictions et alors le nihilisme en personne frappe à la porte de votre âme et vous êtes un mort-vivant ou un vivant-mort (ce qui revient au même, c’est vous qui choisissez l’ordre selon lequel votre exécution aura lieu). Autrement dit il n’y a guère de voie de salut en dehors de sa propre empreinte d’homme, laquelle est une esthétique que redouble une éthique.

  

Figure pliée

« L’homme qui marche »

Giacometti

Source : Réflexions esthétiques

 

 

   Mais regardons « L’homme qui marche » de Giacometti

 

   Cet Homme en sa forme disante. L’Homme est élancé, visage haut qui tutoie le soleil, allume les étoiles, converse avec la forme libre du ciel, l’ouverture de cette clairière sans laquelle la matière demeure brute, sourde, infondée. Buste incliné vers l’avant du projet, la dimension accomplissante de l’avenir. Bras fragiles, certes, mais allure de quelqu’un muni d’un dessein, animé d’une conscience qui le précède et le tire vers un but au loin qu’il vise comme l’atteinte de ce qu’il doit être. Evidemment la finitude. Mais lorsque celle-ci est envisagée (dotée d’un visage humain) avec la sérénité et l’équanimité d’âme qui lui convient, alors celle-ci n’est nul retrait, donation seulement comme ultime possibilité de l’être d’être-au- monde. Les mains sont solides qui ont caressé, encouragé, trituré la matière, tendu le geste d’amitié, embrassé le cher et le rare. Mains qui sont la proue de Celui qui est dans l’exactitude de l’exister. Et le triangle des jambes amplement ouvert, décision en acte, progression vers l’avant de soi dans la mesure juste de ce qui se montre sans réserve, qui fait don sans retenue. Et la large spatule des pieds fermement rivée à son assise terrestre comme pour dire le sens aigu des réalités, la seule vérité, la marche du destin qui donne et reprend dans un même mouvement d’apparition. Cet Homme est infiniment vertical. Cet Homme est livré à son entièreté sans partage. A son essentiel.

 

   Mais regardons « Figure pliée » de Marcel Dupertuis

 

   Oui, le contraste est saisissant, à tel point que la vision de l’Artiste a dû être traversée de cette antinomie à réaliser en contrepoint de l’œuvre de Giacometti. Comme si un mouvement de transcendance, soudain, devait se plier aux fourches caudines d’une immanence étroite rivant le Sujet à sa plus étrange infortune, fatum des Latins pesant de tout son poids sur les épaules de l’Eprouvé, du Condamné à n’être que cette forme en avant de soi, mais cette fois-ci, non en tant que projet porteur d’une tâche, mais simple signe avant-coureur d’une inévitable chute. « Mais pour quand la chute ?», cette prosaïque question doit miner cet être de l’intérieur, forer en lui de sombres cavités, creuser fondrières et dresser oubliettes, tirer la membrure d’os, son architecture fragile en direction de son cénotaphe.

   La masse est grossière, modelée à doigts rapides, inquiets, ourdis de métaphysique, cherchant à imprimer dans la terre originelle les signes patents de l’angoisse humaine. Dépouillé de ses bras il perd son aptitude à façonner la monde, à saisir l’autre, à explorer jusqu’à la propre planète de son corps. Mais, ici, que l’on ne songe nullement à l’événement de Camus nommé « L’homme révolté ». Ici la révolte est dépassée, toute forme de rébellion abolie. On est bien au-delà d’une insurrection. On est sur le seuil de la dernière mouvance, de la dernière parole, au bord de l’éructation définitive au gré de laquelle connaître la Mort en tant que la Mort, en son effectivité la plus réelle, en sa densité incontournable, en sa grimace la plus grimaçante, en sa glaciation extrême.

   Certes il y a encore une esquisse de pas. Mais au bord du précipice. Mais en vue de l’abîme. Mais au contact du feu de l’Enfer. Un pied déjà dans l’au-delà. Un autre se retenant, s’agrippant à sa plaque de glaise et l’on entend déjà ce bruit de succion, cette musique mortelle du décollement quand plus rien ne tient, plus rien ne fait signe que la bouche édentée du Néant, son blizzard appelant à n’être plus qu’un genre de vent mauvais glissant de vie à trépas. Ici, les « sanglots longs des violons de l’automne » du bon Verlaine semblent une gentille bluette, une blague entre potaches, un pincement sans rire, sans autre fâcheuse conséquence que d’être les vers d’un poème qui s’en va parmi les tourbillons de l’existence, ces feuilles mortes que remplaceront, dans un cycle de l’éternel retour, de jeunes pousses verdissantes.

   Mais ici, rien ne servirait de forcer davantage le trait. Cette belle œuvre témoigne du souci de la modernité qui consiste à nous faire éprouver le frisson pur, nu, à nous faire tutoyer la vérité de la blanche racine qui s’enfonce dans la nuit d’ébène de la terre. Sa finitude à elle, au moins symboliquement, laquelle résonne en écho avec la nôtre, réellement présente à l’horizon de notre être. Ce qui prenait toute sa signification, instaurer une dialectique sans doute abrupte, sans concession : Vertical contre Horizontal, Projet contre Chute, Mouvement contre Repos et hyperboliquement, Vie cotre Mort, pareille à la dernière station du chemin de croix avant que tout ne sombre dans la totale incompréhension.

    D’Homme qui marche à Figure pliée, le chemin atterré de l’humaine condition. « Atterré » puisqu’il s’agit toujours de « terre », de limon, d’humus, l’originel, que reprend la matière artistique, le final que reprend l’existence en son dû. D’une forme l’autre. D’une lumière l’ombre. Du destin debout au destin couché : la courbe d’un Être-sur-Terre.

 

 

 

 

 

 

 

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 11:26
A l’angle de l’image

Photographie : Hervé Baïs

 

 

 

 

   A l’angle de l’image.

 

   Toujours il faut partir de là, de l’angle et y demeurer le plus longtemps possible. En retrait. En attente. Comme l’animal sauvage sur le seuil de son terrier qui se cache du prédateur et ne saurait sortir au plein jour qu’avec un luxe de précautions. On est sur son quant-à-soi, sur la lisière la plus étroite de son corps, sur la rumeur de l’esprit avant qu’il ne devienne incandescent. Plié dans l’angle avec la conscience que les choses ne se donnent qu’à partir de l’ombre, du noir, de l’inconnu dans sa densité première. Ne pas bouger surtout, faire de l’immobilité sa manière d’être au monde, de son silence un vœu de pauvreté, de sa solitude le fortin infrangible qui, seul, sera à même de révéler, de faire apparaître les phénomènes, de les apporter, plus tard, dans le scintillement dont, toujours, ils constituent le recel. Il n’y a de beauté que longuement attendue, dévoilée dans le secret de l’âme, là où de blancs tourbillons, des vagues d’écume naissent dans l’attente du jour qui n’est que Vérité, donation des choses en leur essentielle parution. Ceci il faut le savoir et le loger au plus précieux, dans le creux d’une main, dans la conque d’une oreille, dans le grain noir de la pupille mais aussi hors de soi qui n’en est que l’écho, dans la pliure nacrée du coquillage, dans le corail sublime de l’oursin, dans l’arborescence mauve de l’anémone de mer. Un seul trait d’union, mais fin, mais discret, un seul fil conducteur que la lumière grise prend en son sein sans même en avoir perçu l’intime vibration.

 

   Loin, au-delà d’ici

 

   Terre, figure de Janus aux deux visages. Un côté d’ombre, de failles emplies de noir, de sommets non encore apparus, de villes dans le deuil d’elles-mêmes. Un côté de lumière, de ruissellements, de paroles vives qui criblent l’espace, une face de vibrations, de mouvements, d’itinéraires sans fin sur les agoras où se déploie le chant du monde.

   Savane d’herbe de l’altiplano avec son jaune iridescent, de soufre, si proche des « Tournesols » de Vincent. Montagnes de métal au sommet desquelles court le lac éclatant des névés. Le plateau est vaste qu’inondent les vagues de clarté. L’œil n’a nul repos, l’œil court, bondit, s’essouffle à capter toute la présence dans son immense prodigalité. Saute de la laine brune des lamas à la toison blanche de l’alpaga, à la flaque d’eau qui recueille le miroir étincelant du ciel.

   Glaciers aveuglants des rizières de Ping'an au Guangxi, dans cette Chine entièrement de beauté. Le bas de la vallée est encore dans une brume bleue et la lumière gagne petit à petit les gradins où l’eau devient coupante telle une lame de rasoir. Il faut mettre ses mains en visière ou ne regarder qu’au travers de la herse des doigts. Il y a tellement de présence blanche, tellement de reflets, de bondissements, d’exultations, de verbes lançant dans le ciel la force ouvrante du jour, le flamboiement de l’heure.

   Altiplano, rizières sont des paroles de haute profération. On n’y peut faire face qu’entièrement dénudés, dépouillés de soi, transparents jusqu’à l’architecture ossuaire, aux réseaux violentés des nerfs, aux fibres de chair qui blêmissent sous les coups de boutoir de la vie en sa démesure. Ici, nulle possibilité de trouver refuge à l’angle de l’image, dans un abri au sein duquel on dissimulerait sa présence en attendant qu’un voilement ait lieu, qu’une ombre recouvre de son aile de suie toute cette profusion, cette exaltation.

 

   Ici, loin de la clameur.

 

   On est dans l’encoignure de l’image, en attente de l’événement. Loin sont les bruits, les faisceaux polyphoniques, les charivaris, les turbulences, les froissements. Cette image-ci se donne comme l’antidote des effusions mondaines, comme un onguent dont, depuis toujours, on attendait qu’il vienne calmer nos angoisses, raviver la source originelle de notre innocence, nous permettre de nous approprier des choses dans l’immédiateté d’une intuition. Cela vient doucement. Cela murmure.

   Cela fait sa bande noire tout en haut du ciel et c’est une « Petite musique de nuit » avec sa pulsation libre de menuet, ses notes liées, sa grâce, son élégance discrète, son évidence d’être dont l’âme ne peut tirer que son équanimité, sa souplesse, la rectitude de son souffle.

   Puis ces taches blanches, ces ponctuations des nuages qui sont un signe avant-coureur du jour, juste une irisation, un moirage venant dire aux hommes le texte de leur destin, la poésie de leur venue, la nécessité d’être dans la réserve, la méditation, le pas qui se retient avant de franchir toute limite, d’initier tout nouvel acte.

   Plus bas, dans la ganse grise des cumulus se laisse apercevoir une manière de bouche qui semble distiller un langage à mi-voix, conter peut-être une histoire ancienne, du temps où les hommes de nature vivaient dans la simplicité de leur être, sous la claire nomination du Ciel, sur la dalle fondatrice de la Terre, là, entre les dieux insaisissables, les mortels aux ténébreuses délibérations.

   De l’angle où l’on demeure tout se donne avec générosité, facilité. Il n’y a pas encore la meute solaire qui brûle tout, défigure tout - au sens d’enlever figure -, confondant en une identique hallucination, aussi bien les hommes, la nature, les choses et toute élévation de soi qui prétend faire sens mais, en réalité, se dissout dans l’essor même auquel est confiée la difficile tâche de devenir un signe séparé, un alphabet doué de quelque projet, de quelque fortune. Là où déjà une sorte de miracle se forme, au centre de l’image, dans son énonciation la plus essentielle, cette mince bande de terre qui porte habitats et hommes mêlés, la marque sans doute la plus éminente de ce que veut dire exister ici, en ce lieu, près de l’eau qui, étale, immensément posée, disponible, accomplit toute présence entre cette nuit qu’encore le ciel retient, ce jour dont la terre fait présent. Mais c’est comme avant la venue du monde à son image, une genèse suspendue, en attente d’un signal - est-il divin, humain, naturel ?, il y a tant de questions irrésolues qui font de nos attentes l’espace d’une joie. Saurions-nous et tout s’éteindrait, les arbres replieraient leurs frondaisons, les montagnes abandonneraient leur haute lutte, la mer s’assècherait faute d’avoir été questionnée -, mais c’est la désertion des hommes, leur non-venue dans la contrée ouverte qui clôt le débat puisque sans conscience, sans regard en prenant acte, l’univers est un objet errant dans l’infini.

   Et quelle merveille pour des yeux encore pris d’obscurité que de voir ce reflet d’argent qui module l’eau en profondeur, on n’en voit que le miroitement de surface, mais quel bonheur simple de s’éveiller à cette pure rencontre. Un homme en retrait, une nature qui sort de l’oubli. Comment pourrait-il y avoir meilleure amitié, émotion réciproque - oui la Nature éprouve, pleure, frissonne, sent la peur -, convergence des désirs ? Comment ?  Je suis dans l’ombre, cette confidente du doute, l’eau est dans son premier éveil, cette face encore glacée de l’inconscient et, tous deux, nous sommes en attente de l’autre, dans une identique quête de savoir, d’éprouver, de dérouler la spirale de la vie.

   Une frange d’écume semi-circulaire, brillant feston, fil lumineux, se donne à voir comme l’ultime parenthèse à partir de laquelle quelque chose va avoir lieu. Quelque chose, oui, d’indéterminé, d’insu, car nous ne savons rien du temps qui va nous échoir, dans la seconde qui suit, dans l’heure désocclusive qui fera de nous un être neuf, un ombilic dont toute germination est toujours en suspens, jamais donnée d’avance. 

   Puis la surface lisse de la plage, son dessein (qui est aussi dessin) d’aurore boréale, cette invite à déjà initier ses premiers pas sur le chemin où s’imprimeront les traces hasardeuses de notre histoire dont, chaque jour qui vient, nous traçons les tremblantes esquisses, un pas devant l’autre, une succession de clignotements, une note noire, une note blanche dans l’éveil singulier de notre être. Jamais nous n’aurions pu formuler tout ceci, cette divagation signifiante en lisière des choses, dans l’éclat sans partage des lumières de l’altiplano, dans les dagues brillantes des rizières de Ping'an. Jamais.

   La retenue de soi dans le retrait de l’image, la qualité fondamentale d’un clair-obscur, la discrétion et l’à peine esquisse de l’heure, voici les outils dont nos mains doivent se doter, dont notre regard doit être le recueil. Jamais de prise en compte de soi dans la turbulence du jour, jamais d’éclosion du rare dans les plaies vives d’une trop grande lumière. L’homme-pensant est un homme de l’aube et du crépuscule. Un homme de l’entre-deux. Un homme du passage. Nulle autre révélation qu’en ceci ! Nulle autre !

 

  

 

 

  

 

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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 15:07
 Mystère du jour nu

Œuvre : Pierre Soulages.

 

Source : Le Blog de

peinture-abstraite-informelle.

 

 

***

 

 

Le Feu & la Flamme

 

Cela monte en nous

C’est le feu et la flamme

Cela exulte

Cela remue

Et les buissons d’eau

Les vergetures de la terre

Les effusions du sol

Clouent au silence

Epinglent à demeure

 

***

Comment être soi

Ici dans la chambre livide

Et nue

Alors qu’au dehors

Tout remue

Et demande

Son dû

Comment ne nullement

Céder

A la folie polychrome

Au luxe d’être à côté de soi

Sur l’étrange lisière

Où tout se dit

Dans l’abondance

Où tout se donne

Dans la mouvance

Des choses

Des êtres

En leur seule

Présence

 

***

Cela monte et descend

Cela fuse

Cela perle

Cela témoigne de qui vous êtes

En votre fond

L’Illimité qui jamais ne trouve

De route à son pas

L’Infini qui vous taraude

Le Vent qui vous traverse

L’Absolu qui fait son zéphyr bleu

 

***

Alors on questionne

L’éclair qui tonne au Ciel

La pluie de météores

Dans l’étincelante nuit

La fulgurance boréale

Là-bas au loin

Sur la courbe haute du Septentrion

On s’y perdrait presque

Dans la dérive lente

Des glaces hauturières

On s’y abîmerait

Dans les labyrinthes blancs

Du songe

On y disparaîtrait

Pour une vision

De l’Unique

Ceci qui nous interroge

Et jamais ne porte de nom

Peut-être n’en a-t-il pas

 

***

Combien de douleur

A ne pas connaître

A toujours douter

A tâcher de happer

Quelque haillon

De Vérité

Quelque faille

De présence

Quelque certitude

Hissée tout en haut

Du pavillon

Où ne flottent

Que les voiles souples

De la beauté

 

***

 

dans le noir qui brûle

Qui attise les paupières

Qui vrille les pupilles

On trace les déchirures

D’un savoir

On plonge les griffes acérées

Afin que

De cette incision

Naisse une parole

Se dise un mot

Peut-être vibre

Un silence

Se lève l’aube

D’une espérance

 

***

 

Ténébreuse l’encre

Qui coule en plein ciel

Bitumeuse la joie

Pliée dans sa rumeur

Sourde l’affliction

Qui étreint le cœur

Poudre l’âme

De cette lourde

Et inaltérable

Suie

Dont notre chemin

Est parsemé

 

Le Feu & la Flamme

 

Cela allume les feux-follets

De la conscience

Cela fait sa lumière diffuse

Cela creuse du clair

Dans la mine serrée

De l’angoisse

Cela rassure

Et c’est aussi démence

Que de croire

A la sublime donation du jour

A ses mains vierges

De tout crime

 

***

 

Même les Morts

Ont peur de la lumière

De la déchirure

De l’entaille qu’elle ouvre

Au cœur de la nuit

Mais les Morts veulent la Nuit

Mais les Vivants veulent le Jour

 

***

 

Notre corps est nocturne

Notre corps est mutique

Notre corps est soudé

Qui ne veut rien savoir

Du monde

Des hommes errants

Des mutilations

Qui lacèrent le réel

Cette taie endeuillée

Qui recouvre

Toute innocence

La réduit au Néant

 

***

 

Pourtant il y a des lumières

Du corps

 

*

Les yeux

La bouche

Les narines

Le sexe

Les pores

 

*

Mais ont-ils au moins

Appris à dire

Le désarroi de tout Vivant

Exténué à la tâche de vivre

 

***

Pourquoi tout ce noir

Pourquoi ce heurtoir

Toujours recommencé

Offenser la chair

Creuser la pulpe

Eclats de blanc

Brisures

Ecorchures

Rainures

Afin que cela parle

Que cela se montre

Que la plaine sombre

Voie le soleil

La crête de la montagne

Mesure l’adret

La profonde vallée

S’ouvre

A l’éclat

Au limpide

Au chiffre

Qui rend visible

Assoit sur le cercle

Des significations

Déploie l’être

Autrement que

 Dans sa dissimulation

 

***

 

Feu-Flammes

Trouant la bannière

Mortifère des nues

Trépan de l’esprit

Fouillant de ses diamants

La boue d’ébène et de cuir

Est-ce là le destin

Qui depuis toujours

Nous échoit

Autrement

Il n’y aurait

Que cécité

Et refuge

Dans

Le

Rien

Le Noir

L’Encre

L’Obscur

La Nuit

Nous les voulons

A seulement

En écarteler

Le corps

Muet

Oui

Muet

Oui

L’entaille

Du

Réel

Du Noir

Célébrons

La Beauté

Ouvrons-la

Au mystère

Du Jour

Nu

 

 

 

 

 

 

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 16:03
Don du Ciel à la Terre.

                  Photographie : Blanc-Seing.

 

 

***

 

A la Terre le Ciel a donné

Sa courbe infinie

Sa nuée d’étoiles

Le cercle d’air

Dont elle fait sa demeure

 

A la Terre le Ciel a donné

Sa couleur bleue

D’encre marine

Et de saphir

Dont elle se vêt

Tout uniment

 

Le Ciel est immense

Dont la ronde

Jamais ne s’arrête

Le Ciel est toute bonté

Qui jamais ne fait halte

 

Le Ciel est fabrique du Monde

Le Ciel est ressourcement

Le Ciel est Texte

Les mots y vivent

L’illimité

Empyrée

 

La Terre est cernée

Par le vaste horizon

La Terre murmure

Et souvent

On ne l’écoute

Ni n’entend sa plainte

 

Terre et Ciel sont en rapport

Terre et Ciel jouent en accord

Terre et Ciel ne pourraient vivre

L’un sans l’autre

Ajointement nécessaire

De l’un à l’autre

 

Terre et Ciel comme unité

A ne jamais dissocier

Terre et Ciel

Comme l’Amante et l’Aimé

Terre dans Ciel

Ciel dans Terre

Osmose des êtres

Dans leur sublime infinité

 

Mais les hommes sont là

Avec leurs regards

En forme de harpons

Avec leurs gestes

Tels des lianes

Leurs mains

Ciselées en diamants

Levées en trépans

 

Mais les Hommes sont là

Et leur insatiable curiosité

Fore jusqu’à l’âme

La pliure heureuse du limon

Incise jusqu’à l’infini

La donation unique du Ciel

 

Terre et Ciel à l’unisson

Que l’horizon relie

Goutte d’Espace et de Temps

Que le Poème ajointe

Dans l’illisible césure

De sa Présence

 

Ici

Une faille est comblée

Que souvent les hommes

Ne perçoivent point

Tout occupés qu’ils sont

A sonder leur Moi

A le polir tel un précieux rubis

Ce faisant ils oublient

Le Monde

Ils laissent dans l’ombre

Les mots qui unissent

Tout ce qui sur Terre

Vit dans l’extrême solitude

De n’être pas reconnu

De demeurer

Dans cette prose confuse

Qui a pour nom Chaos

Qui a pour vêture Néant

 

 

Les mots des Hommes distraits

Ne sont que répétition

D’une fable usée

Dont la trame ne se confie

Qu’aux Rares qui en font

L’expérience

Oui

L’expérience

A savoir faire entrer

La braise vive

Des choses

Dans la densité

De leur propre chair

Ici

Entre Ciel

Et

Terre

Là où se joue la partition

Exacte de l’Être

 

Mais les griffes vindicatives

Mais les yeux en forme de vrilles

Mais les pieds en larges battoirs

Mais les genoux

Aux génuflexions profanes

Ont semé leur résille d’effroi

Entendez donc la Terre gémir

Ecoutez donc le souffle abîmé

Du ciel

Cette longue déchirure

Pareille à l’Eclair

 

L’Eclair serait-il

Le foudre de Jupiter

La pointe avancée

De la vengeance des Dieux

Ces Essentiels

Ces Uniques

Que nous avons relégués

En leur mortel Olympe

Cette demeure qui

Faute d’être accessible

Aux Egarés

Se dissout dans les larmes

Du Ciel

 

Combien est grande

La Solitude des Hommes

Dans le Désert qu’ils ont semé

Combien l’affliction partout

Visible

Telle cette peau d’argile

Que lézarde l’humeur arsenicale

Du sans pitié

 

La Terre on l’a aimée

Puis labourée

Entaillée en profonds sillons

On l’a violentée

De son soc turgescent

On l’a engrossée de mille postérités

Qui n’ont su que l’assaillir

A la hauteur

De leur arrogance

De leur impudeur

 

Matrice vouée aux gestes mortifères

Jamais elle n’a retrouvé

La grâce originelle

Jamais la courbe docile

Jamais le limon salvateur

Pareil à la pureté du Lotus

Que l’eau putride

Porte à sa perfection

Dans le Jardin secret de l’Être

 

Le Désir des Insuffisants

A ôté à la boue sa plasticité naturelle

Son illimitée réserve de bonté

Il a épuisé la pureté

D’un corps immensément disponible

Et le Ciel est en attente de renaître

Avec Celle qui

 Fiancée Promise

Vit dans l’esseulement

Du Monde

 

Oui le Monde est seul

Et la Terre gercée

Durcie

Craquelée

Est cette plaie visible de l’âme

Seule  à se montrer

Aux yeux disponibles

Infiniment

Disponibles

 

D’eux on a un urgent besoin

Encore est-il temps

De s’adresser aux Dieux

Ils nous attendent

Du plus loin de leur souffrance

On a proféré leur mort

Depuis longtemps

Seuls sont

Morts

Les hommes qui ne savent

Entendre leur voix

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 19:50
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