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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 09:52
Au premier grain de sable

      Sablier en bois

   Source : Wikipédia

 

 

***

 

 

 

   AUBE - On était né un matin à l’aube dans la fraîcheur inventive du temps. Ç’avait été facile de naître, de pousser la porte de chair, d’émettre son premier cri, puis de prendre le sein, d’éructer tout contre la douce colline maternelle, de humer sa gorge couleur de rose. Si facile de vivre, il suffisait de se laisser aller, le temps faisait le reste.

   On avait sauté dans les cours d’école, joué à chat, poussé ses calots sur des chemins de cendres, grimpé à la corde à nœuds, regardé les dessous des filles, lu Anatole France et Joseph Pesquidoux. On s’était abreuvé à la fontaine de jouvence. On avait collé ses premiers baisers sur des joues dociles, joué à la conquête du sexe qu’on n’avait pas, dont on se sentait dépossédé.  Victime à vrai dire. Toujours le manque est cruel. Ô braises natives du désir, ô mille têtes d’épingle plantées dans le vif du corps, ô bulles irisées éclatant quelque part du côté d’un innommable lieu ! Ô vertus juvéniles qui faisaient leur unique flamboiement dans la cage du cœur !

   ZENITH - On avait travaillé dur à faire se dresser tout contre le mur d’azur la maquette de son destin. Car il fallait ne point demeurer dans des ornières terrestres qui eussent contrecarré la flamme de notre farouche volonté de se soustraire aux basques du néant. On avait été Zarathoustra haranguant la foule des rebelles, on leur avait indiqué la voie à suivre pour sauver l’homme de son irrémédiable perte. Soi en premier, bien sûr. On s’était porté au zénith, dans la couronne éclatante du réel, on s’était désigné comme celui par qui la parole était enfin venue à son accomplissement. Les jours brillaient tels les galets poncés par la lumière. Les femmes s’inclinaient et ouvraient tels des fruits mûrs les objets de la luxure. Ô bienheureuse brûlure logée au cœur du turgescent tumulte ! Les humbles se dissimulaient derrière le premier rien venu. Les lucanes cerfs-volants lustraient leurs vêtures de cuir, les caméléons changeaient de couleur, les colibris vibraient à seulement tutoyer l’ombre portée de notre gloire. On était centurion dans son habit de métal et rien ne nous atteignait jamais qu’un étincelant halo de mérite. 

   NADIR - On avait beaucoup voyagé, cinglé des colonnes d’air, sillonné le plateau des mers, connu Les Mille Lieux à Visiter, traversé les dunes du Kalahari à dos de chameau, foncé en 4X4 sur les mers de sel de l’Altiplano, dormi dans des riads à Marrakech, fait l’amour sur la margelle des puits les nuits d’oasis. On avait usé ses yeux à la lecture de textes illisibles, entamé ses mains à d’inutiles travaux, tordu son corps en lui imposant des épreuves qui le dépassaient.

   On était revenu dans sa hutte de branches à Terra Amata, le site primitif, l’appel de l’archaïque, on s’était allongé sur des peaux de bêtes, en chien de fusil. Sur la peau fripée comme celle d’un vieux saurien plus rien ne paraissait que les vergetures de l’exister, puis, bientôt, les premiers stigmates de la peur. Les nuits sans sommeil étaient traversées des premiers attouchements de soie dans l’innocence de l’aube, des déflagrations blanches des écharpes zénithales où se levaient de pulpeuses épousées, des amantes aux yeux bleus de khôl, aux hanches en amphore, à l’ombilic semblable à une gemme précieuse dans la nuit qui gagnait.

   EPILOGUE - Sur sa couche devenue grabat, on s’était soulevé avec précaution. C’est si fragile les os, ça peut se réduire en poudre au moindre effort. La voix n’était qu’un filet, une source presque tarie, il fallait faire avec. On avait gonflé ses alvéoles du peu d’air qui pouvait s’y loger et on avait prononcé la formule dont on espérait qu’elle serait magique, qu’elle nous sauverait du désastre. On avait proféré, presque dans l’indistinction, les trois mots selon lesquels une involution du temps devait se produire : Nadir - Zénith - Aube. Puis, rien ne se produisant on avait recommencé : Nadir - Zénith - Aube ; Nadir - Zénith - Aube ; Nadir - Zénith - Aube. On espérait naïvement de la répétition qu’elle mettrait en marche les grains de sable, oui les précieux grains, si étiques maintenant, à peine un mince fil dans la gorge de verre.

   C’est alors qu’une voix étrange, caverneuse, sans doute venue du plus loin du temps, du profond de l’espace a prononcé la sentence définitive :

 

JAMAIS HOMME INGRAT

SABLIER NE RETOURNERA

 

   Alors on n’a rien dit. On s’est plié sur sa couche tel un ver dans sa spirale de terre. On a attendu le temps qui ne venait pas, le temps qui ne venait, le temps.

 

 

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 07:26
Faire abstraction

« Dans un monde qui n'est pas si bleu

et qui ne tourne pas toujours rond »

 

Photographie : François Jorge

 

 

***

 

 

   Rien de plus concret qu’une roche, rien de plus concret qu’une couleur. Et pourtant, regardant ce plissement, sa teinte océanique et, déjà, nous nous évadons de ce monde-ci, déjà nous rejoignons le rêve, déjà nous quittons notre corps pour la sphère lisse des abstractions. Chimères, fictions, allégories revendiquent leurs droits et nous ne sommes plus réellement sur Terre mais dans l’espace infini des profondeurs célestes ou bien dans les fosses des abysses où vivent les poissons aux yeux de Lune.

   A peine nous échappons-nous du réel qu’il nous rattrape comme s’il y avait une fatalité nous disant le lieu de notre être. Nous visons la pierre et nous avons, sans délai, cette belle efflorescence, ces algues marines enchevêtrées ou bien le faisceau d’une main ou encore la couronne de Neptune et son trident. Fiction ou réalité ? Ou bien les deux ? Toujours nous oscillons de l’une à l’autre sans trop savoir quel est notre point d’équilibre. Nous y perdons notre orient, tout comme le monde se distrait de ses tâches essentielles avec l’insouciance d’un jeune amant que les attraits de sa maîtresse portent bien au-delà des habituelles conventions ou convenances, c’est selon.

    La folie est ceci qui s’empare de nous et nous jette de Charybde en Scylla, une fois dans la nasse du réel, une fois dans l’aéronef de l’imaginaire. C’est, à proprement parler, ce grand écart qui nous rend fous car nous ne savons plus quel site habiter. Nous nous efforçons de trouver au réel les charmes qui nous y attachent et ce sont de pures idéalités qui nous tirent de force de notre torpeur. Oui, car le plus grand danger que l’homme court est celui de l’habitude, de la même courtisane, de la même automobile, de la même vêture et, en dernier ressort, de soi-même girant autour de son axe tel un toton fou.

   Ce qui transparaît en filigrane dans le rapport concret/abstrait est rien de moins que la dialectique nature/culture. L’homme de nature a perdu ses racines au profit d’une culture hors-sol qui l’a projeté, l’homme, dans le monde des images. Déjà en son temps Guy Debord en faisait la critique dans La société du spectacle, livre emblématique et visionnaire s’il en est de la dérive dans laquelle les individus se précipitent à leurs corps défendant et, la plupart du temps, consentant. Nous sommes tous des victimes du régime iconique et pourtant le réclamons à grands cris. Les plus lucides, eux-mêmes, se laissent phagocyter par cette impitoyable machine à réduire l’humain en automate cybernétique où le langage se réduit à une option simplement binaire du type 0 - 1, c’est dire l’indigence du choix, c’est aussi dire l’aliénation de l’homme par l’homme mais nul n’a le pouvoir de refaire l’Histoire.

   Imaginez, vous êtes quelque part du côté de Banyuls, sur le sentier littoral de cette belle Côte Vermeille. Face à vous la Méditerranée. Si bleue. Si profonde avec son gonflement léger à l’horizon. A peine un peu de vent marin pour embrumer vos yeux. Votre assise, une dalle de schiste oscillant de persan à sarcelle en passant par maya, autrement dit toute la gamme des bleus-verts, palette infinie appartenant aux deux mondes reliés du ciel et de la mer.

   La mer, immensément matérielle, liquide, palpable, concrète, enveloppe si maternelle à laquelle, bientôt, vous confierez votre corps dans la plus belle des unions qui soit. Peut-être même, pris d’un heureux sentiment de plénitude, ferez-vous la planche, les yeux soudain emplis d’azur et de céleste, ces couleurs qui n’en sont pas, mais sont seulement des idées, des palmes de rêve, des effleurements fantasmatiques qui vous porteront au loin de vous, dans cette contrée des abstractions et des utopies dont vous sentez la douce pression quelque part en un lieu indéterminé de votre corps.

   Alors vous serez à mi-distance de ce réel qui fuit toujours, de ce songe qui lui emboîte le pas comme si rien n’existait que la maille souple et infiniment libre d’un conte pour enfants. Et lorsque vous aurez atteint cet état d’enfance, alors peu vous importera que le réel soit réel, que le rêve soit rêve, que l’abstraction le cède au concret ou bien l’inverse. Vous serez au-delà de vous dans le domaine sans nom du silence où s’éteignent même les  paroles de soie. Seul lieu où être assurément ! Seul lieu !

 

 

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 14:53
Quel feu nous parle ici

                  Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Quel feu nous parle ici

 

Me disais-tu

C’est tout juste si nous l’apercevions

Caché là-bas dans le creux du vallon

Il faisait sa sourde présence

Son chant si discret

Sa parole de nuit

 

*

 

Je te disais

Prends garde à lui

Il pourrait devenir cendre

A seulement en ignorer la présence

A l’oublier dans le tumulte

D’une fuyante existence

 

*

 

Nous avancions d’un pas si discret

Le vent eût pu l’annuler

Il était heureux à cette heure native

Que rien n’advienne

Qu’aube et silence

Nos vies frôlaient le temps

Sans même que nous en sentions

Le ténébreux événement

Nous avancions seulement

Nous avancions

Hors de nous

Hors du temps

 

*

 

Quel feu nous parle ici

 

Telle était ton antienne

Ton intime rumeur

De toi elle débordait

Dans le mot retenu

A peine si tu chuchotais

Dans le jour qui sourdait

 

*

 

A ta question je répondais

Par une autre question

Que nous importe ce feu

S’il n’est résurgence

De notre passion

S’il n’est ouverture

De cette dimension

Par nous oubliée

De nos destinées

Qu’un rien a soudées

Qu’un feu éteindrait

 

*

 

En bas dans la vallée

Des hommes

L’heure faisait

Son étrange bourdonnement

Les troupeaux allaient aux champs

Les enfants faisaient voler

Leurs cerfs-volants

Les collines dans la brume

Se hâtaient lentement

Les ruisseaux sous les feuilles

Distillaient leur écume

 

*

 

Quel feu nous parle ici

 

En réalité rien ne parlait

Que nous ne sachions

Dans la claie

De nos cœurs endeuillés

C’était la fin de l’été

Bientôt viendraient les jours

De moindre lumière

Bientôt surgiraient

Les premières bannières

Qui signeraient l’heure de partir

De quitter cet ici

Où nous n’avions rien appris

Que ce vertical sursis

Il n’était que notre heure alanguie

Le glaive de notre souci

 

*

 

Quel feu nous parle ici

 

Nous errions sur les chemins

De grande lassitude

Nous rivions

A nos folles habitudes

Le bleu se perdait là-bas

Dans le ciel

Deux silhouettes disparaissaient

A l’horizon

A n’en pas douter

Nous n’avions nulle destination

Aucune raison d’espérer

Au-delà de notre narration

Ainsi coulent les eaux

Au lieu de leur perdition

Jamais elles ne voient

Leur résurgence

Seulement l’abîme ouvert

De leur béance

 

*

 

 

 

 

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8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 08:57
Ce dos dans la cendre du jour

 

                       Chemin de poussière

                       Œuvre : Dongni Hou

 

 

*

 

 

Ce dos dans la cendre du jour

Cette fuite à rebours

 

T’appartenaient-ils au moins

Ou bien étaient-ils ce départ au loin

Cette inconnaissance de toi

Jamais on n’enclot sa loi

La tutoie seulement

Dans l’à-peine présent

Et les choses disparaissent

Dans la fondrière traîtresse

 

*

 

Tu avais beau implorer

Tu avais beau interroger

Tout fondait dans le gris

Des espaces meurtris

Rien ne se donnait vraiment

T’en coûtât-il d’en sonder

Le terrible dénuement

Le reflux là-bas émondé

Des souvenirs

Pareils à des soupirs

Exhalés du vide

Ils y sont apatrides

 

*

 

Ce dos dans la cendre du jour

Cette fuite à rebours

 

Dont tu ne voyais

Que reflets de miroir

Ils étaient ton passé

Celui qui se perdait

Dans ce fond si noir

Ce dos  était un au-delà

Une terra incognita

Une partie au large de toi

Le clignotement d’une voix

Un archipel perdu

Au mitan des flux

Un isthme si étroit

Ton âme y poudroie

Dans le sombre réduit

D’un réel sans d’appui

 

*

 

Que territoires existassent

A ton corps défendant

Ceci était insigne menace

A l’horizon des ans

Tu en sentais la lame d’exil

Le vertical péril

Tu aurais voulu

Dans ta geôle exiguë

 Te détourner de toi

Saisir un fin grésil

Il n’en demeurait qu’un fil

Une lanière de soie

Le ressac d’une joie

Bien mince était le ru

Qui égouttait tes yeux

Il disait la venue

D’un destin ténébreux

Ton affliction était visible

Esprit sensible

Ton émotion intacte

Vérité la plus exacte

 

*

 

Bien des vivants

Bien des errants

Ne savaient de toi la discrète

Qu’épiphanie soustraite

Vision distraite

Ce langage de sourd-muet

Ton corps en était le reflet

La blancheur de ta peau

L’insoutenable écho

Ô combien nous aurions voulu

Te retournant face à nous

Au-delà de ton gracile cou

Deviner ton noble statut

Surprendre ton visage d’ange

Chanter à l’infini tes louanges

Nous voguions dans l’étrange

Et voulions nous rassurer

Car il y avait danger

A plus longtemps t’ignorer

Inconscients nous étions

De ton bel abandon

 

*

 

Ce dos dans la cendre du jour

Cette fuite à rebours

 

Au croisement de la vêture

Comme pour dire la biffure

Et cette rouille des cheveux

Et ce rose passé des nœuds

Et cette chair

Au motif si clair

Et ce deuil du corps

Cet infini trésor

Jamais nous n’en serons

Les possibles diapasons

Puisqu’en chemin

Tu nous laisses orphelins

Nous n’avons pour destin

Que d’embrasser

La poussière

Nulle prière

N’en souhaitât jamais

L’invisible frontière

Jamais

 

*

 

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 14:19
Les anges existent

             Œuvre : André Maynet (Détail)

 

 

***

 

Les anges existent

 

Souvent la nuit

Dans le pli des ténèbres

Me réveillant en sursaut

Je croyais saisir

Ces êtres ineffables

Qui tressaient à mes rêves

Les délices d’une fable

Le plus souvent

De cette apparition

Ne demeuraient que

Quelques hallucinations

Quelques illusions

Que le jour vite dissipait

Quelle douleur alors

Que ma solitude

Qui n’étreignait

Que des voiles d’hébétude

Quelle errance

À l’approche du jour

Je demeurais en silence

Au bord du possible

J’en priais la venue

Comme un enfant sensible

Attend son Noël

 

*

 

Les mains battaient le vide

Les bras n’étreignaient rien

Les hanches étaient orphelines

L’ombilic à peine une ombre

Le sexe à cent lieues de sa gloire

Les pieds joints comme

Pour une crucifixion

 

*

 

Que t’arrive-t-il

Qui te confine ainsi en toi

Me demandaient mes amis

En plein désarroi

Tu n’es plus qu’une braise

Que le jour éteint

Qu’un signe usé

Aux cimaises d’un musée

Aussi je divaguais

La journée durant

Souhaitant qu’enfin

En une nuit élue

Le mystère s’accomplît

De la discrète venue

De cette brume de chair

De ce songe aérien

Qui faisaient au ciel

De ma chambre

Ce baldaquin de beauté

Dont j’attendais

Pure félicité

 

*

 

Imagine-t-on plus belle vision

Que celle dont un dieu

Vous fait le don

Cet ovale du visage si peu tenu

Il pourrait s’effacer à tout instant

Ces yeux profonds en amande

Ces sourcils parenthèses d’amour

Ce nez si fuyant

On dirait un musc

Qui va et vient

Jamais ne se pose

Ce cou d’amphore

Ces attaches de soie

Ces épaules fragiles

Les boutons des seins

Qu’éclaire un rouge éteint

Le nombril en sa mince vasque

Les mains comme des insectes

La douce entaille du sexe

Le mont de Vénus étonné

 

*

 

Et puis ces ailes de tulle

Ces effleurements de joie

Ce luxe du vol annoncé

Ne serait-ce là ce qui

À moi destiné

Parfois me rend fou

Parfois me désespère

Mais comment faire

Pour saisir là toujours

Ce qui fuit

La feuille dans le vent

Le vol de l’oiseau

La couleur état d’âme

Le rythme d’une poésie

L’éclosion d’une larme

L’éclair d’une intuition

 

*

 

Depuis que je l’ai vue

L’Ange avait un sexe

C’était une jeune fille

Avant qu’elle fût nubile

C’était une voix

 Qui faisait sa lumière

Immobile

C’était une parole si ténue

Un bruit cristallin

Comme en font les séraphins

Ses cousins

 

*

 

Depuis que je l’ai vue

Mes amis

Ne me reconnaissent plus

Je suis paraît-il si éphémère

On me prendrait

Pour un rameau de lierre

A la recherche de son lieu

Ils sont naïfs je vous le dis

Mes amis

Les anges n’ont pas de lieu

Pourquoi en aurais-je un

Ma chambre est en plein azur

Parmi une pluie de colombes

Leurs plumes si blanches

Tout contre mes hanches

Peut-on rêver mieux

Que d’être un ange

Je vous le dis

Précieux amis

Peut-on rêver mieux

Que ce rouge rubis

Le désir est un feu

Qui brûle à jamais

Au plus haut des cieux

 

*

 

 

 

 

 

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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 17:34
Il nous fallait ce feu

                 Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Il nous fallait ce feu

 

Il nous fallait cette ligne

Qui vibrait à l’horizon

Il nous fallait ce signe

Qui signait notre unisson

 

*

 

Nous partions dès avant l’aube

Les hommes dormaient

Dans leurs lits de bois

Les moutons

Dans leurs lits de laine

L’air dans la vallée

Etait cette invisible haleine

Cette voix à peine levée

Ce doux frisson semé

Parmi la brume

Parfois un reste de lune

Gonflait le lac immobile

Du ciel

 

*

 

Nous parlions peu

Avares de nos voix

Généreux de nos corps

Sur leur attentive margelle

Se devinait la divine impatience

Celle qui les unissait

Dans la neuve pliure du jour

Les aurions-nous ignorés

Ils auraient rugi tels des fauves

Que la faim terrassait

Leurs crinières faisaient

Leur halo insolent

 

*

 

Nous étions au centre

Du drame

Pareils à des enfants

Surpris en plein rêve

Qui demeurent hagards

Dans la flamme du jour

Leurs paumes ouvertes

De n’avoir connu

Qu’une partie

D’eux-mêmes

Ce suspens à jamais

Qui était adversité

 

*

 

Il nous fallait cette ligne

Qui vibrait à l’horizon

Il nous fallait ce signe

Qui signait notre unisson

 

Il nous fallait ce feu

Condition de notre passion

Eviter de trop nous connaître

Telle eût été notre perdition

 

*

 

En bas sur le seuil ombreux

Des maisons

Les hommes se levaient

Ivres de nuit

Les femmes titubaient

Privées de jour

Longue avait été la traversée

Rares les amours

Leurs chairs se tutoyaient

Mais se perdaient

Dans le tumulte du temps

Ce marais dont jamais

On ne saisit les rives

Ce fleuve étincelant

Qui vogue à l’infini

Cette gemme de l’instant

Qui nous éblouit

 

*

 

Il nous fallait ce feu

 

Nos étreintes étaient

Brèves et fiévreuses

Chargées du poids insigne

De la Mort

Témoins le bosquet

Au frais feuillage

Le geai des chênes

Dans sa fuite bleue

La mésange charbonnière

Le casque noir de sa tête

Le jais brillant de son œil

Son vol léger partout

Où l’air la cueillait

Se doutait-elle

De notre urgence

À être

Ici sous la lourde férule

Du ciel

 

*

 

La boule blanche du soleil

Trouait les nues

Les collines s’allumaient

De sinistres lueurs

L’aurore s’était abreuvée

 Du sang  des vivants

Elle disait au loin

La rude épreuve de vivre

Le sombre devoir

De clouer bientôt

Sa dépouille

Aux portes usées

Des demeures

C’était la coutume

Dans ce pays sans nom

 

*

 

Le sursis était pendu

Telle une boule de cristal

Qui crépitait de mille vérités

Hommes sur terre

Seul le signe d’AMOUR

Porté à son incandescence

Pouvait encore nous sauver

D’une dérive

Depuis longtemps

 Commencée

 

*

 

Le soir après avoir épuisé

Les ressources des buissons

Et des haies

Les chants du vent

Et le cours de la mer au loin

Nous redescendions

Parmi les hommes

Nous avions été

Dieu et déesse

L’espace de nos corps

Crucifiés

Il nous fallait redevenir

 Mortels

Infiniment mortels

Telle était la dure loi

Des étreintes qui cessent

Et parfois des pleurs saignaient

À nos yeux martyrisés

 

*

 

Il nous fallait ce feu

 

Il nous fallait cette ligne

Qui vibrait à l’horizon

Il nous fallait ce signe

Qui signait notre unisson

 

*

 

 

 

 

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 11:56
Comment aimer sous le ciel gris ?

" Solitude des latitudes..."

Photographie : Alain Beauvois.

 

 

***

 

 

Comment aimer sous le ciel gris 

 

Comment arriver à l’Autre

Alors qu’on est en peine de soi

La lumière est si basse

Qui cloître les yeux

En leur énigme de verre

Le jour est si peureux

Qu’à peine un oiseau effleure

 

*

 

Vois-tu parfois le courage d’être

Nous manque et nous proférons

L’esquive

Plutôt que donner lieu

À la rencontre

Nous demeurons sous la ligne

De roches noires

En notre essentiel mutisme

Mais peut-être n’avons-nous

D’autre issue

 

*

 

Là-bas dans l’inaperçu

Sont les mouvements du monde

Leur lente palpitation

Leur syncope parfois

Le rythme de l’amour

En son éternel recommencement

Un flux reflux qui n’a de cesse

Un balancement de nycthémère

Nous disant l’immédiate fusion

Du temps

 

*

 

Au plein des terrasses

Sont les cercles blancs des jupes

Les chemises ouvertes des hommes

Les grappes mauves des glycines

Les promesses que l’on fait

Sous l’œil complice des passants

Le rose monte aux joues

Le cœur s’emballe doucement

La vie émonde ses soucis

La passion furtivement rougeoie

 

*

 

Comment aimer sous le ciel gris 

 

En cette latitude

Il est si peu de présence

Solitude nous est remise

Comme seul mot

Que nous aurons à prononcer

Dans le concert inabouti

Des choses

Tout ici dans l’impalpable

La soie est douce

Son effleurement presque un péché

Il est trop tôt ou bien trop tard

Pour ne s’accroître que de soi

Les noces sont multiples

Elles nous appellent au rivage

De la belle inconnaissance

 

*

 

Tout demeure à apprendre

Du fond même

De sa propre conscience

Du nuage où glisse le ciel

De la mare où croit la mousse

Dans sa parure d’ombre

De la mer au loin qui bat les varechs

Odeur iodée posée

Sur le revers de l’âme

 

*

 

Sais-tu toi l’Inconnue

Attablée au seuil d’une vision

Combien je suis à toi

Ne te connaissant nullement

T’espérant seulement

Quand le vent apaisé

Porte avec lui la senteur

D’une chose rare

Un cyclamen un lotus

Le dépliement d’un camélia

Précieuse tu l’es

En ta distance

En ton éloignement

Ce prodige de l’espace

Nous unit bien mieux

Que ne saurait le faire

La liaison de nos corps

Assemblés

Car alors grande serait

La tentation

De nous déchirer

Rien de plus urgent

Que la coupure

 

*

 

Les hommes n’aiment rien tant

Que l’imperceptible brume

La voile derrière l’horizon

L’anémone de mer

Que recouvre la semence de l’eau

L’écume de neige à pic du ciel

Une absence naissant d’une présence 

 

*

 

Comment aimer sous le ciel gris 

 

Toi que je devine si attentive

Que me conseilles-tu

Sauf de me taire

De faire silence

De clouer mes lèvres

Sur la gemme d’un secret

J’aurais tant aimé un signe

Peut-être une pluie de papillons

Le chant d’une cigale

Dans la touffeur de la garrigue

N’importe

Une roupie de sansonnet

Eût fait l’affaire

Le bleu d’un sentiment

Le rose d’une affliction

Le noir d’un deuil

L’éblouissant arc-en-ciel

D’une pensée

À seule condition

Qu’elle fût sincère

Libre de toute affèterie

 

*

 

Depuis le rocher où ma vie se tient

Sous la courbure grise du ciel

Je ne suis peut-être

Que ce roitelet déchu

Attendant le don d’une couronne

Viens donc belle Illusion

Avant que la nuit ne m’étreigne

Il fera si froid ici

Parmi le désordre du vent

Et les premiers frimas

Grande est la gelure

Quand l’espoir tarit

Grand le silence

Quand se taisent

Les étoiles

 

*

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 15:53
Cette assise bleue dans le ciel

 

Photographie : Alain Beauvois

 

 

***

 

 

 

Cette assise bleue dans le ciel

 

Elle était si vacante

Dans la brûlure de l’été

La foule était bigarrée

Les mouvements multiples

La houle au loin

Faisait ses blancs embruns

Les mouettes au ras de l’eau

Tressaient le poème du rien

Les nuages étaient légers

On eut dit des flocons de papier

Des mots voguant

Au plus loin d’eux-mêmes

 

*

 

Il y avait longtemps

Au creux de juillet

Sur ce reposoir d’azur

Ta forme s’était posée

Pareille à la brume

Qui tapisse les eaux

Aux confins de l’aube

Tu lisais je crois

Quelques vers

De Rainer Maria Rilke

J’en ai encore à l’oreille

Le rythme inépuisé

 

En mon visage un univers pénètre

Peut-être inhabité comme l’est une étoile

 

Ceci intranquille

J’en avais surpris les signes d’encre

Au-dessus de ton épaule

Cette dune indolente

Cette douceur d’amphore

Cette invitation au péché

Mais pourquoi donc

Cet alanguissement

Au plein du jour

Pourquoi cette solitude

Alors que l’heure était à son acmé

Les enfants joyeux

Jouaient au cerf-volant

Leurs queues de soie

Fouettant l’azur

Les couples jouaient

Au jeu de l’amour

Dans les chambres muettes

Que la lumière brunissait

 

*

 

Auprès de toi

Ma présence était si discrète

A peine un soupir

Que le vent du large aurait chassé

Nous n’avons dit mot

Le concert de nos solitudes

S’abîmait au loin

Dans d’étranges vertiges

Dont nous étions exclus

Il fallait être dans l’unique

N’en point sortir

Au risque de sombrer

Dans la mondaine vanité

 

*

 

Nous étions des êtres du silence

Des clavecins désaccordés

De métalliques destins

Que ne frappait plus

De marteau en quête

De quelque son

Le vide était notre lieu

Le peu nous sustentait

L’infime déposait en nous

La trace inapparente du temps

 

*

 

Qu’aurions-nous pu proférer

Qui n’eût altéré ce bonheur insu

Quel geste aurions-nous accompli

Qui nous eût remis au monde

Dans l’ennui sans issue

Dont sa matière est tissée

Mieux valait être soi

Dans l’enfermement du paraître

Mieux valait cette insularité

Qu’un inutile bavardage

Mieux valait ce mutisme

Il était garant de notre vérité

 

*

 

Cette assise bleue dans le ciel

 

J’en reprends possession à l’instant

Bien des années après

Sais-tu ton empreinte

Y est presque visible

Ton odeur iodée présente

La grâce de ton cou

Aussi réelle que la touffe de varech

Sur la nuée de roches noires

 

*

 

Es-tu seulement une décision

De ma mémoire

L’image inachevée

Trouvant aujourd’hui

Le lieu de sa fenaison

Parfois il faut un long temps

Avant que les choses ne s’ouvrent

Et parlent avec clarté

Le sublime est ceci

Qui se retient toujours

Dans la nervure du secret

 

*

 

Mais comment se fait-il

Ces feuillets que tu lisais

Les voici sur ce banc

Où s’éploie

La lointaine rumeur

De la mer

Ils viennent de si loin

Cependant ils sont si près

En aperçois-tu

Où que tu sois

Ce message hauturier

On dirait le ventre d’une goélette

Que borde la verte écume

On dirait le pieu du phare

Planté en plein ciel

Cette exclamation à jamais

Qui ne trouvera nulle réponse

 

Comme un qui voyagea sur des mers inconnues

J’erre parmi les sédentaires éternels

 

Oui le poète des poètes est là

Qui nous sauve du risque de périr

Sans même avoir entendu la beauté

Or ceci seulement est le glaive

De notre accomplissement

Ensuite nous pourrons mourir

Outre cet éternel voyage d’exil

Que demeure-t-il

Qui vaudrait la peine d’être vécu

Je te le demande muette présence

Cette assise bleue dans le ciel

Vide de toute dette à quoi que ce soit

Sera le mot ultime

Qui sera proféré

Le temps déjà  n’est plus

Qui s’enfuit à l’horizon

Loin l’horizon qui s’écarte

Des êtres de chair

Et nous ne connaissons même plus

Les frontières qui nous bordent

Tout est si flou

Qui plonge les yeux

Dans l’ombre

Une assise

Avons-nous une assise

 Au moins

 

*

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 08:10
Le simple dans la venue du jour

Short story

100 x 70 Bristol

Barbara Kroll

 

 

***

 

 

 

Le simple dans la venue du jour

 

C’était le bleu de l’aube

Le bourgeon au printemps

La neige d’hiver

Les ors de l’automne

Une parole amie

Quelque part

Dans la gorge

D’un frais vallon

Une fête au village

La corde mauve

D’un ruisseau

Une pliure d’ombre

La cendre d’une rencontre

 

*

 

Souvent je me levais la nuit

Dans le froid lumineux

Avec les yeux des étoiles

Pour seuls témoins

Une luciole brillait au loin

Des amours se levaient

Des gestes se taisaient

Et rien ne paraissait

Que la langueur de l’heure

Et rien ne se disait

Que la beauté du monde

 

*

 

Souvent je t’ai surprise

A la margelle

De la fontaine

Seulement vêtue de nuit

Attentive à ne rien déranger

Qui aurait brisé

Cet infini cristal

Cet instant de métal

Cette nervure d’acier

Qui tenaient le ciel

Amplement ouvert

Qui tenaient le cœur

En son étrange suspens

 

*

 

A ma croisée

Accoudé dans l’attente de toi

Le temps n’avait plus cours

L’espace s’effilochait

Les rumeurs tarissaient

Le doute s’estompait

La vie souriait

De toutes ses dents blanches

Le muguet faisait

Son bruit de pervenche

Le cerf reposait

Au milieu de ses bois

Le paon éployait sa roue

Le lucane dormait

Dans sa cuirasse lustrée

Flamboyant renard

Enroulé sur sa pelisse

Feignait de somnoler

Mésanges fauvettes

Zinzinulaient

Les amants s’enlaçaient

Avant que le jour ne se lève

 

*

 

 Le simple dans la venue du jour

 

Je l’ai connu grâce à toi

Au buisson de tes cheveux

C’était un jais c’était une ardeur

Je l’ai connu à ton corps si blanc

Un nuage s’y est perdu

Je l’ai connu au feu de tes seins

Deux baies rouges à peine écloses

Et pourtant ils surveillaient l’ombre

De leur cruelle timidité

Le simple dans la venue du jour

Comment ne pas l’éprouver

Jusqu’à la graine de l’ombilic

Cette origine en attente

De son continuel ressourcement

Je l’ai connu à ta source vive

Cette nervure de ton sexe

Qui mordait ma chair

Dans la rubescente douleur

Connu encore dans l’albâtre de tes jambes

Sur l’éminence de tes chevilles

Sur les rubis de tes orteils

Connu en toi

Seulement en toi

Sagement assise

Sur la cerise rouge du désir

 

*

 

Le simple dans la venue du jour

 

Nulle part de plus belle volupté

Que cette sublime opalescence

Que ce corps de porcelaine

Ce regard de myosotis

Cette perle oubliée

Quelque part

Sur une feuille

De Bristol

De cela

De cette présence-absence

L’on peut mourir

Tel le héros

Au pied de sa déesse

Je meurs donc d’écrire

De te dire en mots

Le péché de chair est si doux

Dans le bleu de l’aube

Le bourgeon au printemps

La neige d’hiver

Les ors de l’automne

Il y a un violon

Loin là-bas

Qui joue en sourdine

Je crois bien qu’il s’agit

D’un adagio

Comment sortir de ceci

Autrement qu’à n’être plus

Qu’une larme

Sur le bord d’une paupière

Où ton regard

Où ta main

Où ton fruit

Qui me rendraient à moi

Où donc

 

*

 

 

 

 

 

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 16:14
De Toi le manque absolu

Dornröschen

Belle au Bois Dormant

Œuvre : Barbara Kroll

 

***

 

 

De Toi le manque absolu

 

C’était toujours de cette manière

Là au plein de la nuit

L’heure de ta visitation

Je ne dormais que par intermittences

Peut-être par procuration

N’être présent au rendez-vous

Eût mutilé mon âme

Au plus profond

De son illisible matière

J’étais ici j’étais ailleurs

Ne savais plus le lieu de mon être

Divaguais pareil à l’esquif

Balloté au gré des flots

 

*

 

De Toi ne savais rien

Si ce n’est ce curieux nom de

Belle Dormante

Dont je ne puisais jamais

Que l’onirique forme

Cette faille dans l’ombre

Qui s’ouvre et palpite

Il me plaisait de t’imaginer

Sous les traits étranges

D’une anémone de mer

Présence pulsatile

Dont je ceignais

La douve étroite

De mon front

 

*

 

Te scrutant j’entendais

Au creux de l’intime

La belle légende

D’un charme mortel

A toi destiné

Ce fuseau qui piqua ton doigt

Te rendit éternelle

Jamais on n’oublie la grâce

D’un conte

Jamais de la félicité du rêve

On ne fait son deuil

Présente tu l’étais plus

Qu’étincelle sur la crête des vagues

Qu’oiseau dans sa dérive céleste

Que libellule sur le miroir de l’eau

 

*

 

Il fallait à mon contentement

Cette fuite à jamais

Cette feuillure

Dans la perte du jour

Cette lumière qui s’éteignait

Dans le ressac du crépuscule

L’inverse d’un bourgeonnement

Le pli d’un recueil

 

*

 

De Toi le manque absolu

 

Ce qui se dessinait

A l’horizon de mes désirs

Etait toujours en fuite de soi

Des jambes d’ébène

Que la couleur épuisait

La chute d’une robe

Tel un blanc calice

Telle une écume

A la bordée du jour

Et tes bras ces lianes

Qui n’étaient effusives

Qu’à l’aune d’un impossible

Saisissement

Mais de quoi donc

D’une vérité verticale

D’un bonheur passager

D’une joie faisant son feu

Là au rivage de tes nuits

 

*

 

Quelle était donc la flèche

De ton destin

Quelle la poésie dont tu tressais

Ton énigmatique visage

Nulle épiphanie qui eût pu proférer

La goutte oblongue de tes yeux

La braise douce de tes pommettes

Tes lèvres que je projetais purpurines

Cette fossette au menton

Qui t’eût identifiée entre mille

 

*

 

De Toi le manque absolu

 

C’était bien ceci

Cette pièce anonyme

Où tu te dressais

La matité silencieuse des murs

Un plafond de verre

Qui te retenait captive

Et ce tourbillon rubescent

Ce volubilis de sang

Qui perlait ses gouttes amnésiques

Sans doute étais-tu sans mémoire

Perdue dans le corridor

De desseins inachevés

Ce flottement te rendait irréelle

Ces lignes baroques

Dont tu vêtais ton mystère

Emplissaient mon manque de toi

De la dague délicieuse du vertige

Puisses-tu demeurer sans demeure

Puisses-tu ne jamais prendre visage

Puisses-tu encore une fois

Piquer ton doigt au fuseau ténébreux

Alors je ne sais

Ce qui adviendra de toi

Ce que sera le cours

De mon existence

Flux et reflux sont si forts

Qui nous éloignent de nous

 

*

 

Où les chimériques rivages

Où nous pourrions habiter

Dans l’union passagère des cœurs

Il est si facile de s’égarer

En ces temps de confusion

Mais l’insu est un délice

Auquel toujours nous voulons

Nous abreuver

Nos lèvres sont sèches

Notre gorge en feu

Rebelles

Indociles

Nous voulons

L’Absolu

Nous voulons

Le Rien

Sans doute

Ne le savons-nous pas

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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