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1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 10:19
Ce gribouillis sur une feuille

Esquisse

Barbara Kroll

 

***

 

Un gribouillis

sur une feuille,

te disais-je,

un trait de plume

qu’un simple vent

pourrait biffer.

 

De ceci, tu n’avais cure,

t’accrochant à l’existence

telle la feuille au rameau.

Cependant les jours passaient.

 Cependant l’été tirait à sa fin

et l’amour, entre nous,

n’était plus que

cette vacillante

étincelle qui ne tarderait

à s’abîmer dans l’invisible

 poussière du temps.

Les jours à la suite des jours,

 ton image devenait cette illusion,

cette manière de spectre

à lui-même étranger,

une non-venue à l’heure

pleine de son Destin.

 

Un gribouillis

sur une feuille,

te disais-je,

un trait de plume

qu’un simple vent

pourrait biffer.

 

Une étrange aventure,

me disais-tu,

 l’eau d’une aquarelle se

perdant au ciel des saisons.

De ceci, je n’aurais pu

m’offusquer, te sachant

simple oiseau de passage

bientôt repris par

l’insistance de l’air.

 

Cependant les heures

 s’écoulaient.

 Cependant l’automne

s’annonçait

et le miroir dans lequel

nous percevions

nos silhouettes communes

se voilait comme

 s’il eût voulu

être à lui-même

sa propre perte.

 Un tain de plomb

s’abreuvant à sa

singulière lacune

 

Ton corps

de gloire

 et d’amour,

quel était-il alors,

 sinon cette griffure d’encre

 dont eût pu souffrir

un  parchemin ?

Tes cheveux,

ces minces lanières

 épousant la doline

de tes épaules ?

Le haut de ton buste,

ce tellurisme d’une pointe

acérée qui entaillait ta chair ?

 Ta main, cette courbure

qui saisissait le Rien,

s’agrippait à la margelle

 du Néant ?

 Si bien que je t’aurais crue

pareille à la visitation

d’un rêve,

 au badigeon blanc

de l’imaginaire

 sur l’illisible

marécage

 du doute.

 

Un gribouillis

 sur une feuille,

te disais-je,

un trait de plume

qu’un simple vent

pourrait biffer.

 

Je te disais ma nuit,

les blafardes échardes

qu’y imprimait

ton glissement

sur la pointe des pieds,

un effleurement

qui, jamais,

ne parvenait au

bout de son être.

Toujours en fuite

 de qui il était.

Tu me disais le peu

 de réalité qu’il y avait

à poursuivre une union

qui n’était qu’une

 réminiscence éteinte,

 une lumière se distrayant

de la courbe des yeux.

 

Cependant les secondes

s’égrenaient.

 Cependant l’hiver arrivait

avec sa résille de froid,

avec les boules d’ouate

de son frimas.

Nous n’avions plus

ni repère ni raison

d’espérer au-delà

de qui-nous-étions,

d’erratiques Figures

en quête d’elles-mêmes

 alors que le crépuscule

nous visitait à la façon

 de traits de graphite

qu’une gomme

anonyme effacerait.

Oui, effacerait

et nous ne nous

 reconnaissions plus

sur cette lisière

infinie d’indigence.

Il nous fallait demeurer

 malgré tout sur le

 pourtour des choses,

tâcher d’en éprouver

le cercle virtuel.

Quand, enfin,

pourrions-nous

nous éprouver

tels des Vivants ?

Nous étions si loin,

l’absurde si près dont

nous sentions

 l’haleine froide.

Tant de givre

 et une brume

glaçait nos bouches.

Je te disais le Silence.

Tu me disais l’Absence.

 

Un gribouillis

 sur une feuille,

te disais-je,

un trait de plume

qu’un simple vent

pourrait biffer.

 

 

 

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30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 09:36
Dans le retirement de soi

 

Un homme dans le

crépuscule... croquis

 

Œuvre : Barbara Kroll

 

***

 

On est là, dans

l’indistinction de soi,

on est là dans

 le retirement de soi.

 

Aurait-on d’autre choix

que de s’absenter du monde,

de se dissimuler derrière

sa barrière de peau,

de se réfugier

au plein de sa chair,

de s’abreuver

 à son propre sang,

de se confier à la résille

blanche de ses os ?

On est là,

 mais où est-on vraiment,

ce lieu a-t-il un nom,

ce site une origine,

ce territoire une assise ?

On est là.

Mais où ?

Y a-t-il au moins

 un LÅ ?

 

Y a-t-il au moins une grève

 où allonger le parchemin

de son corps fourbu ?

Y a-t-il une crique

où cacher son désespoir ?

Y a-t-il une conque

où crier sa folie ?

 

On est là,

homme assis sur sa chaise,

pareil au condamné à trépas.

Mais qui donc pourrait

dire que l’on n’est pas

cet individu attendant,

dans le couloir de la Mort,

que sa dernière heure vienne,

que le Bourreau se présente

avec sa hache brillante,

que la lame se dispose

à moissonner cette

épiphanie si risible,

la nôtre, face au vertige

immense de la finitude ?

 

On est là, dans

l’indistinction de soi,

on est là dans

 le retirement de soi.

 

Mais qui donc,

par quel décret du Destin,

mais qui donc,

un dieu de la Mythologie,

 un Prophète à

l’invisible visage,

 un Prédicateur fou,

un Surhomme

du haut de sa Puissance,

qui donc nous incite à exister

puisque dès notre berceau

nous sommes condamnés

à n’être que cette chair dolente,

cette plante portant en soi

le suc qui la détruira,

la rongera de l’intérieur ?

Vérité muriatique qui sape

ses fondements

à même sa question.

 

 Qui donc ?

Y a-t-il, quelque part,

un Seigneur à la haute Parole

 dont le Verbe nous porterait à l’être

à la seule hauteur de son souffle ?

Mais que cesse la comédie,

mais que quelqu’un de sensé

nous dise notre Mirage,

notre Illusion,

que quelqu’un de droit en sa vérité

nous dise l’immense bouffonnerie,

l’incroyable commedia dell’arte

 au gré de laquelle nous ne sommes

que de pitoyables Polichinelle,

 notre bosse nous condamne à n’être

que des Baladins,

des Saltimbanques

dupes du jeu même

qu’ils fomentent

 à leur propre encontre,

auto-mutilation,

 autodafé,

nous sommes des livres

que le feu consume

pour n’avoir pas su écrire

 les phrases exactes du Poème,

nous en sommes restés

 à des langues vernaculaires

qui se sont effondrées de l’intérieur

 de notre inconsistance et nous avec.

 

On est là, dans

l’indistinction de soi,

on est là dans

 le retirement de soi.

 

L’Homme-Mystère,

l’Homme-Scindé,

l’Homme-Fragment

 nous le devinons

 dans cette ombre

qui le confond

 et le reconduit

dans les ténèbres

du Néant.

Voyez son peu de présence.

Voyez sa privation de Langage.

 Voyez son corps de Mannequin,

on dirait le Spectre Métaphysique

tout droit venu des

« Muses inquiétantes »

d’un Giorgio de Chirico.

Simulacre,

simple Simulacre.

Il n’est venu à soi

qu’à s’effacer,

à renoncer à qui il est.

Modestie ?

Arrogance voilée ?

Renoncement à paraître ?

Rien, autour de lui,

ne profère

qui pourrait le sauver.

Les murs ont le gris,

 la réserve du deuil.

Le tableau au mur

ne présente rien que

 l’esquisse d’une angoisse.

La table est vide

que n’habite nul mets.

La vêture se teinte

 d’une lourde mélancolie.

Le pantalon a la couleur livide

de qui a vu l’insoutenable.

En réalité,

n’est-ce l’Homme

qui ne parvient

 à soutenir son effigie,

qui retourne au lieu même

 de son Enigme ?

 Est-ce ceci ?

 

On est là, dans

l’indistinction de soi,

on est là dans

 le retirement de soi.

 

 

 

 

 

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28 avril 2022 4 28 /04 /avril /2022 09:46
Tout est au silence

 

Quand vient le soir …vers Peyriac de Mer…

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

Tout est au silence

Tout est au retrait

 Tout est au repos

L’heure hespérique

 est arrivée

que nul n’attendait

 

L’heure orientale,

l’heure originaire est distante,

elle qui appelait le jour,

appelait les Hommes

 à ouvrir la carrière,

à faire fond sur

le bruit du Monde.

Mais il y a loin

de la coupe

 aux lèvres

et la naissance du jour,

sa mesure de source,

n’a guère plus de présence

que le lampyre dans

l’herbe dense de l’été.

Courte est la mémoire

 des Hommes,

 légère la conscience

d’une dette.

Et pourtant l’aube

est un précieux joyau

remis entre leurs mains,

une pépite qui brille

à l’ombre de leurs

corps oublieux.

C’est dans l’ombre

portée des Hommes

 que se dissimule la clarté,

que végète le sens premier,

cette longue efflorescence

 qui, jamais, ne devrait être

remise à sa peine,

murée qu’elle est

dans le silence cotonneux

 des bouches closes,

infiniment closes.

 

Tout est au silence

Tout est au retrait

 Tout est au repos

L’heure hespérique

 est arrivée

que nul n’attendait

 

L’heure est longue,

immobile,

 dont nul ne perçoit

le mystère,

l’appel, la plainte

au seuil de la Nuit,

cet avant-propos

de la Mort.

Une longue parenthèse

de ténèbres envahira tout,

les fronts soucieux,

les lèvres scellées,

les rêves étroits,

ils seront tels des meurtrières,

des couleuvrines par où rien

ne se laissera voir

que la suie du désespoir,

la perte des projets,

l’extinction des desseins.

Nul ne questionnera

l’avenir des Errants,

il sera d’avance scellé,

 aussi étroit que

la peau de chagrin.

Les Distraits se seront

laissés piéger à confier

leur futur à leur cécité,

à leur surdité natives.

  

Tout est au silence

Tout est au retrait

 Tout est au repos

L’heure hespérique

 est arrivée

que nul n’attendait

 

Et pourtant,

l’heure hespérique

ne porte en soi

nulle malédiction.

Elle ne surgit qu’à

inviter les Fugitifs

à traverser le gué,

mais dans l’ouverture,

mais dans la lucidité.

Les Hommes sont au foyer,

devant leur bol de soupe.

Les oiseaux sont au nid.

Les chiens couchés

dans leurs niches.

Tout autour

une grande beauté

vacante avant que

tout ne s’efface.

Le Ciel passe tout là-haut

dans son suaire d’argent

voilé de noir.

Les Nuages s’attardent,

pareils à des enfants

primesautiers.

La colline,

 badigeonnée

 de sombre

 connaît déjà sa nuit.

L’Eau du lac est

du platine ruisselant

que ponctuent les signes

sourds des flamands,

semés ici et là,

 ils sont les premiers

mots du songe,

l’évasion hors de soi,

l’essai de se distraire

de l’étreinte de la Nuit.

Les Herbes aquatiques

se hérissent de picots,

brumes fuligineuses

 où rien ne se donne

qu’un illisible rébus.

 

Tout est au silence

Tout est au retrait

 Tout est au repos

L’heure hespérique

 est arrivée

que nul n’attendait

 

Dans les anxieuses casemates,

dans les cubes de béton,

des mains se cherchent,

des bouches se devinent,

des sexes entonnent

 un Hymne de la Joie,

mais si léger,

si éphémère.

Que peut-il contre

les morsures de la Nuit,

contre les entailles

de la Mort ?

Pathétiques sont

les mouvements,

 tragiques sont les

gestes qui griffent l’ombre.

Les ongles couleur de

rubis se révulsent,

les boules des genoux

se choquent,

les râles font leur

bruit de râpe,

leurs lancinantes

stridulations.

On dirait une nuée

de sauterelles

 ombrant le Désert

de leur vol serré.

 Bientôt l’Obscur

aura tout phagocyté.

 Bientôt l’Inconscient

 aura commis

ses basses œuvres.

Bientôt le Sommeil

aura glacé jusqu’au

moindre désir.

L’heure hespérique

aura accompli ce qu’elle

devait accomplir,

amener les hommes

tout au bord du jour,

les livrer aux délices

de l’heure nouvelle.

Le temps est un

Éternel Retour.

A nous, les Hommes,

d’en décrypter le sens.

 

Tout est au silence

Tout est au retrait

 Tout est au repos

L’heure hespérique

 est arrivée

que nul n’attendait

 

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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 09:42
Être des lisières

Œuvre : André Maynet

 

***

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Êtres des Lisières,

on les devine si peu,

ils nous frôlent

tel un vent léger et déjà

plus rien ne paraît

qu’une vaste vacuité

autour des choses.

Êtres des Lisières,

ne nous sont-ils

chers qu’inaperçus ?

Ils ont l’étoffe

d’une feuille d’automne,

la constance menue

d’une giboulée,

 le vol souple

du papillon.

Ils sont là, au loin,

alors que nous les

attendions ici.

Ils sont d’hier et nous

sommes au présent.

Ils sont de haute volée

et nos pieds sont

lourds de poussière.

 Ils murmurent

tel le ruisseau

et nous sommes assourdis

 de notre propre rumeur,

parfois de notre hébétude.

 

Aux êtres des Lisières,

aux êtres de Passage,

 il faut s’ouvrir,

entailler notre chair,

les loger

au plus précieux,

au plus discret

de qui nous sommes,

des Êtres de Perdition,

nous n’avons plus souvenir

de notre naissance,

notre enfance fuit,

notre vieillesse approche

et nous avons vécu si peu,

harassés par notre sort,

 soumis à la rigueur

de notre destin.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Nous les pensons

aux antipodes,

Ceux, Celles  

des Lisières,

ils tutoient notre peau

de leurs ailes de gaze.

Nous les croyons absents,

ils font notre siège avec

une merveilleuse douceur,

une attention

de tous les instants.

Moins nous les convoquons,

plus ils vibrent en nous,

un poème dont nous ne savons

percevoir l’exacte mesure.

Être des Lisières,

voici qu’une image s’annonce,

qu’une Blanche Esquisse

ouvre le puits de nos pupilles.

Alors nous accommodons,

alors nous aiguisons

la pointe de notre vision.

Une Silhouette est

discrètement levée.

Elle ne dit rien,

ne demande rien,

n’implore rien.

Elle est en Soi

pour qui la regarde

et la reconnaît pour sienne.

Elle est pure donation

alors que nous ne

sommes que réserve.

Son âme, elle l’a vêtue

de la plus extrême modestie,

une chair si économe, si étroite,

on penserait à la minceur

de la libellule,

au frêle rameau dans le vent,

 à la résille d’eau d’une pluie.

Tout en elle dit la pudeur

 et son ombre subtile

est le témoin

de ce retrait,

de ce silence

qui la constitue,

nous la livre dans

l’espace d’un

dénuement.

Nous la regardons

telle l’Étrangère

mais elle n’est

que notre propre halo,

notre empreinte à peine

appuyée sur les choses,

notre souffle

porté au Monde.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Qui sont-ils

ces Êtres

des Lisières,

quel mystère

les nimbe-t-il

qui les soustrait

à notre attention ?

Qui sont-ils ?

La mesure inaperçue

 de notre inconscient ?

Notre esprit déserté d’idées ?

 Notre imaginaire à son étiage ?

L’impossibilité de l’amour

à proférer son nom ?

Qui sont-ils ?

 L’invisible césure

entre Soi et Soi,

cette inconnaissance

de notre part de ténèbres,

du vide qui se creuse en nous,

de la béance qui nous vient,

nous ne savons plus

ce qui nous habite,

 l’espoir, le doute,

 la Vie, la Mort ?

Ne redoutons-nous

d’en tracer l’esquisse,

de leur attribuer

des significations,

de les installer dans

 la nécessité du réel ?

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Le lexique est

si menu,

 le bourgeon de la

poitrine si étroit,

 les bras deux sarments,

les jambes deux tiges,

les pieds à peine

posés au sol.

En son dénuement,

en son indigence,

Être des Lisières se manifeste

comme la question que jamais

nous n’osons nous poser,

de peur que la réponse

ne nous conduise

dans les limbes :

 existons-nous vraiment ?

Ou bien sommes-nous

les personnages de

papier d’un livre,

l’aquarelle qu’un Artiste

a ébauchée sur la toile,

 le premier son d’une fugue,

l’entaille dans la pierre,

la goutte suspendue au ciel

qui, jamais, ne tombera,

un simple frimas dans

l’air que l’oiseau traverse,

le dernier mot d’une

histoire qui s’achève ?

Oui, nous questionnons

et demeurons au bord

de la question.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Un tel vertige

 nous saisirait

 à seulement connaître

 l’épilogue de la fable

que nous sommes.

Un Être des Lisières

nous aussi,

une aventure

sur le point de se clore,

un mince événement pareil

à ces bulles qui remontent

des grands fonds,

chargées d’obscurité

et de néant,

 elles s’évanouissent

dans le jour qui vient,

sans bruit, sans témoin,

mot qui s’éteint

 à même sa venue.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

 

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22 avril 2022 5 22 /04 /avril /2022 09:55
Cette ligne d’oiseaux

Entre sel et ciel…vers Peyriac de Mer…

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

Cette ligne d’oiseaux

Sur le désert du Monde

 

Cette ligne, seul langage

Qui me reste de toi

Vois-tu, j’ai dû m’exiler

De moi-même

M’oublier et n’inclure

Dans mes propres limites

Que cette image

Qui me parle de toi.

 

 

Certes le présent est modeste

Qui t’apporte, en même temps

Te soustrait à qui je suis,

Un homme aux mains vides,

Aux yeux désertés de larmes.

Car, sans doute le sais-tu,

J’ai trop pleuré pour connaître

La pluie bienfaisante

Au seuil de mes paupières.

Et, du reste que

Sert-il de pleurer,

On ne pleure jamais

 Que sur le malheur

De sa propre condition.

 

Cette ligne d’oiseaux

Sur le désert du Monde

 

Tout, autour de moi,

Est dépeuplé,

 Tout m’est solitude,

L’ample paysage vastitude,

La vie devant moi finitude.

Quelle dette ai-je

Contractée à ton égard,

Dont nul acte, jamais,

Ne pourra effacer la trace ?

Ta présence était un Soleil,

Une haute lumière,

Ton absence est de Lune

Et de froide Nuit.

T’imaginer est infinie douleur,

Plus forte que les promesses

Faites entre Amants.

Cruelle image

De dépossession,

Plus je m’éloigne,

Plus un peuple infini

De ruisselets

Me ramène à toi,

Me cloue à demeure

Et le jour sera long

Qui ne connaîtra

Nul crépuscule,

Sauf celui de mon âme

En proie aux hallucinations,

 Aux longues dérives,

Aux flottements entre

 Deux rives oniriques

Pareillement dépeuplées

De toute signification.

 

Cette ligne d’oiseaux

sur le désert du Monde

 

Je ne peux m’empêcher,

Ne serait-ce que

 Par la pensée,

De convoquer l’eau,

Le ciel, la colline,

Les oiseaux qui furent

Les témoins d’une passion

Qui n’eut d’égale

Que le feu de Bengale

 Qui en détruisit

La possible postérité.

 

Le ciel en sa

Poudre noire ?

C’est Toi.

Le ciel qui blêmit

 Et vire à la neige ?

C’est Toi.

La colline de suie

Couchée sur l’eau ?

C’est Toi.

La ligne fuyante

D’oiseaux ?

C’est Toi.

La plaque luisante

De l’eau ?

C’est Toi.

 

Ma litanie, l’évocation

De ce qui, un seul jour,

Fut notre écrin n’a pour but

Que de t’extraire

Du monde des songes,

De te rendre plus réelle.

Deviendrais-tu ainsi saisissable

Et ma joie serait assurée

Au prix de ma folie,

 Certes, de ma folie.

Mais plutôt connaître

 La lame froide de la démence

Plutôt que de te perdre.

 

Si j’y retourne désormais,

 Que me dira

Ce beau paysage lacustre ?

Que me diront

Toutes ces choses

Qui n’avaient de sens

 Qu’à t’approcher,

Å te fêter telle une Reine ?

 

Cette ligne d’oiseaux

sur le désert du Monde

 

Non, ne souris pas

De mon cruel désarroi,

 Il est tissé de ta chair

Et pourrait bien,

 Un jour prochain,

Te métamorphoser

En statue de sel.

Libre ? Tu ne l’es plus depuis

Que j’ai pris possession de Toi,

Depuis que mon regard

t’a aliénée,

Que mes mains

t’ont désirée,

Mes illusions

t’ont fascinée.

Certes tu n’es pas à moi

Mais tu n’es pas plus à toi.

Tu es Celle que mon esprit forgera

Å l’aune de mes rêves les plus fous.

Tu seras Celle que j’aimerai

Au plus haut du ciel,

Celle que j’aimerai

Å la lumière du jour.

Celle que j’aimerai

Sur la terre noire.

Celle que j’aimerai

 Comme j’aime

Cette grise ligne d’oiseaux.

Celle que j’aimerai telle Ophélie

Connaissant sa dernière eau.

Et je serai Celui qui te rejoindra

Au-delà de ta chair

Dans cette âme liquide

Que tu seras devenue.

 

Cette ligne d’oiseaux

sur le désert du Monde

 

 

 

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17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 10:24
Comme un signe sur l’eau

 

« Entre sel et ciel

Pointe de l’Angle »

 

Photographie : Hervé Baïs

 

***

« Un signe nous sommes,

privé de sens … »

 

Hölderlin

 « Mnémosyne »

 

*

Comme un signe sur l’eau

Un chemin s’ouvre

Nous faut-il le suivre ?

 

Vois-tu, il en est de la vie

comme des choses,

elle passe, suit son cours

et toujours nous sommes

orphelins de son être.

Toujours nous sommes

en avance.

Toujours nous sommes

 en retard.

Y a-t-il eu,

au moins une fois

dans notre existence,

cet instant magique

qui nous eût permis

de coïncider

avec nous-même,

d’être en accord,

de sentir,

au fond de nous,

le fruit d’une plénitude ?

Nous cherchons,

nous lançons nos mains en avant,

mais nous ne saisissons jamais

que notre propre effroi,

notre propre vide.

As-tu- déjà éprouvé,

Toi l’Étrangère,

dans le pli secret

 de ta chair,

plus qu’une once

de solitude,

 une réelle joie

de te percevoir

en ton entièreté,

de ne nullement laisser,

 derrière toi,

ces traces de perdition

qui te déterminent

en ton fond ?

Nous, les Hommes,

vous les Femmes,

sommes des archipels

qu’une eau claire a désertés,

 il ne demeure qu’un

sable infertile qui,

loin de nous réunir,

nous disperse,

pareil à ce pollen printanier

 qui, jamais, ne connaît

le lieu de sa destination.

Il erre, de-ci, de-là,

se confiant à ce qu’il croît

être son destin

 mais qui n’est

que pure perdition.

 

Comme un signe sur l’eau

Un chemin s’ouvre

Nous faut-il le suivre ?

 

Toi l’Étrangère

en ta native étrangeté,

- mais ne sommes-nous déjà

étrangers à nous-même ? -,

Toi qui poursuis

ton chemin à l’aveugle,

aperçois-tu le désespoir

qui nimbe ma tête

d’une auréole floue,

diaphane,

mes yeux y perdent

leur pouvoir de voir ?

 Seules demeurent des larmes

 pareilles à un cristal vibrant.

Non, je ne cherche

nullement

ta compassion.

Non, je ne cherche

nullement

ton amour.

Non, je ne cherche

 nullement

ta considération.

Compassion est inutile.

Amour, jamais,

 n’est exaucé.

 Considération est toujours

considération de Soi.

Ceci, l’Étrangère,

tu le sais,

ceci qui nous désigne

tels des Iliens

dont même l’Île

aurait perdu ses contours,

se dispersant parmi

les flots de l’incertitude.

 Me trouveras-tu

 pessimiste ?

penseur triste ?

 Homme aux

abyssales pensées ?

S’il en est bien ainsi,

tu auras tracé

les limites d’une Vérité,

 tu auras donné

à la Condition Humaine,

dont je suis l’illisible fragment,

ses lettres de noblesse.

L’Humaine Condition est bâtie

autour d’un vide

et les milliers de langages

 de notre hystérique Babel

n’y pourront rien changer.

Jamais le vide

ne s’habille de paroles,

 le vide est silence,

 le silence est le chiffre

du nul et du non avenu.

Le silence est la matière

qui nous habite avec sa

plus constante détermination.

 Parfois nous croyons

proférer des sons,

articuler des mots

mais ce sont les mots,

 les sons qui abusent de nous,

se jouent de qui-nous-sommes,

nous faisant croire

à notre illusoire prestige.

Nous ne possédons

nullement le Langage,

c’est le Langage

qui nous possède

et décide de nous

jusqu’en nos murmures

les plus inaperçus.

 

Comme un signe sur l’eau

Un chemin s’ouvre

Nous faut-il le suivre ?

 

Toi, L’Étrangère,

je vois ton regard se porter

sur ce lumineux paysage.

Je devine, en toi,

ces milliers de ruisselets

d’un espoir qui voudrait

la transparence,

 qui voudrait le SENS,

au moins une fois accompli.

Oui, ce paysage est beau

 qui pourrait se décliner

sous les mots de Joie,

de Félicité, de Bonheur.

Certes, mais tu le sais,

tout comme moi,

un mot s’absente

qui fait s’écrouler

le château de sable

 de nos croyances.

 Ce mot qui manque,

ce mot qui résonne

de sa privation,

je le vois se former

sur la douce pulpe

de tes lèvres,

 je le vois s’inscrire

en lettres Majuscules

 sur le parchemin

 de ta peau :

 

SACRÉ

 

   Ce que disait le Poète Hölderlin,

c’était bien la perte du Sacré,

les dieux nous sont loin

dont nous n’entendons

plus la voix.

Ayant perdu les dieux,

 nous nous sommes perdus

à nous-même,

 nous avons fait

de notre solitude

le lieu d’une geôle.

Mais regardons

tant qu’il est encore temps

et disons la Beauté en son

immédiate signification.

 Le Ciel court là-haut,

tout là-haut,

là où sont les dieux

qui ne cherchent

même plus à nous voir,

le Ciel est leur seule patrie,

le Ciel est leur seule ouverture.

 La Terre est parcourue

de trop de failles,

la Terre est semée

de lézardes dans lesquelles

les Hommes se fourvoient.

 De fins Nuages,

à peine une gaze,

glissent sous la

pellicule du Ciel.

Peut-être ne sont-ils

qu’une joie qui s’efface

 et s’épuise à nous dire leur être,

nous ne le voyons pas.

Blanche est la ligne de l’Horizon.

Pure est la ligne de l’Horizon

qui se dissout dans la résille dense

de notre indifférence.

L’Eau est une grande

plaine neigeuse,

un genre d’âme qui flotte

et ne connaît nulle limite.

L’onde est si claire,

si lumineuse,

nos yeux s’y abîment

et en ressortent éblouis,

égarés.

Ils ne savent plus y lire

la belle mesure de la Poésie,

 ils ne savent plus y déchiffrer

la lettre de ce qui vient à nous

dans la pure faveur,

la grâce infinie des choses.

Et que sont ces Bâtons Noirs

qui émergent du Néant ?

 Et que sont ces Portiques,

 vers quel Mystère

nous conduisent-ils

dont nous avons désappris

le singulier alphabet ?

Nous sommes placés là,

 entre Ombre et Lumière,

 nous sommes d’étranges

Clairs-Obscurs,

 des êtres de Présence

dont une Absence

vient aussitôt ôter

la prétention à être.

Vois-tu, L’Étrangère,

si je peux te rassurer,

c’est à moi que je suis

le plus Étranger.

J’ai perdu le chemin

du Sacré,

celui qui dit l’Être

en sa multiple splendeur.

 Mon propre chemin,

si tu m’as suivi.

M’aideras-tu

à le retrouver ?

Je suis si séparé

 de-qui-je-suis,

je suis la Césure même

 par laquelle le Vers se dit,

 je suis le Milieu du Gué.

Aide-moi à franchir

la distance

qui me sépare de moi.

Là seulement sera

la réponse à l’énigme.

Deux moitiés assemblées

 forment-elles une Unité ?

Es-tu cette Moitié

au gré de laquelle

gagner ma complétude ?

Non, ne réponds pas,

le Silence sera ta réponse,

l’Attente ma Joie.

 

Comme un signe sur l’eau

Un chemin s’ouvre

Nous faut-il le suivre ?

 

 

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 08:51
De quel écueil ?

« Entre sel et ciel »

Etang de Leucate

 

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

Toujours nous errons quelque part

au large de nous-même

mais nous ne savons guère

quel est le lieu

de notre navigation,

 le terme de notre voyage.

Déjà, enfant, nous n’étions

guère à nous, partagé

que nous étions

entre des Parents

certes aimants

mais dont nous étions

une manière de possession,

au moins symbolique.

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

Comment nous trouva

notre âge adolescent,

 si ce n’est sur cette ligne flottante,

cette sorte de césure s’installant

entre ses premières amours

et un Soi aux illisibles frontières ?

 

Et notre âge mûr, bien plutôt

que de nous délivrer

de nos angoisses,

de nos cauchemars

nous précipita,

 tête la première,

dans cet abîme du temps.

 Nous arrimions nos bras

 au bord de la faille,

conscients cependant

que l’heure s’écoulerait

et nous avec elle.

 

Que dire de l’arrivée

de notre vieillesse

 si ce n’est que, plus

qu’une césure, une faille,

 elle est dépossession de Soi,

les rémiges qui, autrefois,

assuraient notre vol,

les voici dispersées

aux quatre vents

et nous sommes des Icare

dont le vol hauturier,

bientôt, s’interrompra,

trouvera sa chute

 et nous n’aurons

même plus de langage

pour témoigner

de notre désarroi.

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

Toujours nous avons

pensé ceci,

notre finitude en sa

braise la plus vive.

Pourquoi aujourd’hui,

brasille-t-elle

avec tant de force ?

Nous en sentons le feu

tout au bord de notre visage

comme si nos traits intimes,

singuliers,

l’emblème de qui-nous-sommes

se réduirait bientôt à néant.

Nous aurions trop tiré

 sur notre peau de chagrin.

De notre peau

plus de trace visible.

 De notre chagrin

la rutilante clarté.

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

Pourquoi, en cet aujourd’hui

 qui devrait être si beau,

 nous sommes vivants,

n’est-ce pas ?

Pourquoi de telles

idées sombres

nous assaillent-elles ?

Pourtant, devant nos yeux,

l’image est belle qui dit la Nature

en son éternelle faveur.

 

Le Ciel est une suie haut levée,

un voile nous dissimulant

les rivages de l’Eternité.

Puis le Ciel se décolore,

devient lisse, diaphane,

il fait penser au fin

duvet de l’oiseau,

à l’écume d’une naissance,

à la virginité

de la fleur de lotus.

Nous sommes heureux

de ceci et pourtant,

 nous sentons nous frôler

de noirs freux,

des oiseaux de malédiction.

 Pourquoi ne peuvent-ils supporter

 l’étincelle d’une mince joie ?

Qui sont ces freux

qui croassent et criaillent ?

Des métaphores de la Mort ?

La croix de nos péchés

 cloués en plein Ciel ?

L’ombre d’une malédiction

depuis toujours

à nous destinée ?

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

L’horizon est une ligne

 blanche cendrée,

un mot à peine murmuré

sur la marge du jour.

Il y a beaucoup de paix

en cette paisible venue.

Il y a encore beaucoup d’espoir

 à pousser devant Soi

et pourtant notre Ciel s’obombre

de bien funestes couleurs.

Est-on perdu à jamais

dès que l’on vient au monde ?

Non, la question n’est

nullement puérile.

Elle sort simplement

d’une tête assiégée par la peur

car la Lumière baisse

et les paupières sont étrécies

qui filtrent les messages

du Monde.

Il fait noir soudain

et la tête est un chaudron

où bouillonnent des idées

de soufre et de geysers.

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

L’eau est étale, calme, lisse,

seulement quelques rides

près du rivage

 et la palme d’une félicité

 partout étendue.

Cependant, que viennent

nous dire ces piquets

qui sortent de la vase

et se disposent

à trouer le Ciel ?

Cependant, que profère

cette barque où seules

 la proue et la poupe

émergent du fond lacustre ?

Que connaissent les

planches de la carène

sinon les ondes silencieuses

d’un Néant infini ?

 Nul n’en peut sonder

le vertigineux abîme.

 Que nous dit ce beau paysage

 que nous savons depuis toujours

mais dont nous ne voulons

entendre le cri secret

 et nous enfonçons

dans les conques de nos oreilles

d’épais bouchons de cire,

et nous obturons nos yeux

de lourds opercules,

et nous intimons à nos gestes

l’immobile attente,

et nous immergeons notre esprit

dans un fluide glacial

et nous cernons notre âme

d’une ouate dense

qui est pareille

 à une blanche geôle ?

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

Que nous dit l’ÉCUEIL

en son lexique si étroit,

il pourrait bien disparaître

et alors nous serions SEUL

face à l’Eau,

face au Ciel.

 

Nous serions SEUL

face à notre SOLITUDE.

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

 

 

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 09:06
Le Cap en sa venue

Du cap de l’Abeille…au cap Béar …

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Que nous disent-ils dont, jamais,

nous n’aurions été alertés ?

Les Caps ne sont-ils

l’avancée de nos têtes

dans la diaphane

brume de l’exister ?

Nos pieds foulent le sol

d’humaine destinée,

mais ils n’intéressent

nullement le monde.

Ils sont trop prosaïques,

ils se confondent trop

avec le sol dont

 ils émergent à peine.

Seules comptent nos têtes,

nos Figures de proue,

 les images de notre

intime Épiphanie.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Nous les Hommes,

nous les Femmes

sommes identiques

à la lourde stature

de la Terre.

 En nous courent

 les sillons de glaise.

En nous germent

les humus

de nos croyances.

En nous se lèvent

les épis

de nos moissons.

Nous sommes

d’ombreuses argiles,

des tessons

d’antiques poteries

 jonchant le parcours

de la vaste geste humaine.

Mais d’être Terre

ne suffit pas.

Nous avons besoin

d’un Ciel

et, surtout, nous avons

besoin d’une Mer.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Les deux Caps

sont sombres,

couverts de nuit.

Pourtant en eux

 est logée

la pointe extrême

 de la conscience,

le lumignon de la lucidité.

Mais la conscience,

mais la lucidité ne constituent

 à elles seules un territoire,

 une parcelle seulement.

La Terre des Hommes

et des Femmes

a enfin rejoint

son port d’attache,

l’ancre a été mouillée

qui se fixera

 à une manière

d’éternité.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Les Caps sont de lourds cétacés

échoués au large d’eux-mêmes.

L’Abeille est un pollen triste,

un nectar éteint.

 Le Béar est un massif de roches

qui a trouvé le terme

de son périple.

Béar, Abeille,

 deux destins

 parvenus à l’extrémité

de leur être.

Un long sommeil

tout contre la plaine

 étincelante de la Mer.

Le vif de l’exister

s’est ici assoupi.

Ce que veut la conscience,

la contre-venue de l’Inconscient,

 ce réservoir immense des Rêves,

cette fécondation

infinie des Songes.

Ce que veut la Lucidité,

cette Aire Blanche,

cette Écume encore

plus lumineuse

qu’elle ne l’a jamais été,

 elle, la Lucidité,

la clarté humaine.

Car la Mer renferme

dans le luxe de ses abysses

bien plus que l’Homme

ne pourra jamais trouver en soi :

le secret de l’Homme

 en tant qu’Homme,

la pliure originelle

de sa venue au Monde,

 l’Onde qu’un jour il a été,

dont il a oublié

jusqu’au souvenir.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

L’on se recule,

l’on prend du champ

et alors que voit-on ?

On voit l’âme même

de la Poésie,

autrement dit l’immense

 beauté du Paysage,

autrement dit la gloire

infinie de la Nature.

Les Caps sont beaux

dans leur racinaire finitude.

Ils sont là allongés devant,

 ils sont là pour dire,

 précisément, le Cap

de tout cheminement

sur Terre.

Ils sont le Cap

vers le Grand Nord,

ils sont lumière

du Septentrion.

Ils sont lumineuses

aurores boréales.

Ils sont le Cap

 d’une Espérance Bonne,

d’une joie attachée

 à toute chose.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Les nuages sont haut,

très haut.

Ils regardent la Terre,

ils regardent la Mer.

La Terre se sait belle

d’être regardée.

 La Mer se sait belle

d’être regardée.

 Le Monde est beau,

en sa pure beauté

circonscrit.

Tout joue avec tout.

Tout conflue en tout.

Tout est en tout,

comme la malice

est dans les yeux de l’Enfant,

 pur prodige d’être en un seul

 et même empan de Soi.

Le Soi est Soi en Soi,

 pour plus loin que Soi.

 Le Soi est la Merveille.

 Merveille de toute chose

 en sa grâce retirée.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Tout est écho.

Tout est réverbération.

Tout est dialogue.

Abeille n’est que

grâce à Béar.

Abeille et Béar

 ne sont que

 grâce à la Mer,

à son blanc

 surgissement.

Nuages ne sont que

grâce à Abeille,

à Béar,

 à la Mer.

Abeille-Béar-Nuages-Mer,

infinie complétude

qui dit la Présence

 en son mode

 le plus accompli.

Conscience, Lucidité

ne sont en mode d’être

qu’au regard

d’Inconscient,

de Secret,

de Mer retirée

en ses golfes inaperçus.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Grand est le Destin de l’Homme

lorsqu’il se confronte à ce qui,

plus Grand que Lui,

jamais ne l’aliène

 mais trace le cercle invisible

de sa propre Splendeur.

Des heures là,

des jours là,

des années là,

 on pourrait,

 on devrait

demeurer

sous le cercle

agrandi du Ciel,

sous la bannière grise

des Nuages,

face aux terrestres Cétacés,

 face à l’Immense

de la Plénitude Marine

 en son vertige brodé d’Infini.

La Nature est une Grande Chose.

 L’Homme est une Grande Chose.

Les invisibles fils de la Poésie

sont là qui les unissent,

tressent à leurs fronts

les palmes de la Pure Joie.

Tout est Hymne

qui vient à nous

dans la félicité

du Paraître.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 08:46
Au plein de Soi

« Tout ce dont

vous avez besoin

est déjà en vous »

 

Œuvre : Dongni Hou

 

***

 

Au plein de Soi

 

Cette simple phrase

venait à la manière

d’une ritournelle.

Elle, Vakandi,

 l’Attentive,

cherchait autour d’elle

ce qui pouvait la conforter,

la rassurer en son être.

Vakandi était sensible

à tout ce qui l’entourait :

la pâleur infinie du ciel,

la trace diaphane du nuage,

le tremblement blanc des bouleaux,

la survenue du premier frimas,

la chute de la feuille

 sur le sol d’automne.

Elle était elle, en elle,

au-dehors d’elle.

 Elle était qui elle était

à se projeter sur les choses,

à saisir le vol erratique du papillon,

à deviner la texture de l’air,

à apercevoir un sourire

sur un visage aimé.

 

Au plein de Soi

 

Toujours Vakandi avait cru

que le bonheur était une brise

flottant tout autour de soi,

que la joie était

une cristallisation

 qui se posait

sur l’écume de la vague,

sur la lisière de la forêt,

sur le bord souple de l’âme.

Vakandi était à soi hors de soi,

pareille à ces feux-follets,

à ces minces lueurs

qui venaient d’on ne sait où,

allaient on se sait où,

une simple brume flottant

sur le visage du Monde.

Le Monde de Vakandi était

toujours Monde de l’Autre :

ce qui était hors,

ce qui était lointain,

 ce qui différait,

ce qui allait et venait devant

 le globe ébloui des yeux.

 

Au plein de Soi

 

Mais que voulait donc dire

cette antienne énigmatique ?

 N’était-on toujours

au plein de Soi ? 

Et pourquoi cette Majuscule

à l’initiale du mot ?

Que voulait-elle signifier ?

L’unicité du Soi ?

Son Essentielle mesure ?

Un Orient qui vivrait en son abri ?

 Le Soi en Soi et plus rien autour

que le silence et la chute du jour ?

Ce que Vakandi savait

à la façon d’une certitude,

c’est que le Soi était

un pur mystère,

qu’il fuyait à mesure

 que l’on s’en rapprochait,

qu’il n’avait nul contour,

ne connaissait nulle frontière,

qu’il était semblable au trait

arrondi d’un cercle,

à la crète d’une montagne

 nimbée de rosée,

à l’eau grise de la lagune.

 

Au plein de Soi

 

Toujours Vakandi avait

été en quête de Soi,

Attentive à ses diapreries,

ses floculations,

 ses irisations.

Longtemps elle avait

cherché

le Soi au loin d’elle,

dans les sillons de glaise,

sur la cime des grands arbres,

l’immensité de la Mer,

les pays aux noms exotiques,

les courbes des méridiens,

les ciels azurés au-dessus

des clairs lagons.

Cherchant ceci,

elle n’avait rencontré

 que la vacuité de l’Espace,

la mobilité infinie du Temps,

d’insaisissables esquisses,

des pastels à peine affirmés,

des traits de graphite

que gommait

 l’obstination des choses

à ne nullement demeurer,

la fugue toujours

ouverte du présent,

sa fuite déjà dans un passé

qui ne proférait plus rien,

se dissolvait dans les mailles

floues des événements.

 

Au plein de Soi

 

Puis elle avait fui

 la matière trop lourde,

trop dense,

avait cherché la transparence

dans la fiction des romans,

avait cherché la limpidité

dans le rythme d’un poème,

avait cherché refuge

dans un adagio,

 un air de violoncelle,

une romance triste.

S’allégeant, elle faisait

de son Soi un simple souffle,

un chuchotement,

un silence entre deux mots.

Peut-être le Soi n’était-il

qu’une illusion,

une impossibilité,

 un espoir fou que le

premier vent emporterait ?

 

Au plein de Soi

 

Comment dire Vakandi autrement

qu’à en tracer l’empreinte si légère

sur la face d’une toile de lin ?

Les cheveux de Vakandi ?

Une auréole de lumière grise,

des reflets si doux,

la touche discrète d’une pensée,

la délicatesse d’un sentiment.

Le visage de Vakandi ?

Une blanche glaçure,

un poudroiement de Colombine,

le sérieux d’une attention.

Les yeux de Vakandi ?

Deux points noirs,

ils sont semblables

 à des virgules

sur le vierge de la page.

La bouche de Vakandi ?

Deux traits à peine affirmés,

on y devine la lente

germination des mots,

la possible efflorescence

 de la confidence,

la naissance, bientôt,

du poème.

Les bras de Vakandi ?

Deux tiges pleines de grâce

qui soutiennent l’à peine

insistance du visage,

sa muette interrogation.

Le corps de Vakandi ?

Deviné seulement, manière

de présence-absence

que souligne

une robe opalescente

semée de fleurs délicates.

L’attitude de Vakandi ?

Claire, droite, absorbée

dans la vision d’un coquillage

 posé sur le marbre d’une coiffeuse.

La disposition de Vakandi ?

Claire, droite mais songeuse,

infiniment songeuse,

 comme au bord

d’une hallucination.

 

Au plein de Soi

 

Où le Soi de Vakandi

en cette minute fixe,

en cet instant de suspens,

le Temps est arrêté pour

 un genre d’éternité.

Où le Soi de Vakandi ?

En elle, au plein le plus

secret de son être ? 

Sur le seuil de son propre monde ?

Hors d’elle, projeté dans les spires

de l’énigmatique porcelaine ?

Où le Soi ? Où le voir ?

Peut-on au moins

le rencontrer, le dessiner,

 le projeter sur l’écran

 de sa propre conscience ?

 C’est si indéterminé le Soi.

Si abstrait.

Réduit à ses trois lettres

 S-O-I :

 

S pour Source

O pour Origine

I pour Infini

 

Comme pour nous dire

la Source inaperçue,

 l’Origine cachée,

l’Infini qui se profile

sous l’horizon

des interrogations.

Toujours nous serons

des Métaphysiciens

aux mains vides,

des Magiciens sans cartes,

des Alchimistes courant après

l’ultime Matière

supposée devenir Esprit.

Mais comment comprendre tout ceci : 

en devenant Humain plus qu’Humain ? 

En s’extrayant de sa propre condition ? 

En se métamorphosant en ces Démiurges

qui procèdent à leur propre venue ?

 

Au plein de Soi

 

S-O-I avec des tirets

 entre les lettres,

comme pour nous dire

symboliquement

l’irrémissible quête,

le questionnement

en forme de vortex,

le contour de l’aporie.

 Il n’y a jamais

de Soi qu’en Soi,

à l’abri de toute

investigation.

Questionner le soi,

c’est déjà le réifier,

lui donner statut de Chose,

lui infliger une

immanente présence.

 Le Soi est le Soi.

Le Soi est tautologie.

Le Soi est à lui-même

son propre Pour-Soi,

son intime liberté.

 

Au plein de Soi

 

« Tout ce dont

vous avez besoin

est déjà en vous »,

 

tel est le titre conféré

à cette belle œuvre.

Ne nous dit-il le Soi

 tel qu’en lui-même

depuis toujours assumé ?

Ne nous dit-il le Soi

à la manière

de la Beauté ?

Indéfinissable,

impérissable,

 imprescriptible.

Le Soi est de la nature

des choses qui se profilent

 à l’horizon,

ne profèrent jamais

leur nom

qu’à s’absenter,

 la scène du monde

est trop étroite

pour accueillir le Soi.

Il est la Vastitude même,

l’Illimitation,

l’Insondable.

 

Il est le SOI.

 

Il est Œuvre accomplie.

 

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29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 10:10
Du non-sens à l’évidence

 

Printemps en Corbières…

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

 [Incise - Ce qui va suivre, sous forme de poème, d’ode, d’hymne en leur plus commune modestie, n’a de sens qu’à s’inscrire dans la trajectoire qui, partant du non-sens constitué par la non-reconnaissance de la Nature, s’élève progressivement pour se découvrir à la manière d’une Evidence dont nos yeux, tachés d’une habituelle cécité, n’ont aperçu que l’écume de surface à défaut d’en surprendre l’étonnante et foisonnante profondeur. Oui, chacun le sait, la Nature est notre fondement humain, elle est l’Être par excellence et sans doute le Seul à qui nous puissions élever quelque temple, gravant sur son péristyle cette belle formule d’Héraclite l’Obscur :

 

"Nature aime à se cacher"

   

   Or rien de ce qui est grossier, fruste, vulgaire ne cherche à se dissimuler pour le simple motif que le prosaïque est la seule raison d’être de l’insuffisance, du manque-à-être, de l’incomplétude. Seuls le beau, l’aimable, le gracieux ont besoin d’une obscurité native de manière à ménager, en eux, ce qui paraîtra sous les auspices d’une joie simple, donatrice de sens. C’est à nous, les Hommes, de dévoiler l’agrément dont toute chose porteuse d’évidence est tissée avec la plus belle réserve qui soit. Réserve est distinction, réserve est élégance. Si la Nature se donne parfois sous des paysages grandioses, sous des parutions sublimes, elle n’est pas moins estimable lorsqu’elle prend le visage du Simple, du Modeste, de l’Inaperçu. Ce thème de la Simplicité traverse mes écrits à la manière d’un leitmotiv, leitmotiv que vient redoubler, avec un pur bonheur, l’œuvre exigeante d’Hervé Baïs, belles photographies en Noir et Blanc qui m’ont souvent servi de prétexte pour broder quelque propos d’essence sans doute obsessionnelle.

   Mais, par nature, sans jeu de mots, la Nature est elle-même obsessionnelle puisqu’elle persiste et signe dans on être malgré les atteintes mortelles que, chaque jour qui passe, nous commettons à son encontre. Certes méditer ne suffit pas. Agir est nécessaire. La photographie est le premier pas, l’écriture le motif qui vient en second, une manière de greffe sur la tige du réel. Nous avons à être les Jardiniers attentifs de cette floraison qui nous a portés au jour, que nous devons servir en retour avec amour. C’est bien le moins que nous puissions faire en direction de la Naturante dont nous ne sommes que les naturés, autrement dit les obligés. Merci à vous d’avoir lu jusqu’ici.]

 

*

 

« Nature aime à se cacher »

 

Toi, la Naturante,

 la Grande,

l’Immense Naturante,

combien ta prodigalité

est sans limite.

Certes tu nous offres

beaucoup

 et nous, les Hommes,

 ne voyons rien.

Et pourtant nos yeux

devraient être comblés

à seulement voir

le plumage bariolé de l’Ara,

 les teintes chatoyantes

du Grand Canyon,

les ramures écarlates

des Flamboyants

et pourtant nous devrions

être à satiété,

laisser emplir notre corps

de la lumière étincelante des Rizières,

des cristaux de sel du Salar d’Uyuni,

des herbes couleur de soufre

des vastes Steppes.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Toi-la-Naturante

dont les faveurs

sont immenses,

toi qui jamais ne taris,

 toi qui chantes

la beauté du Monde

selon d’infinis harmoniques.

Nous ne sommes que

Les-Rejetons-naturés

de qui tu es,

Toi-la-Naturante.

Mais nous les Hommes

de faible destinée,

nous sommes imaginés

pouvoir nous hisser

à ta Hauteur,

te servir au seul motif

de notre intelligence,

te dépasser même  

tellement nous jugions

notre génie sublime.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Toi-la-Naturante,

 nous t’avons dérobé

tout ce que tu possédais,

nous avons creusé ton ventre

 pour en extraire

 tes merveilleuses gemmes,

nous avons fouillé tes entrailles,

exhumé tes métaux précieux,

 prélevé tes sucs millénaires,

nous les Hommes

sommes venus à la curée

 et n’avons eu de cesse

de manduquer jusqu’au plus

infime de tes nutriments.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Nous les Hommes

de faible constitution

sommes capables

de grandes choses :

élever de hauts monuments

au fronton de l’Histoire,

servir la Science

et lui faire accomplir

des prodiges,

écrire les Poèmes

les plus hauts,

dresser les belles

 cimaises de l’Art,

y accrocher des œuvres

impérissables.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Mais nous les Distraits,

nous les Inconscients,

nous les Somnambules

 avançons au sein

de notre ombre,

 sans souci aucun

d’y trouver quelque clarté,

 quelque raison d’espérer.

Nous-les-naturés

issus de ton sein,

nous sommes devenus

au fil du temps

les dénaturés

qui ne savent plus reconnaître

la trace de leur chemin.

Désormais,

il nous faut apprendre

à nouveau à être Hommes

jusqu’au plein de notre conscience,

dissiper les brumes de nos erreurs,

 écarter les voiles de l’inconnaissance

et avancer sur le sentier de l’exister

avec le regard clair,

les mains blanches,

l’allure de ceux

qui cherchent

le Bien et le Beau.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Long est le périple,

difficile la tâche,

mais exaltante la course

au terme de laquelle

 nous nous retrouverons

Hommes en tant qu’Hommes

et rien au-delà

qui pourrait altérer

les pages d’une

vierge condition.

Toi-la-Grande-Naturante,

 La-Pourvoyeuse-de-toutes-choses,

 nous faisons le serment

de te reconnaître

au plein de ta puissance,

 de te fêter dignement,

de nous incliner

sur ton passage.

De toi, la-Naturante,

nous regarderons tout

avec ferveur et respect,

aussi bien le faste de

tes Immenses Glaciers,

les crètes immaculées

de tes Montagnes,

le dôme de mercure

 de tes Océans.

Mais, aussi bien,

nous veillerons

au Menu,

au Modeste,

au Simple.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Aussi regarderons nous

 avec attention

ce ciel clair tissé d’argent

que traverse la laine

grise des nuages.

Aussi regarderons-nous

cette lueur du Ciel

partout répandue,

une Vérité venue à nous

dans la discrétion,

ce Poème retenu.

Aussi regarderons-nous

la courbe alanguie des Collines,

leur simple trait de charbon

qui unit la Terre et le Ciel,

image parfaite

de l’Alliance,

du Partage,

 du recueil des Affinités.

Aussi regarderons-nous

avec l’émerveillement

 qui convient aux enfants,

la ramure blanche de l’arbre,

son miroitement

sur la batiste légère du ciel,

sa parole à peine venue,

elle est pour nous,

elle est pour les Choses,

elle est pour Elle

en sa neuve clarté.

« Nature aime à se cacher »

 

Toi-la-Naturante,

combien il t’a fallu

de savoirs accumulés,

 d’habiletés pour

faire se hisser

de la sourde glaise,

ce tronc aux écailles célestes,

ces branches entrelacées

qui nous disent

la beauté du Jour.

Combien de patience,

 combien de générosité,

combien de mérites

auxquels nous sommes

restés aveugles,

sourds et muets !

Nous n’aurons trop

de notre vie entière

pour combler nos errances,

calmer nos douleurs,

 poser un baume

 sur nos manques,

tisser au plein de notre être

cette Ode que nous

aurions dû t’dresser,

cet Hymne que nous aurions

dû chanter à ta gloire.

 

« Nature aime à se cacher »

 

Oui, toi-l’Abondante,

Toi-la-Bienveillante,

Toi-l’Attentive

 nous te remercions

de nous avoir adressé

ce paysage d’herbe grise

qu’effleure la lumière,

ce clair chemin qui ondule

parmi la solitude de l’heure,

nous dit la seule voie possible

pour un Destin humain :

être Soi jusqu’au

 plus loin de Soi,

être Soi

pour le ciel,

 pour le Nuage,

 pour la Colline,

 pour l’Arbre,

pour toute cette

multiple affluence

qui trace les limites

de notre humanité.

Merci infiniment,

 Toi-la-Naturante

qui es notre

 Mère à tous.

Sans toi,

ni le Ciel,

ni la Terre,

 ni la Lumière,

ni les Mots pour te dire.

Nous-les-Rejetons-naturés

 devons nous incliner

jusqu’au sol,

chanter pour Toi,

prier pou Toi,

aimer pour Toi.

Toi-la-Naturante.

 

« Nature aime à se cacher »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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