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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 09:00

 

 

La sentence du Président Simonet.

 

 

DAUMIER Avocat au placet 

Honoré Daumier : L'Avocat au placet.

 

 

 

  On commençait juste à composer la liste des membres du Tribunal, avec le Juge, les Assesseurs, le Greffier et tout le cirque lorsque, tout à coup, qu'est-ce qu'on voit sortir des ombres des peupliers, tout en haut de l'Avenue ? On voit la Vamp de Saint-Trop avec les lunettes, un reste de maquillage, la perruque, les escarpins; donc on voit "Marcelle" ou "Marcel", c'est au choix, qui descend le bitume en chaloupant et la Pin-up dans le cœur tatoué, elle chaloupe aussi mais, allez pas croire qu'on va être indulgents, qu'on va s'y laisser prendre au piège de Pittacci et la sentence on l'aura prononcée avant même qu'il arrive au banc et l'exclusion définitive du "Club des 7", il s'y attendra pas le Marcel et ça, il le digèrera jamais et peut être il en fera une jaunisse mais fallait qu'il réfléchisse avant et, juste au moment où le Président Simonet, du haut du banc où il a grimpé pour l'occasion, va dire la "Voix de la Justice", eh bien le Pittacci - ou ce qu'il en reste -, déboule au milieu des bancs, essoufflé, avec du rimmel qu'a coulé sur les joues et de la poudre de riz qu'a dégouliné sur le menton et, avec des sanglots dans la parole, le Salaud, il nous dit :

 

  "Oui, je sais, j'ai fait une entorse au règlement, mais c'était pour...la bonne cause...au Cleup j'y suis allé comme une taupe de la C.I.A....pour choper à vif l'esprit du Cleup...et pour ça, faut dire, j'ai rien perdu...et je vais vous raconter...ce qui s'y trame à "L'Eternelle Jeunesse"...eh bien, ce qui s'y trame, c'est que nos Conjugales...oui, la tienne Sarias; la tienne Simonet; ta moitié, Labesse..., eh bien elles vont monter un Cleup concurrent, même elles se sont pas foulées...elles l'appelleront "Les Copines d'abord"...elles iront voir le Maire qui leur vissera des bancs comme les nôtres...et vous voyez d'ici la catastrophe...sauf que c'est imminent du point de vue du passage à l'acte...d'après ce que j'ai compris...c'est comme une sorte d'ultimatum...ou on leur fait un peu de place à nos dulcinées...ou elles dégoupillent les grenades, elles ont dit...et alors là, ça va saigner!...et je crois qu'il vaut mieux mettre un peu d'eau dans notre Artaban..."

 

   Le Président Simonet coupe court à l'épanchement avant que les paroles de Marcel aillent grossir la Leyze et, du haut de son avisement, alors qu'on est tous muets comme des carpes qui écouteraient l'Aristote, le Simonet, de ses mots apaisants :

 

  "En tant que Président, je me dois d'assumer une décision qui, sans doute, en contrariera plus d'un, mais qu'il convient de mettre en œuvre afin que la justice se rétablisse sur cette Place du Marché, sur ce microcosme qui reflète le macrocosme, le Grand Tout. Car n'oubliez pas que le monde nous regarde comme nous regardons le monde et que, chacun de nos agissements se joue en miroir sur la grande scène de l'Humanité. Alors, mes chers Amis, bien qu'il m'en coûte, je vais trancher dans le vif, sachant par avance que votre magnanimité, votre sens de la justice, votre disposition à l'égard du devoir apaiseront la rigueur d'une volonté seulement attentive à rétablir l'ordre des choses.

  C'est vrai, à vivre chaque jour plongés dans notre cocon, nous en avons perdu le sens des réalités. Nos chères Conjugales souffrent seulement d'être exclues de notre chaude amitié qui élève, tout autour de nous, des barrières semblables aux fortifications d'Alésia. Elles aussi, elles en veulent un peu du bon gâteau de la gauloiserie, elles en veulent un petit morceau de cette Place pour coller leurs yeux à la lunette du "Grand Cirque Humain". Elles veulent voir la parade, les clowns et les jongleurs, les saltimbanques et les bateleurs; elles veulent en profiter des tours des magiciens qui habillent la réalité des habits d'Arlequin ou de Pierrot ou de Polichinelle; elles veulent l'entendre le bruit du monde avec tous ses soupirs, ses halètements, ses syncopes, ses sirènes qui hurlent, ses mélodies en forme d'attrape-nigauds; elles veulent les écouter les grandes déclarations d'amour des amoureux qui vivent sur la Terre, des Don Juan, des Casanova, des modestes transis d'amour et qui n'osaient pas le dire leur amour de peur que ça empêche le monde de tourner en rond; elles veulent voir  les "GRANDS" de ce siècle avec leurs habits d'hermine et leurs chamarrures, leurs vêtements de brocart; elles veulent y regarder au-dessous des grandes robes de ces Messieurs, pour savoir ce qui s'y passe vraiment , juste histoire de voir s'il n'y avait pas anguille sous roche et manœuvres sournoises; elles veulent les dépouiller de leurs vêtements, les midinettes de "Gala"; elles veulent égratigner le vernis des ongles du show-biz, soulever le voile des étranges lucarnes qui, le soir, bleuissent les appartements de leurs lueurs trompeuses, souvent démentes, parfois mortelles à force de maquiller les paroles, d'en faire des projectiles, des missiles au service du Pouvoir, des Nantis; elles veulent aller faire un tour du côté de la Corbeille, regarder la Bourse comment elle tourne, voir si les Riches ont une âme et à quoi elle ressemble, si elle n'a pas des ailes en forme de yens ou de dollars, des élytres pour éblouir les pauvres, des buccinateurs pour les manduquer, les digérer, les faire disparaître de la surface du globe, et après tout c'est pas de leur faute aux Riches si les pauvres sont pauvres, s'ils ont le ventre vide et les mains grand ouvertes sur le Rien, c'est pas de leur faute, alors qu'ils circulent, les pauvres, y a vraiment rien à voir !; elles veulent s'asseoir dans les salles obscures où, sur le grand écran, s'agite la grande pantomime; elles veulent connaître l'envers des choses, repérer les coutures, les abîmes, forer les interstices, creuser les os, sucer la moelle, car, voyez-vous, je vous le dis en tant que Président du Tribunal, il n'y a que ça qui vaille, aiguiser les canifs de la lucidité et faire partout des entailles, faire surgir le suc et la sève et jusqu'à la moindre humeur qui parcourt le rhizome humain; ouvrir les pupilles, dilater les yeux jusqu'à la mydriase et entailler la peau du monde, y repérer les failles et aller y voir de plus près."

 

 

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 09:47

 

Affinités.

 

 

*Affinités ? Elles te parlent de toi, de l'Autre en toi, de l'Autre en l'Autre. Chaîne sans fin.

*Pas de plus belle affinité pour ton corps que la caresse du vent.

*Massage : affinité artisanale.

*L'affinité est toujours à l'origine d'un objet du "troisième genre". Chaux + Acide = Gypse.

*Dyade primitive : première modalité existentielle de l'affinité.

*Un être sans affinités : racine morte.

*Douleur, maladie. N'infirment pas l'affinité. La tiennent provisoirement à distance.

*Liens de l'affinité : reposent nécessairement sur une éthique.

*L'affinité de l'ascète avec la douleur, jamais une fin en soi. Chemin pour accéder à la libre joie.

*Scellement des affinités. Jamais autant que dans la pudeur, le silence.

*L'affinité n'est pas la mise en relief d'une conception du monde. Cependant, une conception du monde n'est jamais sans affinités.

*Affinités. Jamais loin du sensible, de l'affect, de l'émotion.

 

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 08:51

 

L'expédition du Club des 6. (suite)

 

i 

Source : Atelier Mascarade.

 

 

 Alors qu'on s'est tous un peu succédés derrière la lucarne, maintenant, moi, Jules Labesse, je vais vous faire quelques confidences. Tous ce grand Guignol, tout ce Carnaval, c'est plutôt sympathique sauf que nos Conjugales à nous, le "Club des 7", elles y sont dans le grand bazar, et faut voir comment ! Déchaînées, elles sont ! tant et si bien qu'elles échangent leurs costumes et qu'entre les échanges, elles sont en tenue d'Eve, évidemment. Et puis c'est si rapide leur métamorphose, on a du mal à les reconnaître. La Sarias, tantôt elle est en Gitane, tantôt en Hippie avec des habits fluo et des pantalons à volants; la Garcin, elle passe du Jazzy rose à l'Infirmière débridée avec des collants à mi-cuisse, ça vous en donne le tournis; la Bellonte, c'est tantôt Lady corsaire avec ses larges bottes à revers, tantôtMadonna vamp avec sa guêpière zébrée et ses bas cancan, même ça fait plutôt "Madame Claude"la Pittacci elle oscille entre Miss 70 avec son rad'chat, ses bottes blanches en plastique et l'Odalisqueavec sa jupe voile rouge qui cache même pas ses parties charnues; la Calestrel elle jongle entre laPompom Girl avec son bustier à étoiles, sa jupe à godets, ses Adidas et Baby rose qui suce son pouce avec sa culotte en satin et revers de fourrure, ses bas résille blancs et ses chaussures à petits nœuds couleur fraise; la Simonet  elle passe sans transition du Petit Chaperon rouge très très court vêtue - même que le Loup aurait eu peur pour sa virginité ! -, à la Cow-Girl au haut dénudé, au pantalon taille basse, tellement basse qu'elle n'a plus rien à cacher; le colt à la main au cas où vous seriez pas consentant. Enfin, vous voyez le spectacle !

  Qui aurait jamais dit que de si fidèles Conjugales se seraient laissé aller à de tels errements ? Vous dites quoi ? Ah, oui, j'ai pas parlé de la mienne de Conjugale ? Ben non, j'ai pas osé. Parce qu'alors là,l'Henriette, pour l'occasion, elle portait la bannière et elle serrait les pompons. Oh, non, c'est pire que vous imaginez. Elle tenait à la fois de Bikini Noël avec son deux-pièces mini, mini pas plus grand qu'un timbre-poste et ses collants à rayures; tantôt c'était Geisha avec son kimono largement ouvert sur des collants noirs; tantôt Lolita Marine tellement ingénue avec sa boule de barbe à papa dans la main droite, son large béret bleu, sa robe sage mais haut perchée, ses mi-bas couleur carotte, ses chaussures basses vernies.

  Et là-dessus, le mousseux qui coule à flots, et les meringues qui flottent dessus, et les mirlitons qui mirlitonnent, et les confettis qui volètent, et les trompettes qui ont "tuuut  tututut", et les ballons de baudruche qui font "clac-clac" et les trompettes en plastique qui font "coin-coin" et les cymbales qui s'emballent et les serpentins qui serpentent. Vous pouvez pas avoir une idée tellement elles étaient loufoques nos Conjugales, et le "Zizi sauteur" qui sautait et le "Briquet lance-eau" qui lançait l'eau et la poudre qui éternuait et les bombes qui fumaient et, au milieu de tout ce bataclan, au milieu de la fumée et des étincelles, des feux de Bengale, au milieu des pétards-cigarettes et des bonbons au poivre, de la suie magique et du poil à gratter, mais approchez donc, regardez, mais c'est notre Pittacciqui est fringant comme un gardon et d'ailleurs on le reconnaît juste au tatouage qu'il a sur la jambe, un tatouage du temps de la Manu, avec un cœur et une pin-up assise dedans, même on l'aurait jamais reconnu sans ça, parce que, avec sa grande perruque blonde, ses lunettes Saint-Tropez, son immense cape de velours rose et revers marabout, sa robe fendue jusqu'à mi-cuisse, ses escarpins argentés, eh ben, le Pittacci il a plutôt fière allure, même il se déhanche joliment et il fait des ronds de jambe, et il lance des œillades par dessus ses verres, et il se caresse la joue façon chochotte, et on sait plus trop s'il fonctionne "à la voile ou à la vapeur" et le Pittacci l'en perd pas une l'animal, et un œil dans le décolleté de la Laura, et une main sur le charleston d'Yvonne, et un doigt dans la jarretière del'Antoinette, et à nouveau un œil, l'autre, dans la robe à froufrous de l'Amélie, et un baiser rapide sur les discos des jumelles, et un tour de piste autour de l'Adélaïde, et encore une main sur la grande sauterelle, et maintenant les deux mains qui plongent dans le décolleté de l'Andréa, même ça la gêne pas l'Andréa de se faire peloter par une copine et on dirait que le monde est en roue libre; et tour à tour le Pittacci roucoule comme un pigeon, offrant une plume à la Sarias, un duvet à la Bellonte, un petit coup de bec à la Garcin, une gorge déployée à sa moitié même qu'on trouve ça un peu normal; puis, en chœur, la Calestrella Simonet et l'Henriette, elles paradent autour du colombin, elles écartent leurs plumes et d'ailleurs c'est plutôt indécent et le traître du "Club des 7" en profite pour leur en refiler des roucoulades, des gorges chaudes, des ébrouements de plumes et ses caroncules se gonflent de désir et c'est tout juste si on assiste pas à la "scène primitive" et ça nous fout tellement les boules, à nous,"les petits enfants du club des 6", qu'on décide soudain, comme un seul homme, de partir sans même revisser la plaque d'aération, de descendre l'Avenue de la Gare, avec ce con de Pittacci qui nous reste en travers de la gorge, de passer devant chez Pierson qui, présentement, doit roupiller sur un des sièges de son Pullman, de longer la guitoune du Crédit d'Ouche, de passer devant chez Nelly qui, compte tenu des deux heures du matin, doit roucouler au milieu de ses amants, d'arriver sur les bancs peints en noir  cause à la nuit, de même pas s'y asseoir dessus vu l'impatience et, c'est décidé, on va lui régler son compte à ce salaud de déserteur qu'a déserté juste pour pouvoir peloter nos Conjugales. Encore, les autres assidues du Cleup, le Marcel il avait pas à se gêner, elles y allaient que pour ça, pour la bagatelle et comme, dans le Cleup, y a plus de bonnes femmes que d'hommes, on les soupçonne d'être un peu portées sur les copines et après tout ça les regarde, mais..."

 

 

 

 

 

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 08:27
Sur quelques phrases de JMG Le Clézio
samedi 24 novembre 2012, par Jean-Paul Vialard 
 
©e-litterature.net


Les articles figurant sous la rubrique "PRE-TEXTES" n'ont pas pour rôle essentiel de résumer le contenu d'une œuvre ou d'en constituer une approche critique. Sous le titre de "PRE-TEXTE", il faut comprendre simplement une libre méditation sur quelques phrases empruntées à un Auteur, laquelle méditation a parfois à voir avec l'œuvre d'origine, mais parfois s'en éloigne sensiblement, cherchant seulement l'ouverture vers une possible écriture.

 

 

 

(Pré-Textes).

 

Sur quelques phrases

de JMG. Le Clézio.

 

Le livre des fuites

Gallimard (Collection "L'Imaginaire" - p 67)

 

 

  "TOUT EST JOUE". Il y a certaines phrases qu'il vaudrait mieux ne pas lire. Qu'il faudrait sauter. Puis ne plus regarder les mots. Les mots-couperets, les mots-yatagans, les mots-pierreux qui allument leurs éclats de silex aigu. Et les lettres, il faudrait les oublier, surtout le "T", la  lettre-gibet,  double potence mortifère;  le "O", cercle régulier pareil aux contours d'une geôle;  le "U" et son  cul-de-basse-fosse. Tout cela qui  transperce et enserre dans ses mailles étroites  les amas gris du cortex. Il vaudrait mieux ne pas lire.  Et on le sait. Mais, toujours on se surprend à enfreindre l'interdit, à soulever le voile, à déchiqueter  de nos dents acides les rognures maléfiques. On manduque et triture la formule vénéneuse jusqu'à lui faire rendre son dernier jus.

 

On se dit : "Tout est joué." On se dit : "Il suffit de pas y penser, voilà tout !". On se dit : "Juste une histoire de volonté, juste un écart de l'attention et le poison se diluera dans les plis du temps."

 

  Tout cela, on l'énonce, avec malheureusement, de fausses certitudes et notre voix intérieure en est tout affectée. Tout juste un énoncé aphasique avec des paramots, des paraphrases, des parapensées. On croit à la vertu de la maltraitance et on espère que le somptueux langage se délitera et, ainsi, il n'y aura plus place pour la moindre profération hostile, le poison du doute.

On croit qu'il suffit de dire les choses de biais, de prononcer de guingois et qu'on trompera son monde. On s'essaie à plein de formulations du genre :  tUtéjUé  phonétiquement, abstraitement, juste une suite de sons ricochés à la face du monde, juste histoire de voir si les mots joueraient une autre partition. Mais il y a toujours une insistance des choses à signifier dans l'insignifiant, il y a continuellement un genre de casque  qui vous prend aux tempes et l'écrit, les signes eux-mêmes se mettent à danser leur gigue mortelle, leur menuet d'effroi.

Seulement il y a danger à proférer de telles paroles inconséquentes, manières de gammes sablonneuses s'écroulant sous leur propre incertitude. D'imaginer que par la seule vertu d'un comportement magique on pourrait se défaire aisément du fardeau, contraindre la maléfique formule à regagner son antre d'avant la signification. D'avant l'angoisse majuscule qui vous enserre la gorge de ses doigts impérieux comme la gale. En réalité, c'est comme de la poix collée aux doigts et l'on a beau les agiter, les mots.  C'est même pire. Tout s'attache dans une manière de guimauve visqueuse dont il devient évident qu'on ne se dépêtrera jamais. "Piège"..."piège"..."piège." On pourrait hurler cela à tous les vents et personne ne nous écouterait, de peur de se fourvoyer  dans l'entonnoir, dans la goule suceuse où tourbillonnent les vents acides de la folie.

  Et, du reste, à quoi bon répéter l'antienne, sinon à en amplifier l'obsédante rumeur ? On est pris dans la masse cotonneuse, on est entouré de fils de soie compacts, comme la chrysalide et l'on sait que la métamorphose sera longue avant que de produire sa petite mélodie. L'existentielle. Celle qui obsède et rumine et vous envoie par le fond dès que vous commencez à y comprendre quelque chose au trajet que vous accomplissez sur votre coquille de noix. Au fait, avez-vous bien réfléchi au fait que ladite coquille est simplement l'image inversée de votre cortex dont la dure-mère serait le vernis au contact de la dernière eau ? N'est-ce pas là comme la métaphore d'une issue incontournable : le retour aux eaux originelles, l'amnios basculé cul par-dessus tête, le plongeon dans le placenta final ? Une manière de l'éternel retour du même, l'ambroisie première et dernière en tant que baiser muriatique du néant. Voilà. Il fallait le dire. Même à convoquer une sorte de métaphore vide, tellement le silence est grand qui suit de tels aveux. Dont tout un chacun est porteur dans son monde forclos. Le danger est toujours présent. Du langage. De la profération. Dans des temps antiques on coupait la langue des détenteurs de secrets et des prédicateurs pour moins que cela.

  Le livre, au début, on l'a lu d'une seule traite, sans même oser y introduire la moindre respiration. "Le livre des fuites". Tout au long des mots, des phrases, des paragraphes, des pages on a glissé sur le toboggan fictionnel, prétexte à se fuir soi-même. Eviter de faire halte. De se reconnaître. De voir son image dans le miroir. Le plus grand danger : la complaisance narcissique. Non. Il faut retourner tous les miroirs, face brillante contre la craie sourde des murs. Son image, il faut qu'elle se dissolve pareillement à la goutte d'eau dans le talc. Il faut en faire une simple blancheur, un halo inconscient de lui-même. Mais qui donc pourrait  nous empêcher de faire cela, de procéder à notre propre déconstruction, pierre à pierre, jusqu'à devenir poussière de sable illisible ? Qui donc ?  Un pur hiéroglyphe refermé sur sa sombre mutité. C'est simplement cela que l'on serait devenu.

 

Avec Jeune Homme Hogan (J.H.H.), on a proféré les paroles définitives :

 

"Je veux tracer ma route, pour la détruire, ainsi, sans repos."

 

  En proférant ceci,  on a cru avoir prononcé la formule magique qui nous abstrairait de nous-même, nous réduirait à néant, ce néant où renaître une fois pour toutes. On était dans l'erreur, l'erreur de nous-même, s'entend. Jamais que cela, l'erreur. Jamais l'erreur des autres. Ce serait trop facile de s'exonérer de notre dette de vivre. Seulement à soi-même, les comptes à rendre. Avec le néant pour solde de tous comptes. Après tout, c'était peut-être préférable que de se traîner le long de rives cernées d'inconséquence. Et, navigant de concert avec Jeune Homme Hogan, on avait fini par ne plus l'entendre la petite rengaine, elle s'était comme dissoute dans les mailles de l'espace, absorbée par l'étrave insistante du temps. Faut dire, on s'y était à peine arrêté à la première lecture sur le petit pavé inoffensif.

 

"TOUT EST JOUE."

 

 Ç'avait juste été une suite de sons, un genre de romance qui fait ses boucles dans l'air et se fond dans la toile grise du jour.                          

 

               tUtéjUé   tUtéjUé   tUtéjUé"" .....

 

  Comme un refrain, la reprise d'une comptine d'enfant, quelque chose dont on ne prend pas réellement acte, le simple vol capricieux du papillon. On verrait plus tard. Pour le moment on avait mieux à faire que de s'arrêter sur du léger, du primesautier, de l'allusif. Alors, tout au long des chapitres, on avait fait  rouler devant soi sa boule excrémentielle, identiquement au scarabée solaire, sans bien regarder où nous conduisait notre progression erratique. Sisyphe, on l'avait été bien des fois, ne remarquant même pas l'absurdité, la déraison exponentielle, nulle  et non avenue, entretenue, bégayée,  la figure de la finitude dont la vie avait le secret, à l'aune de mille respirations, mille  digestions, mille amours hautement prosaïques.

  Mais les gestes s'auto-entretenaient dans une manière d'écoulement de clepsydre têtue. On croyait se sauver à seulement persister dans l'existence, à poser ses pas dans les pas dérisoires qui nous avaient précédé. Or, si l'on s'était appliqué à regarder avec suffisamment d'attention, avec un penchant prononcé pour une élémentaire  lucidité, l'on se serait vite aperçu que nos pas recouvraient nos pas à l'infini, dans une manière de giration proprement mortelle et que nos perceptions de pas différents, signes d'une probable altérité, n'étaient que pure illusion. Nous donnions constamment le change, nous revêtant tour à tout des vêtures de Polichinelle, de Scaramouche ou bien de Brighella alors que nous ne nous travestissions que de notre infinie trémulation de ver solitaire.

  Mais, en réalité, le fameux "TOUT EST JOUE" dont nous faisions fi comme s'il n'eût point existé, chatouillait en permanence nos glaireuses évidences pelotonnées sur elles-mêmes à la façon du discret limaçon. Et, afin de mieux nous oublier, afin de réduire la gluante réalité de notre destin à une trace infinitésimale, nous nous étions fabriqué une manière de fiction, d'histoire atypique et abracadabrante, enfilant à tour de bras, à moulinets de mains évasives, à menus entrechats, les situations emboîtées les unes dans les autres, grains de buis de mystérieux chapelets dont nous ne nous demandions même pas à quel Saint ils étaient voués, tellement était inconséquent et abscons leur divin emmêlement.

  Nous nous contentions de nager entre deux eaux, bien au calme parmi la nasse poissonneuse, réchauffés par l'étroite certitude des écailles contiguës dont nous n'attendions rien d'autre que la réassurance glauque du frottis d'altérité supposée, ne cherchant nullement à connaître ce qui, au-delà de notre propre limite, s'illustrait comme la réverbération, à l'infini, de notre manque-à-être. Nous étions bien en fuite, mais en fuite de nous-même alors que nous pensions prêter allégeance à un héros de papier qui nous entraînait dans les arcanes d'un labyrinthe langagier qu'à l'évidence nous prenions pour le réel lui-même.

  Pour un peu, nous nous serions pris pour J.H.H. lui-même, déambulant sur toutes les faces du monde, de l'Asie au pays du Soleil-Levant, du Canada au Mexique, nous mêlant aux foules denses et bariolées, habitant toutes les chambres solitaires des villes, jouant longuement avec notre ombre comme si, l'espace d'un instant, cette dernière  était la seule perspective de nous-même dont nous pouvions vraiment être assuré, nous dissolvant parmi les klaxons, les mouvements, la fureur des immenses métropoles aux longs tentacules vénéneux, traversant des plateformes de ciment infinies, longeant des façades aux milliers de trous aveugles d'où rien de vivant ne sortait qu'un air glacé pris de vertige, connaissant l'immensité du silence alors que les humains plongés dans leurs rainures existentielles faisaient figure de longues cicatrices à peine visible sur la peau du monde, marchant, marchant toujours, environné des blocs mégalithiques des maisons où les mots n'étaient proférés qu'à être des galets cernés de mutité, où les mouvements étaient immobiles comme pris dans les mailles du coton, emboîtant le pas des femmes mulâtresses pareilles à des anguilles luisantes dans les ombres bleues de la nuit, disant des suites de sons, au hasard, essayant de fuir l'indomptable langage, se faisant le bourreau des mots tout en en devenant la victime, tâchant de dire à pleine gorge les injures, à vociférer les imprécations, à jeter de définitifs anathèmes, à hurler des formules inconséquentes, devenant la proie consentante bien qu'illucide de cette rhétorique démente, se débattant, lançant sa mitraille parmi la meute sidérée des agoras bien-pensantes: "Déchet""Jésuite""Pot de peinture""Gouape", les mots retournant leurs gants, on ne pouvait les fuir, on ne pouvait éviter leurs calomnies urticantes, leurs objurgations en forme de faucille, on se baissait, on cherchait à se dissimuler, à faire en sorte que les syllabes ne vinssent vous ôter la tête d'un coup d'explosives occlusives, ne fissent de vos bras une compote sanguinolente sous les entailles des fricatives ou des sifflantes, on fuyait toujours, on fuyait, on pratiquait l'éternelle esquive, ne sachant même plus qu'on l'esquivait ...

 

...  "Fuir, toujours fuir. Partir, quitter ce lieu, ce temps, cette peau, cette pensée." ....

 

.... c'est cela que proférait Jeune Homme Hogan, c'est cela que disaient toutes ses hésitations, ses trajets incertains, ses interrogations, son corps soumis à la pesanteur existentielle, ses longues dérives songeuses; c'est cela que l'on faisait en tant que Lecteur, mettant notre destin dans celui de J.H.H., lequel, en abyme, mettait son destin dans la longue lignée généalogique oublieuse d'elle-même.

....c'est cela que faisait tout homme, fuir pour fuir, pour éviter de penser à la fuite, pour faire de toute fuite une possibilité de réalisation vraisemblable.

....c'est cela que faisait l'Ecrivain notant dans son  "Autocritique" :

 

"C'est vrai qu'il n'y a plus de limites. Tout s'échappe, se divise, fonce en tous sens. Quand on a commencé à ouvrir les portes de la fuite, quand on a libéré son esprit, ou ses mains...Jusqu'où se laisser porter ? "

 

...jusqu'où se laisser porter par l'écriture, sur quel rivage dont la vie ne nous aurait pas fait l'offrande ? Jusqu'où écrire afin de donner sens et ouverture à ce qui n'en a pas ? C'est-à-dire à l'existence qui, toujours, referme sa bogue sur son fruit secret. Car nous ne saurons jamais plus à son sujet que les interrogations que nous aurons formulées, les déplacements que nous aurons accomplis, les rencontres que nous aurons faites.

 

..."Ecrire pour soi, la malédiction !"...

 

...Ecrire pour l'autre, pour les aveugles, les muets, les riches, les pauvres, les gueux, les prostituées, les bourgeois, les ministres plénipotentiaires, écrire pour soi, quelle différence ? Ecrire est toujours écrire pour soiécrire afin que s'ouvre le voile qui fait de nous des égarés parmi le fourmillement du monde. Et, d'ailleurs est-on sûr que les autres nous lisent ? Est-ce tout simplement possible ? Lorsque nous écrivons, c'est un fragment de nous-même que nous délivrons. Qui, jamais ne peut correspondre à l'autre, quand bien même il y aurait coïncidence des affinités, des expériences, communauté des vécus et des ressentis. Car toute écriture, toute création est singulière. Elle porte notre marque, elle témoigne de notre empreinte sur les choses, de la façon que nous avons de VOIR. C'est-à-dire d'orienter notre conscience de telle ou de telle façon selon l'esquisse qui nous est présentée, du réel, du symbolique, de l'imaginaire. Ecrire, c'est déjà avoir une explication avec soi-même. Or se percevoir adéquatement n'est une évidence que pour les doux rêveurs, les voyageurs en terre d'utopie.

Comment pourrions-nous  porter  sur notre territoire intime la vue la plus pertinente alors même que, jamais, nous ne serons en mesure de nous percevoir comme une totalité. Jamais notre dos, notre sillon vertébral ne nous seront directement accessibles, sauf à avoir recours à l'artifice de l'image. Et notre ombre nous habite-t-elle vraiment alors que nous n'y prêtons pas attention ? Et notre esprit, notre âme, ne sont-ils pas des territoires insondables, hors d'atteinte ? Souvent, nous ne nous croyons libres qu'à la mesure de notre ignorance ou de notre cécité, à moins qu'il ne s'agisse parfois, simplement, d'indulgence à notre égard. Certains diraient : d'auto-complaisance.

  Nous ne sommes pas libres. Voilà l'unique assertion possible, la seule affirmation dont l'humaine condition peut faire des gorges chaudes. Sans risque de brûlure, du reste ! Rien ne nous sert de nous dissimuler derrière nos étroites certitudes, de nous en remettre à des comportements de Judas.  "TOUT EST JOUE". Voilà énoncée une vérité incontournable que les existentialistes appellent"déréliction", certains philosophes nomment "le projet-jeté", un certain théâtre désigne sous le vocable "d'absurde".

"TOUT EST JOUE" et l'on croirait qu'il n'y aurait alors plus rien à énoncer, plus aucune création à mettre en œuvre. Erreur fondamentale s'il en est ! C'est bien parce que nous éprouvons le sentiment de l'insondable déréliction, de l'aporie de l'existence que nous sommes piqués à vif, aiguillonnés afin d'ouvrir une brèche. L'art n'a d'autre justification qu'une lutte sans fin d'Eros contre Thanatos. Ne pas écrire, ne pas peindre, ne pas sculpter, ne pas cultiver son jardin : là serait la vraie malédiction, la finitude consommée avant que d'avoir accompli son œuvre. Si les œuvres humaines sont infinies, la finitude peut bien jouir d'un énoncé tautologique, laquelle finitude est toujours et irrémédiablement FINIE .

 

 

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 08:42

 

AFFINITES.

 

 

*Toute affinité a une origine matricielle.

*L'affinité n'est que la projection de la conque originelle.

*Nid - Conque - Creux : trois habitats où se focalise l'affinité.

*Temps de l'affinité : le Présent.

*Attaches terrestres : lieux où enraciner tes affectivités.

*L'affinité ne se dit pas, se VIT seulement.

*Tes affinités : un espace où loger ton propre jeu avec le monde.

*De toi à l'autre : l'espace de jeu des affinités.

*L'essence de l'affinité est d'être "une machine désirante" - désirée.

*Amitié, fusion des affinités.

*Affinités : plus dans le limbique et le reptilien que dans le néocortex. Pur jaillissement.

*Intuition : tremplin des affinités.

 

 

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 08:32

 

L'expédition du Club des 6.

 

 cd


 

Source : Atelier Mascarade.

 

 

 

   J'avais à peine raccroché le téléphone, voilà l'Antoine qui se pointe. Et derrière les oreilles d'Antoine, devinez... Non, pas la bande à Bonnot, ni les Compagnons de la chanson; juste les Aubergines, sauf qu'il en manque une, même c'est Pittacci à première vue. On fait un sort à nos cassoulets, à nos bouteilles d'Artaban - Bellonte avait été prévoyant et même Calestrel avait apporté du vin de messe doux comme les cuisses du Petit Jésus -, et on part vers l'inconnu. L'éclaireur de pointe, c'est Garcin, comme dans les Aurès, puis Sarias qu'est presque en habit de lumière avec la robe de chambre en soie qu'il a enfilée sur son pyjama; puis Simonet avec un guide de voyage sous le bras; puis Bellonte avec sa jovialité qu'a un peu fondu; puis "Ma Pomme" avec le billet de sa Conjugale plié comme un ticket de Loto et enfin, Calestrel qui ferme la marche avec son air de croque-mort qui doit prier le Bon Dieu que sa Marie-Firmine le plaque pas pour aller pieuter chez le Curé.

  Alors, sans dire un mot, comme animés d'une même intuition, d'un même souffle, d'une même locomotion, on descend la Rue du Square qui miaule encore après les croquettes de la Mère Wazy; on passe le pont où la Lune se regarde sur les cailloux au fond de l'eau, on remonte la moitié de l'Avenue de la Gare parce que c'est là, justement, que crèche le "Cleup de l'Eternelle Jeunesse", et avant même qu'on déboule sur le parking avec les traits peints en blanc, on entend comme des gloussements, à moins que ce ne soient des grognements ou des glapissements; les derniers veulent être les premiers, les premiers veulent pas être les derniers et ceux du milieu veulent pas être pris en sandwich.

  Alors, en vrac, un peu comme au "Tiercé", on se bouscule pour arriver en tête du peloton mais, en tête, y a rien à voir cause à la buée qui colle aux vitres et on en sera quittes pour le son, à défaut d'avoir l'image. Mais Simonet, l'homme des situations complexes, nous tire d'un mauvais pas du haut de son avisement. Le Jean, il contourne le préfabriqué et, tout simplement, avec son Opinel, il dévisse la plaque d'aération, et alors on reçoit le Carnaval en pleine poire et, bien que la lucarne soit plutôt étroite, on arrive, chacun son tour, à choper un peu du spectacle.

 

 Les Foldingues du Cleup.

 

 Alors, approchez, regardez bien avec nous, ça vaut son pesant d'or.

Vous voyez l'Yvonne, la spécialiste des clafoutis, eh bien, l'Yvonne c'est Miss Charleston avec sa robe noire à franges, ses manchettes à mi-bras, sa perruque couleur carotte et son diadème en toc. Et elle danse, l'Yvonne et même sa robe étroite elle remonte tellement sur les reins qu'elle a plus rien à cacher, ni ses bas résille, ni la culotte qu'elle a même pas eu le temps d'enfiler. Et comme d'habitude elle se descend un peu de Monbazillac, même elle en remplit une chaussure et comme elle est un brin éméchée, elle en refile à ses copines.

  Et derrière l'éventail en dentelles, c'est qui qui se cache ? Mais c'est la Laura en habit d'Andalouse. On dirait pas mais ça lui va bien au teint, le filet rouge. C'est du pareil au même. C'est le même teint vineux, couleur Artaban. Eh, oui, que voulez-vous, la Laura, depuis qu'elle a perdu l'Edmond, faut bien qu'elle se console, d'ailleurs "elle a toujours le gosier en pente". Et, comme dit Sarias, "de toute façon c'est bon pour faire remonter le Smic des culs-terreux".  Et le chapeau noir à larges bords, ça fait un peu d'ombre sur les rides et ça économise le plâtre, c'est toujours ça de gagné. Et la Laura, elle la fait virevolter la large ceinture à franges, on dirait même un dindon qui fait la roue.

  Alors, vous voyez, vous avez bien fait de venir. C'est pas si souvent que le Cleup se donne en spectacle. Et encore, attendez, vous avez pas tout vu !

  Et maintenant on va vous faire un paquet cadeau avec plein de ces jeunesses et le cadeau on vous l'entourera avec des faveurs et des volutes de bolduc. Vous pouvez pas vous plaindre, tout de même ! Alors, hésitez pas, ouvrez-le le colis, comme autrefois les bonnes surprises de chez L'Epicière. Et qu'est-ce que vous y trouvez, dans la pochette ? Vous y trouvez, en vrac, l'Antoinette en Cancan rouge, bottines à lacets, jarretières, plumes sur les bras et perruque en pièce montée; puis l'Amélie en Coccinelle Dream avec ses antennes sur la tête, ses ailes collées derrière le dos, sa robe à froufrous - même on se demande comment elle a pu enfiler toute sa gélatine dedans, vu l'étroitesse du fourreau ! -, ses cuissardes sur des hauts talons et, pour la culotte, on vous dit pas parce qu'on la voit même pas cause aux éminences qui l'ont un peu boulottée; et puis la Milène, avouez, vous l'auriez pas reconnue dan sa robe rouge de Diablesse, elle qui porte toujours le deuil; on doit dire, ça lui va plutôt bien les petites cornes piquées sur sa calvitie précoce; le trident qu'elle tient avec arrogance et ses yeux, vous avez vu ses yeux fardés s'ils sont mignons, on dirait des ailes de papillon avec des traits de charbon tout autour; et la Félicia et la Félicité qui sont presque jumelles du point de vue des noms, elles sont aussi jumelles du point de vue de l'habillement, et ces deux vieilles taupes, c'est presque un miracle, ça leur va pas si mal la tenue Disco avec le chandail bleu décolleté - on voit un peu du remonte-pentes qui, du reste, a du mal à remonter les oreilles de cocker ! -, et le blouson vinyle à large revers couleur guimauve, faut reconnaître, ça rehausse bien leur teint de punaises de sacristie - se sont des accros de Calestrel -, sans compter la mini-jupe à large ceinture qui n'a rien à cacher, pas même les varices qui flottent sur la peau avachie; puis l'Adélaïde en Hôtesse de l'air, elle est pas gironde avec son calot rouge à revers bleu, son chignon couleur sel avec juste un peu de poivre, sa tunique à boutons, ses jambes gainées de soie, ses escarpins vernis, elle est pas gironde notre Adélaïde ? Vous dites ? Ses oignons ? Mais ses oignons on les voit pas, ils sont à l'étuvée dans les escarpins. Ce que vous pouvez être mauvaise langue, alors !, et puis l'Yvette, celle qui sait si bien faire sauter les crêpes, vous la trouvez comment avec sa tenue de Soubrette, son plumeau rose à la main, son tour de cou, sa robe à fanfreluches, sa jarretière sur sa cuisse velue, ses chaussures à hauts talons ? Vous trouvez qu'elle a l'air d'une grande sauterelle ? Oui, d'accord, surtout les jambes, elles sont longues mais comme le buste a la taille d'un bonsaï, ça fait une moyenne et on lui demande pas d'être Miss France à la soubrette; et l'Andréa, celle qu'a toujours le feu à l'entre-jambes, elle vous tape pas dans l'œil avec ses lunettes de Star, sa robe décolletée et moulante - oui, c'est vrai, c'est sans doute un moule à cakes, vu les ondulations -, ses manchettes et ses bottes façon zèbre et surtout sa chevelure couleur citrouille et puis sa bouche pulpeuse et carminée - oui, elle a quelques dents en moins mais ça l'empêche pas de marcher -, et ses créoles, vous avez vu ses créoles, comme ça lui va bien ?"

 

 

 

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 10:21

 

AFFINITES.

 

 

*Nul jugement dans l'affinité. Pente de l'intuition.

*Affinités avec le TOUT du monde, l'arbre, la pierre, l'animal, l'homme.

*L'affinité n'est jamais sans les éléments. Eau - Air - Terre - Feu.

*Affinités. Non un propre de l'homme, mais de tout le vivant : plante, animal, minéral.

*Affinités naturelles. La mousse, l'eau, l'ombre.

*Jamais affinité ne se laisse appréhender par la sécheresse du concept.

*Ne cherche pas tes affinités, elles sont coalescentes à ton être.

*Tes affinités te définissent tout autant que tes empreintes génétiques. Peut-être mieux.

*Nulle affinité n'est gratuite. Projection d'une essence.

*Cherche en celui qui te fait face l'espace de tes affinités.

*La non-affinité est répulsive. Pôles identiques de deux aimants.

*Les fantasmes ne sont qu'affinités virtuelles. Espace du vide.

 

 

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 10:02

 

Le retour au bercail.

 

brassens6 

Source : Esprits nomades.

 

 

  Alertés par un sens identique de l'urgence de la situation, Bellonte et moi on s'est levés d'un coup, d'un seul, comme un diable jaillit de sa boîte et on a planté là Aristote qui, du reste, ne semblait pas se rendre compte qu'il ne parlait qu'à lui-même, comme "Simon du désert" le faisait dans le film de Bunuel et c'est alors qu'on remontait l'Avenue de la Gare sous l'œil glacé de la lune qu'on s'est rendu compte de l'étendue des dégâts. Pas plus Bellonte que moi n'abordions les deux points sensibles indissolublement attachés l'un à l'autre : l'heure et l'état d'âme dans lequel nos Compagnes devaient se trouver. Déjà, dans l'enceinte de nos têtes, résonnaient les voix harmonieuses de nos douces Egéries :       

  "Dis, tu sais qu'elle heure il est ?.........", et elles laisseraient volontiers la question en suspens un très long moment afin que ladite question nous taraude jusqu'au centre de la conscience, ce dont elles espéraient que nous souffririons longtemps, éprouvant une culpabilité sans fin, aussi éternelle que la vie que Calestrel évoquait lorsque, montant les yeux au ciel, il murmurait le nom du Tout-Puissant.

  Arrivés Rue du Square, on se sépara sans mot dire. Je crois bien que ça ne nous était jamais arrivé. Maintenant la lune blafarde, tout en haut du ciel, nous regardait, toute goguenarde, rejoindre peinardement nos chaumières respectives. Le spectacle qui nous y attendait était pire que celui que nous avions supputé. Alors que la Mère Wazy gueulait dans la Rue à qui voulait bien l'entendre : "Viens ici, Noiraud, viens ici mon chéri, mon doudou, mon tout mignon chaton", et que des dizaines de greffiers de gouttière s'accrochaient à ses basques, moi, Jules Labesse - ou, du moins ce qu'il en restait -, j'appuyais avec précaution ma menotte sur le loquet de la porte comme si une mine anti-personnelle y était suspendue. Comme à l'accoutumée le loquet grinça un brin cause à la rouille, la porte pivota sur ses gonds dans le même sens que d'habitude et, au lieu de la tornade conjugale que je m'apprêtais à y découvrir, ce fut la voix chaude et accueillante de Tonton Georges qui m'accueillit :

 

 

"Au moindre coup de Trafalgar

C'est l'amitié qui prenait l'quart

C'est ell' qui leur montrait le nord

Leur montrait le nord

Et quand ils étaient en détress'

Qu'leurs bras lançaient des S.O.S.

On aurait dit des sémaphores

Les copains d'abord".

 

 

  Sur le pick-up, le vinyle vivait sa vie de vinyle, en tournant; quelques mouches volaient en faisant des arabesques sous la lampe; l'horloge tic-taquait comme toutes les horloges du monde. Alors, vous le croirez ou pas, mais j'ai respiré un bon coup et même ça m'a fait du bien. Ma dernière respiration, je m'en souvenais même plus. J'ai viré sur mes talons, comme un demi-tour règlementaire chez les Fantassins, et c'est là que j'ai commencé à comprendre que ce qui m'attendait, le "Radeau de la méduse", à côté, c'était rien, c'était même infinitésimal et la tempête menaçait. Sur le formica de la table, il y avait une boîte de cassoulet, un ouvre-boîtes à côté, un rectangle de papier avec une flèche faite au marker, et dans le prolongement du marker y avait la casserole sur le réchaud et dans la casserole gisait un mot plus que laconique : "Bon appétit et A + ". Alors là, ça m'agaçait vraiment ce "A+" qu'Henriette avait adopté, comme tous les Péquins qu'en avaient la bouche pleine de cet "A+". "Tous des moutons de Panurge", je pensais, moi, Jules Labesse. Et, pensant cela, cette pensée en cachait une autre, comme les trains, et la pensée cachée, c'était tout simplement : "Où elle est passée l'Henriette ? Et puis, quelle mouche l'a piquée ? Et puis c'est quand même un monde qu'on retrouve pas SA Conjugale en rentrant au Foyer !".

  J'avais à peine fini d'ébaucher ces quelques questions en forme de bonde d'évier, que le téléphone se met à sonner comme s'il était énervé. Je décroche, et au bout du fil, devinez qui c'est ? Eh bien, c'est Bellonte, évidemment.

Bellonte. - Dis, Labesse, tu sais pourquoi je te téléphone ?

Labesse. - Dis-voir, Bellonte. Je suis sûr qu'on pense la même chose en même temps. Des pensées jumelles, si tu veux mieux.

Bellonte. - Dis voir, Labesse. Même je crois que t'as pas tort.

Labesse. - Tu sais comment on fait cuire le cassoulet ?

Bellonte (qui rigole jaune au bout du fil) . -  Alors, toi aussi, elle t'a fait le coup du cassoulet ? Celui du Comptoir d'Ouche, je parie, même il faut aller loin pour en trouver un qui lui monte à la cheville ! Et puis t'as sans doute une étiquette avec "Bon appétit et..."

Labesse. - "Et A +". Te fatigue pas Bellonte, elles disent toutes pareil. Et tu vois, Antoine, ça serait un coup monté que ça m'étonnerait pas ! Qu'est-ce qu'on fait Bellonte ?

Bellonte. -  On se fout au pieu.

Labesse. -  Non, Bellonte. On va tout de même leur donner raison à ces déserteurs. Manquerait plus que ça ! Amène donc ta boîte de cassoulet et une bouteille d'Artaban. On dîne et après on part en reconnaissance.

 

 

 

 

 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 08:47

 

AFFINITES.

 

*Jamais le Principe de Raison n'approchera d'un iota l'essence de l'affinité.

*Tout jeune enfant. Toucher, Regard, véhicules insignes de l'affinité.

*Déploiement de l'affinité. Ce qui me manque et que l'Autre m'apporte.

*Affinité : subtile alchimie du Même et de l'Autre.

*L'affinité ne se dit pas; elle s'éprouve. En cela elle est semblable à un acte de foi. Pur élan.

*Toute médiation a pour tâche de renouer les fils rompus de l'affinité.

*La folie ordinaire est l'enroulement sur soi d'une affinité sans fin et sans but. Errance.

*L'affinité est le fil d'Ariane existentiel qui nous délivre du labyrinthe.

*Affinité, jamais une équation. Du vécu à l'état pur.

*Dionysiaque ou apollinienne, peu importe la coloration. Seule compte l'affinité.

*Affinité. Mode d'approche phénoménologique. Jamais logique.

*Affinités intemporelles. Modes éphémères.

 

 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 08:12

 

De Moi à l'Autre, de l'Autre à Moi.

 

pigeon 


 

 

Source : Stéphane Dufour.

 

... De moi à l'Autre, de l'Autre à moi, c'est toujours et seulement une forme de passage qui ne peut jamais recevoir la marque et la frappe du réel. Le "voyage" est de l'ordre du non-dit, de la mutité, du secret; de l'ordre du phosphène, de la vibration, de l'onde; genre de dialectique qui opère en continu notre transition, notre conversion, notre mutabilité, nous disposant à ce que notre humaine condition a d'essentiel et dont l'Autre est l'illustration et la condition de possibilité.

  Bellonte et moi, on essayait de deviner l'heure. On n'osait pas regarder nos montres. On écoutait le tic-tac régulier derrière les vitres de l'Horloger. A vue de nez il pouvait être quelque chose comme huit heures.

... Car pour autant que NOUSsommes NOUS-MÊMES le foyer à partir duquel l'Autre rayonne, nous n'infirmons pas ce dernier, nous ne l'hypostasions nullement, nous ne faisons là qu'énoncer une loi existentielle au sein de laquelle il évolue, tout aussi bien que nous, en TANDEM.

 

   Bellonte et moi, on était muets devant le sens de l'à-propos dont faisait preuve Aristote. En effet, nous n'étions plus, lui et moi, que l'unique "tandem" qui prêtait ses oreilles aux paroles du Stagirite. Nous en éprouvions des sentiments mêlés de fierté et de confusion. Force nous était de reconnaître que "Les Copains d'abord" avaient fait une entorse au règlement du "Club des 7" et avaient un peu tordu le cou à la fraternité et à la solidarité. Mais aux Copains, on leur trouvait toujours des circonstances atténuantes, ce qui était bien normal, sauf que nos estomacs commençaient à crier famine et que nos Conjugales devaient présentement tourner comme des fauves en cage, derrière leurs fourneaux. Finalement on préférait penser à rien. Somme toute c'était bien plus confortable. S'apercevant de notre visible égarement, Aristote, en conférencier avisé, reprit le cours de ses explications.

 

  ... Donc, pour résumer, l'Autre et Nous, fonctionnons en couple intimement articulé et cette réalité même d'une inévitable jointure ne peut que nous incliner à assumer la nécessaire transcendance de Celui qui nous fait face, nous révèle à nous-mêmes, en même temps qu'il se révèle à lui-même, constituant l'irremplaçable miroir où seule notre conscience peut s'ouvrir et prendre son essor. Nous pouvons résumer ceci en une formule lapidaire : "L'Autre que JE est un miroir pour ma conscience"

 

  Aristote profitait de son mince auditoire comme s'il avait été au centre de l'agora à Athènes et, à cause des premiers assauts de la fraîcheur, ébouriffa ses plumes qu'il disposa à la façon d'un col montant. Son discours ne paraissait cependant guère souffrir des effluves vespérales. Puis il amorça un virage à 180 degrés, chutant subitement des hauteurs de la transcendance sur lesquelles il semblait planer comme un aigle sur les tourbillons d'air chaud, pour se retrouver dans l'immanence la plus pure, le "prosaïque terre-à-terre", lequel ne pouvait trouver de meilleure assises que la condition corporelle, charnelle de tout un chacun.

 

 

L'inévitable condition corporelle.

 

... Mais notre conscience n'est pas seule à la tâche, liée qu'elle est au corps qui lui sert d'abri et de tremplin. Le corps, lieu de notre réalité la plus pure, parfois la plus dure, sous la forme de la souffrance, du vieillissement, du délitement, de la craquelure, de la fêlure, de la perte osseuse, de l'écroulement cartilagineux; sol de muscles et de sang, terre d'humeurs et de desquamations, refuge ultime de notre existence, seule possession dont nous sommes vraiment assurés et qui semble tellement aller de soi qu'on ne se pose même plus la question de nos propres flux intérieurs, de nos fonctions, nos métabolismes, la composition de nos cellules. Sortes de dépouilles qui se sont progressivement éloignées de leur sens et chacun vit à côté de son corps comme s'il était quelqu'un d'autre, situé dans une zone d'ombre et qu'on aurait pu l'oublier là, comme on laisse son parapluie chez le coiffeur après que le soleil a succédé à la pluie.

 

 

 

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