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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 07:41
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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:47
Hymne à la joie.

Photographie : Gilles Jucla

 

   Avant

   C’est peu avant l’exactitude du jour, lorsque les choses sont au repos, que les hommes sommeillent. Le temps n’a pas encore déroulé son ruban de lumière et des restes de nuit s’accrochent encore aux arbres, ourlent les toits d’une ombre couleur de zinc. On est en soi, lové au creux de sa chair et l’on sent le sang battre, pareil à une marée lointaine. Devant la bouche, juste une hésitante vapeur. Yeux embrumés, tube des doigts engourdis, jambes roides du rêve encore présent. C’est si difficile de se dégager du songe, de surgir en plein ciel dans la meute de clarté blanche ! Ici, où l’on est, mince trait dans le concert de la Terre, on ne sait pas vraiment qui l’on est, la position que l’on occupe. Levant ? Couchant ? Peu importe la localisation, le chant de l’heure, la désorientation de la boussole. Être là seulement, pour la toute première fois et en savoir le prix, en apprécier la densité, en soupeser le poids si rare, ce léger pincement qui s’immisce à la pliure de l’âme et y imprime son bruissement de fontaine. On est seul, immensément seul et l’univers n’est qu’une théorie, une maille dans la toile libre des jours, une écume flottant à la dérive, seulement occupée d’elle-même, un clapotis qui, bientôt s’effacera mais aura connu une multiple splendeur. On n’ose bouger. On n’ose même pas penser de peur que le charme ne s’efface, que le silence soudain habité de rumeurs ne plante sa dague dans la dure-mère et y ouvre les sillons carmin du doute, n’y allume les flammes vives de la peur. Car il faut demeurer en soi et ne point faire effraction vers ce dehors qui serait menaçant à seulement y figurer dans la précipitation, à y paraître dans la figure de l’égaré, de l’inconscient ou bien dans l’outrageuse présence du héros, du combattant, du guerrier.

   Pendant

   On est au pied de la dune, tout près des éboulis de sable, ces rapides lézardes qui parcourent le sol de leur infinie et belle marbrure. A droite, à gauche, à la limite des talus couleur de sanguine, la tête échevelée des oyats qu’un vent léger visite avec la grâce d’un jeune enfant. Jeu innocent du monde en train de s’éployer au-dessous de la conscience des hommes, à la lisière de leurs soucis, là où commence le souffle bleu de la Métaphysique. C’est si imperceptible une sensation, c’est si subtil une perception qui longe les blancs axones à l’aune de ses étincelles rapides et sa diffusion instantanée sur le givre étoilé du cortex ! Pure fluence, inscription invisible dans la texture du souvenir. Mais, si l’esprit oublie, le corps, lui, en est longuement marqué et cette ascension parmi les grains de poussière grise trouvera son site et son recueil en quelque endroit secret.

   Résurgence toujours possible au moment où l’on s’y attend le moins, dans la seconde mélancolique ou bien son harmonique, l’effusion lyrique, l’arche ouverte de la félicité, l’hymne à la joie qui court en sourdine dans toute rencontre amoureuse. Car, être ici, tout près du rythme clair des marches de bois poncées par une douce lumière, à contre-jour des contingences humaines, c’est, en quelque sorte, devenir soi-en-totalité et en sentir a dilatation au plein de l’événement. C’est devenir l’autre par lequel on est au monde : cette femme, ce paysage en attente de révélation, cette échelle à grimper en direction des étoiles. Mais alors, comment ne pas reconnaître là le mythe ascensionnel que comporte toute action d’élévation en direction du ciel dès l’instant où le geste paraît essentiel, poinçonné au sceau de quelque origine ? C’est ainsi, toute première fois est le lieu d’un pur mystère. Aussi bien celui de l’amante, aussi bien de la nature en son incroyable capacité de déploiement.

On est là, pieds nus, dans l’atmosphère prise de stupeur. On pose ses coussins de chair bien à plat sur les dalles de bois. Entre les boules des orteils, souvent un glissement de sable, un poudroiement d’or, une coulure d’air annonçant déjà ce que sera l’étonnement, tout là-haut, près de la courbe appuyée de l’éther. Ça crisse sous la voûte plantaire, ça fait son craquement de fibres serrées, ça invite à la progression. Dans le calme, la patience, la sérénité sans lesquelles la joie demeurerait scellée à son orbe immatériel, soudée à son socle insaisissable. C’est toujours une longue patience que celle de la rencontre qui va ouvrir un monde et le tressaillement des rémiges est encore haut qui parvient à peine à soi ou alors à la manière de signes incompréhensibles, cliquetis de morse se confondant avec la texture mobile des choses.

   Maintenant l’air fraîchit, le vent devient perceptible, dans le genre d’un tourbillon qui voudrait forer la cochlée, s’invaginer au plus profond du corps. Bientôt la dernière marche, l’ultime ressac de sable, le mince rempart au-delà duquel surgira l’inconnu, fulgurera la lumière dans un éblouissement blanc, un vertige vertical. La dune s’est métamorphosée en une large vallée glaciaire que tapisse une herbe courte au travers de laquelle, parfois, clignotent des brisures de silex, se meuvent silencieusement des troupeaux de pierres claires. Sur la droite, à l’angle extrême de l’image, une procession de rochers noirs que couronne la digue des nuages, leur ventre lourd à la consistance laineuse. Quelques nappes plus sourdes, au loin, pareilles à des ponctuations, à une encre qui rehausserait le vide pur, sa cambrure au-delà du réel. A la lisière de l’herbe et du ciel les flammes noires de cyprès violentés par la force imparable du vide. Oui, du vide car à la limite où peut porter le regard règne une indistinction que l’on croirait affiliée au néant, soudée à une angoisse primordiale. Mais ouverte, porteuse d’un accroissement de soi, non déterminée à imposer un registre de fermeture.

   L’océan à l’horizon est une plaque d’étain brillante que zèbrent des courants qu’on croirait nuées de cendre, éparpillement de radicelles d’eau dans la fuite du jour. Serait-ce là l’image de l’infini - cet irreprésentable pour toute intellection -, qui aurait trouvé le site où faire son intouchable efflorescence ? Soudain l’on est saisi au cœur de soi, l’on est la pierre et le vent, la brume diaphane et l’herbe parcourue de frissons, la torche des cyprès et le miroitement des vagues, cet alphabet qui connaît le monde au rythme de son flux, au retrait de son reflux. On est aimanté. Un vibrant magnétisme irradie le lieu comme si l’on était au centre même du Pôle, tout en haut du grand dôme de la Terre, traversé d’aurores boréales et illuminé par la lueur translucide des glaciers. On demeure là, longtemps, face à la pure poésie, au paysage fait œuvre d’art, à la matière transmuée en esprit et l’on ferme les yeux sur ce cirque enchanté et c’est la joie qui coule dans les veines, en glace la ramure, et c’est un chant intérieur qui dure longtemps, qui, jamais, ne s’effacera.

  Après

   On est redescendu sur terre. On franchit l’escalier de bois à rebours. On se sent léger, très léger comme si l’on était un flocon pris dans la résille claire du blizzard. Il y a quelque chose de nouveau, peut-être le crépitement d’une source dans la nuit d’une crypte, peut-être le flottement d’une nuée invisible en arrière du front, peut-être un grésillement qui fait l’ombilic bavard et les oreilles habitées de luxe. Oui, assurément, il y a quelque chose…

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:34

 

En attendant Léda.

 

 LEDA

 Photographie de Marc Lagrange.

 

                                                                    

   Image hautement troublante qui surgit dans cet espace de clarté alors que nous ne nous y attendons pas. Car comment faire surgir cette Belle Abandonnée parmi la multitude des couches qui accueillent son corps sans en être nous-mêmes affectés ?

  Cette présence est déroutante. D'abord par la forme qui nous livre une pose si inhabituelle de l'effigie féminine. Abandon, volupté, attente, subtile provocation. Le regard est là qui nous dévisage en même temps qu'il nous interroge. La doucement Livrée à quelque scène mystérieuse osera-t-elle seulement aller au bout de son apparente subversion ? Osera-t-elle enfreindre les codes de la morale, sortir des sentiers battus d'une sexualité usée jusqu'à la corde, se disposer à n'être peut-être qu'un objet de désir, une marionnette dont quelque inconnu pourrait tirer les fils ?

  Ensuite la réflexion s'approfondit mais ne trouve guère d'issue. Nous ne voyons pas nettement quelle est la nature du projet dont la Disponible, l'Offerte est saisie. S'agit-il d'une simple silhouette empreinte d'affinités esthétiques ? Existe-t-il, dans cette mise en scène, un essai de dire ce qui résulterait d'une simple valeur métaphorique de la photographie, à savoir la confrontation d'une nudité avec une vérité sur le point de se déployer ? Les zones d'ombre feraient-elles signe vers le mystère qui drape toute chose, singulièrement les sentiments, l'amour, ses cryptes, sa dimension proprement énigmatique ?

  Y aurait-il une allusion à quelque œuvre picturale, et nous pensons naturellement au célèbre tableau de Matisse : "Luxe, calme et volupté" ?  Ou bien l'apparence bourgeoise de l'appartement nous conduirait-elle vers quelque rivage littéraire, du côté de Guermantes, dans une manière de société raffinée toute disposée aux confidences, aux susurrements du bout des lèvres, aux minauderies de tous ordres dont l'aristocratie connaît les secrets ?

  Ou bien se mettrait en avant un simple érotisme, ouvert, affirmé, manière de posture impudique voulant dire le règne de la beauté, mais aussi l'urgence à lui faire emprunter une assise royale, à faire reculer les sombres gesticulations de la finitude ?

Ou bien encore la Sublime Apparition serait-elle le simple jouet de notre imaginaire, l'élaboration laborieuse d'une mince folie, la matérialité fantasmatique prenant soudain corps ?

  Mais les questions ne résolvent rien à seulement être posées. Regardons  l'image dans son évidente signification. Le thème en est, on ne saurait le nier, mythologique. C'est bien de Léda et du Cygne dont  il s'agit. Donc des amours d'une Mortelle et d' un Dieu. Car, nul ne l'ignore, sous l'écume blanche des ailes se dissimule Zeus lui-même. Et voici le tour de force du mythe, sa puissance incantatoire, son éminente disposition à porter au regard, à l'entendement, ce que la réalité, jamais n'oserait faire.

  Ici, grâce au symbole, tout se délite, depuis les conventions morales jusqu'à l'assomption libre de l'imaginaire en transitant par quantité de perceptions, de sensations, d'aventures dont l'existence, jamais, ne pourra  nous faire l'offrande. Le recours au mythe vole au secours non seulement des individus, mais aussi des foules qui l'utilisent comme grand défouloir, comme pratique moyen de catharsis, comme exutoire de tout ce qui pourrait se produire de l'ordre du fâcheux, du tragique, de l'incompréhensible.

  Représenter une telle scène équivaut à faire allonger les humains sur le divan du psychanalyste et à y faire couler toutes les sources qui sourdaient et bouillonnaient à l'intérieur faute de mots disponibles pour traduire l'indicible. Ainsi, regardant certaines œuvres, nous ne faisons que crever abcès et bubons sous la seule forme acceptable qui soit : celle du silence.

  Les Belles Endormies qui contemplent ces images sont des Léda en puissance, alors que les Beaux Amants qui les courtisent attendent, fébrilement, la condition de possibilité de l'acte. Mais, toujours, la morale est sauve qui interpose le mythe, si belle invention humaine !

Et, pour conclure, et afin de ne pas vous désespérer, que ce beau poème de Rémy de Gourmont ceigne votre front des plus belles palmes qui soient !

 

 

Léda

 

L'innocente Léda baignait ses membres nus, 
La grâce de son corps enchantait l'eau du fleuve, 
Et les roseaux, saisis de troubles inconnus, 
Chantaient une chanson aussi vieille que neuve,

Quand le cygne parut, blanche nef sur le fleuve.

Quand le cygne parut, blanche nef au front d'or, 
Léda tressaillit d'aise et demeura songeuse, 
Puis, lentement, sans bruit, elle revint au bord
Et se coucha dans l'herbe, à l'ombre d'une yeuse ;

La bête s'avançait, belle, ardente et songeuse.

La bête s'avançait, belle, ardente, et d'un air
Si royal et si mâle, que Léda fut charmée
Et qu'elle regretta, dans l'erreur de sa chair, 
De n'être pas un cygne, afin d'en être aimée

Parmi l'ombre et parmi l'herbe molle et charmée.

Parmi l'ombre et parmi l'herbe molle et les lys, 
Léda se ploie au poids de l'animal insigne, 
Tout ruisselant encore des eaux de Simoïs, 
Et son corps étonné frissonne et se résigne

A ne caresser que le plumage d'un cygne.

 

Remy de GourmontPaysages spirituels, 1898.

 

                                                                                  Source : La cave à poèmes.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:31
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 17:52
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.
PETITS INSULAIRES.

PETITS INSULAIRES.

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 12:06
50 billets !

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 09:10
Qu’apprenons-nous des choses ?

Photographie : Blanc-Seing.

OR.

C’est, disons, un matin de brume. Contreforts de la Montagne Noire. Tout près d’un torrent nommé Orb dont le nom, articulé d’une manière déliée permet de repérer, en mode de lecture labiale, d’abord de simples formes, ensuite des signifiés qui s’y occultent à même leur production. « O », en premier lieu, lèvres en cul de poule, rondes, projetées en tube vers l’avant. Puis l’expulsion, « R », qui en accentue encore l’expansion, comme si une irrésistible poussée avait lieu, une manière de cri longtemps entretenu afin qu’en soit connu le pathétique, peut-être le tragique, en tout cas la nécessaire portée dans la lame oblique du jour. Tout alors est en suspens. La coulée d’eau s’immobilise, les feuilles cessent de s’agiter, les bruits s’invaginent dans la mystérieuse conque d’eau. On est là, tendu, pareil au chien d’arrêt tétanisé sur le bord de quelque gibier. On est là dans l’incertitude d’être pour la simple raison que l’on sent bien l’incomplétude du mouvement, son hésitation extrême sur le bord d’un précipice avec de sombres rumeurs, hauts de hurlevent venant jusqu’à soi du plus loin du temps, du plus loin de l’espace. Rien n’est encore définitivement celé. Rien n’est arrêté qui permettrait de porter sur les choses environnantes un jugement définitif. L’on sent bien, au creux de soi, cette protubérance, cette pierre en voie de constitution, cette vrille en train de forer, peut-être de chercher son issue, de jaillir dans le lieu et d’y révéler quelque chose qui, jusqu’à présent, jamais n’a été accompli. Sublime tension dont on réalise qu’elle se place tout à la pointe extrême, juste avant que l’extase ne se révèle, que les yeux ne s’emplissent de larmes, que le sexe révulsé ne fasse ses diastoles-systoles, ses mutineries syncopées, ses résurgences séminales. On attend. Peut-être la survenue du papillon de cristal dans l’air bleu. Peut-être le bouillonnement d’écume blanche. Peut-être le ciel virant à l’ocre sous le vol soutenu des criquets. Cette heure de l’hésitation est si pleine, si dense, si gonflée de suc. OR, OR, OR, comme pour dire le précieux, le métal en fusion, le vil plomb enfin transmué en sa quintessence, en son principe essentiel, en sa gemme éternelle. Alors il n’y aurait plus que cette belle teinte aurorale glaçant le ciel de ses feux et tout, autour, se réduirait à une vassalité, peut-être même à une servitude volontaire. OR, règne du métal précieux et les sclérotiques des hommes, des femmes seraient enduites de vermeil comme si cette gloire unique devait clore l’événement, en sonner le vibrant et harmonieux épilogue.

ORB.

OR…B. Ouverture immense, gueule du four écarlate, démesure gutturale, voici qu’elle se déchire, que les commissures s’étirent, poussée d’une immémoriale mimique, que l’occlusion B a lieu, que l’antre se referme, que la grotte regagne la bouche d’ombre. ORB et l’on ne sait plus ce que l’on vient de vivre, si même l’on vit encore, si, sur Terre, des Vivants s’aiment, si les villes pullulent, si le soleil lèche l’adret de ses flèches blanches. L’ubac, l’ombre. Plus que cela et la vallée s’emplit d’un froissement de gouttes grises. Au loin, là-bas, le treillis du pont-suspendu s’arrête en plein ciel. Les arbres sont échevelés. Les rochers sur les rives sont des boules de bitume, muettes, pelotonnées au sein de leur matière lourde, paralytique, hémiplégie du minéral sur le bord d’un évanouissement. Soi, on est soi dans une dérive qui paraît infinie, qui arrache à son propre destin, qui lance en orbite autour de sa conscience et on se voit, telle une sphère, une goutte de lait, une perle de nacre girant à la seule force de sa stupeur dans l’éther pris de folie.

Boulet-Racine.

Soudain, dans l’air étréci qui sonne comme un glas, qui frissonne sous le givre du doute, qui s’étiole à la mesure de la révélation en train de prendre forme, il n’y a plus que soi, genre de concrétion minérale, de calcite blanche levée dans l’incertaine lumière, plus que soi et ce Boulet de pierre, cette Racine ou bien cette souche à l’exubérance confondante. Plus que cela et une fascination et une absorption quasi-totale de soi dans cette gémellité arbustive, cette denture pierreuse. Soi qui demeure debout, tel un menhir de glace. Soi qui boulotte son propre corps, manduque consciencieusement le sombre massif de la tête, digère l’étrange floculation des membres, déglutit le territoire rubescent du sexe, use jusqu’à la pointe la nervure plantaire, les moignons des orteils, le silex des ongles. Sur la rive qui n’est plus, dans les arbres absents, sur la courbe diluée du ciel comme une lente agonie qui ne profère qu’une fable originelle, une comptine d’autrefois par laquelle le soi vint au monde et y demeura jusqu’à ce jour qui meurt de n’avoir pas été. Simiesque engeance, sinistre guenon qui serre entre ses bras semés de pustules et hérissés de bubons cette pierre oblongue, cette outre gonflée de venin, cette jarre semée de sucs mortels.

Qu’apprenons-nous des choses ?

Boulet-Racine : mariage de la Carpe et du Lapin, épousailles de la gelée existentielle, cette pâte sartrienne visqueuse qui rampe à terre comme cette incongruité qu’elle est, cette Racine, cette contingence étroite, cette cannelure assoiffée de l’anthropos de chair et de sang, mariage hideux, non de cœur, mais d’irraison, hyménée appelant son double, ce Rocher à la peau glabre, lourde meute destinale qui vous précipite dans l’éternel intemporel de Sisyphe, dans l’irréfragable et outrageux nihilisme - ce Cannibale -, cette pieuvre aux yeux injectés de marbrures mauves, délétères, cette bouche à la gueule ornée de diamants, ce trépan métaphysique qui fait son bruit de rhombe, de bourdon au ventre annelé, son cliquetis de catacombe.

ORB…ORB…ORB…Où es-tu ? Où sont les montagnes semées de chênes ? Où sont les éboulis de granit si beaux dans l’étincèlement de l’aube ? Où sont les Hommes aux yeux de lumière ? Où sont les Femmes à la taille souple, aux hanches en amphore ? ORB…OR..O.

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 07:58
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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 07:24
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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 07:40
Du dépouillement de soi.

Confection.

Avec Sonyna.

Œuvre : André Maynet.

Ce que voulait Nativité, c’était le contact direct avec la nature, le saut dans le simple, la rencontre avec la vérité, la seule chose qui importât dans ce monde de folie et de stupeur massive. Partout où l’on portait le regard, ce n’était qu’immenses comédies, rapides pas de côté dans la figure de l’évitement, incroyables sauts de carpes grâce auxquels on échappait à sa propre image en même temps, qu’aux yeux des Autres, on se métamorphosait en illusionnistes. Car on ne voulait nullement devenir proie en quelque manière que ce fût. Partout étaient les prédateurs avec leurs dents de vampires et leurs canines acérées. C’était une telle douleur que de sortir dans la rue, de constamment se courber afin d’éviter la lame acide des regards, de fuir de manière à ne pas subir les bruits contondants des paroles, les sifflements des jugements a priori. En ces temps de fureur partout répandue, on adoptait le profil bas, on longeait le corridor des rues dans la diagonale de l’ombre, on évitait jusqu’aux entailles de lumière qui, à chaque instant, menaçaient d’user jusqu’à la lie votre corps et de le réduire à la taille d’une peau de chagrin. Ainsi, pour éviter les coups du sort et en amortir le danger permanent, on se dissimulait derrière des forteresses de vêtements, on calfeutrait ses yeux derrière des verres noirs, on glissait les ventouses de ses pieds dans de lourds sabots dont on pensait qu’ils constituaient les derniers remparts avant la disparition dans quelque sillon de terre, dans quelque fissure partie à l’assaut des anatomies. Ce n’était, partout, que confusion et perte du sens et l’horizon lui-même ne savait plus à quel orient se vouer.

Cependant, Nativité vivait à l’abri de sa mansarde de zinc, sous l’aile grise des nuages. De sa soupente elle voyait la marée des toits indistincts, les fumées blanches des cheminées, les meutes de voiles couleur de suie qui faisaient leurs lourds cortèges, là-bas, sous les assauts de la pollution et le roulement incessant des voitures. C’était un peu comme d’être, ici, tout en haut de l’immeuble de pierres, un genre de district du Paradis, une île déserte où couraient de vifs ruisseaux, où broutaient des biches aux yeux profonds, où s’étoilaient quelques bonheurs du monde d’en bas qui avaient fui la déshérence des hommes. Au début de sa vie haut perchée et par un simple réflexe, un inévitable mimétisme, Nativité s’était réfugiée dans le luxe d’épaisses fourrures, d’amples vêtures qui faisaient de son corps un cocon le mettant à l’abri des surprises. Elle pensait constituer un inexpugnable bastion dont nul ne pourrait la déloger, sauf peut-être le chant d’un oiseau, la caresse du vent ou bien la musique d’une fugue dans le crépuscule lissant le jour de ses derniers feux. Cette Douée de vie était constamment alimentée, telle une fontaine céleste, par des chants aussi purs que la bulle d’eau, hantée de poèmes aux rythmes subtils, d’images de l’art qui lui faisaient le regard doux et le teint pareil à une porcelaine. On aura compris, qu’animée d’un vif romantisme, parcourue des courants d’une libre esthétique, elle ne pouvait demeurer dans cet état si proche d’une prostration qu’au risque de se perdre et d’abandonner son inclination naturelle à découvrir, partout où cela se dissimulait, la phrase et sa mélodie, le tableau et ses rêves, la sculpture et ses formes taillées à la mesure de l’intellect.

Heureusement, la mansarde était pourvue, sur l’un de ses murs, d’un grand miroir sur lequel se reflétaient, comme en écho, les images des autres parois, ainsi qu’un pan de ciel tellement semblable à une ouverture de l’esprit qu’on ne pouvait demeurer à regarder sa propre image sans en tirer, aussitôt, les fondements d’une histoire. Nativité s’y aperçut, la première fois, tellement engoncée dans la complexité de ses étranges atours qu’elle crut d’emblée à une farce, à une parodie, à moins qu’elle n’eût endossé, à son corps défendant, ces accoutrements grotesques dont la commedia d’ellarte prodiguait à foison le ridicule sous les traits naïfs de la soubrette Colombine ou bien sous ceux de Pantalon dont le collant rouge archaïque le faisait ressembler au diable lui-même. Elle avait le sens des valeurs au plus haut point, la visée de l’exactitude des choses logée au creux même de sa passion et il ne fallut guère de temps pour qu’elle s’aperçût combien son attitude était inopportune, son comportement pareil à celui de la confidente du drame bourgeois en mal d’une gentille bluette.

Elle commença par ôter prestement sa zibeline, par dégrafer sa robe à godets, se débarrasser de ses chandails en mohair pour se retrouver, bientôt, simplement vêtue d’un strict collant blanc qui adhérait à sa peau telle la combinaison sur les cuisses fuselées des plongeurs. Mais c’était encore trop et Nativité (cet aimable prédicat disait, ô combien, le souhait d’une origine, la tentation d’une virginité), se saisissant d’une paire de ciseaux s’empressa de taillader ce qu’elle considérait, maintenant, comme un attentat à la pudeur, une offense faite à la belle nudité. Le nourrisson ne venait-il au monde dans le plus simple appareil ? La loutre n’était-elle pas belle dans son fourreau lustré lorsqu’elle plongeait dans l’onde sans même que celle-ci se troublât, juste l’empreinte d’un rapide passage puis les plis d’eau se refermaient sur quelques cercles pareils à la solitude ? Eve, la mère originelle, n’était-elle pas la forme même, l’épure au titre de laquelle le monde se révélait à l’aune de cette grâce infinie, de ce dépouillement qui confinait au silence et au recueillement ? Nue, il fallait être nue dans l’instant, la seule manière de résister au mensonge qui, partout, affectait les hommes, les femmes et les transformait en mannequins grotesques, tels des Ubu-rois en quête d’un improbable royaume. Le seul dont ils pussent être assurés, n’était rien de moins que leur propre corps, mais sevrés de leurs ornements, de leurs colifichets qui n’étaient jamais que les simagrées dont ils s’entouraient afin de se dérober au regard de qui voudrait les connaître. Voici, au milieu du sable gris de la mansarde, ce qui faisait phénomène comme l’une des plus belles représentations qui fût. Nativité, tête inclinée sur son ouvrage, découpait soigneusement tout ce qui pouvait obérer ce qu’elle était, à savoir ce corps volubile qui parlait de lui-même sans le secours d’aucun subterfuge, tout comme le jeu de l’enfant qui n’a nul besoin d’un objet pour faire surgir de son imaginaire, le château, la contrée tout autour et le chevalier sur son destrier fièrement caparaçonné.

Là, dans l’unité de lieu, d’action, de temps, identiquement à une tragédie classique et à sa règle intangible se renouvelait un geste si primitif, si originel, qu’il ne faisait pas plus de bruit que l’eau de la fontaine sur le lisse du pavé. C’était si beau d’assister à cet effeuillement, de voir l’arbre perdre peu à peu son habit, dévoiler la géographie de son tronc, faire l’offrande de sa nature profonde qui consistait à se laisser saisir, tel le chêne qu’il était, et non sous un inconsistant anonymat. Alors l’on se mettait à rêver de blanches racines avançant dans les meutes de terre, de fins rhizomes tapissant la voûte terrestre de ses mailles infinies. Maintenant, le meurtre du déguisement était presque accompli, le loup ôté, la perruque un lointain souvenir sur l’écran nébuleux du carnaval humain. Les cheveux coulaient vers l’aval tels de minces ruisselets, les épaules étaient si adoucies, si lissées de lumière blanche qu’elles en devenaient presque imperceptibles, deux grains de café brillaient dans la modestie en haut de la poitrine, la taille encore enveloppée d’un linge léger demeurait un pur mystère, les bas flottaient à mi jambes tels d’inutiles dépouilles, ménageant des plages de chair lumineuse à la consistance d’irréel et il n’était jusqu’à la discrète pliure du sexe qui ne fût devenue invisible à une vue distraite dans la rumeur simple du jour. Oui, combien le tableau était saisissant qui faisait penser à d’autres nativités, celle d’un Georges de La Tour où la venue en présence est comme suspendue à son propre événement ou bien dans le tableau de Lorenzo Costa où le corps est tellement transfiguré qu’il semble s’évanouir dans un songe bien au-delà des hommes et de leurs préoccupations. L’art disant le sacré, le rare, l’imperceptible que nul vêtement ne portera à son accomplissement. Tout comme cette buée que représente Nativité se défait de son existence pour se retirer dans son essence. Ceci, ce sentiment est si rare, qu’il ne peut que nous laisser sans voix et nous priver de parole, les usuels atours auxquels nous confions habituellement notre propre manifestation. Alors faisons silence !

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