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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 10:23
Désertion du jour

                      « Un cœur en hiver »

             Photographie : Katia Chausheva

 

 

 

 

   Rien ne s’informait

  

   Déjà il n’y avait plus que ceci, de longues barres de pluie qui rayaient le ciel, de tristes zébrures qui lacéraient le jour. On aurait cru à une perte des choses, à leur retournement dans une manière d’indicible, comme si, revenues à leur origine, elles en avaient revêtu le naturel emblème. Rien ne s’informait selon les esquisses de la raison, rien ne faisait parole, rien ne s’annonçait dans la perspective de l’habituelle mesure. On avait beau poncer ses yeux, affuter le grain de riz de ses pupilles, les écarteler jusqu’à l’insupportable mydriase, il n’y avait jamais que la dimension du vide, le bruit d’éboulis de colonnes antiques, la vision écartelée d’un territoire jusqu’à l’impossible. Ceci que l’on apercevait, était-on sûr qu’il ne s’agissait que d’une hallucination ? D’un vertige se faisant corps ? Devenant anatomie ? D’une folie avec, en son centre, l’œil cyclopéen où tout pouvait se fondre en un maelstrom d’images, une myriade de signes qui se télescopaient ?

 

   Fables de la vie ordinaire

 

   On pensait, pourtant, être un individu normal, un homme de simple constitution, un quidam marchant tranquillement dans une rue anonyme avec ses boutiques peintes, ses décalcomanies collées aux vitrines, ses tourniquets emplis de photos de paysages, ses revues rassurantes qui parlaient des fables de la vie ordinaire. L’aménagement d’un parc, une manifestation culturelle, l’annonce d’un mariage, la venue dans la Ville de quelque ancien cirque avec ses saltimbanques, ses clowns débonnaires, ses bonimenteurs à la face hilare. Rien que de bien normal, en somme. On pensait à toutes ces choses mais, cependant, l’on se doutait bien qu’il y avait l’envers du réel, sa gueule pleine d’incisives acérées, sa langue mortifère qui, peut-être, tel le dragon, crachait ses flammes. L’existence n’était-elle que pertes, chutes, autodafés des ouvrages auxquels on croyait, dont on fêtait la venue à soi, qu’on célébrait sur de hautes agoras où des paroles de divins Prophètes nous enjoignaient de devenir ce que, jamais, l’on n’avait été, des Hommes d’Honneur à la belle rectitude, des hommes de Bien dont le parcours dévoilait des chemins de Vérité, dont la peau était le miroir de toute Beauté.

 

   Etoile filante du tragique

 

   Seulement, voilà, l’étoile filante du tragique arrivait à sa dernière parution. L’on n’avait été Hommes qu’à demi, humains qu’à se saisir de son propre destin, dévoués surtout à sa cause égoïste, ignorant aussi bien le proche que le lointain. Le proche, le voisin, l’amical. Le lointain, l’exilé, l’expatrié. Soi, uniquement Soi. Dans l’étroit viseur de la conscience, l’on n’avait voulu qu’être Seul au centre du Grand Jeu. Soi face à Soi en somme. C’était alors le surgissement de ce qui n’avait nul sens. Dans le miroir, Narcisse était nu. Les reflets s’étaient métamorphosés. Ce qui, d’ordinaire, s’énonçait dans le vocable de l’aimable, allumait la lanterne de la sublime poésie, voici que tout sombrait dans le vert des abysses, la pliure insondée d’une inatteignable nervure.

 

   Un milan, un freux

 

   Ce qu’on voyait, à peu près ceci : le ciel était livide, empli de lueurs de soufre. Parfois quelques phosphorescences d’étain et de sombre émeraude. Une tour blanche à la consistance de cierge pleurait ses larmes le long de colonnes si étroites que l’édifice menaçait de sombrer à tout instant. Tout en haut, un chemin de ronde entouré de dentelles de fer. Des pattes de libellule, des filins de verre à la transparence inquiète. Un grand oiseau noir - était-ce un milan, un freux ? -,  semblait voué à une éternelle méditation, tant son vol était absent de lui, sorte de cariatide ne soutenant que l’once du Rien. Du Vide. Aussi bien il aurait pu être notre âme incarnée en étrange créature portant la malédiction, semant des dagues d’effroi du haut de ses rémiges glacées.

 

  Confondante dévastation

 

   Comment savoir qui nous sommes devenus, nous les Hommes de fragile constitution ? La margelle de notre front, tellement emplie des signes de la gloire - du moins en supputons-nous l’insigne présence -, l’équerre de notre maxillaire dépositaire d’une volonté à toute épreuve - nous y voyons l’affirmation sans équivoque d’un caractère bien trempé -, le purpurin de nos lèvres - qui signe, nous semble-t-il le rivage rubescent et majestueux de notre passion -, toutes ces manifestations que nous prenons pour la pure grâce, voici que tout s’écroule dans un fracas bien trop humain, bien distrait des desseins de la vertu, bien étranger à la dimension de la verticale éthique. Nous avançons malgré ceci, tous ces manquements au devoir d’être, nous nous résolvons à poser notre encolure sous les fourches caudines du désarroi, à faire de notre visage le lieu d’un éternel désordre, de notre imaginaire les limbes de l’Enfer avec ses replis comblés de lucre et de vice, de notre esprit l’espace d’une confondante dévastation.

 

   Angoisse primitive du Monde

 

   Mais nous n’avons nullement épuisé les formes qui viennent à nous dans la mesure de l’étrange : cette immense bâtisse grise - lieu de nos rêves écartelés ? -, ce long mur de briques brunes qui limite notre horizon - clôture de notre destin ? -, cette voile d’une embarcation dont on n’aperçoit que l’étrange gonflement, le mât dressé dans l’angoisse primitive du Monde, cette voile est-elle l’instigatrice d’une dernière navigation hauturière, d’une longue dérive en eaux profondes ? Combien ceci est égarant. Et cet échiquier au sol, ses cases blanches et noires, une pour le silence, une pour la Mort, ne clignote-t-il qu’à nous inviter à son jeu cruel, à ne nous donner le choix que de la mutité temporaire, du retrait définitif ? Et ces deux personnages drapés dans la suffisance étroite de leurs robes de bure, une couleur de suie, une autre couleur de sang séché, de passion éteinte, ces deux effigies pareilles à des spectres, que nous disent-elles de notre fulgurant passage, sinon la soudaine désertion du jour, l’abolition de toute présence ?

  

   Jour qui point

 

   Et cette figure féminine dont nous n’avons encore parlé, cette Interrogation levée dans la nuit du doute, qui est-elle, sinon la recherche de cet Autre que nous voudrions être nous-même, cette complétude, ce Soi en toutes les positions mondaines. Voudrions être Nous, d’abord, en son entièreté, cela va de Soi. Puis être le Jour qui point. La Nuit qui décline. Le Soleil dans son ascension. La Lune en son coucher. L’Arbre levé dans la brume solaire. Le Feu dans la cheminée. La Source, son écoulement dans les ombres bleues. L’Arc-en-ciel dans la pluie d’orage. Le Fruit dans le compotier du Peintre. Cette Trace sur la dalle de sable qui dit le Temps en son être-fuyant. Cette Goutte de rosée, ce diamant à la pointe de l’herbe, cette lucidité naturelle que nous voilons au profond de nos yeux. Cette Etoile qui s’allume et s’éteint dans la course infinie du ciel. Cette Terre façonnée par un habile potier.

 

   Sombres arpèges

 

C’est ceci que nous dit cette Figure-questionnante. Et elle ne nous le dit qu’à la mesure du tragique qui l’habite. C’est ainsi, toutes les choses Majuscules (Nuit - Jour - Arbre - Feu), toutes Choses Essentielles (Soleil - Lune - Source), se disent toujours en mode triste, en sombres arpèges, en dramatiques et nostalgiques adagios. La gaieté, le bonheur, le contentement, toutes manifestations la plupart du temps prises pour des déclinaisons d’une entièreté de Soi, n’en sont que les facettes brillantes, autrement dit, de pures illusions, de simples et déroutantes apparences qui, toujours, manquent leurs buts, elles sont trop courtes, nullement assez prises dans la vérité de leur être, pour se donner comme irréfragables présences. Toujours une fuite, toujours une dérobade, toujours une compromission dans la fête, la sauterie, la grande farandole.

 

   Errante - Aveugle - Somnambule

 

   Toujours un approfondissement de Soi dans cet air bleu, tremblant, dans ces scarifications qui traversent la photographie, dans ces vergetures, ces irisations, ces approches qui conduisent au seuil de toute expérience en sa belle réalité. Elle, que nous pourrions nommer « Errante », « Aveugle », « Somnambule », comment ne pas y reconnaître l’entaille que fait toujours en nous l’inaccessible, le déconcertant, le trouble, l’inattendu, le secret, le mystère, toutes manières dont ce qui est à découvrir depuis le creux même de notre Question - nous ne sommes que cela - s’annonce sous les traits d’une énigme ? Seulement ceci. Toute autre façon de paraître n’est que poudre aux yeux et activité fascinatoire.

   Creuser le réel est le chemin le plus immédiat pour connaître. Connaître est l’autre nom de la Joie. La Vraie ! Pour cette même raison, le titre de cette œuvre ne pouvait avoir lieu que dans l’énonciation d’un « cœur en hiver ». Cœur qui vit et palpite dans l’exacte rigueur du froid. Froid qui n’autorise nulle approximation, nulle légèreté. Vivre est, pour cet organe vital, endurer le froid, autre nom pour la Mort. Seule sa pulsation en diffère la venue. A nous de la soutenir avec cette belle insistance qui est notre seule planche de salut. D’autres jours poindront  avec leurs aubes bleues, leurs crépuscules teintés de vermeil. D’autres aubes, d’autres crépuscules.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 14:55
Tout est brume qui vient à nous

                 Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Tout est brume qui vient à nous

 

Si illisibles sont les contrées

D’où nous venons

Elles nous parlent

De si étrange manière

Elles nous hèlent depuis

Le fond douloureux du temps

Elles clignotent et s’effacent

Pareilles aux éphémères

Dans la brume solaire

Parfois une voix se laisse saisir

Qui vacille dans les lointains

Une voix amie

Nous y attachons une image

Nous y fixons un souvenir

Nous y cherchons

Une signification

Le pli d’une diction

Disant le rare et l’advenu

 

*

 

Ce qui un jour dressa notre effigie

En pleine lumière

Y inscrivit le chiffre de la joie

Mais qui donc était là

Dans sa simplicité

Qui nous faisait l’offrande

De sa présence

Aujourd’hui la brume

Est dense

Qui voile la mémoire

Eparpille aux mille vents

La feuillaison de ce qui fut

Pourtant nul évanouissement

N’a eu lieu

C’est là encore

Posé au centre du corps

C’est plus qu’une étincelle

Braise vive qui brasille

Et nous met au supplice

Nous incline sans délai

À percer la source

De cet étrange remuement

La source vive

À défaut de laquelle

Nous ne serons jamais

Qu’un exilé

Un chemineau

Fouetté de vent

Un voyageur

Sans boussole

 

***

 

Tout est brume qui vient à nous

 

Parfois nous nous retournons

Nous fixons ce qui a été

Avec l’aiguille acérée

De la lucidité

Oui il y a bien

Une faible lueur

Là-bas

Au bout d’un long tunnel

Sombre

Oui une germination de clarté

Un bourgeon déjà éclos

Un bourgeon déjà fermé

Car tout s’esquisse à même

L’œuvre achevée

Car tout se donne

À la façon d’un fusain

Qu’estompe le geste du destin

Cette fulguration qui nous étreint

Plante sa dague au plein de l’esprit

Nous en mourons de ne rien connaître

L’arche de l’exister est si vaste

Nous n’en percevons que

L’immense cercle azuré

Le rapide arc-en-ciel

Tout est dissous

En si peu

Tout

 

***

 

Tout est brume qui vient à nous

 

Les mains vides

S’esseulent

Les yeux infertiles

S’épuisent

En vaines larmes

A quoi bon questionner

Ce qui jamais ne répondra

Le ciel est vide

De signes

Sauf ces congères

De freux noirs

Qui dérivent  dans la banquise

De l’air

On n’en voit que la perdition d’ébène

Dans le pli du rien

Qui trace ses cercles d’ennui

 

*

 

Deux arbres sont là

Plantés dans le ressentiment

Du jour

Deux formes qui nous disent

Le lieu de l’impossible rencontre

Les troncs sont séparés

Qui se divisent

Dans le creux immémorial

De l’espace

Au loin des oiseaux chantent

Mais leurs cris demeurent

Un mystère

Mais leur mystère

Est une vive inquiétude

Pourquoi n’apercevons-nous

Jamais ce à quoi nous rêvons

Ce que nous désirons

Qui rougeoie devant

Le continent dévasté

De notre visage

Pourquoi

La brume

Qui vient à nous

Est si dense

Si drue

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 09:56
Du creux de la Dune

         « Essaouira depuis les dunes de Diabat »

                    Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

  

   Flamme blanche

 

   Le soleil est haut dans le ciel, immense flamme blanche qui entame la vue, gerce les lèvres, incise la chair trop fragile. Il faut chausser ses yeux de verres noirs, longer les murs de chaux blanche, faire siennes les ombres décolorées, en vêtir son corps ourdi de chaleur. Mince ruissellement. L’eau est une immédiate aventure qui glace le dos, en fait une cohorte de fins ruisselets.

 

   Médina

 

  Médina en sa rutilante présence. Quelques hommes assis devant leurs échoppes. Rides profondes, solaires qui lézardent leurs fronts. Signes d’appartenance à la rudesse, à la verticalité, à la lumière qui envahit tout, déclôt tout ce qui se réfugie dans les recoins, les failles profondes entre les dalles de briques. Le Bleu monte des portes, fait ses clartés marines. Dures, abyssales, s’imposant aux regards fussent-ils les plus distraits. Murs d’ocre et de neige où crépite l’intense rumeur de l’heure.

    

   Mythiques contrées

 

  Tout autour la large enceinte de briques roses et de moellons gris, la plaque vert émeraude de la mer qui s’enfuit là-bas, loin, vers de mythiques contrées. Des pluies de goélands fous, des rafales de cris dans l’air qui file à la vitesse des comètes. Blanc vertige de ce qui se donne dans la joie, sans retenue aucune. Les yeux s’embrument, les lèvres sont humides, un fin brouillard colle contre les corps ses mains pareilles à un baume, à une dilution de l’angoisse dans les volutes infinies de ce qui est sans mesure.

 

   Flottille bleue

 

   Port. Eau tranquille. Abri. Flottille bleue aux étraves levées. Elles disent le pur bonheur de voguer sur les barres d’écume, de franchir le roulis, de gagner le large, là où frétillent les bancs d’argent des poissons. Lourds sont les filets où se débat le peuple multiple des nageoires, des queues brillantes, des dos semés d’écailles turquoise, les yeux sont de simples trous noirs. Des pertes que jamais l’on n’interroge. La mort donne la vie qui donne la mort. Eternel cycle des parutions/disparitions.

 

   Une grotte s’ouvre

 

   On est loin, maintenant, au grand large, sur les îles Purpuraires semis de rochers bruns flottant sur la dalle d’eau. Le vent souffle continûment, traverse les vêtements, fait sa petite musique sur la peau qui se hérisse de points illisibles. On est régénérés de l’intérieur. Une grotte s’ouvre avec son luxe de stalactites, de concrétions, de bourgeons de calcite. Ça y est. La lumière est entrée dans la nasse de chair. Elle fait son grésillement, elle ouvre ses ramifications, elle pullule tout contre le réseau du sang.

   Elle a déserté la couleur. Elle est monochrome, semis de noirs profonds, glacis de blancs duveteux, taches grises qui courent d’un bout à l’autre de la vision. Ce qui surgit alors : le mellah d’Essaouira dans les années usées d’un temps ancien. Des silhouettes fantomatiques, djellabas, murs lépreux, rigoles en pavés, fentes de lumière entre les abris de torchis. On n’est plus au présent. Seulement dans ce passé qui tutoie une origine. On se tait. Seul le silence. Murs éventrés. Colonnes supportant des ogives mauresques aux indéchiffrables motifs, fours de briques à la gueule largement ouverte.

 

   C’est un haschisch

 

   Là seulement on est prêts pour le grand voyage, celui qui, vers le Sud vous emporte au Pays des mirages et des somptueuses hallucinations. C’est un peyotl. C’est un haschisch. C’est un opium. Rien ne tient de ce que vous saviez. Peut-être êtes-vous-même étranger à votre propre existence ? Défenestré en quelque sorte.

 

Loin la mer

Loin les îles

Loin les mensonges

Des villes et des villages

Loin les affabulations

 

   Le réel est si loin qui fait son étrange clignotement. Ici une lentille noire, crépusculaire, qui dit le repos, énonce le silence, convoque la gratitude. Il est si heureux d’être là parmi le doux moutonnement des dunes, au creux de leur enveloppement maternel, cette quiétude qui se lève au centre de l’être pareille au déploiement d’une subtile corolle. Ici nul ennui qui ferait du temps une interminable hésitation au seuil du dire, nulle angoisse qui hisserait son dais devant la figure d’un imaginaire atterré.

  

 Lieu sans nom

 

   Le ciel est haut, infiniment gris, cette teinte qui aplanit, médiatise, unit dans la demeure féconde d’une harmonie. Jamais le désespoir ni l’angoisse ne sont gris. Noirs seulement. Inscrits dans une fosse de bitume, le sans fond d’une crypte, le sans fin d’une douleur. Au centre, une large île de clarté pareille à la promesse de l’Aimée : une aube se lève avec la venue du jour.  Autour est un cercle plus sombre, il délimite les bords d’une clairière et c’est en ceci, la proximité avec l’ouverture que cette ombre n’est nullement inquiétante. Seulement l’annonce de ce qui va venir, ici, depuis ce lieu sans nom, sans repère autre que celui de l’âme qui en contemple le site d’éclosion. A la limite de cet étonnant horizon fait de courbes et d’inclinaisons, d’ascensions et de chutes, la presque disparition de la Cité des Hommes, faible vibration toute d’extinction, d’exténuation, de silence. Parlent-ils les Hommes là-bas, les Invisibles ? Palabrent-ils ? Emettent-ils des serments ? Jurent-ils sur la tête de leurs enfants ? Tirent-ils des plans sur la comète ? Rusent-ils ?

  

   Immédiate liberté

 

   C’est une telle félicité d’en seulement songer, imaginer les actes. Ici, depuis l’éternel repos de ce monde minéral à l’infinie puissance, combien d’innocence, d’aimable puérilité à les placer, ces Lointains,  sur la scène de l’exister au simple motif d’un jeu, à la seule effervescence de l’imaginaire. Oui, voyez-vous, l’essence de ces espaces innommés - ces utopies -, c’est d’initier une immédiate liberté au terme de laquelle le relatif s’impose en contrepoint de l’absolu, du tenu pour sûr, du dogme érigé en principe. Là il n’y a lieu que d’être Soi, sans délai, sans tergiversation. Vérité que ce sable immaculé. Poésie directe que ce Simple de la dune aux blanches et grises déclinaisons. Sur ces monticules vierges, toute la belle cadence de la lumière pareille à une mélodie. Les rythmes s’y impriment avec la nécessité des choses exactes qui n’ont besoin que de leur propre présence : tout y est contenu dans l’évidence même. Rien à chercher qui serait dissimulé. Nul prédateur caché derrière un pli de terrain. Et puis, c’est si rassurant cette immobilité que le premier vent viendra métamorphoser afin que se dise sur un mode différé ce qui est à comprendre d’une Nature généreuse, infiniment renouvelée, cette inépuisable corne d’abondance.

  

   Lignes claires

 

   Beauté que ce croisement de lignes claires que viennent rencontrer d’autres lignes plus soutenues, mais toujours dans la concorde, nullement dans l’affrontement. Adret lumineux qui court d’un bord de la vision à l’autre. Une cimaise est là, en suspension, pour dire, sans doute, la proximité de quelque mouvement de cette matière qui n’est que pulsation retenue, hésitation avant que ne se dise une autre fable. Ici un cirque est creusé dans la blancheur qu’un cratère noir marque de sa curieuse ellipse. Infinies variations des clairs-obscurs, ces polyphonies lexicales en attente de profération.

 

   Devenir humains

 

   Jamais on ne quitte sans nostalgie l’épaulement de la dune, sa réserve de rêve, l’ineffable solitude dont elle couronne les êtres sensibles, les esthètes, les amoureux d’un univers livré à la seule royauté de cette Nature si généreuse dès l’instant où nul n’en entrave les généreux desseins. Laisser être les choses en leur naturelle propension à vivre selon la loi non encore écrite de cela même qui poudroie et se recueille dans l’invisible serment tacite dont nous les humains ferions bien de nous inspirer. La dune est là dans son immémoriale sagesse. Elle nous regarde « être humains », devenir humains en d’autres termes. Puissions-nous en imiter l’accomplie sérénité. De telles photographies nous y engagent. Qu’attendons-nous pour coïncider avec notre être ? Vraiment !

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 09:31
Rouge Désir

           « Une nuit s’éveille »

               Collage papier

       François-Xavier Delmeire

 

***

 

 

Il y a la nuit d’abord

La nuit aux rives sombres

Que nul ne visite

Sauf quelques Egarés

Parmi la confluence des rues

Il y a la nuit pareille à un lac noir

Avec ses battements d’écume

Ses lueurs d’étain

Ses sombres encoignures

Ses labyrinthes

Où dorment les rêves des Hommes

Ces confondantes boules de suie

À la limite de figurer

 

*

 

Il fait si ténébreux dans les plis céphaliques

Il fait si étrange dans les corps livrés

Aux tumultes pluriels du Souci

Dans le réseau des nerfs qu’électrise

L’impatience de venir à Soi

Alors qu’on n’est encore

Qu’une vague chrysalide

Dont le cœur ne bat

Qu’au rythme de la peur

 

*

 

Cela serre les tempes

Cela orne le plexus

D’une myriade d’étoiles

Cela s’invagine

Dans la rainure du sexe

Avec un bruit d’insigne faveur

Serait-ce ici le lieu à partir duquel paraître

La grotte dont surgir afin de connaître

Ce qui résiste

Ce qui fait silence

Ce qui glace le sang

Le transforme en un fleuve

Au cours impétueux

Qui peut-être

Jamais ne rejoindra l’estuaire

Cette nappe immense

Qui s’appelle Liberté

 

*

 

Jamais nul ne s’en empare

Liberté est toujours en fuite de nous

Et nous mourons de n’en pouvoir saisir

L’éblouissante résille

Alors nous nous accrochons

À la Ville

À son réseau de plaisirs

À ses bars aux néons rouges

A ses Filles Noires

Aux jupes haut fendues

Aux bottes d’Amazone

Qui nous donnent le frisson

A seulement en percevoir l’éclat

Dans l’antre igné de notre esprit

 

*

 

Mais qui es-tu toi Ville

Aux ténébreuses membrures

Qui es-tu pour être

Si muette

Si distante

Si énigmatique

Dans l’intense fourmillement

Qui parcourt tes reins

Incendie ton anatomie de pierre

Allume dans tes yeux les flammes

De la possession

Oui de la possession

La seule Volonté qui soit la tienne

Nous happer dans l’arc rubescent

De ta bouche

Nous tourner selon

Mille sens métaphysiques

Nous enduire

De ton miel vénéneux

Nous réduire à Néant

 

*

 

Oui ton stratagème est si apparent

Qu’il est un cristal qui vibre

Et nous vibrons à l’unisson

Car nous n’avons nullement

Le choix

Qu’adviendrait-il de nous

Si nous étions exclus

Du sein de ta Passion

Que deviendrions-nous si ce n’est

De furieuses esquisses

Déchirées au plein de leur condition

Ne sommes que des êtres de papier

Des fragments de palimpsestes brouillés

Sur lesquels ne s’inscrivent

Que les signes irrémédiables

D’une errance à jamais

 

*

 

Ville aux dentelles lapidaires

Ville aux mille sortilèges

Es-tu au moins consciente

De ton emprise

Nos yeux sont acquis à ta gloire

Nos bouches chantent les refrains

De tes rues

Les couplets

De tes larges places

Et pourquoi donc as-tu sorti

Ce masque de lumineuse porcelaine

Ce biscuit qu’avive l’incendie de l’aurore

Pourquoi ces yeux baissés

Dans la pose de la méditation

Pourquoi cette retenue

Ce nez si droit qui dit la Vérité

Ces lèvres carminées

Qui ne sont que les portes ouvertes

De Ton Désir

Du Nôtre

Ils sont coalescents

Ils vivent de la même provende

Ils exultent

A la seule idée d’une tension à résoudre

D’une expérience à tenter

Qui est celle de repousser la Mort

Un jour de plus

Une heure encore

Une minute

Alors que l’existence

Bat son plein

Et nous appelle

Au luxe d’exister

 

*

 

Et cette main de nacre

Et de corail

Cette efflorescence de la volupté

Cette griffe en attente

De notre propre chair

Mais aussi de la sienne

Armée de toutes les pulsions

Du Monde

Mais aussi ce dessein fou

Qui n’est que destruction

De Soi

De l’Autre

Qu’attend-elle donc

Pour lancer son mortel venin

Nous atteindre au plein

De cette étrange manifestation

Qui est la nôtre

Entre le point d’Origine

&

Celui du Festin Dernier

Qu’attend-elle donc

Nous sommes impatients

D’être Nous en l’Autre

D’être l’Autre en Nous

Rouge Désir

Désir Rouge

Tel est notre Nom Commun

Qui jamais ne se consume

Qu’à être proféré

Rouge Désir

Désir Rouge

Nous sommes à Toi

Tu es à Nous

 

*

 

En Nous une Nuit s’éveille

Accueillons-là à la façon

De la plus belle offrande

De ceci nous vivons

De ceci nous mourons

 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 10:51
Au plein de la stupeur

 

STUPORE

Œuvre : Livia Alessandrini

 

 

***

 

 

Ils sont là les Masques Antiques

 

Ceux  dont la Présence irradie

Qui viennent à nous

Dans la plus haute surrection

Ils nous disent la gloire d’être

La tâche sublime du Héros

L’agora où souffle

La puissance de l’Être

Le Temple où habite le Dieu

La Parole du Poème

En sa Vérité première

 

*

 

Ils sont là les Masques Antiques

 

Ils viennent à nous

Ils nous interrogent

Du fond de leur destin

Ils veulent nous forcer à connaître

Ce qu’exister veut dire

Sous la lame vibrante du Ciel

Sur la Terre que le feu des Enfers

Ronge de son implacable acide

 

*

Ils veulent de nos yeux

Déciller la coupable courbure

Ils veulent forer profond

Dans le tissu vacant de l’âme

Faire surgir la force

De faire face

De se dresser

Dans sa condition d’Homme

 

*

Mais regardez donc au centre

Dans la convergence haute du sens

Regardez ce Masque sidéré

Yeux grand ouverts

Sur le vide originel

Il demeure SEUL

 Parmi la multitude

Dont la stupeur différée

Ne l’ait encore plongé

Dans un étrange sommeil

 

*

Demeure là en pleine ouverture

Sous le regard d’airain de Zeus

Le provoque-t-il

Le craint-il

Est-il l’UNIQUE qui ose

Toiser l’Olympe

En attirer les foudres

En allumer l’Eclair

En subir le mortel assaut

 

*

On ne regarde nullement un Dieu

Comme un simple Mortel

Une diversion parmi

Les confluences mondaines

On le regarde et on s’expose

Au sort tragique d’Œdipe

Celui à qui le Prophète

Dit le réel en sa cruauté

« Tu es le meurtrier

Que tu recherches »

Et alors on enfonce

Au profond  de ses yeux

Les épingles d’or

De Jocaste l’Aimée

En son innocence pure

 

*

On tâche de s’absoudre

Du parricide

De l’incestueux

Tout ceci qu’on n’a

Nullement voulu

Que seul le Destin a fomenté

A l’encontre avec la même minutie

Que mettait Pénélope

À tisser et détisser les fils invisibles

Qui la privaient d’Ulysse

 

*

Et on erre longuement

Sur des chemins sans autre issue

Que la Mort

On a franchi les portes du possible

On est en déshérence de soi

En perte que seul un sacrifice

Pourra laver

D’une conduite certes involontaire

Mais offense aux Dieux

Qui veillent à l’étrange parcours

De l’Homme

A ses sauts de Charybde en Scylla

 

*

Ils sont là les Masques Antiques

 

Ceux qui signent l’Absence

Disent la mortelle amplitude

Le silence enclos dans les lèvres de pierre

Le rictus aboli dans sa gangue d’argile

En son naufrage de carton éteint

 

*

Mais voyez tout autour

Pareil à un maelstrom

Ces Faces défigurées

Ces visages de cendre

Ils viennent de l’Enfer de Dante

Les Cercles se referment

Sur les Semeurs de scandales

Et ceux qui ourdissent des schismes

Sur les inglorieux et ceux qui outrepassent

Les imprescriptibles lois humaines

Sur tous ceux qui sortent de l’Ordre

Du Cosmos bien agencé

 

*

Leurs yeux sont clos

Leurs bouches muettes

Leurs corps dispersés

Au vent cruel

Qui souffle depuis l’Achéron

Où Charron le Nocher

Fils des Ténèbres et de Nuit

Sur sa barque funéraire transporte

Les âmes des défunts

À l’ultime séjour

Là où être n’est plus

Qu’une brume illisible

Dans le Temps qui agonise

 

*

Du masque ouvert

Aux masques fermés

Se joue toute l’amplitude

De la tragédie

Naissance en attente de la Mort

Mort qui réclame son dû

Jamais nous ne naissons

Gratuitement

L’obole est toujours à verser

Qui attend dans l’Ombre

Dans l’Ombre

Qui éteint la Lumière

Vive étincelle

Promise à sa fin

Plus rien que cela

A l’aube des temps

Que cela

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 09:47
Endeuillement de soi

      « Rien n'est plus beau que notre propre agonie »

 

                         Œuvre : Dongni Hou.

 

***

 

 

 

On dit soi

On dit l’être

On dit l’être n’est pas

On dit le soi n’est pas

On dit le soi n’est pas sans l’être

On dit l’être n’est pas sans le soi

On dit tout ceci dans le Rien

On dit tout ceci et l’on est

Dans l’intervalle

Du jour

Dans le couloir

De la Nuit

Dans la dérive

Du Temps

On dit

Puis l’on se tait

 

***

 

Noire est la nuit

Sombre le rêve

Qui dérivent au-delà du corps

On en sent l’ineffable présence

La fuite à jamais

L’écume de suie

Qui colle à la peau

Cerne l’esprit

Englue l’âme

Le silence est là

Et la langue est crucifiée

La parole

Sise en son antre

La chair clouée

A son étroit destin

 

***

 

Comment sortir

De Soi

S’emplir d’être

Goûter l’ouverture du jour

Rencontrer l’Autre

On ne sait même pas s’il existe

Si sa silhouette n’est pure illusion

Si le Néant n’en est le contour

Le Silence la retenue de son dire

Cousu à jamais

Dans la toile froissée

Du corps

 

***

 

Comment être et demeurer

Là en ce lieu de visions subalternes

De discours mondains

D’irrémédiables fuites

Le long des caniveaux de l’envie

Des moirures droites du désir

Oh le vent est mauvais

Qui glisse entre les triangles aigus

Des épaules

Fore les os jusqu’en

Leur ultime demeure

Une pliure sans avenir

 

***

 

Dans le poème de la chair

Foulé aux pieds

Dans la prose hantée

De bien étranges compromissions

Dans la lame damoclétienne

Qui déjà entaille

Les grises scissures

De la pensée

Nous le sentons l’acide

Nous le soupesons le trébuchet

Qui décidera de nous

Etre soi

Ne pas être

 

***

 

Sur la peau entaillée de noir

Sur le cercle d’argent des cheveux

Sur l’épaule qu’avive une clarté d’étain

Sur l’anguleux visage que visite

La froide lucidité

Voici que se dit la Vérité

En sa chute la plus tragique

Trois mots résonnent

Dans le livide

Et l’inaccompli

Nos mains sont vides

Notre cœur glacé

Trois mots pareils

A des coups de gong

Dans le silence

D’une forêt pluviale

Trois mots

Qui disent et ne disent pas

Trois mots

Qui parlent

Et demeurent

En retrait

 

Négritude

Finitude

Solitude

 

***

 

Ils sont l’hymne

De la Vie

La résonance

De la Mort

Seule certitude

D’une profération

Verticale

O combien

Verticale

 

***

 

Ils sont le refrain

Logé au sein même

De l’acte d’amour

Cette lame plongée

Au plein du réel

Cette douleur

Ce cri par lequel

L’Homme

La Femme

Se disent

En leur cruelle

Absence

 

***

 

L’Être est là qui clignote

Le Soi est là qui demande

Sur les plaines que la Lune glace

L’Immobile s’est levé

Qui

Jamais

Ne s’arrêtera

Là est son refuge

Là est sa raison

D’être Soi

Et de nullement

Etre

Ainsi vit l’Enigme

De son propre souffle

Le vent est tombé

Qui balaie la plaine

Pour toujours

Oui

Pour

Toujours

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 09:56

 

***

 

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Il y avait une faible lumière

Une lueur cendrée

Une broderie d’or

Un point tout là-bas à la limite de l’être

Des ombres aussi

Des clés pour de bien étranges serrures

Des notes dans le lointain du jour

Des couleurs d’absence

Des absinthes dans des verres verts

Des fleurs d’opium sécrétant leur doux venin

Des effleurements

Des caresses

L’envol d’un oiseau dans le ciel de jade

Des violons d’acajou

Une blanche colombe

Des rumeurs posées sur les choses

Une main gantée de pluie

Un sourire dans des boucles châtain

Un pommier dressé sur une verte prairie

Des airs d’accordéon

Un tabouret à trois pieds

La Lune

Les odeurs fruitées de fleurs pourpres

 

***

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Le boyau du futur

N’était nullement visible

Ne débouchait sur rien

Etait celé sur son mystère

Dissimulé dans l’encoignure

Illisible du Monde

*

Cela chantait cependant

Cela venait à la pensée depuis

Le cristal étincelant du songe

Je me voyais en Cavalier Bleu

A la fière monture

En Hussard casqué botté

Dolman noir à brandebourgs

Pelisse rouge

Shako à plume de casoar

*

Ce casoar de mon enfance

Cette vignette du souvenir

Cette image d’Epinal

Que venait-elle faire

Dans le loin qui encore

N’apparaissait pas

S’annonçait seulement

Comme possible

*

Peut-être n’en verrais-je jamais

Que la tremblante silhouette

Sur le drap blanc du cinéma

 Des années dissoutes

Avec ses mouches noires

Ses zébrures

Ses sauts ses bondissements

Et ce Hussard

Ce soldat de plomb qui meublait

Mes aventures guerrières

Que faisait-il dans cette heure

Qui sans doute

N’aurait jamais lieu

 

***

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Existe-il une porte

Qui fait communiquer

Le temps aboli

 Le temps en germe

Le temps encore non venu à soi

Et Soi dans l’ici indicible

Dans le maintenant

D’illisible présence

*

Et le Présent où était-il

Sinon dans la Présence fuyante

Inaccessible

On tend ses mains vers lui

Et l’on se retrouve dans la nasse d’oubli

Avec les lianes d’eau qui s’invaginent

Jusqu’au point incandescent

De l’Être

 

***

 

Ce matin j’ai ouvert la porte du Temps

Celle qui donne accès au corridor

de l’Être

 

***

 

Et voici ce qui s’y trouvait

Rien d’autre que l’Immobile

Que le Muet dans sa pliure absolue

La Mémoire s’était solidifiée

Le Passé ne proférait plus

Que des paroles de plomb

La Voix pourtant était audible

Mais dans l’affliction

Venue d’on ne sait quelle crypte

Le Ciel était d’émeraude sombre

Couché au-dessus de collines usées

La vue était antiquaire

Étrangement absentée

D’une valeur de paysage

*

Est-ce cela le souffle glacé

D’Outre-Tombe

Ces alignements à l’infini

Ces glaives de pierre

Ce rythme anonyme des arcades

Et ces piliers qui hurlent le blanc

Jusqu’à  pousser au meurtre

De toute couleur

*

Le Vide serait alors ceci

Des falaises d’onyx

Dans leur noire splendeur

Elles courent au loin

Se jeter dans l’abîme

*

Une Déesse est couchée

Dans ses plis de marbre

Elle médite le Temps

En son irrésistible fuite

*

Le sol est de latérite brûlée

Les ombres de fumée dense

Une haute cheminée de brique

Toise l’Absolu

De son dard indécent

*

Deux silhouettes d’hommes

Sont-ils des hommes

Sont-ils vivants

Deux silhouettes témoignent

Des gestes de ce qui fut

Qui n’est plus

Dans l’heure poncée

Jusqu’à l’os

*

Une locomotive noire

Fume à l’horizon

Traverse immobile

L’épaisseur verticale de l’air

*

Il est temps d’affronter

Cet Inconnu qui nous habite

Depuis notre naissance

Là juste derrière l’ombilic

Cette graine originaire

Qui contient dans le germe

De sa modestie

Le Seul Temps

Que nous n’ayons jamais

À connaître

Celui d’un retour à Soi

Dans la plénitude perdue

Mais qui attend

Et ne veut rien dire de soi

Alors que le Temps

N’est encore venu

Qui interroge

Du fond

De son

Énigme

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 10:02
Debout dans la lumière

« Seul le silence survivra »

Œuvre : Dongni Hou

 

***

 

 

Seul le silence survivra 

 

Partout où le regard jetait ses flammes

Etait le Désert

La Grande Désolation

La Terre ravinée

En ses plus grands chagrins

Le Ciel entaillé

De profonds sillons

Les Etoiles en leur robe diurne

Mais endeuillées

Mais tristes d’être seules

Mais usées de croître

Dans

Le

Vide

 

***

 

Plus rien n’avait lieu

Que le tournoiement

Des choses

Dans l’Azur éreinté

Loin étaient les hommes

Dans leurs parures chamarrées

Loin les femmes dans la discrétion

De leur apparaître

Les ombres se traînaient

Sur des dais de poussière

L’obscur glaçait les caniveaux

Les renards

En robes de feu

Glissaient au plein de leurs terriers

 

***

 

C’était la grande transe du Monde

La dimension invisible

De son retrait

Le tintement étrange

De son renoncement à être

 

***

 

Interrogeait-on encore

La Maison de Céphée

L’éclair de Cassiopée

Le Point brillant de Véga

Questionnait-on

Le destin racinaire des arbres

Le foisonnement des eaux

La lueur d’étain des lagunes

La façade rose

Du Fontana Rezzonico

Se demandait-on quoi que ce fût

Du lacet mercurial

Du cobra

Du tintement des gouttes de pluie

Sur les grotesques

Des Jardins de Bomarzo

De la Porte de l’Ogre

Entrée béante des Enfers

De la Maison penchée

Son air de Tour de Pise

 

***

 

S’inquiétait-on

De tout ce qui croissait

Dans les rumeurs améthystes

Du frais vallon

De tout ce qui lançait sa voix d’airain

Parmi les colonnes doriques

Les chapiteaux des Temples

Les scènes de Théâtre

Où se déroulait l’antique tragédie

Des Déambulants parmi les méandres

De la mangrove mondaine

Etait-on encore à soi

Dans la juste cause des Hommes

Dans l’inquiétude de leurs Compagnes

A en longer le souci diagonal

Cette ligne si près

De la Chute

De la Fin

 

***

 

Il y avait beaucoup de désarroi

De tristesse qui suintait

Sueur blême

Qui glaçait les visages

Les rendait de marbre

Gisants de pierre

Dans la douleur ossuaire

Des cryptes à la clarté grise

Mêlées de ténèbres

Confinées au district de la Mort

L’hébétude se répandait

Pareille à la peste

Noire

Dense

Edentée

Abrasive

Révulsive

Impudique

 

 

***

 

La Grâce

La Beauté

On les avait sacrifiées

A son urgence de vivre

A son désir opalescent

De devenir

Seigneurs et Maîtres

D’un Univers pris de folie

A sa volonté de tout soumettre

A sa PUISSANCE

Cette décision mortifère

De se mesurer aux dieux

D’en ravir les majestueuses forces

Les pouvoirs surnaturels

Les faveurs olympiennes

 

***

 

Seul le silence survivra 

 

 

Au loin

Dans une chambre secrète

Dans la demeurée certitude

De se vouloir humble

Seulement cette douce opalescence

Cette levée du Blanc

Dans le Gris méditant

Cette confiance en l’attitude

Du dénuement

Cette eau de source

Ce limpide événement

De l’Être venu à soi

Cette présence que réverbérait

L’image siamoise

Fondue en la paroi

Le signe du même

En sa simple émergence

Cette venue comme muette

Comme murmure en son enclin

Ce face à face du Rien

Et du Si Peu

Qui donnait consistance

A toute chose émise par une parole

A tout rêve dans ses contours de soie

A toute pensée en quête d’elle-même

 

***

 

La Forme était de neige

Droite

Unique

Hissée tout au bout

De son Destin

Regardait la chaise

Regardait l’ombre

Se regardait regarder

Ce qui était le plus précieux

ELLE dans son présent singulier

ELLE l’Effigie intimement disponible

Au souci de Soi

Pensait à l’orée de sa vision

Cette chose étrange

Aux yeux des incrédules

Seul le silence survivra 

Et le silence survivait

Et la Terre médusée

S’arrêtait de tourner

Il en est ainsi de toute

VERITE

Toujours se donne

Aux Êtres de solitude

Aux danseuses tristes

Qu’un tutu virginal vêt

De son tulle translucide

C’est un elfe de Degas

Qui esquisse un pas de deux

Un tourbillon d’écume

De Derviche Tourneur

Qui

Ici

A trouvé son

Repos

Car rien ne vient à la parole

Que le sans mouvement

L’immobile en sa façon d’Eternité

 

Seul le silence survivra 

 

 Aux turbulences des Hommes

Aux désirs des Femmes

Aux pluies de comètes

Aux étoiles filantes

Aux météores

Aux rires

Aux ors

 

***

 

Seul le silence

Il sera

L’aube

D’un

Nouveau

Jour

Silence

Il est tout près

Il est là

Debout

Dans la

Lumière

 

 

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 09:42
Au plein de la manifestation

Pablo Picasso

Deux femmes (La confidence) 1934

Source : DantéBéa

 

***

 

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Nul besoin du JE à l’initiale

Pas plus que du MOI

SOI à la rigueur

ÊTRE bien plutôt

Pour faire signe en direction

De l’ineffable en son Dire essentiel

Du toujours cherché

Rarement trouvé

 

***

 

Pas d’illusion d’optique cependant

Nulle hallucination

Nul mirage

Qui poseraient à l’horizon des dunes

L’image tremblante

Irréelle

Du palmier que féconde la lumière

 

***

 

Non

Seulement la survenue

De la pure Manifestation

Du phénomène en sa vibration

En sa généreuse donation

Cela  s’octroie dans la simplicité

Cela dure l’éclair de l’instant

Cela fulgure

Emplit les yeux de buée

Creuse dans l’âme

Son sillon de feu

Bourdonne

Dans la ruche des oreilles

Enfonce son diamant

Dans la chair vive du corps

Allume les nerfs à vif

Attise les nappes de sang

Irrigue les canaux séminaux

Remue l’ombilic

Jusqu’à son grain originel

Electrise la peau

La met en tension

Tam tam tam

Triple jeu

 De l’œuvre

Qui devient peau

De Soi

Du Monde

De l’Infini

De tout ce qui advient

Sous les étoiles

Sur la Terre où couve le feu

De l’attente

Parfois du renoncement

Toujours de la confiance

Du jour à venir

 

***

 

Dans la salle où coule

L’onde généreuse de la Beauté

Tout est calme

Au repos

Tout attentif

A la mesure de la juste rencontre

De la fusion de l’Autre en Soi

De Soi en l’Autre

Rien n’est plus beau

Que ce geste

De versement

D’offrande réciproque

L’Un sans l’Autre

Serait déchirement

L’Autre sans l’Un

Serait dépossession

Amicalité du Regardé

Et du Regardant

En une intime communion

Coexistence des êtres

En leur Unique

En leur Joie

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Là au cœur de la matière

Le Vrai en sa destination originelle

En sa multiple métamorphose

Le Juste à la confluence

Des regards

Des existences de papier

Plus réelles que bien des vies

Errantes

Déboussolées

Ivres de ne point ratifier

Leur passage autrement qu’à l’aune

D’une inattention à être

Seulement une vacuité tutoyée

Seulement une approche

Privée d’amers

Comment exister

Dans cette lueur de marécage

Comment ne pas confier son corps

Aux eaux mortes de la lagune

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Le jour était fécond

Le Vide se donnait

À qui

Voulait bien le prendre

Le Rien s’abouchait

A la moindre rainure

A la plus infime poussière

Tout dans l’air était

Immensément

Vacant

Libre de soi

De se donner

Ou bien

De se retenir

 

Ai vu le plein d’emblée

 

Le jeu subtil

Et illisible

Des Confidences

Les regards chavirés

L’Un en l’Autre

Les yeux

Ces brasiers

Ces phares

Ces immenses sémaphores

Qui disent bien plus

Que des mots médusés

Ai vu les yeux parler

Ai vu les yeux jouir

Ai vu les yeux

Prendre possession

Du Monde

Du Mien d’abord

Cet inconnu à moi-même

Cette terre d’exil

Qu’aucun pied ne foule jamais

Qu’aucune conscience ne parvient

À déchiffrer à la hauteur

De son abyssale dimension

 

***

 

La clarté était rare

Propice aux confidences

Médiatrice des formes

En devenir

Antichambre des songes

Corridor des fantasmes

L’ŒIL du Peintre

Me regardait de loin

Sans doute depuis le domaine des Morts

Cette obsidienne aiguë

Ce noir brûlé de Génie

Cette puissance de Minotaure

Qui me clouait

A ma propre stupeur

 

***

 

Oui j’étais fasciné

Oui j’étais mis à nu

Oui j’étais celui

Regardant

Regardé

Je ne savais plus

Quand le jour se lèverait

La nuit tomberait

Le Plein était insoutenable

L’Ouvert une comète échevelée

La Clairière un cercle

Où dansaient les figures

De l’Enfer

Et pourtant je demeurais

Sur ce siège noir

Face à l’Enigme

Cette Déesse de papier

Elle était l’Art

En son sortilège

Etais-je l’Artiste

Qui implorait la grâce

D’Être

De demeurer

Là sur ce fil du papier

Seul lieu peut-être

Pour accéder

À Soi

Un

Jour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 10:56
Juste un souffle

 

« Trace »

 

Œuvre : André Maynet

 

***

 

 

Juste un souffle

 

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un souffle

Juste cette diaprure à la face des choses 

 

De l’invisible on ne saurait parler qu’avec maladresse

Pareil à l’enfant tirant les fils de sa marionnette

Pareil à l’Amant dévasté de ne point apercevoir

Le visage de l’Aimée

Une brume à l’horizon du monde

Un monde qui bientôt s’effacera

Laissant l’homme les mains vides

Sur le seuil du Néant

Dans la perte de Soi

Dans l’irréparable de ce qui fuit

Et ne saurait dire son nom

 

***

 

Pourquoi cette perte éternelle de l’être

Pourquoi cette douleur fichée

Dans le ciel de l’esprit

Pourquoi cette sourde rumeur

Elle gagne les profondeurs du sol

On en sent l’étrave ambiguë

Dans l’écorce des talons

 

***

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un souffle

Cette diaprure à la face des choses 

 

C’était un vent

Parfois un doux zéphyr

Se levant dans la trace humble de l’aube

Parfois un Noroit qui entaillait l’âme

Jusqu’à la limite d’un souci

Parfois un Harmattan

Et les lèvres saignaient d’effroi

Dans le temps qui venait

 

***

 

C’était un souffle

Qui portait le silence

De la parole

Un souffle qui disait l’immensité

De la pliure intime

Quelque part entre le buisson de la tête

Et le nid d’Eros

Simple lueur étincelant

Dans l’ombre dense du corps

 

***

 

On prêtait l’oreille

On ouvrait ses yeux

On tendait ses mains

Sur de l’inaudible

De la cécité

De l’inapprochable

Cela résistait

Cela fuyait

Cela demandait la longue patience

Du temps

L’abri de la nuit sans étoiles

La dimension de la grotte native

Avec ses hampes sauvages

Et ses échos marins

Cela demandait

 

 

Juste un trait

 

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un trait

Cette ligne infinie sans fin ni commencement

 

Que dire du trait en sa finesse absolue

Que dire de son abstraction

Qui nous dépouille de notre être

A seulement en observer la nudité

La ressource close dans sa forme même

Trait Pointillé Point de Suspension

Suspens

Dans la cavité de la tête

Et résonnent les enclumes

Et s’allument les forges

D’où naissent de bien étranges figures

Des caravanes de signes

Abortifs

Non encore venus à la présence

Significations tronquées

Elles résonnent dans la levée du corps

Avec les frimas d’un glas

Les glaciations de ce qui

D’habitude

Croît et fleurit dans l’air embaumé

Des fragrances du jour

 

***

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un trait

Cette ligne infinie sans fin ni commencement

 

 

On aurait cru une eau forte

Un cuivre si peu incisé par le burin

A la limite d’un renoncement

Quelques griffures

Comme si l’objet de la vision

Devait demeurer

Dans sa propre contemplation

Un secret à ne pas percer

Un bouton de rose

A ne pas déplier

Germe lové dans sa nacre première

C’était comme l’intervalle

Entre les mots

La césure du Poème

Sa vitale respiration

Le rythme qui le portait

Au paraître

 

***

 

Juste un geste

 

Mais pouvait-on demeurer ainsi

Avec la plaine de la feuille blanche

Sa peau doucement duveteuse

Etalant son silence

Sous la meute des doigts

Attendant d’être maculée

 De dévoiler ce qui

Depuis toujours dormait en elle

Ce frémissement en filigrane

Cette impatiente

De naître au monde

Pouvait-on

Question valait réponse

Hésitation demandait acte

 

***

 

Juste un souffle

Juste un trait

Juste un geste

Trilogie d’une apparition

Visible devenait Trace

Dans le reflux des formes

Juste l’ébène de la coiffe

Juste un lien pour en retenir

L’effusion

Juste deux points

Œil bouche

Juste une ligne sans fin

Un mouvement sans objet autre

Que le simple

Le mot disant en sa retenue

La phrase d’encre

Ses subtils linéaments

Ses doutes parfois

Ses reprises

Ses attouchements

Telle une caresse

Et voici que ce qui n’était pas

Dormait depuis toujours

Dans la face ensommeillée des Hommes

Se donne à voir

Dans l’évidence naturelle

Qui fait silence

Mais que nous entendons

Au creux même

De notre condition humaine

 

***

 

Toujours une trace

En Soi

En l’Autre

En le Monde

De ce qui fait Sens

Et nous requiert

Afin que s’éclaire

la Nuit primitive

D’encre elle aussi

Mais trop dense pour que

Nous en dévoilions

L’unique beauté

Toujours l’homme est convoqué

Pour parler

Tresser ce langage

Souffle Trait Geste

Par lequel se dit

Le phénomène

En son paraître

Seule offrande à laquelle

Nous puissions répondre

 

***

 

Nous sommes Mots

Que la plume révèle

Que la bouche prononce

Que le geste magnifie

Mots nous sommes

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