Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 09:40

Un graphisme de l'ambiguïté.

 

ugdl'a 

 

Œuvre : Sibylle Schwartz. 

 

  Ayant face à soi l'objet esthétique, la ligne en l'occurrence, ou bien nous essayons d'en pénétrer la signification, ou bien nous nous en détournons et alors nous serons dans le souci, et alors nous serons dans la préoccupation. Car, cette ligne sinueuse qui nous aura fascinés l'espace d'un instant continuera à faire ses trajets, à notre insu, quelque part dans notre inconscient. Mais d'abord arrêtons-nous à la ligne, à sa belle et infinie sinuosité. Si nous ne projetons  que de la regarder, elle, faisant abstraction de l'espace tout autour, alors ne restera que son tracé noir, lequel sera identique à la fermeture de toute parole qui aurait pu énoncer quelque chose à son sujet. Identiquement à l'obscurité du poème, laquelle demeure toujours hors d'atteinte, sans saisie possible, sans faille par où faire effraction. Et maintenant, faisons simplement l'inverse, entrons à l'intérieur de la ligne pour n'y retrouver que l'aire blanche pareille à une neige. Ici s'installera le silence et nulle autre chose qui aurait pu porter un sens. Bien évidemment, ces deux situations limites ne sont évoqués qu'à tenter de mieux comprendre l'essence de la ligne.   

  Donc, à ne considérer qu'elle, la ligne,  dans son cheminement graphique ou bien à seulement  voir l'aire qu'elle contient, rien ne s'éclaire. C'est alors de leur mutuelle relation,  ligne>>><<<blanc que se produira l'événement pictural. Faisant le trajet continu de la ligne au blanc, du blanc à la ligne dans une sorte de jeu alternatif, nos yeux ne font que prendre acte de leur constante dialectique, de la tension qui les lie et les maintient chacune dans leur être. Mais la solution ne réside pas dans cette opposition chromatique, sans plus. C'est ailleurs que dans le Noir et le Blanc, considérés comme entités séparées, qu'il est nécessaire d'interroger. C'est leur fusion dans le Gris qu'il faut chercher à saisir adéquatement. L'intellect procédant toujours par synthèse, c'est la teinte intermédiaire qui s'illustre toujours comme thème central du regard. Le Gris est la teinte du milieu, celle qui assure le passage du jour à la nuit, qui dit en cendre la perte du feu, en brouillard la lumière atténuée. Espace de médiation, support d'une transitivité, figure du messagerle Gris est cette teinte qui symbolise les deux registres auxquels elle appartient, le Noirle Blanc pour la thèse qui nous occupe. Cette couleur neutre, centrale, porte donc en elle les racines génétiques qui l'ont mise à jour, à savoir les tonalités opposées qui en constituent l'origine. C'est pour cette raison que le Gris symbolise une première figure de l'ambiguïté, comme l'androgyne est le miroir des principes masculin et féminin qui l'animent. Mais, si le Gris est un premier trait disant la polysémie de l'image, il n'en épuise pas le sens.

  Maintenant, c'est sur la ligne elle-même qu'il faut porter son attention, donc sur le Noir, mais sur un noir délié, faisant ses trajets sur l'ivoire de la feuille et ceci, d'une manière qui ne saurait être considérée comme contingente, gratuite. Si la main qui tient la plume semble tracer sur le subjectile un pur hasard, c'est seulement parce que nous nous évinçons d'emblée les motivations inconscientes qui s'y dissimulent, aussi bien que les figures archétypales qui en constituent la trame. Ici, ce qui est à considérer comme un redoublement de la signification, faisant signe, lui aussi vers une possible équivocité, ce sont surtout les collisions de lignes, leurs enchevêtrements, leurs nœuds, leurs entêtements à se positionner à tel ou tel autre endroit du corps. La figure représentée, à la limite de l'illisibilité ou bien de la confusion se perd dans les linéaments multiples d'une confondante polysémieLe Mont de Vénus est comme brouillé - mais est-ce nous qui le constituons ainsi ? -, perdu dans les mailles d'un sombre buisson, les fuseaux des doigts sont pris d'étranges vibrations, d'inexactitudes dont le réel s'offusque, les visages se perdent dans la forêt de l'indicible, l'épiphanie humaine se dissolvant sous l'itération du trait à signifier ce qui, de l'homme, de la femme, ne se peut représenter qu'à l'aune d'une perte. Comme si tout essai de faire surgir quelque  épiphanie était voué à l'échec avant même d'avoir pu se constituer en phénomène accessible au Regardant. Ici, nous sommes dans l'amphibologie picturale, tout trait s'actualisant pouvant faire l'objet d'interprétations plurielles dont aucune ne pourrait en excéder une autre. Mais dont aucune ne serait totalement porteuse d'un sens indéfectible. Et le trait est si brouillé qu'il semble s'extraire de l'empan commun de la perception pour acquérir une manière de statut autonome auquel nous n'aurions plus accès, l'ambiguïté native se métamorphosant en simple aporie. Nous ne pouvons plus rien proférer de sensé à propos de la figure qui nous fait "face". L'énigme est là, au sein d'une indépassable mutité.

  Enfin, il nous reste à considérer l'étonnante superposition des visages par lesquels nous sommes ramenés à n'émettre à leur sujet que de simples conjectures, d'étranges hypothèses. Nous évoquions la dimension archétypale de l'œuvre, la figuration de la face nous en propose une lecture singulière. Mais de quels visages s'agit-il donc pour que nous demeurions sur le seuil, dans l'indécision, le doute, nous dirions presque l'imposture, tellement le message se voile dans l'indétermination. Figure tutélaire du Père ? Figure du Fils placé sous la protection d'une Mère originelle ? Figure de l'Aimé(e) se fondant dans celle de l'Amante ? Couple fondateur : Adam inclus dans Eve ? Figures mythiques de Tristan et Yseult tendrement enlacés ? Double représentant le Jumeau Céleste ? Image narcissique assistant au redoublement de l'ego ? Matérialisation d'un indicible - l'âme , dont le trait voudrait dire la complexité à porter au-devant de la conscience ? Apparition de l'Ombre comme Double du romantisme allemand ? Quelle que soit l'esquisse proposée nous demeurons en retrait, dans le questionnement, lequel semble indépassable. L'ambiguïté menace de réduire au silence tout essai de formulation puisque, aussi bien, nous sommes toujours dans les marges, dans des vérités approchées, dans le tremblement de l'illusion. Et si, du reste, l'Art pouvait se définir comme le contraire de "la mimèsis" grecque, laquelle proclamait la seule validité d'imitation du réel, si l'Art donc était le domaine de la pure illusion, alors nous serions ici en présence d'une figure achevée de la représentation picturale . Il nous reste à regarder cette proposition à nouveau, à l'orée du sommeil. Cette femme allongée, dont une réverbération gît à ses côtés, ne serait-elle, tout simplement, l'image même du songe ? Il nous reste à l'expérimenter !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Blanc-seing.
  • : Littérature et autres variations autour de ce thème. Dessins et photographies.
  • Contact

Rechercher