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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 17:03

 

Comment le Moyne se deffit de ses gardes, & comment l’escharmousche de Picrochole feut deffaicte.   Chap. xlij.
 
Vignette 155
E Moyne les voyant ainsy departir en desordre, coniectura qu’ilz alloient charger sus Gargantua & ses gens, & se contristoit merveilleusement de ce qu’il ne les povoit secourir. Puis advisa la contenance de ses deux archiers de guarde, lesquelz eussent voulentiers couru après la troupe pour y butiner quelque chose & tousiours regardoient vers la vallée en laquelle ilz descendoient. Dadventaige syllogisoit disant, ces gens icy sont bien mal exercez en faictz d’armes. Car oncques ne me ont demandé ma foy, & ne me ont ousté mon braquemart. Soubdain après tyra son dict braquemart, et en ferut l’archier qui le tenoit à dextre luy coupant entierement les venes iugulares, & artères sphagitides du col avecques le guargareon, iusques es deux adènes : & retirant le coup luy entre ouvrit le mouelle spinale entre la seconde & tierce vertèbre, là tomba l’archier tout mort. Et le moyne detournant son cheval à guauche courut sus l’aultre, lequel voyant son compaignon mort, & le moyne aventaigé sus soy, cryoit à haulte voix. Ha monsieur le priour mon bon amy monsieur le priour ie me rendz, monsieur le priour mon bon amy monsieur le priour. Et le Moyne cryoit de mesmes. Monsieur le posteriour mon amy, monsieur le posteriour, vous aurez suz vos postères. Ha (disoit l’archier) monsieur le priour, que dieu vous face abbé. Par l’habit (disoit le Moyne) que ie porte ie vo’feray icy cardinal, Rensonnez vo’les gens de religion ? Vous aurez un chapeau rouge à ceste heure de ma main. Et l’archier cryoit, Monsieur le priour, monsieur le priour, monsieur l’abbé futeur, monsieur le cardinal, monsieur le tout. Ha ha hes non. Monsieur le priour, mon bon petit seigneur le priour ie me rends à vous. Et ie te rends (dist le Moyne) à tous les diables. Lors d’un coup luy transchit la teste, luy coupant le test sus les os petreux & enlevant les deux os bregmatis & la comissure sagittale, avecques grande partie de l’os coronal, ce que faisant luy tranchit les deux meminges & ouvrit profondement les deux posterieurs ventricules du cerveau : & demoura le craine pendante sus les espaules à la peau du pericrane par darrière, en dorme d’un bonnet doctoral, noir par dessus, rouge par dedans. Ainsi tomba, roidde mort en terre. Ce faict, le Moyne donne des esprons à son cheval & poursuyt la voye que tenoient les ennemys, lesquelz avoient rencontrez Gargantua & ses compaignons au grand chemin. Et tant estoient diminuez en nombre pour l’enorme meurtre que y avoit faict Gargantua avecques son grand arbre, Gymnaste, Ponocrates, Endemon, etles aultres, qu’ilz commençoient soy retirer à diligence, tous effrayez & parturbez de sens & entendement, comme s’ilz veissent la propre espèce & forme de mort davant leurs yeulx. Et comme vous voyez un asne quand il a au cul un oestre iunonicque, ou une mousche qui le poinct, courir cza & là, sans voye ny chemin & gettant sa charge par terre, rompant son frain & renes, sans aulcunement respirer ny prandre repous, & ne sçayt on qui le meut, car l’on ne veoit rien qui le touche. Ainsi fuyoient ces gens de sens deprouveuz, sans sçavoir cause de fuyr, tant seulement les poursuyt une terreur Panice laquelle avoient conceue en leurs ames. Voyant le moyne que toute leur pensée n’estoit si non à guaigner au pied, descend de son cheval, & monte sus une grosse roche qui estoit sus le chemin, & avecques son grand bracquemart, frapoit sus ces fuyars à grand tour de braz sans se faindre ny espargner. Tant en tua & mist par terre, que son bracquemart rompit en deux pièces. Adoncques pensa en soy mesme que c’estoit assez massacré & tué, & que le reste doibvoit eschapper pour en porter les nouvelles. Pourtant saisit en son poing une hasche de ceulx qui là gisoient mors, & se retourna derechief sus la roche, passant temps à veoir fuyr les ennemys, & cullebuter entre les corps mors, excepté que à tous faisoit laisser leurs picques, espées, lances & hacquebutes, & ceulx qui portoient les pelerins liez, il les mettoit à pied & delivroit leurs chevaulx au dictz pelerins, les retenant avecques soy l’orée de la haye. Et Toucquedillon, lequel il retint prisonnier.

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