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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 10:40

 

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Boule d’argile inscrite en chypro-minoen 1, d’Enkomi, 16e-11e s. av. J.-C. Paris,

Musée du Louvre, AM 2335.
Source: http://commons.wikimedia.org. 

 

 

 Esprit de géométrie, esprit de finesse.

 

Labesse. - Ce sera sans doute la fin de Robinson, pour la simple raison que "solitude" rime, philosophiquement parlant avec "finitude", n'est-ce pas Aristote ?

Aristote. - Ton raisonnement n'est pas faux mais il est tout simplement entaché d'un excès de raison. Tu as donc eu recours en priorité à ton "esprit de géométrie" qui s'est porté sur la sphère et ses contours, alors que ton "esprit de finesse", s'il s'était exercé, aurait traversé la sphère et serait parvenu dans l'intimité de la matière qui, chacun le sait, est parfaitement divisible.                                                                                                                           

"L'esprit de géométrie" procède d'une vision extérieure qui calcule et envisage la matière sous la forme de la sommation, c'est à dire qu'à un objet déterminé et visible elle ajoute un autre objet déterminé et visible et ainsi elle tend vers l'infiniment grand, l'infiniment palpable, l'infiniment matériel.  "L'esprit de finesse", lui, s'insère au travers des choses, fissure les parois, divise la matière en molécules, atomes, protons, quarks et ainsi jusqu'à l'infiniment petit, l'infiniment perceptible, l'infiniment immatériel, et crée donc toujours, par l'effet d'une division, un élément semblable à l'élément d'origine, qui en possède les facultés, les virtualités, les possibles.  ...Or, Julesl'Alchimiste pour doué qu'il est, n'est pas magicien et ne peut donc multiplier la boule d'argile à l'infini, à la façon dont le Christ avait multiplié les pains pour les offrir à ses disciples, alors qu'il lui est possible de la diviser cette boule, par exemple en deux parties égales. Ce qui revient à dire que notre boule d'argile en forme de Robinson - que nous observons pour l'instant en tant que métaphore de la solitude et à laquelle notre entendement cherche à trouver une issue -, ne peut s'offrir à nous que sous l'espèce de la division et non de l'addition. Ce qui veut dire que l'Alchimiste, plus que d'un athanor rougeoyant, aura besoin d'une simple lame qu'il appuiera au centre de la sphère pour en tirer deux demi-sphères, égales et esthétiques, dont la simple vue ravira ses yeux contemplatifs. De cette manière simple et déterminée, il aura permis à Robinson de disposer d'un vis-à-vis et la solitude ne sera plus, dès lors, qu'une simple virtualité.

Labesse. - Mais, Aristote, il y a une chose qui me chagrine dans ta vision de l'altérité, car elle s'exerce à partir du MÊME qui se divise pour, en quelque sorte, s'offrir à lui-même en miroir. Il ne s'agit là que d'une vision autocentrée qui ne met en jeu que de l'identique face à de l'identique !

Aristote -  A vrai dire, j'attendais ta réaction et je dois avouer qu'elle est quasiment logique, à défaut d'être naturelle. La Nature, elle, n'a que faire du souverain "principe de raison" qui ne se présente aux hommes, le plus souvent, que comme un facile et rassurant "miroir aux alouettes".

                                                                               

 

La Raison et la Re-Présentation.

 

... Lorsque la raison s'applique à observer un objet du genre de la boule d'argile, elle ne met en jeu qu'un processus de "re-présentation", lequel s'imprime sur la "rétine de notre entendement". Or je dis bien, Jules, il ne s'agit là que d'une "re-présentation", c'est à dire d'une chose qui se présente à notre intellect sous forme d'image, après que sa saisie correcte en a été réalisée à partir de la perception de nos sens. Lorsque tu parles de la seconde demi-sphère d'argile et que tu la qualifies "d'identique", tu plaques, sur sa propre réalité de demi-sphère, ton schéma représentatif, autrement dit, tu introduis de l'homme, de l'anthropologique, du subjectif au sein de la matière, de la nature. Donc tu ne "juges" pas, tu n'évalues pas la chose qui te fait face dans sa "réalité de chose", mais tu y apportes - toujours la tentation de la sommation -, ton propre "grain de sel", si je puis dire, le grain en question pouvant se mesurer à l'aune de tes expériences, de tes goûts, de tes sentiments, de tes états d'âme et, ce faisant, tu auras transformé la chose en autre chose qu'elle-même, tu auras altéré son "essence" en y introduisant, en toute bonne foi, une bonne dose "d'existence". Tu auras compris que cette façon d'ajouter des prédicats totalement subjectifs à la chose "naturelle", est contraire à son esprit même et que la chose, dans cette optique-là, ne peut que varier au gré des observateurs qui, s'appliquant à la décrire, modifient toujours son aspect premier, son "eidos", sa forme initiale. La chose alors n'est plus fixe, mais constamment changeante, mouvante, insaisissable et c'est pour cette raison, Jules, que je parlais, il y a peu, du "miroir aux alouettes de la Raison".

 

 

 

 

 

 

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