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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:32

 

  A partir d'ici commence une longue évocation du chef-d'œuvre de Michel Tournier, "Vendredi ou la vie sauvage" (équivalent adolescent de"Vendredi ou les limbes du Pacifique", destiné aux adultes), ouvrage d'une grande richesse d'interprétation sur le plan anthropologique, social, sur les subtils rapports nature/culture; sur le plan de l'éthique de vie et sur la très importante notion d'altérité.

 

 

Vendredi ou la vie sauvage.

 

 

Labesse-  Mais, tu sais, Aristote, ton histoire des hommes qui souhaitent en secret retourner dans le ventre de leur mère, ça me fait penser à l'histoire de Robinson dans "Vendredi ou la vie sauvage" de Tournier.

Aristote. -  Tu veux surtout parler du passage où Robinson veut gagner le centre de la grotte, c'est bien cela ?

Labesse. -  Oui, mais j'ai un peu oublié les détails.

Aristote. -  Je vais te rafraîchir la mémoire et je suis sûr, ça te rappellera ton enfance lorsque tu lisais, dans ta petite chambre d'Ouche qui faisait comme une île au milieu des bras de la Leyze, l'histoire deTournier.

Labesse. -  Oui, c'est vrai, j'avais rangé toute cette histoire dans un coin de ma mémoire. Pourtant ça m'avait bien plu cette lecture, ça m'avait fait rêver comme si, autour de moi, s'étalait le vaste monde et que ma chambre était réduite à la dimension d'une île minuscule. J'avais beaucoup aimé le passage où Robinson veut frayer son minuscule chemin jusqu'au centre de sa grotte dans l'île de Speranza. C'est beau comme nom "Speranza", ça fait penser à une femme, à la douceur, à la pluie peut être ou à l'eau calme d'un lac.

Aristote. -  Je suis sûr, Jules, l'intention de l'Auteur ne t'a pas échappé. Tournier est philosophe avant d'être écrivain et il faut toujours le lire au second degré. "Vendredi" est une méditation sur la solitude, sur les rapports à la société, à la civilisation et une longue réflexion sur notre relation à la nature. Tu te souviens, au début, Robinson tente ce que tout homme censé ferait à sa place, c'est à dire fabriquer un bateau pour quitter au plus vite l'île sur laquelle il s'est échoué. Puis, dans un second temps, il va essayer de se construire une identité et va même aller jusqu'à recréer, dans son petit monde solitaire, les usages qui ont cours dans la société anglaise. C'est ainsi qu'il va "cultiver" son île, au sens propre et au sens figuré, bêchant la terre, faisant des provisions, édifiant une sorte de citadelle, un temple, instaurant une monnaie, jetant les plans d'un cadastre, promulguant des lois, s'imposant un code moral et même des châtiments. Robinson, au fond de lui, avait la nostalgie de la société dans laquelle il avait vécu et, afin d'échapper à l'hostilité d'une Nature brute et peu accueillante, il l'avait parée des vertus de la Culture, c'est un peu comme s'il l'avait déguisée, l'avait revêtue de fards qui lui étaient familiers et quotidiennement accessibles. Mais l'île, en son for intérieur, fait de la résistance, contrecarre les plans de Robinson en introduisant en son sein, Vendredil'Indien, qui va remettre en question tous les projets échafaudés par son EducateurRobinson en arrivera à rompre ses amarres avec ses tentatives de civilisation et s'abandonnera enfin aux joies de la vie naturelle, au rire, à la pratique des jeux, à la vie libre et insouciante sous le soleil, retrouvant de cette façon l'innocence première. Si bien accommodé au rythme de sa nouvelle existence, Robinson restera sur son île alors que Vendredi la fuira en embarquant sur un providentiel navire de passage.

 

La lecture de "Vendredi".

 

  Alors que, petit à petit, je me remémorais les épisodes du livre, Aristote se penchant légèrement vers son côté gauche, retira de sous son aile un petit livre de poche que je reconnus bientôt, grâce au dessin figurant sur sa couverture, comme l'œuvre de Tournier dont nous débattions à l'instant. Et le plus curieux c'était que je ne m'étonnais guère de cette curieuse coïncidence, Aristote présentant, à mes yeux, tout ce qu'un savoir élevé peut procurer à celui qui le possède de prodigieux et étonnants pouvoirs. Cette constatation à peine formulée, je priai Aristote de bien vouloir évoquer quelques fragments de l'épisode de la grotte. Visiblement il n'attendait que cela, ouvrit le livre à la page exacte où se situait l'action.

  Cependant qu'Aristote et moi nous nous apprêtions à rejoindre Robinson sur son île, la Joyeuse Equipée se distrayait des trajets multiples des Ouchiens et des Ouchiennes et avait, pour une fois, déserté le banc vert, lui préférant la douceur de pierre ponce des bordures de la fontaine et la fraîcheur du jet d'eau qui l'animait.

Aristote. -  Si tu veux bien, Jules, je vais te lire quelques passages de "Vendredi", à la suite desquels nous ferons quelques commentaires.

Pour l'occasion, le Colombin rapprocha la page de ses yeux globuleux et un peu myopes, et se mit à lire avec la candeur d'une petite fille qui découvre "Alice au pays des merveilles" et sa voix en était tout émue :

 

"Robinson ne cessait d'organiser et de civiliser son île, et de jour en jour il avait davantage de travail et des obligations plus nombreuses (...).Dès les premiers jours, il s'était servi de la grotte du centre de l'île pour mettre à l'abri ce qu'il avait de plus précieux (...) ses récoltes, ses céréales, ses conserves de fruits et de viande (...) ses coffres de vêtements, ses outils, ses armes, son or (...) ses tonneaux depoudre noire (...)".

 

  

 

 

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