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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 10:48

 

  Après la plénitude, parler de l'incomplétude c'est un peu aride, ça fait dans le métaphysique, parfois même dans le tragique à la façon des joyeusetés du Cioran, mais dites-moi, la vie, ou plutôt l'existence pour parler philosophique, ça coule toujours de source, ça fait ses petites ritournelles, ça s'habille comme au "Club Med" avec ses corolles de fleurs autour du cou et son chapeau plein de vents alizés ? Ça fait tout ça et aussi plein d'autres choses pas bien sympathiques avec plein de tracasseries partout. Et Sarias, l'incomplétude, il l'a chevillée au corps, pareillement à une verrue qu'il serait né avec et il y pourrait rien. Entre nous, vous y pouvez quelque chose à votre mètre soixante et à vos ratiches qui tremblent, à vos oreilles décollées, à votre nez camus ? Vous y pouvez RIEN. Et c'est que justice. Parce que, tout comme moi, si on y pouvait quelque chose on serait tous beaux comme Adonis et intelligents comme Einstein.

  Car, je vous le dis, le genre humain - vous, moi, pour faire plus précis - on est comme des enfants gâtés : y en a jamais assez dans le sabot du Père Noël. On veut TOUT et ça s'appelle la plénitude. Et parfois on a RIEN, ou presque, et ça s'appelle l'incomplétude.

  Oui, d'accord, pour la plupart on est à peu près arrivés à la ligne de flottaison. Au-dessus y a encore beaucoup de place pour du bonheur tout vrai et, au-dessous pour du malheur bien tassé. Le problème - il y a toujours des problèmes avec l'existence - c'est qu'on n'est jamais satisfaits des cadeaux et on se plaint d'avoir été si mal considérés. Il paraît que ça s'appelle de l'égoïsme, de l'égocentrisme ou quelque chose dans ce goût-là. En tout cas, c'est pas une vertu!

  Mais des fois, à choisir, je parie que vous, aussi bien que moi, chez l'Epicière à moustaches du Village, dans la petite Epicerie d'antan qui sentait bon la naphtaline, l'huile rance et la sardine de baril, eh bien, tout modestes qu'on est, dans la pochette surprise, ce qu'on aurait bien voulu y piocher, c'était la bonne grosse plénitude avec du caramel qui vous dégouline sur les doigts. Pour ce qui est de l'incomplétude qui vous refile de la guimauve plein les paumes, vous pouvez plus vous en dépêtrer; entre nous, vous auriez pas  été un peu prêts à la refiler aux copains, des fois, la guimauve vous auriez pas ? Et généreux, avec ça !

 

 

L'incomplétude.

 

 

  Le problème de l'INCOMPLETUDE, pour Sarias, c'est tout juste le contraire, à savoir que l'eau de la source tarit souvent, que son absence ouvre à l'intérieur de lui de grands territoires désolés, des étendues d'argile craquelées comme dans les déserts, des surfaces de salines burinées par le soleil, des crevasses, des érosions, et son épiderme n'est plus qu'une peau calcaire parcourue d'avens et de dolines où se perd la pluie et ses membres deviennent secs comme les bois des steppes et son visage est durci comme du parchemin et son souffle est pareil au gravier usé des grottes et parfois ça s'éclaire en lui, on lui parle, on l'écoute, on le rassure et toutes ces paroles bienfaisantes font comme des filets d'eau qui coulent au-dedans et les filets se réunissent en minuscules lacs barrés par des moraines et les lacs se regroupent en rivières souterraines et parfois il y a des résurgences et Sarias laisse passer entre ses lèvres une infinité de gouttelettes, et c'est parfois des perles, des billes, des calots et il s'empresse de les offrir à ses amis ses précieux calots avant que leurs sources ne tarissent, avant que leurs linéaments couleur d'émeraude de rubis et de jade ne retournent à leur état d'avant la parole, avant qu'ils ne redeviennent sourds et muets et c'est pour cela que Sarias, quand il a montré ses trésors à ceux qui veulent bien les regarder, il n'a de cesse de les reprendre, de les serrer contre lui, il sait bien qu'ils ne sont pas éternels, ses calots, qu'ils s'épuisent vite, qu'il faut les réintégrer précieusement dans la grotte intime où ils vivront de leur propre éclat assourdi, c'est comme cela que ça fonctionne chez Sarias et il le sait si bien, et ça entaille tellement son âme qu'il ne peut rien en dire de tout ça, qu'il peut seulement compter sur ses proches, sur leur indulgence, après tout c'est bien fait pour ça les proches sinon il n'y aurait plus que du lointain et alors il n'y aurait plus d'espoir et ça c'est vraiment pas possible parce que...

  Alors, maintenant, je suis sûr, vous comprenez mieux Bellonte, alias "Blanchette", vous comprenez mieux Sarias et vous êtes au clair avec leurs différences. Et même les quelques idées tordues qui vous avaient un moment effleuré, du style, "c'est quand même pas moral, le comportement de Sarias, c'est un brin égocentrique, pour pas dire égoïste, c'est purement de l'opportunisme", " et dites donc, au fait, vous en connaissez, vous, des "pas-opportunistes ?" . Moi, pas ! Et, pour revenir aux deux distributeurs de calots, eh bien, ils reflètent, ni plus, ni moins que la variété des hommes, de leurs comportements, de leurs attitudes, et personne n'a le droit de juger en raison du simple fait que nul n'est constitué du même bois, que l'essence de l'érable n'est pas la même que celle de l'eucalyptus, qui n'est pas identique à celle du cèdre ou du bouleau et les arbres, dans la grande forêt humaine, ils sont tous complémentaires et ils poussent tous sur le même humus, et ils sont bercés par le même vent et ils meurent tous un jour de leur "belle" mort et c'est ça qui est bien, pas la "belle mort", les différences et c'est pour ça que le "Club des 7" tient le coup, parce que, malgré les similitudes, les affinités, chacun a ses valeurs, ses normes, ses points de vue et c'est juste pour cela que le bateau continue à avancer et que, moi-même, Jules qui vous parle et "sa bande de branquignols", comme elle dit Henriette, on veut encore faire un bout de chemin ensemble et on tire fort sur les avirons d'un seul et même élan parce que notre devise à nous, vous vous rappelez, c'est comme celle de Paris "SES FLUCTUAT NEC MERGITUR" ("Il flotte et ne sombre pas"), et qu'on sera toujours bien à temps de sombrer quand notre tour sera venu et qu'il y a même des abrutis qui sont là tous les jours pour nous le rappeler qu'il est pas loin le moment de la grande culbute, qu'il approche et même qu'on y fait pas gaffe, mais ces abrutis, d'abord qui leur donne le droit de prononcer de telles âneries; ils l'ont au moins expérimenté, eux, "le grand saut", avant d'en faire des gorges chaudes ?, ils l'ont au moins tutoyé l'abîme depuis la corde de funambule qu'est tendue au-dessus ?, alors, ces empêcheurs de tourner en rond, ils feraient mieux de faire comme nous, le "Club des 7", de faire des réunions où on parle de TOUT et de RIEN, parce que, si ça peut juste arriver au niveau de leurs neurones fatigués, le TOUT et le RIEN, en MAJUSCULES, ça veut tout simplement dire le NEANT et L'INFINI, alors qu'ils viennent pas nous donner des leçons, sinon, nous tous, Sarias, Garcin, Bellonte, Pittacci, Calestrel, Simonet et moi, un de ces jours, on va faire un genre de Tribunal sur la Place du Marché et ça risque de leur coûter cher à ces oiseaux de mauvais augure, ça risque de leur coûter cher...!

  Je m'emballais tellement avec ces pauvres types qui font que nous dire que c'est bientôt la FIN (les politiciens, les curés, les économistes, les voyants, les sectes, les millénaristes, les prédicateurs, les prévisionnistes, les instituts de sondage, les mecs des pompes funèbres, les fossoyeurs, les riches, les militaires, les généticiens, les statisticiens, les futurologues, les médiums, les guérisseurs, les épidémiologistes, les instituts de dépistage, les mécaniciens, les pharmaciens, les chroniqueurs, les téléviseurs, les tenanciers de casinos, les types du CAC 40, la bourse, les actionnaires, les grands manitous de l'Oréal et de Procter et Gamble, Poutine, Ben Laden, les intégristes, les séminaristes, les sécessionnistes, les révisionnistes et plein encore de joyeusetés du même genre), donc la FIN, comme au cinéma quand le grand rideau rouge à plis se referme sur l'écran; je piaffais tellement en me disant qu'encore si c'était le NEANT LUI-MÊME qui s'adressait à nous, on pourrait l'écouter avec respect et même circonspection, mais ces pauvres types qui déblatèrent et crachent leur fiel, je vous jure, et j'en oubliais presque ce bon Sarias et, au fait, je m'aperçois que je vous ai parlé de lui surtout en le comparant à Bellonte; Sarias, même s'il est un peu collé à l'altérité comme une bernique à son rocher, il peut bien se définir un peu par lui-même, il est bien un poil autonome et ce n'est que justice si, maintenant, je brosse son portrait; je suis sûr il m'en serait reconnaissant s'il le savait et il saurait, que pour lui, c'est encore une manière d'exister que quelqu'un, surtout un copain, prenne la peine de le reconstruire avec des mots.

 

 

 

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