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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 08:03

 

  C 'est ainsi, certains êtres semblent avoir été élus afin de témoigner de la beauté du monde, de son inépuisable disposition au ressourcement. C'est un peu comme s'ils s'étaient introduits dans la peau de Jésus et avaient procédé à la multiplication des pains. Métaphoriquement, ces pains auraient figuré tout ce qui vient à l'encontre, aussi bien les autres hommes, aussi bien les animaux, les plantes, les choses du quotidien, aussi bien les œuvres d'art ou bien les sentiments. Car ces individus singuliers "font feu de tout bois". Le vol de la libellule leur est prétexte à ravissement. Le verre de l'amitié, une ambroisie qui gonfle leur âme. Le livre une ouverture de l'esprit aux merveilles de l'intellect. Toute une panoplie toujours disponible, une généreuse corne d'abondance diffusant son inépuisable prodigalité. La pluie, le vent, la courbure du galet, la poignée de main, tout fait également sens dans une manière d'accomplissement qui apparaît comme une fin en soi. Et, ces personnes naturellement inclinées vers la profusion, on ne les jalouse pas, on ne les critique pas, pas plus qu'on se mettrait en devoir de les juger. Ils nous étonnent, tout simplement et, souvent, devant ce très  estimable don de la nature, on reste bouche bée. Car aucun langage ne pourrait être proféré afin de rendre compte de la merveille. Le monde coule en eux comme la brise travers les branches noueuses de l'olivier : un pur événement situé en dehors de toute logique. Bien évidemment, jouant en contrepoint de cette amplitude, apparaît toujours celui  affecté de manque, constamment insatisfait, ne figurant parmi les hommes qu'à titre d'absence. Tellement absents, y compris à eux-mêmes, qu'on finit par les oublier. Par contraste, le sentiment de plénitude paraît doué de surprenantes virtualités. Jamais l'homme porteur d'une telle faveur ne passe inaperçu. Pour le plus grand bonheur de ceux qui ont le privilège de les côtoyer. Ils sont, en quelque sorte, des parangons de comportements existentiels. Les moindres de leurs gestes, de leurs paroles, de leurs actes sont des manières de propédeutiques dont, toujours, nous cherchons à saisir la signification, sans toujours y parvenir.

 

 

La plénitude.

 

  Alors, je sais, énoncé de cette façon, ça a l'air de rien mais c'est un problème de nature "existentielle", et pour faire court, il suffit de dire que Bellonte il est du côté de la PLENITUDE, alors que Sarias, il penche vers l'INCOMPLETUDE. Oui, c'est vrai, dès qu'on cause sérieux, c'est un peu difficile de les éviter les terminaisons en "TUDE", et vaut mieux faire avec que se demander le pourquoi d'une telle chose.

  Le problème de la PLENITUDE, avec Bellonte, c'est précisément, qu'il n'y a pas de problème. Pour lui, exister, c'est évident, c'est comme respirer, boire, dormir, c'est une fonction naturelle, ça vient de très loin et ça va très loin mais ne l'affecte pas, ne le trouble pas, c'est seulement quelque chose qui glisse le long de l'horizon, tout juste sur le trait entre le ciel et la mer, là où les lignes sont courbes et muettes, là où elles sont assignées au recueillement, à la vue immense qui parcourt le monde et Bellonte est comme la ligne d'horizon, il suit la terre d'un bout à l'autre de ses immenses étendues et il ne se lasse jamais et son regard est toujours lumineux et il écoute la respiration des planètes, le vol des oiseaux, le déferlement de l'écume sur les plages de galets; il écoute le chant du sable, le glissement des dunes et son corps est ouvert à la façon d'une conque et le mouvement incessant, le grand flux de la multitude travers son corps : les fleurs, les arbres, la chute des feuilles, le voyage du pollen, l'eau des cataractes, celle des lagunes froissées par le vent, l'eau de la pluie comme un rideau de perles, les voix des hommes, des femmes qui pilent le mil, les palabres sous le grand figuier, les pneus sur l'asphalte, le cinglement des voiliers sous les alizés, les moulins à huile qui broient les olives, tous les bruits qui peuplent la terre, tous les silences, toutes les rumeurs et ça voyage longtemps en lui et parfois ça arrive à son acmé et alors ça court sous sa peau en ondes multiples, ça éclaire ses yeux gris, ça gonfle juste en arrière de ses lèvres, ça les étire en un sourire qui en dit long, ça anime son larynx, ça tend ses cordes vocales, ça déplisse ses alvéoles, et Bellonte se met à parler et son langage est constellé d'une cascade de sons et de mots, de volutes, d'arabesques, de flexions, de retournements, de rebonds et c'est comme une longue coulée de calots qui sort de ses lèvres, une émission sans fin, une longue mélopée qui ne tarit pas, une sorte de mouvement perpétuel, et cette PLENITUDE, Bellonte n'a pas à la soutenir, à la porter, à la contraindre, elle sort de lui à tout moment, il en fait l'offrande à ses voisins, à ses amis, à tous les peuples de la terre, comme cela, sans effort, comme l'eau d'une source qu'alimenterait un glacier éternel.

 

 

 

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