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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 13:32

 

  Eh bien, dans "Les Copains", je ne sais pas si vous vous en êtres aperçus, mais il est toujours question de SENS. Le sens des choses, le sens des actes, le sens  de l'amitié, le sens de tout ce qui vient à notre encontre. Le sens de l'existence, si vous préférez. Avec le sens on n'en a jamais fini, vu que c'est, à proprement parler, insondable et que chaque fragment de sens s'imbrique dans un autre fragment, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Habituellement on nomme cela "cercle herméneutique", à la façon dont on pourrait envisager l'image de l'ouroboros, ou "serpent qui se mord la queue", lequel est condamné à girer à l'intérieur d'une éternelle répétition. Si l'on prend le sens d'un mot, par exemple, ce mot renvoie toujours à une autre réalité que la sienne, à savoir des homonymes, des synonymes, des antonymes et la définition se perd dans les méandres sans fin des sens associés.

  Mais prenons donc un cas concret, le mot "personne" et cherchons à en approfondir les multiples acceptions . D'emblée nous débouchons sur cinq sens distincts :

 

  1) "être humain";

  2) "personne morale" en tant que sujet de droit;

  3)  la détermination du sujet qui parle (il parle tout le temps à la première personne)

  4) "nul", "aucun";

  5) "quiconque".

 

  Et, maintenant, par un simple jeu de renvois, cherchons la définition de "être humain". Nous obtenons trois sens nouveaux :

 

  1) "qui a trait à l'homme";

  2) "sensible"; "compréhensif";

  3) "Personne humaine".

 

  Si, ensuite, nous souhaitons creuser l'une des valeurs particulières attachées au mot "personne", par exemple "sensible", nous sommes renvoyés à quatre nouvelles significations et à 21 nouvelles nuances de sens  relatives aux synonymes qui s'y rattachent :

 

accessibleaffectifaimantamoureuxappréciablechatouilleuxcompatissant,

douilletimpressionnablenerveuxnévralgiquepalpablephysiqueréceptif,

romanesqueromantique, sensitifsusceptible, tendrevulnérable, humain.

 

  La dernière déclinaison des synonymes nous livrant "humain", nous revenons en quelque sorte "à la case départ", à savoir "l'être humain". Le cycle est accompli, à la manière de l'ouroboros manifestant, par sa forme même, une manière "d'éternel retour du même".

  C'est sans doute en raison de son foisonnement, de son inépuisable ressource, de son inventivité sans limite que le SENS  est à la fois fascinant et insondable. Jamais les choses ne signifient avec autant d'ampleur que lorsqu'elles sont ouvertes à un genre de démesure, d'abîme sans fin dans lequel toute existence humaine se situe dès l'instant où, par définition, elle est soumise, par nature, au cycle de l'éternel retour. Du moins peut-on en faire l'hypothèse.

  Donc, dans le très court texte qui vous est proposé aujourd'hui, vous trouverez une merveilleuse bifurcation du sens  sous l'espèce de deux métaphores liées aux complexités de tout trafic, urbain de préférence : "à sens unique" et "à double sens". Car, en matière de sens multiples, contraires, ambigus, métamorphosés, inconstants, pléthoriques, se retournant parfois comme la calotte du poulpe, la "personne humaine" y excelle. Pour notre plus grand bonheur, pour l'incomparable variété anthropologique dont l'humaine condition sait se parer. Le sens est toujours à chercher au-delà de ses apparences, dans la profondeur dont il sait le parer. Mais ceci est une évidence dont vous étiez assurés depuis la nuit des temps.

 

 

 

Ramon Sarias

 

 

  Alors, Henriette, quand elle a plongé sa douce menotte dans le béret et qu'elle en a retiré le "Destin n° 2", ça faisait entre ses doigts comme des pâtes italiennes en forme de papillon au bout de deux cigarettes russes et ça m'a ému tout de même de voir tant de si douce innocence qui flottait entre ses éminences boudinées et menues à la fois. Et, vous voyez, j'ai pas pu résister, je lui ai piqué le papillon dare-dare à Henriette parce que, après tout, "Charbonnier est bien un peu maître chez lui" et puis, en tant que membre du "Club des 7", je voulais être le premier à lire la bonne nouvelle qui allait pas tarder à se pointer et j'avais, comme qui dirait, un droit de préemption. Henriette a un peu fait la gueule, mais elle y est habituée, moi aussi du reste.

  A peine j'avais déplié le petit feuillet du Trésor Public, j'ai eu une joie toute pleine et en même temps j'ai reconnu que le Hasard faisait bien les choses et les mauvaises langues qui disent que le hasard c'est fortuit, imprévisible, improbable et encore plein de sornettes du même genre, moi, Jules Labesse, je dis que somme toute c'est plutôt logique comme truc, c'est pas comme à la roulette où tu sais jamais où la bille va tomber, d'ailleurs la preuve de la logique c'est que c'est Sarias en personne qui est arrivé juste après Bellonte et Sarias et Bellonte ça peut pas être juste de l'imprévu, il y a une relation entre eux et la relation je vais pas tarder à vous en toucher un mot.

  Vous vous souvenez, Bellonte, son cordon ombilical toujours branché sur celui des Autres, le contact, l'ouverture, c'est pareil chez Sarias, sauf que le cordon il fonctionne pas exactement de la même manière et, pour simplifier, on pourrait dire que chez Bellonte il est "à double sens" alors que chez Sarias il est à "sens unique". Oui, pour le moment ça doit être un peu de l'hébreu ou du syriaque, peut être même avec une touche d'araméen ce que je vous raconte là, mais je vais essayer de traduire et vous allez piger tout de suite pourquoi je dis que mes deux copains ils sont pareils et en même temps différents.

  Et puisque vous m'avez demandé un exemple, je vous en donne un illico. Imaginez donc la Place du Marché avec le Club des 7 présentement réduit à 5, donc le "Club des 5" planté comme cinq glands sur les bancs verts et qui discutent en attendant que le Conseil des Ministres soit au complet. Au bout de l'Avenue de la Gare, c'est Bellonte qui se pointe en premier, les mains plantées dans les poches de son jogging. Maintenant Bellonte arrive devant chez Pierson où  y a les cars qui sont garés dans un garage avec des portes en fer et des vitres au-dessus. Et comme le soleil brille du côté du Café du Coin, devinez ce qu'on voit dans l'Avenue de la Gare ? Eh bien, on voit les cheveux blancs de Bellonte qui font comme une grosse boule de neige qui descendrait une pente en tressautant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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