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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 08:43

 

  Parfois, chez l'homme, en l'homme, il y a une telle charge de sens qu'on débouche, immédiatement, sur de la plénitude, de l'éblouissement, un genre de savoir absolu. Seulement tout ceci est tellement précieux, fragile, que surgit, d'emblée, l'indicible et ses contours tracés à l'estompe. Parler de cela, l'humanité, parler de l'amitié, des sentiments faisant leurs minces linéaments dans les consciences, parler de cette ambroisie qui coule entre les Existants et, soudain, la vue se brouille, et soudain les larmes se révèlent être les seules paroles. Et, soudain le silence s'installe comme la seule ressource.

  C'est ainsi. On peut librement parler d'un paysage, décrire longuement le mécanisme des horloges, faire l'apologie d'un concept, tracer l'esquisse d'un projet. Mais comment évoquer ce qui, ténu, tendu à l'extrême, vibrant comme la corde de l'arc ne peut se dire que dans une manière d'approche, d'effleurement, d'esquive avant que ne se révèle à nous la merveille des merveilles : l'existence en son ineffable beauté.

  Et alors, cette découverte s'abreuvant au sublime ouvre à toutes les pensées, à toutes les considérations, à toutes les démesures. Car, une fois la surprise passée, une fois la révélation étalée au grand jour, nous nous extrayons d'un cône d'ombre pour nous exposer à la lumière. Tout s'y révèle avec éclat, tout y rayonne, tout y signifie. Tout devient alors relatif, aussi bien les possessions matérielles que les diverses esquisses de la concrétude qui, quotidiennement, affectent l'homme et le détournent de son propre propos. Car, au premier chef, c'est bien avec nous-mêmes, dans l'enceinte de notre peau, que nous entretenons le commerce originel. Consubstantiellement attachés à notre stalactite de chair. Et, du reste, comment pourrait-il en être autrement ? Pourrions-nous différer de notre réalité ? Quel scalpel pourrait tracer la ligne de partage selon laquelle il s'agirait tantôt de nous, tantôt de nous en tant qu'autre.

  De ceci il faut être persuadé, l'Autre, nous le portons en nous, nous lui donnons acte, nous le sculptons à la force de notre regard, nous le modelons afin qu'il puisse faire écho et que notre voix ne profère nullement dans le vide. Cette partie de nous qui est déjà en l'Autre, qui est déjà l'Autre, nous la sentons confusément, comme nous percevons l'aube gagner notre peau afin qu'elle paraisse. Or, ce colloque singulier par lequel nous nous affirmons sur la scène du monde, en même temps que nous l'amenons à faire phénomène, nous lui affectons les prédicats de "conscience", de "vérité". L'une étant l'autre. L'une étant miscible dans l'autre.   

  Dites "conscience" et vous avez "vérité". Dites "vérité" et vous avez "conscience". Un genre de révélation en chiasme où les significations naissent de leur propre rencontre, de leur convergence, de leur nécessité à imprimer sur la face des choses leur urgence à être. Or, c'est bien souvent cette urgence métaphysique que nous confondons avec notre hâte à posséder, à courir ici et là en de multiples affairements. L'urgence métaphysique, ne veut jamais dire quelque empressement à réaliser quoi que ce soit. C'est bien du contraire dont il s'agit.       

  L'urgence est à comprendre comme la nécessité pour notre être de coïncider avec sa propre essence. Dès l'instant où ceci devient visible, alors s'éclaire le chemin par lequel nous nous rencontrons nous-mêmes, alors s'ouvre la voie par laquelle l'Autre nous devient immédiatement accessible. Le solvant universel convoqué à cette tâche est la relation. Pour commencer celle dont nous devons assumer le déploiement à l'intérieur de notre propre réalité, ensuite porter cette réalité au devant de l'Autre. Sans doute n'y a-t-il guère de mission plus exaltante pour les Existants que nous sommes.

 

 

La vérité, la conscience. 

 

La vérité, c'est bien caché dans un recoin de la conscience et la conscience il faut bien la retourner, l'examiner sous toutes les coutures, l'interroger longuement et, un jour, on connaît son secret mais on ne peut le dire à personne parce que ce n'est pas fait avec du langage, c'est fait avec du sentiment, de l'affinité, ça affleure juste, c'est un passage, un léger courant d'air, un déplacement inapparent, ça ne se voit pas avec les yeux, ça ne se touche pas avec les mains, ça ne s'entend pas avec les oreilles, ça fait juste une lumière de luciole, ça glisse à la vitesse d'un feu-follet, ça a à voir avec l'écume, le miroir de l'eau, le reflet de la lumière, le son des flûtes au sommet des Andes, le fin duvet des vigognes où souffle le vent, avec les cristaux de neige, la chute du grésil en hiver, l'indéfinissable couleur de la banquise, la présence translucide des anémones de mer, l'apparence du Gulf-Stream, le battement des ailes de papillons. 

  C'est comme ça, la vérité, ça joue à cache-cache, ça met des masques comme à Venise, ça s'enroule autour des proues effilées des gondoles, ça dort dans les vastes chambres des palais où il y a un clair-obscur, comme chez Rembrandt, ça s'irise en fines gouttelettes sur la lagune, ça vit une vie d'absence, ça s'efface et reparaît comme la buée sur les vitres, c'est dans le genre d'une impression, d'une intuition et c'est sans doute ça, cette sorte de chose impalpable qu'il nous refile Bellonte comme un paquet-cadeau avec plein de choses dedans et ça lui fait tellement plaisir à Bellonte et ça nous lisse tellement l'âme à nous aussi, les types du "Club des 7" et ça va même bien au-delà d'Ouche, au-delà de la Leyze, des collines et des bouquets de chênes du causse, ça n'a pas de frontières et je suis sûr que même à Lyon, à Paris ou à Rotterdam, les gens qui ont les yeux grand ouverts et la sensibilité qui va avec, ils le ressentent cet espèce de courant qui passe entre les hommes et ils n'ont besoin de rien dire, de ne rien faire, sauf de se laisser aller au rythme du temps, à la douceur des choses et surtout d'oublier, autour d'eux, tout ce qui bouge trop et blesse et entame et entaille et ne juge les hommes qu'à la couleur de leur peau, à la profondeur de leurs rides, au cal de leurs mains. Oui, vous avez compris, Antoine Bellonte c'est un baume, un gel qui apaise, une onction qui donne à la peau sa consistance de soie, au regard sa charge de mystère, à l'entendement sa plénitude de savoir. Alors, vous saisissez maintenant que Bellonte ça peut pas simplement être "Blanchette", ça peut pas davantage être "Hermès" ou "Mercure", c'est simplement un contour comblé d'humanité et, pour ça, il n'y a pas de vrais mots que l'homme ait inventés.

 

 

 

 

 

 

 

 

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