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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 08:26

 

    Où apparaît le personnage de Voisine, l'incontournable "mitoyenne" dont on ne saurait faire l'économie. Bien évidemment, sa parution dans la fiction ne peut se faire qu'à l'aune du vaudeville, de la truculence, de la naïveté.

  Où un simple chaton noir, adorable, sans importance - tout juste un chat - transforme le banal quotidien en aventure quasiment biblique. C'est Moïse en personne qui déboule avec toute sa mythologie, les Tables de la Loi et le Sinaï en prime.

  Où les échanges deviennent alertes, rebondissent entre les personnages comme des balles de ping-pong. La vie, en un mot, avec sa charge de rusticité, de vivacité, d'imprévu. "Les Copains", c'est le domaine des simples, des destinés au jour le jour avec, cependant, quelques envolées, quelques échappées vers la transcendance, les valeurs, la philosophie. C'est cela qui fait des "Copains" son essentielle singularité : la perle au milieu des avanies de la temporalité vulgaire.

 

  Elle est comme ça, Henriette, c'est pas une mauvaise jument mais quand elle a quelque chose sur le cœur, elle y va pas par quatre chemins. Alors, d'après vous, qu'est-ce qu'il a fait le Jules Labesse, pendant la journée qui a suivi le sauvetage du "petit noir", eh bien, Jules il a téléphoné à la Mairie, à la Spa, au Refuge, à "L'Arche de Noé", à la "Fraternité Canine et Féline Réunies", au "Véto", à "50 Millions d'Amis", à Brigitte Bardot en chair et en os, il a fait le tour de la Ville, du Canton, de l'Arrondissement et c'est tout juste si les Gentilles Hôtesses elles lui raccrochaient pas au nez et elles disaient, agacées comme si elles avaient pas gagné au Loto, "des chats ON EN A PLEIN, on en veut plus, on peut même vous en donner des dizaines et vous ferez des tapis avec si vous savez pas à quoi vous occuper" et Jules il leur répondait, avec courtoisie mais fermeté, "c'est quand même désolant, tous les idiots qui abandonnent les animaux! " et on lui répondait, "on a d'autres chats à fouetter" et le Jules il allait au rapport, comme on va à la Semaine, voir l'Adjudant-Chef de Compagnie et l'Henriette, en bonne "P-fat", elle en rajoutait une couche, elle disait, "t'as qu'à le refiler à Voisine, ton chat, d'ailleurs on sait même pas si c'est un chat ou une chatte et après t'imagines la chiée de petits chatons et Henriette qui éponge les fuites des petits chatons adorables"; alors, je dois dire, Henriette elle m'avait refilé une idée derrière la tête, laquelle valait son pesant d'or, l'idée, pas la tête !

   Je choppe le greffier après une bonne heure de cache-cache entre les cartons et les bouteilles du garage, je sors dans la rue, je file chez Voisine, je carillonne à la porte comme s'il y avait le feu, Voisine elle sort avec des bigoudis sur la tête et elle me dit, "c'est pourquoi vous faites tout ce raffut ?", je lui dis "c'est pour le chat noir qui était dans la haie et même il a bien failli y passer et avec l'Henriette ça nous a couru dans la tête toute la nuit cette histoire de l'orphelin qui cherchait après une Grande Âme, et alors on a pensé à vous parce que"...et je lui refile le présent dans les mains qu'elle a toutes fripées avec la Saint-Marc et Voisine, elle me regarde comme un merlan frit et elle me dit, "mais un chat j'en veux pas moi et, d'ailleurs pourquoi c'est pas vous qui le gardez"...et moi, je lui dis, "si, vous en voulez, en plus vous avez pas le choix, maintenant le petit déshérité, il vous a adoptée et déjà il vous aime avec plein de ronronnements que ça fait plaisir à entendre et VOUS AUREZ PAS le cœur de le remettre à la rue par le temps qui court avec le vent et la pluie et bientôt les gelées qui vont pas tarder et puis, j'ai du lait sur le feu à cause du tapioca et même Henriette elle est pas là, elle est allée à la Poste", et je vois Voisine, qui, d'un coup se radoucit et esquisse un vague sourire et elle se met à dire, avec des trémolos dans la voix, "tiens, c'est une bonne idée, je vais le garder le petit chat, c'est même un signe du Destin et d'ailleurs il paraît que ça porte malheur quand on trouve un chat noir sous la pluie et qu'on le garde pas et puis ça me fera une compagnie avec ma Mère qui ronfle toute la journée et c'est pas tous les jours la fête, on peut pas dire et les petits chats je les adore, surtout les noirs, les petits Noiraud avec une truffe toute rose, alors je sais pas comment vous remercier", - "en fermant ta gueule", je pense-, et, pendant que Voisine dégoise son chapelet de banalités, grain à grain, je rentre dare-dare à la baraque, je monte à l'étage où y a, comme qui dirait le 7° ciel qui m'attend, je rentre dans la cuisine et je lui dis à Henriette, "Ça y est pour MOÏSE, le tour est joué, ni vu ni connu je t'embrouille, c'est Voisine qui le prend en pension". Alors, Henriette elle me dit, "d'abord de qui tu parles ?" "De Voisine", je lui réponds. "Mais non", elle fait Henriette, "de QUIt'as causé, avant Voisine?".  "Eh ben, de MOÏSE, pardi, de qui veux-tu que je cause ?" . "Oui, et, à part le type de la Bible, qui c'est qui ton MOÏSE ?" . "Ben, le CHAT", je lui fais. "Et pourquoi, MOÏSE, s'il te plaît ?". "Ben, ça coule de source, si on peut dire, c'est clair comme de l'eau de roche, vu que le petit greffier, si tu vois ce que je commence à te dire, on l'a bien sauvé des eaux, hier soir, et si on l'a sauvé des eaux"..."Oui, te fatigue pas" elle me ditHenriette, "j'ai pigé et ça me fait plaisir !". "Ça te fait plaisir d'avoir pigé ? Faut dire, pour une fois, ça te change". "Non, Jules, ça me fait plaisir qu'il soit casé le chat, et fais-moi un autre plaisir tant que tu y es, va chercher un Petit Tordu à la boulangerie sinon, à midi, tu vas râler à cause du bout de croûton que tu pourras pas tremper dans ton civet de lièvre". Et, tout en clopinant sur le chemin de la Boulangère, je me récite, comme un refrain : "Petit tordu...Petit tordu...Petit...", oh, y en a peut être pour pas longtemps, je me dis, pour le "Petit Tordu" alors faut en profiter tant que le Jules il est à peu près droit !

  Voilà, c'était pour l'anecdote et maintenant il faut voir ce qu'on peut en faire de l'anecdote en question. Eh bien, c'était juste pour illustrer le problème des noms de baptême qu'on donne aux animaux.

  Peut être un mois plus tard je croise Voisine dans la rue, elle me dit, "il est mignon mon petit "Noiraud" et puis il vous gêne pas, il vient pas trop souvent dans votre jardin ?" . "Oh non, je lui fais, pour le jardin, ça on peut dire il est correct, il va pas y faire ses besoins, il préfère le paillasson, même qu'Henriette elle est ravie les jours où ça arrive le paillasson trempé comme une éponge". Sur ce je plante Voisine dans la rue et je reviens dans mon salon.                                                                                              

 

 

 

 

 

 

 

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