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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 08:46

 

  Où il est question du difficile problème de la nomination. Un Copain, comment le nommer autrement que par son nom habituel ? Et puis, un sobriquet, sera-t-il bien choisi ? Reflétera-t-il ce qu'est la personne en son fond ? N'y aura-t-il pas la tentation de l'affubler d'un caractère simplement "physique" ? Sera-ton assez proche d'une vérité ?

  Et puis affecter un nom de baptême ne saurait concerner uniquement la condition humaine. Qu'en est-il de l'animale ? Un chat, par exemple, peut-on l'appeler simplement "Noiraud" sans  conséquence de ce choix sur l'existence quotidienne du petit félin ?

  Car, voyez-vous, dans "Les Copains", on ne se limite pas à vivre au jour le jour en faisant rouler devant soi la boule de l'existence, on essaie de se poser des questions. Même sur l'infime, l'inapparent, même sur ce qui, peut-être, ne fera jamais phénomène le long du chemin de la vie. C'est comme cela chez Les Copains et, on peut vous l'assurer, ça vaut bien mieux qu'une virée chez McDonald's. Enfin, on voudrait pas être prétentieux ! Mais, on vous le dit, ça vaut vraiment le coup de longer un brin les rues d'Ouche, de faire un tour sur la Place du Marché. On vous le dit !

 

Antoine Bellonte (alias "Blanchette")

 

 

   En tout cas, c'est Antoine qui est tombé le premier; Antoine Bellonte qu'on appelle aussi"Blanchette" entre nous, même qu'on est pas tous d'accord sur l'appellation. Moi, je trouve que"Blanchette" ça va pas. "C'est une marque patronymique non discriminante" comme disent les Futés et même si la formule fait dans le tarabiscoté, c'est eux, les Futés, qui ont raison. Je vais vous expliquer pourquoi.

  Antoine, on l'appelle "Blanchette" parce qu'il a les cheveux blancs, mais complètement blancs, comme un albinos sauf que lui il a pas les yeux roses mais bleus, à la façon des myosotis. Or "Blanchette" ça veut dire qui est de la nature de la blancheur, comme la finitude est l'état de ce qui est fini, la négritude, l'état de ce qui est nègre. Et je suis sûr que vous le voyez déjà le talon d'Achille du raisonnement et que vous commencez à apercevoir pourquoi le pseudo-patronyme est "faiblement discriminant". Eh bien, il l'est, parce que l'état de la blancheur, le caractère de ce qui est blanc est trop répandu et trop général pour que puisse être attaché à son prédicat une spécificité qui lui permettrait de se détacher de son contexte.

  L'état de ce qui est blanc, on le trouve dans la neige, le lait, la farine, la feuille de papier, la toile de drap, les icebergs du Pôle Nord, le talc, les nuages, c'est comme qui dirait un état natif qui émerge à peine des limbes et on est constamment entourés de blanc sans même qu'on en soit conscients. Donc, quand on appelle Bellonte"Blanchette", c'est, en fait, comme si on l'appelait pas et, je suis sûr, vous avez remarqué l'inclination de beaucoup de gens d'affubler leurs animaux de noms très originaux, du style "Noiraud""Griset""Caramel""Noisette","Tigré", et vous voyez bien que le sobriquet est toujours lié, d'une façon ou d'une autre à la couleur, c'est à dire à un prédicat de l'ordre de la forme.

  Or, si on prend "Black" ou "Noiraud", c'est comme pour "Blanchette" ou "Boule de neige", on va trouver une foule de choses noires, comme le charbon, le cirage, l'encre, la suie, j'en passe et des meilleures, et votre chat, qu'en toute sympathie, vous aurez baptisé "Noiraud", eh bien  IL N'EXISTERA PAStout simplement parce que les gens s'amuseront pas à trier la masse des choses noires pour en extraire votre petit "Noiraud" qui est peut être si touchant et adorable mais qui devient totalement insignifiant de par la désinvolture de votre nomination.

  Du reste, à ce propos, j'ai une petite anecdote à vous raconter, d'abord pour l'anecdote, ensuite parce qu'elle illustrera mon propos sur la nomination. Un soir, avec Henriette, on rentre de chez Mozart et Melba, on essuie un méchant orage sur la route avec des flaques partout et de l'eau qui dégouline le long des portières. Henriette descend ouvrir le portail pendant que je manœuvre la berline au milieu de la cité lacustre. Henriette est mouillée de la tête aux pieds et c'est bien fait pour elle, elle avait qu'à emporter son parapluie. Henriette pousse le portail à roulettes; je descends de la voiture et alors ma moitié me dit "j'ai entendu un bruit dans la haie de laurier-tin, même on dirait le cri d'un animal" et je lui dis, "t'inquiète, on verra ça demain, d'ailleurs t'es comme Jeanne d'Arc, t'entends toujours des voix", mais comme Henriette elle entend comme une chauve-souris et, qu'en plus, elle a de la suite dans les idées, elle prend un parapluie, je comprends pas pourquoi d'ailleurs; elle fonce vers le laurier-tin et elle me rapporte un minuscule chaton, noir, mais vraiment plus noir on peut guère trouver et elle me le file dans les pattes, sans vergogne, en me disant que c'est elle qui avait raison, "et maintenant, tu peux te démerder avec le chat, je prends ma douche et je vais me pieuter !" 

   Je pense, "pour la douche, c'est superflu", elle en sort tout juste et  je reste comme un gland avec la bestiole noire dans les pattes qui se débat et gigote comme un beau diable et ce putain de petit greffier je peux tout de même pas le refiler dehors, ce serait inhumain, alors, pour couper court à la morale qui commence à faire mon siège, je dégotte un carton avec une serpillière, j'y dépose le colis comme Jésus dans la crèche, mais Jésus, lui, se tenait peinard, alors que le chaton colle à mes baskets en miaulant d'une voix presque humaine, alors je coupe court à son intention de me suivre et, délicatement du bout de mes baskets, je ferme la porte de communication, celle qui fait communiquer le parking avec le reste de l'hôtel et Henriette est déjà au pieu, en train de ronfler, alors que je commence juste à me brosser les dents. Le lendemain, au petit déjeuner, j'ai droit à la messe en breton et en basque à la fois. "T'as voulu le faire entrer, le chat, eh bien maintenant débrouille-toi, en tout cas j'ai assez avec toi à m'occuper, je VEUX PAS d'un chat en plus et d'ailleurs, ça pisse partout et ça se fout toujours dans tes guibolles quand tu marches, t'as qu'à voir avec la Spa ou la Mairie, au moins ça t'occupera plutôt que de passer tes journées à aller déblatérer avec ta bande de branquignols !" 

 

 

 

  

 

 

 

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