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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 08:05

 

  Où la lucidité de Jules ne fait ni l'économie des autres, Copains ou bien quidams, ni de celle de l'immense "Comédie humaine" qui déroule frasques et anneaux magiques, tours de prestidigitation et autres aimables soties afin de mieux vous enfumer, de tirer quelques marrons du feu. Mais la fausseté, l'hypocrisie, la roublardise  ne font pas leurs choux gras uniquement sur la scène du réel. Ô combien la littérature, le cinéma, le théâtre, la pantomime nous donnent l'occasion de rire de nous, des autres, de nos travers, de nos manies. Comme une manière de condiment à rajouter aux menus événements. Le sel de la vie n'a pas d'autre secret!

Le Groupe. 

  

   Moi, Jules Labesse, j'ai assez parlé de moi. Maintenant, vous devez un peu mieux saisir mes contours, ma perspective, mes lignes de fuite et je parie que vous pourriez même me dessiner sur une feuille de papier, y délimiter des zones de lumière, des zones d'ombre, y projeter quelques hachures, quelques pointillés, et le fusain se ferait parfois plus charbonneux et ça voudrait peut être symboliser mes états d'âme et parfois il y aurait des lignes claires comme l'espoir, des lignes indécises comme le doute, des lignes brisées comme la chute brusque du jour en hiver. Oui, bien sûr, ce ne serait qu'une ébauche, un essai de représentation et votre feuille contiendrait seulement l'une des esquisses possibles de Jules Labesse. Et puis, Jules Labesse ne peut prétendre se définir par la seule vertu d'un exercice solitaire, par le recours à une belle autarcie qui convoquerait le monde pour le réduire à l'espace singulièrement restreint de sa propre dimension.

  Vous vous souvenez, l'Océan Indien, les gouttes, la métaphore de l'un et du multiple, la théorie du savoir à partir du connu pour aller vers l'inconnu. Eh bien, maintenant, le moment est venu et je sens plein de gouttes impatientes qui se pressent autour de moi et leurs bouches jusqu'à présent muettes se gonflent de désir et leurs langues fluides et opalescentes commencent à s'agiter, longs filaments qui fouettent l'eau à la manière des algues, sortes de protestations peut être, et les gouttes, une à une, veulent exister vraiment, veulent qu'on les caresse du regard, qu'on les pare de mots à la façon dont les coiffes des lointaines îliennes s'habillent de fleurs odorantes, et les gouttes, peu à peu, se détachent et font, à la surface de l'eau, des cercles de bulles, des ronds multiples et les hommes penchés sur le rivage ne vivent qu'à les interpréter, à les comprendre, à les assimiler à leur propre savoir, faute de quoi il n'y aurait que ces énigmes en forme d'ondes et les hommes ne seraient pas tranquilles et leur sommeil serait traversé d'étranges et lancinantes questions.

  Donc, si vous le voulez bien, Jules va s'effacer un peu et vous pourrez ainsi distraire votre regard de sa personne, décaler un poil sa silhouette et alors, sur l'espèce de praticable, de décor en carton-pâte qui se dresse au-delà, vous les apercevrez les autres protagonistes, les mannequins de cire et de toile; les acteurs du Musée Grévin aux visages de cire; les marionnettes à fil, celles caricaturales d'Aristophane, celles de Bergman que la société persécute, mais aussi celles des foires qui enchantent le jeune Goethe; vous les verrez de vos yeux incrédules et c'est VOUS qui leur donnerez vie par la grâce de votre regard, l'acuité de votre pensée, la pénétration de vos sentiments; vous les verrez à l'infini les divines marionnettes, celles de Cervantès qui abusent Don Quichotte; celles de Gogol qui peignent les hommes sous les traits de la férocité, des tares, du ridicule, de la bouffonnerie; les Muppets de la télé aussi vous les reconnaîtrez et , peut être, à la façon de Geppetto, taillerez-vous vous-mêmes des marionnettes à votre convenance dans le bois d'une bûche, car vous le savez bien, c'est VOUS et  SEULEMENT VOUS qui tirez les ficelles, et les Autres bougent leurs bras et leurs jambes et les Autres déroulent leur saynète pour vous épater, pour vous être agréable, vous séduire, vous prendre dans les mailles de leur réseau de fils et de poulies, mais aussi pour que vous vous intéressiez à eux, que vous les fassiez exister à la seule force de votre volonté, et vous savez, comme Antonin Artaud le savait, que "tout vrai langage est incompréhensible", tout aussi impénétrable que l'Autre qui vous fait face, que la vérité est cachée sous une infinité de couches, qu'elle est sédimentée, qu'il vous sera nécessaire de ruser avec vos alter ego, d'interpréter leur confus conciliabules de signes, de décrypter leur gestuelle et peut être alors parviendrez-vous à cette "pantomime non pervertie" que l'Auteur du "Théâtre et son double" appelait de ses vœux mais dont il devait douter lui-même, la "folie" de cet homme n'étant que la figure de son extrême lucidité.

 

 

 

 

 

 

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