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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 15:45

 

  Une seule longue, très longue phrase pour dire, l'espace d'une infinie respiration la lucidité, la cruelle réalité, la condition métaphysique dont l'essence de l'homme ne peut qu'être partie prenante; une seule longue tirade, comme on se débonde d'une charge trop lourde, une manière de cri de révolte en même temps qu'un hymne à la vie, une considération désabusée des croyances de l'homme en quelque divinité que ce soit, enfin le couplet en forme de codicille du "Pauvre Martin". Avec Jules, avec les Copains, Tonton Georges n'est jamais bien loin ! Et c'est tant mieux !

Le Sens.

   Ça veut dire que le SENS n'est jamais donné définitivement à la façon d'un paquet-cadeau enveloppé de faveurs et il suffirait de défaire les nœuds pour avoir toutes les réponses sur la vie, les ficelles sur l'existence, les astuces pour déflorer les conceptions du monde. Et tout ça, ça veut dire que Jules Labesse qui vous parle présentement, il est toujours un peu coincé entre l'enclume et le marteau, entre la porte et le fenêtre, et ça veut surtout dire qu'il est assis le cul entre deux chaises, juste à l'endroit exact où se trouve le tiret qui sépare "méta" de "physique", ce qui signifie qu'il n'est ni dans la physique des choses matérielles, ni au-delà de la physique, dans les choses qui seraient célestes, par exemple; il est juste au milieu, juste au mitan comme sur une sorte de "Radeau de la Méduse" qui flotte au centre des éléments et l'on ne sait plus où est l'eau, où est le ciel, et il n'y a plus de terre à l'horizon et la lumière se confond avec l'ombre et il y a autour de vous des monceaux de chair, des tumultes indistincts, des voix perdues, tout un grouillement visqueux semblable à ce que devait être le tout début du monde et de ce chaos émergent des filaments, des protubérances en forme de membres, des giclées de mains qui moulinent l'air, des excroissances ligamentaires, des projections de rotules et de phalanges et Jules Labesse sait déjà que toute cette laborieuse gesticulation, cet effort pour s'exhausser du Néant, pour colmater le Rien, pour diluer l'informe, pour s'illustrer en forme de genèse n'est, en fait, que le début d'une grande catastrophe, et Jules pense qu'on ne peut jaillir de nulle part qu'à l'expresse condition d'y retourner, à la façon de gouttes de pluie qui ne font que réintégrer le cercle des eaux primordiales, et cette idée, ou plutôt cette simple constatation ne le rend ni triste, ni inquiet, ni mélancolique puisque telle est la nature des choses et que, tout bien considéré Jules Labesse est une simple chose, une petite éminence corporelle où la vie bat lentement à la manière d'un souffle mais ce souffle n'est qu'un dépôt transitoire, un hôte de passage et qu'il faudra bien, un jour, lui rendre sa liberté - la seule, sans doute -, et le souffle de Jules Labesse et de ses "frères humains" ira rejoindre le grand souffle universel, celui qui est invisible et que la faiblesse et l'incurie des hommes ont voulu habiller d'un nom, et des milliers de bouches ont alors prié AllahDieuMoïseMahomet mais ces noms ne résonnent que du vide qui les habite et les dieux du Panthéon, ZeusAppolonHéphaïstos, sont sourds et aveugles à la parole des hommes et l'Olympe est trop haut et le ciel est trop vaste pour les imprécations des peuples de la terre et tous les nomades qui parcourent, hagards, les sentiers du monde, lesJules, bien sûr, mais aussi les Ramon, les José, les Antoine, les Marcel, les Yves, les Jean, tous, sans exception, la savent cette vérité qui taraude l'esprit, creuse les consciences, vrille les corps et, chacun à sa façon, y fait face et regarde fixement l'horizon, mais l'horizon est courbe et les vérités sont toujours au-delà, bien au-delà et il y a encore une infinité d'horizons qui s'emboîtent à la façon des poupées gigognes et il y a beaucoup de temps en-deçà et au-delà, et notre temps est si mince, si hésitant, si frêle sur ses pieds d'argile qu'il est saisi de vertige face à la démesure, et alors tous les Marcel et les Jean de la terre, tous les Martin creusent indéfiniment leurs sillons, sachant bien qu'ils peuvent faire leur la phrase du poète, du "François Villon de Sète" :

 

"Pauvre Martin, pauvre misère

Creuse la terre, creuse le temps" ,

 

sachant que leur petite ritournelle, au bout du compte, se terminera comme toujours depuis que le monde est monde :

 

"Pauvre Martin, pauvre misère

Dors sous la terre, dors sous le temps".

 

  Cette seule certitude en forme de finitude, ils l'ont chevillée au corps mais ils n'en parlent jamais. Ils s'assoient dessus et regardent le large horizon où voguent les bateaux, où battent les vagues, où planent les sternes en courbes aiguës qui veulent dire toute la beauté du monde et la profondeur des abîmes aussi et le grand dôme de lumière descend peu à peu du ciel et se pose sur les yeux des hommes et les hommes s'endorment sur leurs corps rompus et arrondis en forme de question.

 

 

 

 

 

 

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