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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 16:38

 

                                                                                           Texte à la mémoire de GILBERT.

 

Esseulé, il ne vous reste plus qu'à reprendre votre bâton de pèlerin, espérant croiser en chemin de plus prolixes et fidèles hôtes. A peine avez-vous quitté les feuilles lancéolées et les cannes vertes que, de l'autre côté de l'Ouche, sur l'autre rive, s'agitent sous une brise légère les mêmes végétaux si élégants. Bientôt, parmi les luxuriances vertes, vous finissez par découvrir ce qui, au premier abord, ne paraît être qu'un simple amoncellement de pierres et qui, en fait, est une ancienne demeure abandonnée, le "Moulin du Bout du Monde". Envahi par les ronces, ligaturé de lianes, entouré par les fantaisies  des volubilis, ce Moulin n'est plus que l'ombre de lui-même, une maison ayant perdu son âme en même temps que ses habitants. D'eux, les hôtes de la maison sur l'eau, personne n'a gardé le souvenir, seulement des ombres fugitives. La piscine où, autrefois, devait s'ébattre une existence, se déployer une vie, constitue l'ordinaire de grenouilles bavardes faisant, les soirs d'été, leurs cris rauques gonflé d'eau. La façade croule sous les pampres et entortillements d'une sève active, la grande arcade - sans doute s'agit-il de la salle de séjour ? -, pourvue d'une vitre teintée disparaît presque sous les éclaboussures venant de la route qui la longe; les volets du premier étage font leur grincements aigus sous les assauts du vent; de vieilles  voitures envahies par l'herbe sont stationnées, pour l'éternité, semble-t-il,  sur une aire aux allures de terrain vague. Tout ici signe l'immobilité du temps, l'épilogue d'une aventure, peut-être une faille survenue dans le cours des jours. Selon l'expression habituelle, "la nature a repris ses droits", affirmant ainsi qu'elle est première, l'homme ne s'y invitant qu'après qu'elle lui a permis de faire sa trace. Les voitures rapides longent ce qui, bientôt, ne sera qu'une ruine, un amoncellement de pierres après que le toit se sera effondré. Les passants hâtent le pas. Les chiens au museau court passent en rasant les murs. Des meutes de papiers fous tourbillonnent. Des oiseaux glissent sur les lames d'air. La poussière fait ses volutes hautes. Seul le "Moulin du Bout du Monde" a arrêté sa course. On n'entend plus ses meules moudre le grain, la farine s'écouler de sa trémie blanche, on n'entend plus l'eau couler dans le chenal. Ici tout est repos dans une manière de silence têtu.

  Maintenant vous continuez à avancer, tout juste sorti d'un étrange sortilège. Soudain vos yeux se portent vers le haut, en arrière de la voie ferrée. Vous apercevez, tout au bout d'un promontoire qui jaillit dans l'espace, une sorte de vaisseau de pierre escaladant le ciel. Après les irrésolutions du Moulin, ses volutes noires, vous voilà soudain transporté en plein éther, là où les nuages font rouler leurs boules d'écume. Le Prieuré est imposant avec sa belle tour carrée surplombant l'abside de l'église, avec son corps de bâtiment qui le jouxte,  percé de trois belles fenêtres renaissance. Elles distillent juste la lumière qu'il faut afin d'accueillir dans de grandes salles blanchies à la chaux des œuvres plus que remarquables. En un temps Braque, Tapiés, Garrouste y élurent domicile. Œuvre gravé, certes, mais portant en soi de si belles significations ! Puis il faudrait encore faire le tour des maisons anciennes qui entourent l'imposant édifice, se perdre dans les ruelles étroites et tortueuses qui descendent vers l'Ouche comme pour s'y ressourcer, y trouver peut-être une inspiration, puiser dans l'onde si proche la pureté des eaux lustrales qui, on l'imagine, accueillaient les pèlerins de passage pour de saintes ablutions.

 

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