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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 09:00

 

La "re-naissance" de soi.

 

 

  Aucun "pèlerinage aux sources" ne peut faire l'économie des deux filets d'eau auxquels, par nature, mais aussi émotionnellement, viscéralement, nous nous abreuvons toujours. Ainsi le voyage initiatique nous conduisant au centre géométrique de notre existence - à savoir à nous-mêmes -, doit-il faire surgir, dans notre rencontre avec le sol, deux figures incontournables, deux esquisses tutélaires sans lesquelles, simplement, nous ne pourrions témoigner : celle du Père, celle de la Mère. Comme deux jambes primordiales afin de cheminer, de découvrir, de paraître au plein jour.

  Ainsi, pour Sarias (voir "Les Copains d'abord"), le passage obligé emprunte d'abord le chemin pour l'Andalousie, Séville étant le lieu du Père, puis remonte vers le nord, vers la Navarre et Pamplona, berceau de la Mère. Car il s'agit de savoir ce que l'histoire parentale a apporté à notre propre édification, quels sont nos points d'appui culturels, géographiques, peut-être éthiques ou religieux. Nous ne pouvons nous abstraire d'un tel soubassement, qu'à accepter que nos racines s'absentent de notre projet et nous laissent situés en un dangereux suspens. Pour autant, découvrir le lacis des rhizomes, les radicelles nous reliant à notre première terre, à l'aire parentale, ne nous aliène pas. C'est seulement une connaissance dont nous devons nous saisir afin de mieux éclairer notre progression. Il n'est pas indifférent que les premiers soins dont nous avons été entourés s'abreuvent, soit à une religiosité, à un paganisme, à une croyance locale, à une superstition, à une culture profondément inscrite à même la chair du sol.

   Ramon Sarias, lequel a toujours pratiqué l'oubli de ses origines, comme d'autres jouent au cricket, en toute insouciance et même avec un sentiment de quasi ravissement esthétique, découvre, ébloui, en compagnie de ses comparses, tout ce qui le détermine, bien au-delà de ce qui se peut imaginer. Car il n'est pas indifférent de provenir d'une hispanité dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle est habile à mêler les genres, la Semaine Sainte et la foi qui lui est attachée basculant soudainement dans l'acte profane le plus immanent qui soit, la Feria, avant de sombrer dans une manière d'apothéose dans l'arène où  la Corrida déroule son intense dramaturgie.

  Le voyage initiatique, l'espace d'un instant, le temps d'une parenthèse enchantée aura été le convertisseur opérant la sublime métamorphose.  Ramon l'expatrié, (l'apatride conviendrait mieux), se découvre une patrie, en même temps qu'il réhabilite une généalogie dont il avait fait son deuil, croyant, de cet oubli, pouvoir faire la condition d'une réelle assomption personnelle. Mais, bien évidemment, c'était du contraire dont il s'était agi.

  Réinvestissant un territoire qu'il aurait dû habiter continûment, non seulement Ramon Sarias s'offre une catharsis sur mesure, mais il donne à nouveau essor à ses propres fondements. Toute connaissance de soi, agrandie, augmentée par quelque cognition que ce soit, par quelque révélation intime est, toujours, de l'ordre de la "re-naissance". C'est bien à cette "re-naissance" que Sarias se dispose tout au long de ce périple qui, à l'évidence, n'est qu'un retour sur lui-même. On n'est jamais mieux au plein d'une vérité que lorsqu'on finit par coïncider avec son essence. C'est de cela dont l'Ibérique est atteint. Ses témoins existentiels, Bellonte et Jules Labesse, l'ont conduit jusque sur les bords de nouveaux fonts baptismaux. Toujours nous renaissons de nos cendres, pareillement au Phénix. Jusqu'à l'instant fatidique de la dernière Corrida !

 

 

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