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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 10:12

 

 "Me voici parvenu sur le promontoire qui lance son éperon dans le vide absolu. Je n'ai nulle crainte quant à ma disparition prochaine, la souhaitant ardemment depuis un temps dont je ne saurais fixer l'origine. Et vous, Spectateurs dont je sens les regards inquiets soudés à la moindre de mes métamorphoses soustractives, - il me reste suffisamment de corps pour articuler quelque langage -, ne soyez donc nullement effrayés, sinon par le spectre de votre future mortalité, la mienne est un salut inespéré. Des regrets cependant tournent autour de moi, frôlant  mon âme de leurs ailes membraneuses. Mais qu'ai-je donc de si précieux à quitter qui me ferait m'accrocher aux aspérités de l'abîme ? Certes, les attouchements d'Irma-le-Poulpe ont brodé sur mon corps le long poème de la jouissance. Certes, Félicie-le-Crapaud aux monstrueuses pustules a bien voulu me faire le présent d'une précieuse volupté, sa langue arrimée au moindre de mes soies intimes. Certes, Isidore-le-pélican, père écumeux l'instant d'un doux rasage, m'a ouvert les portes lumineuses et insoupçonnées du sentiment filial. Alors, visité par ces différentes esquisses de la beauté humaine, j'eusse pu faire le pari, bandant mes muscles et repoussant mes ennemis héréditaires, de différer ma mort et d'inscrire mon chemin parmi les Vivants. Mais jamais une telle décision n'eût été en mesure de situer mon corps tortueux à l'aplomb de mes racines, lesquelles m'installant  sur mes  fondements réels,  je pusse m'incliner à exister selon la pure et évidente simplicité. Ma Mère, ma conque primitive, celle que j'ai ardemment cherchée à la mesure de mon errance infinie, une seule fois j'aurais aimé que son sourire vînt me visiter, fût-ce sur mon lit de mort. Mais j'imagine que ma Génitrice, pendue par les Révolutionnaires pour avoir été une moujik inconsciente s'abandonnant aux bras d'un riche boyard, repose au fond d'une sombre fosse quelque part dans les catacombes de l'Histoire. Perdu, je l'ai été depuis ma naissance, perdu à jamais je serai dans l'abîme mortel, seul lot de consolation demeurant fixé au ciel de mon imaginaire. Ce que la vie ne m'a point donné, peut-être le Néant consentira-t-il à m'en accorder la faveur ?

  Mais, à présent, les quelques instants qui me restent à sentir encore les limites étroites et déjà bien entamées de mon anatomie, à voyager dans le feu follet de ma conscience, je ne dois point me distraire, faire face à mes prédateurs, les toiser avec ce qui me reste d'acuité visuelle, user mon dernier langage à cerner de mes mots pesants les contours de leur vacuité.

  Ô, vous les Spectres, les Ombres denses que je vois, rémiges frémissantes, naseaux de feu, babines incisées d'incisives saisissantes, jarrets hérissés d'écailles, ventre pustulaire et bubonique, larges pieds collant leurs ventouses gélatineuses sur le sol gras et délétère de l'Omnibus, je vous reconnais pour être mes poursuivants obstinés, mes bourreaux  sanguinaires à la courte vue aveuglée par l'écarlate flamme de votre drapeau qui n'est tissé que de pure vengeance et de haine à l'encontre de ceux qui furent vos suzerains dont, cependant, avec un désir fou, vous désirez être les sublimes subterfuges, n'inclinant qu'à les réduire à l'état de vassaux, de serfs, une barbarie en remplaçant une autre. Ô vous, les  Даздраперма; les Даздрапертрак; les Далис; les Дележ; les Ким; les Крармия; les Марлена; les Мэлс; lesРевмир, Ô vous tous, long fleuve sanguinaire qui dissimuliez votre haine des riches et des puissants à la mesure de votre secrète envie d'endosser leurs habits de brocart, combien vous étiez habiles à dissimuler vos sombres et pathétiques désirs sous des slogans dont l'Humanisme lui-même aurait voulu orner les frontons de ses édifices moraux : "Longue vie au Premier Mai;  au premier Tracteur; à Lénine et Staline; aux Jeunesses Communistes Internationales; à l' Armée rouge; à la Révolution Mondiale..."

  En réalité vos nobles aspirations ou ces titres pompeux qui en tenaient lieu, étaient simplement l'illustration du vide sidéral qui vous habitait, de l'instinct putride qui gonflait la moindre de vos cavités petitement existentielles. Donc, vous, les Dazdraperma; les Dazdrapertrak; les Dalis; les Delej; les Kim; les Krarmia; les Marlena; les Mels; les Revmir n'étiez qu'un hoquet de l'Histoire, une simple bulle au-dessus des exhalaisons d'une ténébreuse tourbière qu'un vent bien inspiré eût tôt fait de circonscrire aux limites étroites du Rien. Vous m'avez privé de mes biens les plus précieux. D'un Père que j'eus souhaité aimant, rigoureux, veillant à mon éducation, m'indiquant la voie à suivre afin de devenir homme parmi les hommes. D'une Mère dont, ici et maintenant, alors que mon âme n'est déjà plus qu'un souffle atteint de phtisie et mon corps un assemblage tortueux dont, bientôt, vous ferez votre festin,- vos bouches de vampire y pourvoiront amplement -, cette Mère qui, chaque jour, à chaque heure s'est imprimée en creux dans mon existence dévastée, vous l'avez soustraite aux vertus d'un cœur disposé à l'accueillir. Et mes Frères, mes Soeurs, avec lesquels nous aurions chanté les louanges d'un Pays si attachant, si profondément rivé à sa terre parsemée de bouleaux, livrée aux rigueurs de la taïga, à l'écoulement multiple de ses fleuves aux noms surgis du rêve : Volga; Neva; Ienisséï; Oural; Amour.

  "Amour", comment un tel nom est-il possible qui ne vous émeuve jusqu'en votre tréfonds, ne vous fasse perdre instantanément vos désirs destructeurs, mortifères ? Mais je vois que mes remarques, non seulement ne vous affectent nullement, mais ne font que renforcer votre rancune à mon égard, faire enfler la meute de vos muscles, bander vos jarrets, armer vos mandibules afin que  l'assaut puisse enfin avoir lieu qui donnera raison aux projets funestes dont vous êtes animés depuis qu'un voluptueux sang révolutionnaire parcourt l'envers de votre peau.

 

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