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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:25

 

Honnies soient qui mâles y pensent (35)   

 

 Le premier jour qui suivit « l’adage de la pomme », Sigismond, tôt levé, s’était empressé de grimper dans le vieux pommier, de se camper sur la fourche des branches qui prolongeaient le tronc, dissimulé par les épaisses frondaisons du vénérable arbre fruitier. Lorsqu’Artémis de Lalande eut terminé sa visite, il s’empressa de regagner son cabriolet afin de poursuivre ses visites aux malades des environs de Labastide Sainte-Engrâce. A peine s’était-il installé sur le siège, qu’une pomme, de taille fort respectable chut sur sa casquette qui accusa le coup, s’enfonçant légèrement sur le crâne du brave homme. Le désagrément, somme toute mineur, fit sourire Artémis qui attribua la chute à une saute de vent subite dont la Sologne avait le secret.

  Le deuxième jour, la pomme tomba, avec plus de vigueur que le premier jour, sur le genou droit d’Artémis qui pensa qu’il n’avait point de chance et qu’il devrait sûrement, le lendemain, passer un onguent sur l’hématome qui ne manquerait pas de résulter de la contusion.

  Le troisième jour, vit la chute successive de deux pommes, l’une sur l’avant-bras gauche d’Artémis, celui auquel il confiait les rênes de la jument, l’autre sur le genou du même côté, dont il pensa qu’il lui faudrait surveiller l’ecchymose, laquelle bénéficierait d’une compresse de tilleul et de feuilles de saule.

  Le quatrième jour fut marqué par le rebond d’une pomme sur le siège de cuir, par l’impact d’une seconde pomme sur l’épaule droite du Docteur de Lalande qui estima nécessaire de repasser à son cabinet où son épouse, fort instruite de la science médicale, lui poserait une bande enduite d’argile verte, afin que l’articulation ne fût pas affectée par le léger traumatisme des tissus superficiels.

  Le cinquième jour, le Docteur Artémis de Lalande, estimant qu’il jouait de malchance, chercha un meilleur endroit où ranger l’attelage. Il s’avéra cependant que le pommier était le seul refuge qui s’offrait à lui, par sa proximité du Manoir et l’étendue du feuillage qui convenait à sa jument, cette dernière étant fort affectée par la chaleur qui, cette année-là, frôlait la canicule. Redescendant de la Librairie où l’état du Comte empirait de jour en jour, remontant dans son cabriolet, ne songeant même pas à porter son regard sur les frondaisons au milieu desquelles officiait Sigismond, le brave Médecin s’apprêtait à partir lorsqu’une volée de pommes s’abattit, au hasard, sur diverses parties de son anatomie. Pensant, qu’à l’instar de Monsieur le Comte, le Destin ne lui était pas des plus favorables, il regagna Labastide Sainte-Engrâce où il calma ses meurtrissures grâce à un bain aux huiles essentielles de thym et de romarin.

  Le sixième jour, bien que mal remis de sa mésaventure de la veille, Aristide se rendit, tant bien que mal, au chevet de son malade et trouva les marches de la Librairie bien ingrates à monter. La descente et le retour au cabriolet ne se firent pas sous les meilleurs auspices, le brave Docteur écopant d’une bonne dizaine de pommes, fermes et rebondies, sur la nuque et le dos, à l’instant où il donnait une impulsion sur le marchepied pour se hisser dans sa voiture à cheval, dont il faillit tomber, sauvé toutefois par des réflexes encore vifs et bien entretenus. Il revint à son domicile et demanda à son épouse de prévenir ses patients qu’il n’irait les visiter que le lendemain. Les meurtrissures étaient fort visibles et douloureuses, Madame de Lalande, revenue de sa visite aux patients, enveloppa son époux dans des bandages sous lesquels elle glissa des feuilles d’eucalyptus et des bourgeons de bouleaux.

  

 

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