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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:13

 

Honnies soient qui mâles y pensent (30) 

 

  La sixième année qui suivit le départ de Ninon de la Rue du Pélican fut une année cruciale. Il y fut décidé que Calinpe et Ninon rejoindraient la campagne. D’une part Monsieur le Comte craignait que son fils ne fût prédisposé à l’emphysème dont il était lui-même affecté et qui, par périodes, lui laissait le souffle court; d’autre part, Labastide Sainte-Engrâce disposait d’une école de fort bonne réputation où Calinpe pourrait accomplir sa scolarité sous l’œil vigilant de son père et l’affectueuse attention de sa mère.

  Dès que « l’option solognote » fut adoptée, on vit Monsieur le Comte, de préférence en fin de journée, entre « chien et loup », rendre des visites fréquentes au couple Lacertaire, non qu’il fût, comme il a déjà été précisé, croyant et pratiquant assidu, ses incursions chez le Bedeau (c’était la fonction qu’occupait Camille en plus de son état de forgeron) ayant pour seule justification de leur confier l’éducation et le quotidien du jeune Calinpe, en attendant l’âge de sa majorité. On s’accorda sur les raisons à donner aux villageois trop curieux : l’enfant serait officiellement un petit neveu orphelin dont le bedeau et sa femme auraient eu la garde, aucune proche famille ne pouvant assumer cette charge.

  Quand Fénelon eut la certitude que l’éducation de son fils serait correctement assurée, il ne lui resta plus qu’à trouver à Eliette un confortable pied à terre et une fonction correspondant à ses souhaits et afin que nul ne pût établir de relation entre Calinpe et sa mère naturelle, Monsieur le Comte bénéficiant des connaissances éclairées de son ami Notaire en matière patronymique, obtint pour son amante un nouveau nom, moins ordinaire et, si l’on peut dire, plus « solognot », troquant Eliette Sauval contre Marie-Grâce des Bruyères, la particule l’introduisant au sein de l’aristocratie locale, laquelle ne ferait que se réjouir de l’agrandissement du « cercle de famille ».

  La Marline de Clairvaux, sous l’impulsion d’Yvette-Charline, recevant de plus en plus d’invités, Monsieur le Comte s’empressa de proposer les services de sa « protégée » qui était une supposée petite cousine de l’homme de loi, aussi bien douée pour le ménage que la cuisine et le linge de maison. Yvette-Charline n’opposa aucune résistance à l’engagement de Marie-Grâce qu’elle mit entre les mains d’Anselme Gindron, le Régisseur, afin que ce dernier assurât sa formation et, tenant lieu de supérieur hiérarchique, lui confiât les tâches nobles et multiples qui assuraient au Manoir une réputation autant flatteuse que méritée.

  La scolarité de Calinpe se déroulant sous les meilleurs auspices, sa bonne aptitude au raisonnement et à la compréhension, décidèrent ses parents, peu après son septième anniversaire, à lui révéler les conditions de sa naissance. L’annonce fut faite sous les antiques poutres de la Librairie et Calinpe, d’humeur égale et disposé, comme son père, aux faveurs du Destin, accueillit la nouvelle avec sérénité et naturel, ne lui donnant, somme toute, pas plus d’importance que si son Maître, Monsieur Labasque-Dentain, lui avait révélé qu’il venait d’obtenir le Prix d’Honneur qui, chaque fin d’année, récompensait les élèves disciplinés et méritants.

 

 

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