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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 15:49

 

Honnies soient qui mâles y pensent (24) 

 

  A peine la crosse de Madame la Comtesse avait-elle fini de se déployer, que ses deux autres partenaires, dont rien n’a été évoqué jusqu’à cette heure, à savoir Madame Charlaine de Fontille-Meyrieux, l’épouse du Notaire et Madame la Duchesse Sylvaine de La Mirande-Gramont, se saisirent du petit volume relié de noir afin d’en extraire encore la « substantifique moelle », ces dames, en effet, avaient des lettres et souhaitaient encore mettre la littérature à contribution, celle-ci fût-elle confidentielle.

  Monsieur le Comte, tournant légèrement la tête vers les deux bergères qui encadraient la table du salon, laquelle était supposée être le centre des parties de bridge, découvrit, sur le fauteuil de droite, Charlaine, seulement vêtue d’un corsage transparent qui laissait deviner son opulente poitrine, les mamelons bruns et longs dont elle était porteuse imitant la truffe du sanglier, dépourvue de défenses toutefois, robe relevée jusqu’à la taille où béait un sombre buisson qu’on eût dit affamé, alors que sur la bergère de droite, Sylvaine, seulement habillée d’une ceinture de perles et d’une culotte fort étroite - Monsieur le Comte n’en avait jamais vu d’aussi mince - , laquelle s’ingéniait à explorer des grottes dont bien des géologues eussent fait l’inventaire, Madame la Duchesse disposant encore d’encorbellements, de stalactites et de stalagmites de fort bonne tenue; Fénelon de Najac, à dire vrai ne se souvenait plus très bien lesquelles des stalactites ou des stalagmites montaient ou descendaient, mais là n’était pas la question et si Ninon n’avait pas fait irruption dans sa vie, il eût été fort probable, qu’au cours d’une randonnée à cheval, en tête à tête avec la Duchesse, il se fût risqué à la spéléologie, dans le but d’ailleurs bien avouable de fixer dans sa mémoire, la direction que prenaient les concrétions de pierre, dont Sylvaine était, encore pour un temps, une si belle illustration.

  Madame de Fontille-Meyrieux, tenait en sa main droite, à la façon d’un sceptre royal, une des cannes de Monsieur le Comte, dont elle caressait alternativement le pommeau et le fût, dans un geste dont même une communiante eût deviné l’impudeur, geste s’accélérant à mesure de la lecture, les aréoles gonflées de désir, cherchant à suivre leur rythme dans un balancement qui imprimait au corsage de violentes tensions, lesquelles mettaient à mal le laçage qui, fatalement rompit, libérant la fougue porcine qui, du buisson noir, rejoignit l’impatience.

  Au milieu des halètements de la lectrice, le Comte n’eut point de mal à reconnaître l’extrait qui faisait suite au texte que son épouse avait fort brillamment interprété et il rendit grâce aux comédiennes de respecter l’intégralité et la lettre de l’œuvre. Charlaine se fit donc, avec entrain et conviction, la narratrice de la suite des aventures de Fanny :

 

  « Cependant il n’abusa pas plus longtemps de ma complaisance. Son formidable faucillon

(A ces mots, l’épouse du Notaire souleva haut et fort le noble emblème de Monsieur le Comte dont le pommeau portait les armoiries des de Lamothe-Najac, geste que Fénelon prit pour un hommage sinon personnel, du moins destiné à son arbre généalogique), ayant repris tout à coup sa belle forme, il le pointa directement à l’entrée du détroit ( Charlaine se contenta de mimer le geste) et le poussant avec une fureur extrême ( elle poussa un formidable soupir, à la fois de douleur et de plaisir), il pénétra jusqu’aux derniers retranchements de la région des béatitudes ».

 

  Médusé fut le Comte de ne plus apercevoir sa canne à pommeau, Madame de Fontille-Meyrieux, telle une magicienne, l’avait escamotée d’une si habile façon que l’hôte de La Marline, jamais ne retrouva ni canne ni pommeau.

  Après cette magistrale interprétation, le témoin fut passé, si l’on peut dire, à Sylvaine de La Mirande-Gramont qui, pour ce jour-là, du moins, devait terminer la scène. Confortablement assise sur la bergère où, sur la toile de lin qui l’habillait, cabriolaient gaiement biches et faons, dans une pose qui, pour lascive qu’elle fût, n’était aucunement attentatoire à la pudeur et ceci pour la seule raison que Madame La Duchesse était parée d’une éclatante beauté et d’une réputation à toute épreuve qui eût mis toute la Sologne à feu et à sang si quelque goujat, pourvu d’une coupable inconscience, se fût aventuré à mettre en doute l’honnêteté et la droiture de l’épouse de Monsieur le Duc, lequel possédait une chasse qu’on courtisait depuis la Capitale et qui, par-dessus tout, était homme d’honneur, lequel, sur son épouse, se répandait, faisant en quelque sorte des méandres, tout comme la Limeuille dans la forêt touffue.

  Madame la Duchesse, donc, tirant sur sa mince culotte pour qu’elle réintégrât l’axe médian, faisant glisser pudiquement sa ceinture de perles autour de ses hanches, comme s’il se fût agi d’une ceinture de chasteté, se saisit du petit livre qui sentait le musc et la rosée, en tourna délicatement quelques pages, s’autorisant donc à pratiquer une coupure, à moins que ce ne fût une censure, Monsieur le Comte s’apercevant, en définitive, que le saut pratiqué n’était qu’une commodité pour parvenir à l’endroit du texte qui semblait émoustiller sa lectrice, la disposant même à adopter une position identique à celle occupée par l’héroïne de Fanny Hill, et apparemment si acrobatique, qu’il advint, de la petite toile de soie qui protégeait l’intimité de Charlaine, la même chose que celle qui avait frappé la canne de Monsieur le Comte : on ne revit pas l’artifice vestimentaire qui, pour petit qu’il fût, n’en était pas moins de soie de Chine, tissée selon la tradition et non dissimulable cependant dans le fond d’un dé à coudre.

  Monsieur le Comte se contenta d’observer le phénomène sans en tirer d’autres conclusions, à l’instar de la canne dont il ferait bientôt son deuil, se disposant seulement à éprouver encore la merveilleuse sensation de l’écoute, laquelle, incognito, ne faisait que renforcer le sentiment d’être un spectateur privilégié quoique fort innocent. Dans un profond silence, on l’eût dit religieux, la voix ferme et assurée de Madame la Duchesse, sous lequel perçait toutefois le vibrato d’une jouissance anticipée mais fort bien contenue, s’éleva sous les poutres du boudoir :

 

  « Depuis cette première entrevue je jouis (soupir) presque tous les jours des embrassements de mon cher Will … Un matin, étant à folâtrer avec lui dans mon cabinet, il me vint en tête d’éprouver une nouvelle posture (ce que sur le champ la Duchesse se disposa à faire, à califourchon sur les accoudoirs de la bergère). Je m’assis et me mis jambe deçà, jambe delà sur les bras du fauteuil, lui présentant à découvert (la petite soie avait mystérieusement disparu) la marque où il devait viser. » (Qu’elle accompagna d’un geste évocateur dont, d’ailleurs, elle eût pu faire l’économie, tant son auditoire était avisé quant aux choses de l’amour). 

 

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