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19 juillet 2022 2 19 /07 /juillet /2022 10:03
Ce Ciel d’immense Venue

« Entre sel et ciel…

Quand l’étang s’ouvre à la mer…

Le grau de Vieille Nouvelle … »

 

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

                                                                Depuis mon Causse, ce 19 Juillet 2022

 

 

 

                Ma Très Chère,

 

   Sais-tu combien tu me manques ? Sais-tu le pur prodige que serait un retour au temps d’autrefois dans cette Suède aux mille lacs, tes yeux s’y abreuvaient de belle manière. Être du Septentrion, tu es semblable au frémissement des bouleaux, à la discrétion de la touffe de lichen, à la course silencieuse des rennes sous le jour phosphorescent de l’aurore boréale. Je sais, tu souriras à ces quelques mots teintés de la douce présence du Romantisme. On ne se refait nullement, on fait rouler devant soi sa boule de neige qui se charge du passé, moissonne le présent et arrive dans l’avenir grosse d’une ineffaçable mémoire.

   Mais assez parlé de moi, il y a mieux à dire. Tu sais, j’envie tes températures estivales, ce sont celles d’un Printemps ici, dans le Sud. Je crois que le temps a perdu la raison, les Hommes l’y ont bien aidé. Tu connais mon naturel enclin à juger mes pairs et moi-même sans la moindre indulgence. Nous sommes collectivement responsables de toutes ces calamités qui s’abattent ici et là, transformant une possible Arcadie en un Désert brûlant. Ici, tout prend feu, les flammes sont au cœur même des grains de sable, les majestueux pins sont des torches, les pignes sont des grenades qui éclatent et sèment la terreur là où elles choisissent de commettre leurs sombres desseins. La terre craque, les rivières sont à sec, les troupeaux sont à la peine.

   Mais quand donc l’Homme se vêtira-t-il d’une sagesse, quand donnera-t-il à la Nature la possibilité de recouvrer ses droits ? Il y a trop de complaisance vis-à-vis de soi, trop de fleurs destinées aux Humains, trop peu en direction de l’Arbre, de la Source, du Ruisseau. Vois-tu, je rêve d’un « Âge d’Or » et mes mains ne récoltent guère que du fer, de la limaille et de la rouille.

   Ne sois nullement étonnée, Sol, si je t’envoie cette belle photographie. Elle est, en quelque sorte, l’antidote aux multiples malheurs du Siècle. La regardant simplement et déjà nous sommes au refuge et, déjà, nous retrouvons notre certitude d’Hommes, de Femmes, Êtres attentifs à ce qui vient à nous dans la pure faveur d’exister. C’est déjà une telle merveille que de pouvoir voir et s’étonner ! Mais que je dise, en une manière de fiction, là où me conduit mon imaginaire. Oui, sans doute une utopie, mais connaîtrais-tu quelque chose de plus beau qu’un songe éveillé, qu’une libre venue à soi des idées, des images et leurs myriades de minuscules bonheurs ? Ils sont pareils à la queue du cerf-volant, ils faseyent haut, ils emportent sur des ailes largement éployées, ils ouvrent le Ciel et nous en font le sublime don.

    Le jour est à peine levé, il bourgeonne à la manière d’une sève parmi les écailles d’un tronc. Il poudroie. Il cherche en lui les motifs de sa prochaine parution. Il se recueille autour de quelques fragments de nuit, il fait se dilater les ombres, bientôt elles seront une cendre qui dira aux Hommes la simple félicité d’être et de s’en étonner encore et encore. Gris est le Ciel de haute Venue. Grise est la gerbe des visions sur l’arc souple des yeux. Les yeux sont dilatés, ils sont de minces oculi par où pénètre une partie du sens du Monde. Nul bruit sur la croûte attentive de la Terre. C’est comme si les Vivants étaient soudain devenus des gisants de pierre, des sculptures de bronze attirant les grains de lumière, ils se reflètent au plus haut, ils dessinent le Destin des Étourdis, ils ourdissent les fils de chaîne de Ceux qui, encore, s’abritent dans les mailles souples de l’inconscient.

    Haut, le Ciel, gris, presque noir. Haut mais immédiatement disponible, accueillant, une mer de douceur parmi les douleurs de l’Univers. Dissimule-t-il des Étoiles dans ses plis ? Dissimule-t-il le feu d’une joie que, nous les Erratiques, ne saurions apercevoir ? Ou bien demande-t-il à nos âmes de s’envoler, de venir à lui comme l’Assoiffé va à la Source ? Il y a tellement de signes qui parcourent l’Éther, de hiéroglyphes mystérieux et nous demeurons en silence devant l’Heure qui surgit et tresse la toile immense du Temps. Quelques Nuages si discrets, ils chantent l’immuable refrain de la Vie, ils sont le Milieu, l’intervalle entre le souci des Hommes, la liberté des dieux. Ils sont si légers, cette manière d’apesanteur, de flottement dont nous voudrions être atteints au centre de qui-nous-sommes, afin d’éprouver, une fois seulement, l’allégie de l’exister, la facilité à avancer sur le chemin que nous aurions tracé à l’écart des regards des Curieux et des Sceptiques.

   Puis c’est comme une descente tout en douceur, une impression d’écume, le refuge au cœur de la Fleur de Lotus. Une sérénité nous gagne, la conviction d’être au seul endroit qui vaille. Nous sommes entièrement à ce qui est, nous sommes à cette belle et toujours renouvelée Ligne d’Horizon. Elle est le Milieu de la Vie, l’acmé se donnant comme la seule Réalité possible. Nous sommes sur le fil, nous y progressons avec l’à peine insistance des gerridés à toucher l’onde d’une façon invisible, à glisser sans effort, à nous inscrire sur le blanc du papier, encre subtile, elle écrit notre demeure sur Terre, la trace ténue que nous y déposons à notre insu.

   A droite, une Langue de Terre avance. Elle est noire. Elle est identique à un index nous montrant notre Passé. Elle est un repère pour la mémoire. Elle dit le lieu de notre Naissance. Elle dit notre Origine, quelque part, loin, dans le profond tumulte du Monde. C’est à peine si nous nous souvenons de la date et nous n’avons nulle image de nos premiers pas, de nos premiers mots. Nous avançons à tâtons, nous déplions nos antennes, nous tutoyons le Vide, nous éprouvons la dimension de l’Abîme. Serait-ce pur malheur ? Scène sur laquelle se donnerait une Tragédie ? Nullement, c’est seulement le sentiment du suspens, l’intervalle entre deux mots, l’écart entre deux Amours, la fente par laquelle le Jour révèle la Nuit, la Nuit attend le Jour pour s’y épanouir, y répandre la semence du Rêve.

   Jusqu’ici, nous étions des Êtres de l’Air, des Êtres du Feu, des Êtres de la Terre, il nous fallait devenir des Êtres de l’Eau afin que soit accomplie notre mesure élémentale, que soit réalisée la synthèse nous octroyant notre propre Totalité. Car nous ne sommes séparés du Monde qu’à la mesure de notre esprit, qu’à la force raisonnante de notre intellect. Nous avons à être Un parmi la profusion du Multiple. L’Eau, la surface apaisée de l’Étang est la puissance médiatrice qui nous relie à notre essentielle Quadrature Humaine. Toujours en nous le Feu d’un désir, Le Ciel d’une pensée, la Terre d’une évidence, puis l’Eau qui efface le Désir, noie la Pensée, ponce l’Évidence mais nous ne sommes ni démunis, ni désespérés au motif que nous avons à être Humains selon les formes polyphoniques, souvent adverses de l’exister. L’Eau se régénère infiniment, poursuit sa lente destinée vers l’horizon et au-delà. L’Eau lustrale qui purifie. L’Eau lénifiante qui apaise. L’Eau, notre premier sol avant que ne s’annonce notre chemin sous ce Ciel de Haute Venue.

  

   Voici, Solveig, je reviens à Toi après cette longue immersion dans le Songe. Me suis-je au moins ressourcé ? Ai-je éteint en moi quelque brasier ? Mes désirs ont-ils trouvé le lieu d’une quintessence ? Suis-je au moins arrivé à Moi ou plus loin que Moi dans un Monde Étrange dont je voudrais bien qu’un jour il prît corps, il me fît signe vers cet Irréel qui me hante et toujours m’interroge ? Ce Feu qui brûle au loin. Ce Sable qui crépite. Ces Vagues qui s’écrasent contre l’épaule de la Dune. Ces Erratiques Figures, mes Semblables, qui vont et viennent, ballotés de peine en souci, de joie en rapide bonheur, de méridiens en équateurs, toujours à la recherche d’eux-mêmes, le savent-ils au moins ?

 

                                     Mon Étoile du Septentrion, que ton Feu brille à l’Infini

 

                                          Celui qui écrit pour exister ou tenter de le faire

 

 

 

 

 

 

 

  

 

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