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9 juin 2022 4 09 /06 /juin /2022 08:42
De quel abîme ce visage est-il le mot

Image : Léa Ciari

 

***

 

Le corps, tout le corps

Est une énigme

Mais le visage

Toujours il nous questionne

Et nous restons sans réponse

 

Le jour est à peine venu

Il flotte dans une demi-teinte

Il profère son nom et se retire

En un même mouvement

Il dit la vie, il dit

Le repos et la fuite

Il dit le temps et

L’ombre métaphysique

Il dit qui nous sommes

Qui nous avons été

Il ne dit nullement

Qui nous serons

Le jour nous frôle

De son aile de soie

Il est déjà au loin et

Nous ne l’avons aperçu

 

La nuit aussi est présente

Elle est le contretype du jour

Son versant négatif

Avec elle les rêves, avec elle

L’angoisse du jour à venir

Quelqu’un est dans la ténèbre

Et nous ne savons qui

Est-il Homme ou bien Femme

Ou bien Androgyne

Les choses sont si ambiguës

Dans cet éther

Dans ce poudroiement

Un gris taché de bleu

A envahi la pièce

Et cette hésitation

De la lumière

Nous jette dans le trouble

Un Visage, oui, un Visage

Mais lequel

 

Le corps, tout le corps

Est une énigme

Mais le visage

Toujours il nous questionne

Et nous restons sans réponse

 

De quel abîme

Ce visage est-il le mot

 

Vers quelle faille nous entraîne-t-il

Est-ce notre perte dont il s’agit

Est-ce notre reflet en l’Autre jeté

Alors nous n’aurions plus de place

Dans le vaste Monde

Et nous errerions telle

Une âme en peine de soi

Nous ne pouvons que

Regarder dans l’instant

Et regagner notre coquille

De limaçon

Y trouver quelque réconfort

Å l’unisson

 

De quel tragique

Ce Visage est-il l’image

 

Que veut-il exprimer qu’il

Ne se soit avoué à lui-même

A-t-il commis quelque forfait

A-t-il assisté à la Scène Primitive

Et le deuil s’est inscrit en lui à jamais

A-t-il vu l’invisible, touché

L’intouchable, entendu l’inouï

Et la mémoire est une braise

Qui incendie le corps

A-t-il connu Œdipe aveugle

A-t-il aperçu Jocaste éplorée

A-t-il rencontré l’innommable

Qui l’a rendu muet

A-t-il vu Phèdre

Son existence tourmentée

 

De quel absurde

Ce Visage est-il le lieu

 

Est-ce la finitude humaine

Qui l’a terrassé

Une insoutenable

Scène de guerre

Qui l’a ravagé

Un terrible holocauste

Qui l’a accablé

Il y a sur Terre

Tant de contrées dévastées

Tant de famines annoncées

Tant de maladies disséminées

Tant d’amours contrariées

 

Le corps, tout le corps

Est une énigme

Mais le visage 

Toujours il nous questionne

Et nous restons sans réponse

 

Ce Visage nous le regardons

Sans bien le voir

Ce visage nous le traversons

Comme la pluie le ciel

Ce Visage nous l’appelons

Mais n’attendons nulle réponse

Quelle pierre de Sisyphe

En a-t-elle abattu l’épiphanie

Quel mauvais génie

En a-t-il aboli la magie

Blême est ce Visage, pareil

Å celui d’un Mime triste

Tout comme lui

Il ne profère nul mot

Il s’est retiré dans

Un éternel silence

Il ne nous tend que

Sa fiévreuse absence

Il nous désole à même

Son indigence

 

Les yeux, ces avant-postes

De la conscience, sont éteints

Les oreilles ouvertes sur le

Chant du Monde sont occluses

La bouche qui distille

Le subtil langage est scellée

Nous regardons et cette épiphanie

Ne nous renvoie nul écho

Et cette épiphanie

Nous précipite dans les limbes

Et cette épiphanie

Nous laisse orphelins de ce qui est

Et cette épiphanie

Nous dérobe notre être

Aussi ne pouvons-nous soutenir

Longuement son épreuve

Toujours à sa propre complétude

Il faut le Visage de l’Autre

Toujours à la plénitude de l’Autre

Il faut l’épiphanie de notre Visage

 

VISAGE contre VISAGE

 

Le corps, tout le corps

Est une énigme

Mais le visage

Toujours il nous questionne

Et nous restons sans réponse

 

 

 

 

 

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