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2 mai 2022 1 02 /05 /mai /2022 10:11
De quelle vision Aurore ?

"Aurore cet après-midi..."

Œuvre : André Maynet

 

***

 

De quelle vision, Aurore ?

De quelle vision

 est-elle atteinte ?

Que voit-elle, hormis

 sa propre empreinte ?

 

Son nom est natif.

Son nom est de pure virginité.

Son nom d’Aurore lui va si bien.

Puisque Aurore est qui elle est,

elle se lève dès avant le soleil.

Son premier geste est

d’amour pour la Nature.

Elle descend le frais

vallon empli de brumes,

elle confie son corps

aux fils de la Vierge,

elle le prête à l’eau

cendrée du lac.

L’eau fait, sur sa

mince anatomie,

une pellicule d’argent.

L’eau est son Amie

et lui veut du bien.

L’eau est la première

 lustration

 avant que le jour

ne déplie ses membranes,

ne prenne son essor,

ne vibre pour monter au zénith.

Toujours une déchirure, le jour,

toujours une douleur,

sortir de Soi et s’exposer

au fer du Monde.

Et aller au rythme

qui vous dépasse,

vous sépare de vous,

vous dispose à être

 cet Autre, cette Énigme

 dont vous ne pouvez

même pas connaître l’existence,

c’est si opaque un mystère,

si voilé qui, toujours, se retire

à la mesure de votre regard.

 

De quelle vision, Aurore ?

De quelle vision

 est-elle atteinte ?

Que voit-elle, hormis

son singulier horizon ?

 

Le rituel de l’ablution terminé,

Aurore regagne sa colline,

s’alimente d’une pomme,

de deux noix, d’un rien

et cette quête du peu

est à son image,

une douceur infinie,

une marche de ballerine,

le glissement d’un flocon

dans l’air printanier.

Aurore, jamais, ne peut

se confondre avec

une tâche ordinaire

 que la Nature aurait

déposée en elle,

au hasard de ses semaisons.

 Aurore est, tout à la fois,

une Jeune Femme bien réelle,

une Existante sur Terre

et, tout à la fois,

une manière d’Elfe

flottant au plus haut du ciel,

un oiseau ivre de sa liberté.

Ses occupations ?

Mais le terme est

si mal choisi,

tellement fardé de roture

et de sourde nécessité.

Aurore, tâchons de la dire

 en quelques mots légers.

Visage de blanche porcelaine

qu’entoure la dentelle

des cheveux,

Le nez est droit,

les lèvres légèrement

pulpeuses

que souligne un rose-thé,

une pure délicatesse.

Le cou est discrètement ombré,

 les clavicules minces,

les épaules si diaphanes,

elles se confondent avec la

trace neuve de la lumière.

La poitrine chuchote,

le nombril se noie

 dans une onde invisible,

 les bras s’effacent

 dans la modestie.

Le sexe se dissimule,

les jambes sont évoquées,

le bas du corps nous est ôté

car le sol lui-même,

n’aurait rien à nous dire

qui nous instruirait.

 

De quelle vision, Aurore ?

De quelle vision

est-elle atteinte ?

Que voit-elle qui,

nullement,

ne se signale ?

 

Car nous n’avons

pas parlé des yeux,

ces opales qui disent

 le tout d’Aurore,

le pli de sa conscience,

la faille ouverte de son être.

Ou, du moins, devraient le dire

mais échouent à y parvenir.

Ce-qui-la-regarde est trop vaste,

trop haut, trop loin d’une pensée

 qui prétendrait en atteindre

les rives escarpées.

Les yeux sont si clairs,

au risque de nous y perdre,

 de n’en jamais revenir.

Le regard est oblique,

 transparent,

perdu au fond de quelque

longue méditation.

Que voit Aurore que,

Voyeurs distraits,

nous n’approcherions

qu’à la mesure de

 notre propre vertige ?

« Aurore cet après-midi »,

 mais l’heure, le moment

ont-ils encore

 une importance ?

Aurore ne voit rien

qui pourrait se décliner

sous le nom d’une

chose du Monde.

Ce que voit Aurore ?

 Son écho, sa réverbération,

sa limpidité, le translucide

de qui-elle-est,

une fuite parmi

 le désordre de l’Univers,

 une fugue parmi

les folies de tous ordres,

une évasion, une sortie

de tout ce qui blesse

et porte le destin des Hommes

tout au bord de l’abîme.

Pour cette raison son

regard est insaisissable,

flou, en-elle-au-delà-d’elle

dans un cosmos qui toujours fuit

et ne dit nullement son nom.

En l’existence, se donnent

des distances infranchissables,

des abysses se creusent

emplies des eaux

bleu-marine du doute,

des ravines s’ouvrent

par où s’enfuit le sens,

par où notre peine est infinie

de trouver une voie

qui nous accomplirait en totalité.

Nous regardons dans le miroir

et c’est la fragmentation

qui nous revient

et c’est Aurore

au regard inquiet.

De quelle vision, Aurore ?

Qui donc pourrait le dire

 qui serait encore vivant ?

En quel endroit de la Terre ?

En quelle langue inouïe

qu’une étrange Babel

dissimulerait

dans la complexité

de son édifice ?

Quelle vision ?

 

 

 

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