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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 09:06
Le Cap en sa venue

Du cap de l’Abeille…au cap Béar …

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Que nous disent-ils dont, jamais,

nous n’aurions été alertés ?

Les Caps ne sont-ils

l’avancée de nos têtes

dans la diaphane

brume de l’exister ?

Nos pieds foulent le sol

d’humaine destinée,

mais ils n’intéressent

nullement le monde.

Ils sont trop prosaïques,

ils se confondent trop

avec le sol dont

 ils émergent à peine.

Seules comptent nos têtes,

nos Figures de proue,

 les images de notre

intime Épiphanie.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Nous les Hommes,

nous les Femmes

sommes identiques

à la lourde stature

de la Terre.

 En nous courent

 les sillons de glaise.

En nous germent

les humus

de nos croyances.

En nous se lèvent

les épis

de nos moissons.

Nous sommes

d’ombreuses argiles,

des tessons

d’antiques poteries

 jonchant le parcours

de la vaste geste humaine.

Mais d’être Terre

ne suffit pas.

Nous avons besoin

d’un Ciel

et, surtout, nous avons

besoin d’une Mer.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Les deux Caps

sont sombres,

couverts de nuit.

Pourtant en eux

 est logée

la pointe extrême

 de la conscience,

le lumignon de la lucidité.

Mais la conscience,

mais la lucidité ne constituent

 à elles seules un territoire,

 une parcelle seulement.

La Terre des Hommes

et des Femmes

a enfin rejoint

son port d’attache,

l’ancre a été mouillée

qui se fixera

 à une manière

d’éternité.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Les Caps sont de lourds cétacés

échoués au large d’eux-mêmes.

L’Abeille est un pollen triste,

un nectar éteint.

 Le Béar est un massif de roches

qui a trouvé le terme

de son périple.

Béar, Abeille,

 deux destins

 parvenus à l’extrémité

de leur être.

Un long sommeil

tout contre la plaine

 étincelante de la Mer.

Le vif de l’exister

s’est ici assoupi.

Ce que veut la conscience,

la contre-venue de l’Inconscient,

 ce réservoir immense des Rêves,

cette fécondation

infinie des Songes.

Ce que veut la Lucidité,

cette Aire Blanche,

cette Écume encore

plus lumineuse

qu’elle ne l’a jamais été,

 elle, la Lucidité,

la clarté humaine.

Car la Mer renferme

dans le luxe de ses abysses

bien plus que l’Homme

ne pourra jamais trouver en soi :

le secret de l’Homme

 en tant qu’Homme,

la pliure originelle

de sa venue au Monde,

 l’Onde qu’un jour il a été,

dont il a oublié

jusqu’au souvenir.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

L’on se recule,

l’on prend du champ

et alors que voit-on ?

On voit l’âme même

de la Poésie,

autrement dit l’immense

 beauté du Paysage,

autrement dit la gloire

infinie de la Nature.

Les Caps sont beaux

dans leur racinaire finitude.

Ils sont là allongés devant,

 ils sont là pour dire,

 précisément, le Cap

de tout cheminement

sur Terre.

Ils sont le Cap

vers le Grand Nord,

ils sont lumière

du Septentrion.

Ils sont lumineuses

aurores boréales.

Ils sont le Cap

 d’une Espérance Bonne,

d’une joie attachée

 à toute chose.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Les nuages sont haut,

très haut.

Ils regardent la Terre,

ils regardent la Mer.

La Terre se sait belle

d’être regardée.

 La Mer se sait belle

d’être regardée.

 Le Monde est beau,

en sa pure beauté

circonscrit.

Tout joue avec tout.

Tout conflue en tout.

Tout est en tout,

comme la malice

est dans les yeux de l’Enfant,

 pur prodige d’être en un seul

 et même empan de Soi.

Le Soi est Soi en Soi,

 pour plus loin que Soi.

 Le Soi est la Merveille.

 Merveille de toute chose

 en sa grâce retirée.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Tout est écho.

Tout est réverbération.

Tout est dialogue.

Abeille n’est que

grâce à Béar.

Abeille et Béar

 ne sont que

 grâce à la Mer,

à son blanc

 surgissement.

Nuages ne sont que

grâce à Abeille,

à Béar,

 à la Mer.

Abeille-Béar-Nuages-Mer,

infinie complétude

qui dit la Présence

 en son mode

 le plus accompli.

Conscience, Lucidité

ne sont en mode d’être

qu’au regard

d’Inconscient,

de Secret,

de Mer retirée

en ses golfes inaperçus.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

Grand est le Destin de l’Homme

lorsqu’il se confronte à ce qui,

plus Grand que Lui,

jamais ne l’aliène

 mais trace le cercle invisible

de sa propre Splendeur.

Des heures là,

des jours là,

des années là,

 on pourrait,

 on devrait

demeurer

sous le cercle

agrandi du Ciel,

sous la bannière grise

des Nuages,

face aux terrestres Cétacés,

 face à l’Immense

de la Plénitude Marine

 en son vertige brodé d’Infini.

La Nature est une Grande Chose.

 L’Homme est une Grande Chose.

Les invisibles fils de la Poésie

sont là qui les unissent,

tressent à leurs fronts

les palmes de la Pure Joie.

Tout est Hymne

qui vient à nous

dans la félicité

du Paraître.

 

Que nous disent les Caps

 en leur venue à nous ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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