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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 09:42
Être des lisières

Œuvre : André Maynet

 

***

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Êtres des Lisières,

on les devine si peu,

ils nous frôlent

tel un vent léger et déjà

plus rien ne paraît

qu’une vaste vacuité

autour des choses.

Êtres des Lisières,

ne nous sont-ils

chers qu’inaperçus ?

Ils ont l’étoffe

d’une feuille d’automne,

la constance menue

d’une giboulée,

 le vol souple

du papillon.

Ils sont là, au loin,

alors que nous les

attendions ici.

Ils sont d’hier et nous

sommes au présent.

Ils sont de haute volée

et nos pieds sont

lourds de poussière.

 Ils murmurent

tel le ruisseau

et nous sommes assourdis

 de notre propre rumeur,

parfois de notre hébétude.

 

Aux êtres des Lisières,

aux êtres de Passage,

 il faut s’ouvrir,

entailler notre chair,

les loger

au plus précieux,

au plus discret

de qui nous sommes,

des Êtres de Perdition,

nous n’avons plus souvenir

de notre naissance,

notre enfance fuit,

notre vieillesse approche

et nous avons vécu si peu,

harassés par notre sort,

 soumis à la rigueur

de notre destin.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Nous les pensons

aux antipodes,

Ceux, Celles  

des Lisières,

ils tutoient notre peau

de leurs ailes de gaze.

Nous les croyons absents,

ils font notre siège avec

une merveilleuse douceur,

une attention

de tous les instants.

Moins nous les convoquons,

plus ils vibrent en nous,

un poème dont nous ne savons

percevoir l’exacte mesure.

Être des Lisières,

voici qu’une image s’annonce,

qu’une Blanche Esquisse

ouvre le puits de nos pupilles.

Alors nous accommodons,

alors nous aiguisons

la pointe de notre vision.

Une Silhouette est

discrètement levée.

Elle ne dit rien,

ne demande rien,

n’implore rien.

Elle est en Soi

pour qui la regarde

et la reconnaît pour sienne.

Elle est pure donation

alors que nous ne

sommes que réserve.

Son âme, elle l’a vêtue

de la plus extrême modestie,

une chair si économe, si étroite,

on penserait à la minceur

de la libellule,

au frêle rameau dans le vent,

 à la résille d’eau d’une pluie.

Tout en elle dit la pudeur

 et son ombre subtile

est le témoin

de ce retrait,

de ce silence

qui la constitue,

nous la livre dans

l’espace d’un

dénuement.

Nous la regardons

telle l’Étrangère

mais elle n’est

que notre propre halo,

notre empreinte à peine

appuyée sur les choses,

notre souffle

porté au Monde.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Qui sont-ils

ces Êtres

des Lisières,

quel mystère

les nimbe-t-il

qui les soustrait

à notre attention ?

Qui sont-ils ?

La mesure inaperçue

 de notre inconscient ?

Notre esprit déserté d’idées ?

 Notre imaginaire à son étiage ?

L’impossibilité de l’amour

à proférer son nom ?

Qui sont-ils ?

 L’invisible césure

entre Soi et Soi,

cette inconnaissance

de notre part de ténèbres,

du vide qui se creuse en nous,

de la béance qui nous vient,

nous ne savons plus

ce qui nous habite,

 l’espoir, le doute,

 la Vie, la Mort ?

Ne redoutons-nous

d’en tracer l’esquisse,

de leur attribuer

des significations,

de les installer dans

 la nécessité du réel ?

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Le lexique est

si menu,

 le bourgeon de la

poitrine si étroit,

 les bras deux sarments,

les jambes deux tiges,

les pieds à peine

posés au sol.

En son dénuement,

en son indigence,

Être des Lisières se manifeste

comme la question que jamais

nous n’osons nous poser,

de peur que la réponse

ne nous conduise

dans les limbes :

 existons-nous vraiment ?

Ou bien sommes-nous

les personnages de

papier d’un livre,

l’aquarelle qu’un Artiste

a ébauchée sur la toile,

 le premier son d’une fugue,

l’entaille dans la pierre,

la goutte suspendue au ciel

qui, jamais, ne tombera,

un simple frimas dans

l’air que l’oiseau traverse,

le dernier mot d’une

histoire qui s’achève ?

Oui, nous questionnons

et demeurons au bord

de la question.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

Un tel vertige

 nous saisirait

 à seulement connaître

 l’épilogue de la fable

que nous sommes.

Un Être des Lisières

nous aussi,

une aventure

sur le point de se clore,

un mince événement pareil

à ces bulles qui remontent

des grands fonds,

chargées d’obscurité

et de néant,

 elles s’évanouissent

dans le jour qui vient,

sans bruit, sans témoin,

mot qui s’éteint

 à même sa venue.

 

Êtres des Lisières

Ils sont nos doubles

Ils sont cette part

Qui nous a désertés

Nous la voulons

Mais jamais n’osons

Lui donner site

Une telle douleur

D’arriver à Soi

 

 

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