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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 08:51
De quel écueil ?

« Entre sel et ciel »

Etang de Leucate

 

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

Toujours nous errons quelque part

au large de nous-même

mais nous ne savons guère

quel est le lieu

de notre navigation,

 le terme de notre voyage.

Déjà, enfant, nous n’étions

guère à nous, partagé

que nous étions

entre des Parents

certes aimants

mais dont nous étions

une manière de possession,

au moins symbolique.

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

Comment nous trouva

notre âge adolescent,

 si ce n’est sur cette ligne flottante,

cette sorte de césure s’installant

entre ses premières amours

et un Soi aux illisibles frontières ?

 

Et notre âge mûr, bien plutôt

que de nous délivrer

de nos angoisses,

de nos cauchemars

nous précipita,

 tête la première,

dans cet abîme du temps.

 Nous arrimions nos bras

 au bord de la faille,

conscients cependant

que l’heure s’écoulerait

et nous avec elle.

 

Que dire de l’arrivée

de notre vieillesse

 si ce n’est que, plus

qu’une césure, une faille,

 elle est dépossession de Soi,

les rémiges qui, autrefois,

assuraient notre vol,

les voici dispersées

aux quatre vents

et nous sommes des Icare

dont le vol hauturier,

bientôt, s’interrompra,

trouvera sa chute

 et nous n’aurons

même plus de langage

pour témoigner

de notre désarroi.

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

Toujours nous avons

pensé ceci,

notre finitude en sa

braise la plus vive.

Pourquoi aujourd’hui,

brasille-t-elle

avec tant de force ?

Nous en sentons le feu

tout au bord de notre visage

comme si nos traits intimes,

singuliers,

l’emblème de qui-nous-sommes

se réduirait bientôt à néant.

Nous aurions trop tiré

 sur notre peau de chagrin.

De notre peau

plus de trace visible.

 De notre chagrin

la rutilante clarté.

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

Pourquoi, en cet aujourd’hui

 qui devrait être si beau,

 nous sommes vivants,

n’est-ce pas ?

Pourquoi de telles

idées sombres

nous assaillent-elles ?

Pourtant, devant nos yeux,

l’image est belle qui dit la Nature

en son éternelle faveur.

 

Le Ciel est une suie haut levée,

un voile nous dissimulant

les rivages de l’Eternité.

Puis le Ciel se décolore,

devient lisse, diaphane,

il fait penser au fin

duvet de l’oiseau,

à l’écume d’une naissance,

à la virginité

de la fleur de lotus.

Nous sommes heureux

de ceci et pourtant,

 nous sentons nous frôler

de noirs freux,

des oiseaux de malédiction.

 Pourquoi ne peuvent-ils supporter

 l’étincelle d’une mince joie ?

Qui sont ces freux

qui croassent et criaillent ?

Des métaphores de la Mort ?

La croix de nos péchés

 cloués en plein Ciel ?

L’ombre d’une malédiction

depuis toujours

à nous destinée ?

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

L’horizon est une ligne

 blanche cendrée,

un mot à peine murmuré

sur la marge du jour.

Il y a beaucoup de paix

en cette paisible venue.

Il y a encore beaucoup d’espoir

 à pousser devant Soi

et pourtant notre Ciel s’obombre

de bien funestes couleurs.

Est-on perdu à jamais

dès que l’on vient au monde ?

Non, la question n’est

nullement puérile.

Elle sort simplement

d’une tête assiégée par la peur

car la Lumière baisse

et les paupières sont étrécies

qui filtrent les messages

du Monde.

Il fait noir soudain

et la tête est un chaudron

où bouillonnent des idées

de soufre et de geysers.

 

De quel écueil

sommes-nous le nom ?

 

L’eau est étale, calme, lisse,

seulement quelques rides

près du rivage

 et la palme d’une félicité

 partout étendue.

Cependant, que viennent

nous dire ces piquets

qui sortent de la vase

et se disposent

à trouer le Ciel ?

Cependant, que profère

cette barque où seules

 la proue et la poupe

émergent du fond lacustre ?

Que connaissent les

planches de la carène

sinon les ondes silencieuses

d’un Néant infini ?

 Nul n’en peut sonder

le vertigineux abîme.

 Que nous dit ce beau paysage

 que nous savons depuis toujours

mais dont nous ne voulons

entendre le cri secret

 et nous enfonçons

dans les conques de nos oreilles

d’épais bouchons de cire,

et nous obturons nos yeux

de lourds opercules,

et nous intimons à nos gestes

l’immobile attente,

et nous immergeons notre esprit

dans un fluide glacial

et nous cernons notre âme

d’une ouate dense

qui est pareille

 à une blanche geôle ?

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

Que nous dit l’ÉCUEIL

en son lexique si étroit,

il pourrait bien disparaître

et alors nous serions SEUL

face à l’Eau,

face au Ciel.

 

Nous serions SEUL

face à notre SOLITUDE.

 

De quel écueil

 sommes-nous le nom ?

 

 

 

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