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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 10:34
Hilde et la volupté

Œuvre : Barbara Kroll

 

***

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Hilde,

tel était son prénom,

il voulait dire

« lutte », « combat ».

Mais lutte contre qui ?

Mais combat contre quoi ?

 Hilde ne savait nullement

pourquoi elle était Hilde,

 le sens de ce duel

qu’elle entretenait

avec le Monde.

Depuis toute petite déjà,

elle avait su

cette irrépressible inclination

à se dresser contre les choses

plutôt que de chercher

à les amadouer,

à les faire siennes,

 à réaliser une unité.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Cependant Hilde

n’était nullement révoltée,

seulement arc-boutée

sur son destin,

bandée telle la corde de l’arc.

Son avancée dans l’âge n’avait été

 que confirmation de tout ceci.

 L’âge adolescent

l’avait trouvée rebelle

mais non insensible

aux charmes des petits Amis

qu’elle croisait, ici et là,

au hasard des chemins.

Bien vite elle s’était aperçue

 que sa beauté

 ne les laissait

 nullement indifférents,

qu’ils cherchaient

sa compagnie,

 qu’ils lui envoyaient

des signes, des sourires,

autant d’invitations

 à les rejoindre.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Au début,

dans un pur souci

de coquetterie,

elle avait feint

de ne pas les voir,

 ne pas les entendre,

de poursuivre

en quelque manière

le sentier innocent

de l’enfance.

Seulement,

tout juste adolescente,

 Hilde possédait

tous les atouts

d’une femme mûre :

élégance discrète,

confiance en soi,

formes généreuses,

on eût pensé

à des fruits mûrs,

pommes luisantes,

pêches veloutées

 et odorantes.

Si bien que Hilde

s’tait prise

à son propre jeu,

selon la pente

de quelque ingénuité,

elle était séduite

par sa propre image.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Elle passait de longues heures

 devant le tain de son miroir

qu’elle interrogeait.

L’écho qui en revenait

était de « luxe »

et de « calme »,

il ne manquait

 que la « volupté ».

A son corps défendant,

elle était une figure matissienne,

un genre de Modèle

dont l’académie eût séduit

le grand Peintre.

Elle était consciente

qu’elle devait

faire naître en elle

cette « volupté »

 qui n’était encore

que bourgeon plié

dans sa tunique d’écailles.

Volupté elle voulait,

Voluptueuse elle serait.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Or elle s’aperçut vite

que Volupté

consonait avec Désir,

consonait avec Jouissance.

Donc Hilde devint,

à son corps consentant

Volupté-Désir-Jouissance,

comme ceci, d’un seul trait,

d’une seule et même figure

de-qui-elle-était.

Dès lors on s’intéressa

beaucoup à elle.

A son corps,

 à ses formes,

bien plutôt qu’on ne

flattait son esprit,

qu’on ne louait son âme.

Hilde, en une

première réception

s’était contentée

de ce regard posé sur elle

comme on le poserait

sur une friandise,

une Bêtise de Cambrai

ou bien un berlingot

ou bien une barre de nougat.

Comme on peut s’y attendre,

ses conquêtes furent vives,

son corps le lieu de mille feux,

de mille éblouissements.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Cependant la joie

tardait à venir,

cependant le bonheur flottait

 à d’inaccessibles altitudes.

Hilde comprit que cette vie

d’immédiate abondance

était vide de sens, stérile,

que rien n’en sortait

que le cycle infernal

du manque et du désir

et elle passait

de longues heures

 d’abattement,

 demi-nue,

seulement vêtue

de ses colifichets

dont elle avait attendu

 qu’ils la rendissent radieuse,

 mais ils n’étaient

que des miroirs aux alouettes,

d’étranges signaux

dans lesquels,

tels des phalènes,

ses Amants de passage

venaient un instant

 brûler leurs ailes

et prenaient leur envol

dépossédés du souvenir même

de ce corps qui les avait accueillis

puis déposés dans une manière

de territoire flou, sans attaches.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Hilde n’avait été

qu’un simple

divertissement,

 un trompe-l’œil,

un dérivatif de l’ennui.

Brusque fut sa métamorphose,

soudaine sa prise décision.

Elle ne changea rien

à son apparence extérieure,

à la touche craminée de son fard,

 au khôl bleu de ses paupières,

 à ses vêtures osées,

 à ses hauts escarpins,

 à sa marche pareille

 à celle des Mannequins.

 Ce qu’elle voulait désormais,

du fond le plus vibrant

de son cœur, desceller

de leur piédestal existentiel

Volupté-Désir-Jouissance,

les ramener à plus de Vérité,

les regarder en leur Essence.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Volupté en tant que Volupté.

Désir en tant que Désir.

Jouissance en tant

que Jouissance.

Pareille au joaillier

qui taille avec ardeur

 les faces de son cristal,

pareille à l’Astronome

qui cherche l’Étoile unique

au fond de la lointaine galaxie,

 pareille au Fauconnier

qui s’oriente

sur la perfection

du vol de son oiseau,

Hilde n’accordait plus de place

qu’à la perfection de sa Volupté,

à la rubescence de son Désir,

à la pure splendeur de sa Jouissance.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Tout se donnait

en soi, pour soi

et le monde alentour

 ressemblait

 à un manège de brume,

 à la diaphanéité d’un songe,

à une vapeur montant du sol.

En vérité,

Volupté-Désir-Jouissance

 étaient leur début et leur fin,

 le centre et la périphérie,

 le fragment et le tout.

Ce triptyque

était devenu si subtil

qu’il n’avait plus besoin

 de nul objet pour trouver

 le site de son sens.

Il était le SENS

 parvenu au faîte

 de son être,

à la pointe extrême

 de sa manifestation.

 

Volupté-Désir-Jouissance

Trois mots pour

une seule Essence

 

Il y avait maintenant

une manière

de quadrité indissociable,

d’étoilement

au Centre duquel

se trouvait Hilde

avec ses trois branches :

 Volupté

 Désir

Jouissance.

 Chacune appelait l’autre.

Chacune n’existait

que par l’autre.

Nommait-on « Volupté »

  et surgissaient « Désir »

 et « Jouissance ».

Nommait-on « Désir »

et se déployaient

« Jouissance »

et « Volupté ».

Nommait-on

« Jouissance »

 et s’épanouissaient

« Volupté »

et « Désir »

. Nommait-on

« Hilde »

et l’on avait

les Quatre à la fois.

Lutte et combat qui étaient

 les significations fondatrices

du prénom « Hilde »

 avaient enfin trouvé le lieu

de leur apaisement

et de leur unité.

Rien que ceci signifiait

au-delà de toute question.

 Le dispersé,

l’épars,

 le divers

 étaient au foyer.

 

Hilde était Hilde

telle qu’en son essence.

 

HILDE.

 

 

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