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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 10:07
Ensam à la fleur rouge

« Enfin seule ! »

 

Image : André Maynet

 

***

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Le monde, partout,

était traversé

de longues fulgurances.

 Partout étaient

les déflagrations.

Sur les champs de guerre,

sur les places des villes,

dans les chambres d’amour.

Partout étaient les plaintes,

les sanglots longs,

les cris de la déchirure.

Partout les chairs

étaient entaillées à vif.

Plus un seul point

de la Terre

qui ne fût épargné.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Des Hautes montagnes

chutait un brouillard triste.

Les océans étaient parcourus

de longs frissons.

Les profondes vallées

s’emplissaient d’ombres.

Les rues étaient des couloirs

commis aux meurtres.

Des vitrines fusaient

des éclairs blafards.

Des bouches

ne sortaient plus

que de vagues

 imprécations.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Quelque part,

dans une chambre

claire sur fond blanc,

vivait une Jeune Existence

qui faisait tache sur le monde.

Qui faisait tache en son retrait.

Qui faisait tache en son recueil.

Qui faisait tache en son silence.

Quiconque l’eût aperçue

en rêve en fût,

 dans l’instant,

tombé amoureux.

Tout comme l’on est

en amour d’un nuage

dans le ciel,

de l’eau claire

d’un ruisseau,

du cristal d’une herbe

sur le vert du pré.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Savez-vous le prix,

vous les Distraits,

 d’une Virginale Présence ?

 La pureté devient si rare

en ces temps d’allégeance

à tout ce qui brille,

à tout ce qui bruit,

à tout ce qui file

à la vitesse du vent.

Plus rien, aujourd’hui,

ne se donne sous le signe

de l’immédiate présence,

 sous celui de la générosité,

sous celui de la gratuité.

Aujourd’hui,

seul le négoce,

seul le voyage,

seul le masque

qui dissimule les traits,

efface les vices,

se donne pour vrai

alors qu’il n’est qu’illusion,

 qu’il n’est que parade,

qu’il n’est que façade.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Ensam, regardez-là

comme vous regarderiez

une haie de buissons blancs,

le vol de l’oiseau

dans l’air limpide,

le chant du ruisseau

dans le frais vallon.

Tout se dit et murmure,

tout s’écrit sous le caractère

discret du hiéroglyphe.

Seulement le retrait,

seulement le recueil,

seulement la discrétion

 font se lever la certitude

que quelque chose existe

qui ne soit nullement affecté,

qui rayonne de soi,

gagne l’espace d’une liberté.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Ensam est de la race

des Nymphes, des Elfes,

des Êtres des Sources

et des Bois.

 Ensam, parfois,

sur les murs blancs

de sa chambre,

une cellule monastique,

Esam écrit,

à la craie blanche,

quelque formule

qui lui sert d’emblème.

 

Solitude est Joie. 

Solitude est Vérité.

Solitude est ouverture

 du Monde.

 Solitude est aller

devant soi dans la plus

neuve des grâces.

 

Dire Ensam, la décrire

selon des mots simples

est la faire apparaître

en son essence

la plus déterminée.

Gris-blanc sont les cheveux,

poudrés d’une touche de Ciel.

Les yeux sont deux perles claires

que l’on devine au travers

d’une fine voilette.

 Le visage est

 un ovale régulier,

il dit la justesse,

il dit la perfection.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Les lèvres sont

à peine dessinées,

un trait rose pâle

 où s’enclot le silence.

Le corps, en son entier

est une porcelaine,

une clarté d’albâtre,

la netteté d’une épure.

Les épaules si minces,

le buste si plat,

si retiré en lui-même,

deux boutons y figurent,

deux aréoles faisant écho

 à l’humilité des lèvres.

Les avant-bras

sont gantés de noir,

ils évoquent un toucher

des choses ténu,

à peine un effleurement.

Le bassin est étroit,

pareil à une amphore

aux flancs resserrés.

Les jambes sont joliment croisées.

Le sexe est un illisible triangle,

le retrait dans une nubilité

non encore venue à elle.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

 Seule en sa Solitude,

Ensam la partage avec

une simple fleur rouge.

Pavot ? Amarante ? Œillet ?

Peu importe la fleur,

c’est la teinte

qui profère le mieux

ce lent désir caché

 sous le fin linon de la peau.

Qui montre peut-être

la matière de la passion.

Ou bien qui fait signe

vers le plaisir.

Ou bien encore se donne

comme le rougeoiement

d’une révolte.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Fleur contre Fleur.

Ensam est une Fleur

que le Monde vient cueillir

dans la fraîcheur de l’aube

pour en faire le don aux Distraits,

 afin qu’une fois Éveillés,

jamais ils ne puissent retourner

dans leur sommeil,

sombrer dans leur inconscient,

 s’abîmer dans la profondeur

de leurs rêves.

Car les Hommes

ont les yeux clos,

la mémoire étroite,

ils cheminent à leur péril

sur une ligne de crête

qui menace, à chaque instant,

de les précipiter

dans l’orbe du Néant.

 

Ensam en sa

verticale solitude.

 

Ils seront les Distraits

et le demeureront tout le temps

 qu’ils n’auront pris conscience

de la beauté des choses,

de la beauté d’Ensam

en son esquisse retenue.

Vous, les Distraits,

saisissez une craie et tracez

 sur les parois du Monde

 les signes de la Vérité.

Écrivez ceci dans l’allégresse,

 dans la certitude de dire l’Essentiel,

de ne rien laisser dans l’ombre.

Écrivez de vos mains tremblantes

pareilles à des sarments, écrivez :

 

Soleil est vie

Ouvrir le Monde

Libre comme l’air

Illusion d’exister

Ténébreux les Hommes

Unir le Rien et le Néant

Dire la faveur de ce qui est

Ensam en sa venue

 

Lisez ceci, les Distraits.

Méditez ce qui se trouve

à l’Initiale.

Sondez votre conscience,

dépliez votre âme

et écrivez encore ceci :

 

Enivrement du jour

Nudité native

Seul le chemin

Amour devant

Moirure du corps

 

Ainsi, les Distraits,

aurez-vous dit

 la seule chose

qu’il y avait à dire,

ainsi aurez-vous

relié ENSAM

 à la seule valeur

qui la pose ici,

devant vous :

 

SOLITUDE.

 

Vous les Solitaires,

plongez en vous jusqu’à

atteindre vos racines,

 

SEULES,

elles sont

SEULES.

 

Et vous êtes au Monde

 

ESSEULÉS,

 

à votre insu

et vous êtes au Monde

et ne la savez pas !

 

 

 

 

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