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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 08:46
Au plein de Soi

« Tout ce dont

vous avez besoin

est déjà en vous »

 

Œuvre : Dongni Hou

 

***

 

Au plein de Soi

 

Cette simple phrase

venait à la manière

d’une ritournelle.

Elle, Vakandi,

 l’Attentive,

cherchait autour d’elle

ce qui pouvait la conforter,

la rassurer en son être.

Vakandi était sensible

à tout ce qui l’entourait :

la pâleur infinie du ciel,

la trace diaphane du nuage,

le tremblement blanc des bouleaux,

la survenue du premier frimas,

la chute de la feuille

 sur le sol d’automne.

Elle était elle, en elle,

au-dehors d’elle.

 Elle était qui elle était

à se projeter sur les choses,

à saisir le vol erratique du papillon,

à deviner la texture de l’air,

à apercevoir un sourire

sur un visage aimé.

 

Au plein de Soi

 

Toujours Vakandi avait cru

que le bonheur était une brise

flottant tout autour de soi,

que la joie était

une cristallisation

 qui se posait

sur l’écume de la vague,

sur la lisière de la forêt,

sur le bord souple de l’âme.

Vakandi était à soi hors de soi,

pareille à ces feux-follets,

à ces minces lueurs

qui venaient d’on ne sait où,

allaient on se sait où,

une simple brume flottant

sur le visage du Monde.

Le Monde de Vakandi était

toujours Monde de l’Autre :

ce qui était hors,

ce qui était lointain,

 ce qui différait,

ce qui allait et venait devant

 le globe ébloui des yeux.

 

Au plein de Soi

 

Mais que voulait donc dire

cette antienne énigmatique ?

 N’était-on toujours

au plein de Soi ? 

Et pourquoi cette Majuscule

à l’initiale du mot ?

Que voulait-elle signifier ?

L’unicité du Soi ?

Son Essentielle mesure ?

Un Orient qui vivrait en son abri ?

 Le Soi en Soi et plus rien autour

que le silence et la chute du jour ?

Ce que Vakandi savait

à la façon d’une certitude,

c’est que le Soi était

un pur mystère,

qu’il fuyait à mesure

 que l’on s’en rapprochait,

qu’il n’avait nul contour,

ne connaissait nulle frontière,

qu’il était semblable au trait

arrondi d’un cercle,

à la crète d’une montagne

 nimbée de rosée,

à l’eau grise de la lagune.

 

Au plein de Soi

 

Toujours Vakandi avait

été en quête de Soi,

Attentive à ses diapreries,

ses floculations,

 ses irisations.

Longtemps elle avait

cherché

le Soi au loin d’elle,

dans les sillons de glaise,

sur la cime des grands arbres,

l’immensité de la Mer,

les pays aux noms exotiques,

les courbes des méridiens,

les ciels azurés au-dessus

des clairs lagons.

Cherchant ceci,

elle n’avait rencontré

 que la vacuité de l’Espace,

la mobilité infinie du Temps,

d’insaisissables esquisses,

des pastels à peine affirmés,

des traits de graphite

que gommait

 l’obstination des choses

à ne nullement demeurer,

la fugue toujours

ouverte du présent,

sa fuite déjà dans un passé

qui ne proférait plus rien,

se dissolvait dans les mailles

floues des événements.

 

Au plein de Soi

 

Puis elle avait fui

 la matière trop lourde,

trop dense,

avait cherché la transparence

dans la fiction des romans,

avait cherché la limpidité

dans le rythme d’un poème,

avait cherché refuge

dans un adagio,

 un air de violoncelle,

une romance triste.

S’allégeant, elle faisait

de son Soi un simple souffle,

un chuchotement,

un silence entre deux mots.

Peut-être le Soi n’était-il

qu’une illusion,

une impossibilité,

 un espoir fou que le

premier vent emporterait ?

 

Au plein de Soi

 

Comment dire Vakandi autrement

qu’à en tracer l’empreinte si légère

sur la face d’une toile de lin ?

Les cheveux de Vakandi ?

Une auréole de lumière grise,

des reflets si doux,

la touche discrète d’une pensée,

la délicatesse d’un sentiment.

Le visage de Vakandi ?

Une blanche glaçure,

un poudroiement de Colombine,

le sérieux d’une attention.

Les yeux de Vakandi ?

Deux points noirs,

ils sont semblables

 à des virgules

sur le vierge de la page.

La bouche de Vakandi ?

Deux traits à peine affirmés,

on y devine la lente

germination des mots,

la possible efflorescence

 de la confidence,

la naissance, bientôt,

du poème.

Les bras de Vakandi ?

Deux tiges pleines de grâce

qui soutiennent l’à peine

insistance du visage,

sa muette interrogation.

Le corps de Vakandi ?

Deviné seulement, manière

de présence-absence

que souligne

une robe opalescente

semée de fleurs délicates.

L’attitude de Vakandi ?

Claire, droite, absorbée

dans la vision d’un coquillage

 posé sur le marbre d’une coiffeuse.

La disposition de Vakandi ?

Claire, droite mais songeuse,

infiniment songeuse,

 comme au bord

d’une hallucination.

 

Au plein de Soi

 

Où le Soi de Vakandi

en cette minute fixe,

en cet instant de suspens,

le Temps est arrêté pour

 un genre d’éternité.

Où le Soi de Vakandi ?

En elle, au plein le plus

secret de son être ? 

Sur le seuil de son propre monde ?

Hors d’elle, projeté dans les spires

de l’énigmatique porcelaine ?

Où le Soi ? Où le voir ?

Peut-on au moins

le rencontrer, le dessiner,

 le projeter sur l’écran

 de sa propre conscience ?

 C’est si indéterminé le Soi.

Si abstrait.

Réduit à ses trois lettres

 S-O-I :

 

S pour Source

O pour Origine

I pour Infini

 

Comme pour nous dire

la Source inaperçue,

 l’Origine cachée,

l’Infini qui se profile

sous l’horizon

des interrogations.

Toujours nous serons

des Métaphysiciens

aux mains vides,

des Magiciens sans cartes,

des Alchimistes courant après

l’ultime Matière

supposée devenir Esprit.

Mais comment comprendre tout ceci : 

en devenant Humain plus qu’Humain ? 

En s’extrayant de sa propre condition ? 

En se métamorphosant en ces Démiurges

qui procèdent à leur propre venue ?

 

Au plein de Soi

 

S-O-I avec des tirets

 entre les lettres,

comme pour nous dire

symboliquement

l’irrémissible quête,

le questionnement

en forme de vortex,

le contour de l’aporie.

 Il n’y a jamais

de Soi qu’en Soi,

à l’abri de toute

investigation.

Questionner le soi,

c’est déjà le réifier,

lui donner statut de Chose,

lui infliger une

immanente présence.

 Le Soi est le Soi.

Le Soi est tautologie.

Le Soi est à lui-même

son propre Pour-Soi,

son intime liberté.

 

Au plein de Soi

 

« Tout ce dont

vous avez besoin

est déjà en vous »,

 

tel est le titre conféré

à cette belle œuvre.

Ne nous dit-il le Soi

 tel qu’en lui-même

depuis toujours assumé ?

Ne nous dit-il le Soi

à la manière

de la Beauté ?

Indéfinissable,

impérissable,

 imprescriptible.

Le Soi est de la nature

des choses qui se profilent

 à l’horizon,

ne profèrent jamais

leur nom

qu’à s’absenter,

 la scène du monde

est trop étroite

pour accueillir le Soi.

Il est la Vastitude même,

l’Illimitation,

l’Insondable.

 

Il est le SOI.

 

Il est Œuvre accomplie.

 

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commentaires

S
As a real introvert, it takes ages to respond. Merci tout simplement pour votre lecture. Ainsi donc soit " Dasein".<br /> Je retourne à mes prières nocturnes ,<br /> Que la Lumière continue à éclairer votre chemin, votre plume..."chère entre toutes." <br /> S.
Répondre
B
Que vos prières soient exaucées. Merci à vous. JP.

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