Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 08:19

Longtemps j’ai attendu

qu’un miracle survienne.

Tu sais à la manière

de la magie

de la petite enfance.

On se hisse

sur la pointe des pieds,

on fixe sans ciller

l’objet convoité

et déjà on en sent

le trouble délicieux

 aux paumes de la main.

J’ai regardé, oui, regardé

de toute la force de mes yeux.

Je croyais qu’apparaîtrait

 l’une de ces villes de cristal

des Mille et Une Nuits

avec ses coupoles bleues

comme à Samarkand.

Seul le bleu était là

et le ciel était vide.

 

Longtemps j’ai attendu

qu’un désir s’allume,

que rougeoie une braise

dans quelque nuit féconde.

Tu sais ce rubis rouge

qui brûle au sein des églises

pour nous rappeler

la passion du Christ.

J’en ai fixé la lente pulsation

mais ma passion n’a trouvé

que la lueur éteinte

des cryptes,

la blancheur ossuaire

des cierges,

des fumées d’encens,

des dalles sous mes pieds

où glissait la clarté.

Seul j’étais

et nulle prière

 n’aurait pu

 me sauver de moi.

 

Longtemps j’ai attendu

qu’une espérance se lève.

Tu sais, à la façon

de ces légères montgolfières

qui parcourent la plaine d’air

dans le genre d’un papillon coloré.

Oui, j’étais à bord, simplement,

comme un Jules Vernes curieux de tout,

le paysage était une étendue vide

 que ne tutoyait nul oiseau.

Dans la libre venue

 de cette aube naissante,

 j’étais perdu aux autres

perdu à moi-même.

Où aurais-je pu jeter l’ancre ?

Le vide m’aveuglait

de sa rumeur insolente.

 

Longtemps j’ai attendu

 qu’une rencontre

se dessine,

qu’une esquisse

se détache du monde,

 portant avec elle une argile

dont une Ève eût pu naître

comme la troublante Vénus

sort des eaux

dans le tableau de Botticelli.

Mais de Vénus, je n’apercevais

ni le fleuve roux de sa chevelure,

ni le coquillage qui la portait

sur la plaine émeraude de l’eau

 

Rien

 

Les villes étaient loin,

leurs bruits une sombre mélopée

qui mourait au hasard des rues.

 

Rien

 

Les hommes étaient vaincus,

 leurs corps calcinés,

allongés dans des citadelles

 désertes.

 

Rien

 

Les femmes étaient

d’illisibles images,

des mots se levant à peine

d’une imaginaire fable.

 

Rien

 

L’amour était

une fulguration

de comète,

un sillage oublié,

 une nuée chutant

dans la nuit.

 

Je ne pouvais demeurer longtemps

sur l’arête de cette mesa aride

qu’au risque de ne plus être.

Il me fallait sortir

de la dague étroite

de mon corps,

donner des ailes

à mon esprit,

convoquer mon âme

à de plus amples libations.

 

Alors j’ai eu une vision.

Venait-elle de ma propre conscience ?

S’était-elle créée de toutes pièces ?

Peu m’importait son origine.

 L’essentiel était qu’elle fût

et pût persévérer dans son être.

Voici, Fille des Songes

 telle que je t’ai aperçue

dans le couloir livide de ma tête.

Je m’adresse à toi en ces termes

et peu me chaut

que tu sois une chimère.

Peut-être est-elle supérieure

à la réalité ?

Je te vois de dos,

comme si, anonyme,

 tu voulais te réfugier

au sein de ta personne

et y demeurer,

dissimulée,

inatteignable.

Tu es coiffée

d’un haut chignon

couleur de nuit

qui porte encore en lui

l’empreinte du takamakura,

ce reposoir qui donne

à ta nuque

ce port altier,

cette si fine élégance.

Une épingle kanzashi,

sans doute en ivoire,

 traverse le doux maquis

de tes cheveux.

Un kimono de soie

orné de formes chamois,

dont je ne sais si elles sont

oiseaux ou bien feuilles,

descend lentement

sur le galbe de ton épaule.

 

Ton visage poudré

de riz blanc

se dessine dans l’ovale

d’un miroir.

Mais que réfléchit

donc sa surface ?

La trace d’un possible miracle ?

La flamme assourdie

d’un désir caché ?

La bannière

d’une espérance ?

L’attente

d’une rencontre

dont la nuit te fera l’offrande

dans une okiya

aux murs de papier huilé ?

 

Parlant de toi,

évoquant ton image

de parchemin ancien,

 je m’aperçois,

 maintenant que le jour se lève,

que je n’ai fait que feuilleter

ce livre d’estampes

d’Utamaro Kitagawa,

m’arrêtant sur

‘Femme se poudrant le cou’,

cette si belle illustration

de la touche japonaise

de l'ukiyo-e,

ce monde flottant

qui se nourrit d’illusions

et faseye longuement

avant qu’un miracle ne survienne.

Vois-tu, tout est toujours

signe du temps

qui, jamais,

ne s’arrête.

Demeure,

je demeurerai !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Blanc-seing.
  • : Littérature et autres variations autour de ce thème. Dessins et photographies.
  • Contact

Rechercher