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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 09:04

 

Trouver séjour auprès des choses.

 

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Photographie : Blanc-Seing.    

                                                                                     

 

    Ce paysage est là, étendu devant nous dans sa simplicité, mais nous n'y avons pas accès. Nous sommes retenus comme à l'intérieur d'une enceinte et demeurons inquiets de ne pouvoir y avoir lieu, d'être exilés, hors de son  refuge. Pourtant tout nous y attire, tout nous aimante et nous destine à nous y ressourcer.

  La lumière, chaude, solaire, est une fête tellement semblable aux éblouissements des soleils de Van Gogh, à leurs corolles mobiles, douées de vie et d'énergie. A simplement regarder, nous sommes déjà dans cette puissance, dans cette démesure de l'étoile rouge d'où s'écoulent les millions de photons en fusion.

  Et pourtant, malgré ce déchaînement, cette lave incandescente, nous sommes apaisés. Comment cela est-il possible ? Nous serions-nous trompés; ce fragment de nature serait-il seulement une évocation bucolique de ce qu'autrefois fut la terre lorsqu'elle était livrée à l'affairement mesuré des hommes, à leurs soins, à leur attention pareille à une sollicitude, à une prise en charge, dans le recueillement, de ce qui leur faisait l'octroi d'un possible séjour sur terre ?

  Et alors nous pensons aux sublimes pages de Georges Sand  dans "La Mare au diable", la scène de labour devenant le simple prodige d'une communion de l'homme et de la terre qui le nourrissait :

"Tout cela était beau de force et de grâce : le paysage, l'homme, l'enfant, les taureaux sous le joug; et malgré cette lutte puissante où la terre était vaincue, il y avait un sentiment de douceur et de calme profond qui planait sur toutes choses."

 

rousseau

             Johannès Werner - Les Charmettes - Vers 1830 - 1850 - 

 

 

Et, pris dans les mailles de cette facile nostalgie, nous nous portons  alors vers "Les Charmettes" de Rousseau, essayant d'y retrouver quelque homologie, laquelle nous dirait le bonheur d'une maison rustique au toit de tuiles, le repos auprès des arbres, l'aventure sociale au contact d'une aimable compagnie.

   Oui, tout cela, l'évocation de la scène de labour, l'habitat accueillant sur "quelque agréable colline bien ombragée", nous l'avons, dans la première image,  nous le devinons, mais en creux, comme par une fantaisie de l'imaginaire qui, toujours, accroît l'espace, abolit le temps. Notre penchant à la littérature, notre inclination à l'émotion esthétique l'auront emporté, dissolvant nos perceptions dans les remous de l'onirisme.

  Il nous faut revenir à ce paysage du départ et demeurer dans de plus modestes proportions. Cette image est si simple, si dépouillée, qu'elle n'autorise guère la fable, le recours à la fiction. Le propos est plus modeste. Ici, il n'y a pas le large empan biblique tel qu'exprimé par les peintres de la Renaissance auxquels Georges Sand fait allusion dans le texte de "La mare au diable". Pas plus que l'utopie sociale et romanesque de "L'Emile".

  Tout y est étroitement circonscrit. Nul espace pour un lyrisme pastoral : il y manque les sillons, il y manque le laboureur et les "taureaux sous le joug". Tout y est à son exacte place. Il y manque ces femmes "qui puissent sortir de leurs fauteuils et se prêter aux jeux champêtres…". Il y manque le ciel pour une possible transcendance, l'horizon pour l'efflorescence des projets.

  Et c'est bien  précisément ce "manque" qui est fondateur, qui est configurateur de ressources multiples. Car le manque autorise la liberté, stimule la création, élargit le champ des possibles. Si tout nous était donné d'emblée, quelle motivation nous pousserait donc à découvrir ce qui se dérobe, à exercer notre curiosité sur le monde ? La profusion, la multiplicité sont toujours le lieu d'un inévitable appauvrissement. Dressez devant vous la luxuriance de la forêt pluviale et, du même coup, votre intérêt pour le végétal, les arbres, deviendra aussi étroit que peau de chagrin. La majestueuse canopée, loin d'être alors un abri pour la réflexion, la méditation, deviendra l'espace clos parmi lequel vos idées s'étioleront faute de trouver le tremplin nécessaire à leur croissance.

  Un champdeux arbresune esquisse de cheminle simulacre d'un probable habitat. Ceci suffit à instaurer avec la nature un dialogue fécond. Le cadre est dressé qui nous permettra de séjourner fructueusement auprès des choses. C'est toujours dans l'inapparent, l'intangible, l'à-peine-saisissable que se révèlent à nous la multiplicité des significations. Rien ne s'éploie mieux que dans cette simple et unique vibration. Cela nous le cherchons depuis toujours sans jamais réellement l'atteindre. Le chemin est à venir. Il n'est que de nous y engager avec l'ardeur à laquelle s'accorde, seulement, la destination des choses exactes.

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                   

 

   

 

 

 

 

     

 

  

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