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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 07:40

 

 

Toujours l'image suppose l'imaginaire. 

 

capel

  Source : non identifiée.

 

   

  Cette image est simplement belle et ceci pour diverses raisons. D'abord pour son originalité. Combien de clichés sont ordinaires de nos jours, souvent images d'Epinal ne mettant en scène que d'aimables icônes familiales, des portraits conventionnels, des poses en pied devant quelque site touristique incontournable. Mais que les "Tours-Eiffel", les "Sacrés-Cœurs" nous soient donc épargnés. Vraiment nous ne savons plus si nous devons vénérer les silhouettes qui s'y détachent ou bien réserver notre foi en l'image en direction de ces vénérables monuments dont notre imaginaire est rebattu. L'imaginaire. Voilà le grand mot lâché et alors nous sommes comme à la dérive, sans boussole dont nos pas auraient à s'inspirer pour assurer leur destin.

  Le problème, aujourd'hui, est bien celui du reflux de l'imagination au profit de ce qui lui tient lieu, manière de viatique nous guidant parmi les multiples errances, à savoir les assises du réel dont, il paraît, nous ne devrions plus faire l'économie. A force de matérialité obtuse, d'étroitesse dont notre cheminement aime à s'entourer, sans doute afin d'accéder à une probable réassurance narcissique, nous ne percevons plus le monde qu'à l'aune d'étroites meurtrières. Car, pour beaucoup, le fait d'exister doit nécessairement nous obliger à nous incliner sous les fourches caudines de ce qui fait le menu de notre quotidienneté : de simples propos récurrents dont nous ne percevons plus guère que le bruit de fond sans bien en comprendre la persistante rumeur.

  Si "exister", au sens étymologique, revient à "sortir du néant", autrement dit à assurer une transcendance vers une liberté, alors il nous faut nous affranchir de tout ce qui contraint et érode et rétrécit notre vue à l'empan étroit du toujours-à-portée-de-la-main. Jamais nous ne ferons face à notre essence humaine qu'à tracer la voie d'un constant renouvellement des formes, lesquelles induisent toujours une intellection, une esthétique et une ouverture à une plénitude du sens. Ici, dans cette image, se trouvent réunies les conditions mêmes nous extrayant de nous-mêmes afin que, disposant d'une manière de nouveau paradigme de la connaissance, nous soyons conduits vers d'autres horizons.

  Peut-être cette photographie résulte-t-elle d'un montage, donc d'une manipulation, donc d'un décalage par rapport à ce qui fut lors de la prise de vues. Peu importe, sauf à accorder au réel une prééminence dont il ne saurait se revendiquer. Symbolique et imaginaire peuvent nous féconder bien au-delà des routines et des visions moutonnières du monde. L'espace ouvert par la "fantaisie" est illimité. Il est une poétique dont nous ne pouvons que nous abreuver. Beaucoup, dans ces temps considérés comme modernes, se disent disponibles à la plus libre des virtualités, arguant le recours constant à l'image, à l'artefact, à la communication à distance dont Internet et les réseaux sociaux se font les chantres. Pensant s'investir dans quelque activité sans doute ressortissant de l'imaginaire au sens large, ils n'utilisent ce levier virtuel qu'à mieux maîtriser ce réel qui leur échappe dont ils voudraient avoir un usage infini et toujours disponible.

  Parodiant la célèbre assertion d'André Malraux, nous affirmons que le siècle sera imaginatif ou ne sera pas.  A la construction de notre propre "musée imaginaire" il nous faut œuvrer afin de dématérialiser ce réel qui, plutôt que de nous servir, souvent nous aliène. De telles images y contribuent. Sachons donc les apprécier selon l'ampleur dont elles nous font l'offrande. 

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