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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 07:55

 

 

 

Si un jour j'écrivais…

 

ia 

 

(Ecriture à quatre mains

à partir d'un texte

d'Isabelle Alentour).

 



 

  "Si un jour j’écrivais, je serais la nuit, et la lune, et la nuit dans la lune, et le reflet de la lune dans le puits, et la lune dans le miroir, et le miroir dans le miroir. Je serais le rêve de midi.

Si un jour j’écrivais j’apprivoiserais les langues corrompues pour les distordre jusqu’à la beauté, je désagrégerais les mots des bourreaux pour les rendre à la poésie. Quelques lettres - pas plus - suffiraient pour raccrocher une fleur aux horizons perdus, arracher un soupir à l’oubli, retirer une peur à la vie, et bander à nouveau l’arc qui envoie valdinguer les douleurs. 

Si un jour j’écrivais, j’écrirais sans chercher à comprendre, j’accompagnerais simplement le mouvement, ses allants et ses reprises, son ressac et ses fugues, j’écrirais non pas en décrivant, mais en épousant le rythme.

Si un jour j’écrivais, j’écrirais avec mon ventre, avec mes cuisses, bras tendus en avant et en frappant le sol de la plante des pieds, comme dans une danse africaine. J’écrirais avec ma chair, avec ma faim, avec ma voix avec mes reins, pour que résonne ce qui est communié avec la terre. 

Si un jour j’écrivais, je puiserais dans les archives du monde pour nager à contre-courant vers l’amont de l’enfance. Je serais à la fois la maison, et la chaleur de la maison, et la fenêtre, et le regard rêveur jeté par la fenêtre, et le jardin, et le chat dans le jardin, et le chat qui d’un bond regagne la maison en passant par la fenêtre.

Si un jour j’écrivais, j’écrirais en caressant du plat de la main la quotidienneté de la vie et en prêtant attention à la moindre petite chose, anodine ou familière. 

Si un jour j’écrivais je redécouvrirais comment deux personnes se disent bonjour, comment Monsieur retire son chapeau, et comment le parfum de Madame s’évapore de son cou pour venir troubler le galant. 

Si un jour j’écrivais, je prendrais soin du désir, l’été serait précoce et on entendrait les cigales chanter dans notre chambre en plein hiver.

Si un jour j’écrivais, je ferais de l’écriture un geste d’amoureuse."

 

 POUR ESSAYER DE CONSONER AVEC LE DIRE POETIQUE DANS SA CONFIGURATION ÉTOILÉE :

 

  Et un jour j'ai écrit, comme cela, sans penser, la main posée sur les mots, les mots libres d'eux, libres de dire la joie, de dire toutes choses d'ici et là-bas, là où la voix porte au loin, où le ciel est une juste hypothèse, la mer un ressac amoureux, rythme de ton bassin à toi, la Poétesse qui féconde le cercle alangui des syllabes, puise le sens à même la chair, cette intime pulsation, cela vrille les reins, cela fore le sexe, cela hurle dans le vent des indifférents, oh, oui, saisir les mots par la croupe, les enfourcher, les endiguer, leur faire rendre leur suc, qu'ils disent la gemme dont ils sont faits, dire la courbure du galet, la meute grise des nuages, le rempart brun des tourbières, le ciel comme une étoupe, dire ta langue si belle, celle qui habite la braise de ta bouche, qui vrille ton corps sous leur meute blanche, car les mots sont du pur silence, une exacte émanation de qui ne saurait se livrer à une effraction qu'au risque d'une perte et pourtant ta mutité serait la pire chose et nous serions des enfants égarés griffant le vide de nos mains négatives et nous rentrerions dans la conque primitive avec des cris menus, des hurlements retournés, des plaintes spéculaires, ô souffle puissant de la langue par laquelle nous sommes au monde, ô déraison majuscule qui nous inclinerait à la perte de ces pierreries mentales, de ces efflorescences cutanées, car les mots sont une peau qui recouvre le monde, car les mots sont des doigts effleurant nos corps livrés à l'effroi des concrétions grises, des tumultes cendrés qui parcourent la terre et nous absentent de notre présence aux choses, de leur densité, de leur volubile érection, car les mots sont jouissance, arcature du désir, arche flamboyante, cela nous le savons du fond de notre détresse, c'est pour cette raison que nous sommes hommes à la langue arbustive, femmes à la gorge ployée sous la meute possessive du langage, ô Poétesse ne nous laisse pas orphelins des mots, ceci serait notre occlusion, notre perte à jamais dans les dédales sombres du néant, ô Poétesse enlace-nous des pampres vives de tes mains festives, nous sommes toute attente ! 

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